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[FanFic] Création Ingrate Director's Cut par Eléo
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Eléo
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MessagePosté le: Sam 16 Jan 2010, 18:31    Sujet du message: [FanFic] Création Ingrate Director's Cut par Eléo Répondre en citant



Citation:
Synopsis : Lara Croft et John Seize ont deux caractères strictement opposés mais une passion commune pour l’aventure. Alors qu’ils se rencontrent pour la première fois dans le temple de la Création, ils sont loin de se douter que leur aventure ne fait que commencer.
Une série de meurtres morbides ensanglante le monde. Les victimes sont assassinées et dépouillées de leur coeur pour une raison ignorée. A nouveau réunis grâce à cette affaire, Lara et John vont enquêter pour découvrir la véritable histoire de la Création. Une histoire cachant une triste et sombre vérité sur la cupidité humaine, la recherche de pouvoir, le mensonge et la vengeance.


Note: il est conseillé d'avoir lu Origines et Lux Apocalypsis pour lire Création Ingrate DC.

Sinon, vous pouvez lire et télécharger la fic au format PDF en cliquant ICI

Vous pouvez écrire vos commentaires dans ce topic.

Bonne lecture j'espère Very Happy
_________________
Fanfics :Origines - Dualité - Lux Apocalypsis - Création Ingrate DC


Dernière édition par Eléo le Jeu 25 Juil 2013, 18:57; édité 5 fois
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Eléo
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MessagePosté le: Sam 16 Jan 2010, 18:44    Sujet du message: Répondre en citant

Prologue

Le car roula subitement dans un trou et sursauta. A cause du choc, la tête d’une fillette qui se reposait se cogna contre la vitre. Cela la réveilla brutalement et la sortit de ses rêves. Elle poussa un petit cri à cause de la douleur et massa le point d’impact en grimaçant.
- Juliette, reste tranquille ! ordonna sèchement sa mère. Ne me fais pas honte !
La petite fille fit la moue, vexée de se faire gronder. Déjà, elle s’ennuyait ferme, ce voyage touristique étant particulièrement long, mais en plus elle ne pouvait rien faire, sa mère lui refusant toute distraction. Elle ne pouvait même pas regarder son livre d’images.
Ce voyage était un cadeau offert par sa grand-mère. Il s’agissait d’une excursion en Amérique du Sud pour visiter ses pays et ses ruines. Un cadeau très ennuyeux pour une petite fille de huit ans, qui ne comprenait rien à ce que baragouinait le guide. Depuis ce matin il parlait d’une histoire bizarre, comme quoi à la création du monde et de l’humanité, les dieux et les êtres humains se seraient entre-tués. Les pouvoirs des dieux auraient par la suite été répartis partout dans le monde. Du grand n’importe quoi.
Après un grognement, la petite fille décida de bouder en regardant par la fenêtre.
Le paysage était tout aussi ennuyeux que le reste. Depuis des heures elle avait l’impression de regarder toujours la même chose : une épaisse végétation étouffante et des cailloux.
Quand sa mère lui avait dit qu’elles partaient toutes deux faire une excursion dans la jungle d’Amérique du Sud, elle s’était imaginée voir des tigres, des pandas, des singes et autres animaux du zoo. Or, elle n’avait encore rien vue d’intéressant et encore moins des animaux exotiques. De plus, ce voyage en car n’était pas seulement ennuyeux, mais aussi particulièrement pénible. Le véhicule ne cessait de sursauter en roulant dans des trous et il y faisait terriblement chaud. La plupart des vitres étaient bloquées et on ne pouvait pas les ouvrir. Il planait donc dans le véhicule une odeur de sueur répugnante presque insupportable. Beaucoup de gens dormaient et ronflaient, les raclements de gorges résonnant comme un horrible concert d’instruments graves. A chaque fois les oreilles de la petite fille frissonnaient et pour elle, une chose était sûre : elle voulait rentrer chez elle.
Mais soudain, ses yeux s’illuminèrent alors que quelque chose apparut entre l’épaisse masse de végétaux. L’enfant se retourna complètement face à la vitre.
Un bruit de moteur arriva jusqu’à ses oreilles. C’était un bruit plus intense, plus rapide et grondant que celui dégagé par le car. Avec un peu d’imagination, elle eut l’impression d’entendre un jaguar feuler, ce qui attisa sa curiosité.
Mais quand un vrai jaguar bondit des fourrés, elle fut radicalement aux anges. L’animal splendide s’élança dans une course effrénée, toutes griffes et dents dehors.
La petite fille poussa un léger cri qui refléta sa surprise et sa fascination. Elle colla ses deux mains et son front à plat contre la vitre, dans une expression d’étonnement total. Si elle avait pu, elle aurait sauté hors du car pour profiter pleinement du spectacle qui était au-delà de ses espérances : un second jaguar rejoignit son congénère. Les deux animaux coururent l’un à côté de l’autre, leurs petits yeux noirs dirigés tous deux dans la même direction. Ils semblaient poursuivre une proie et pas n’importe laquelle.
Un nouveau rugissement résonna, mais ce n’était pas celui d’un animal. Une moto superbe bondit des végétaux. Elle se réceptionna au sol dans un jet de poussière, rebondissant entre les deux félins qui durent faire un écart sur le côté pour éviter d’être écrasés.
La bouche et les yeux grands ouverts, la petite fille n’en revenait pas de ce qu’elle voyait.
La moto était conduite par une femme magnifique, grande et longiligne. Sa longue tresse brune volait dans les airs à cause de la vitesse, alors qu’elle était presque couchée sur le guidon pour ne pas être gênée par le vent. Sa combinaison la moulait comme une seconde peau. Sa paire de lunettes de soleil noire lui offrait une classe folle. Elle accéléra brutalement et les deux jaguars se retrouvèrent un instant distancés.
La petite fille ne put détacher ses yeux du spectacle. Le car et la moto roulaient parallèlement, ce qui lui permettait de parfaitement suivre la scène.
Remarquant la présence du gros véhicule, l’aventurière se redressa et l’observa un instant. Elle vit l’enfant derrière la vitre, abaissa ses lunettes de soleil et lui fit un clin d’œil couplé à un sourire amusé.
La petite fille n’en revint pas et ses joues virèrent au rouge. Elle continua de regarder l’aventurière avec fascination et admiration, comme si elle se trouvait face à une super héroïne de dessin animé.
Les jaguars continuaient de la poursuivre. Ils redoublaient de vitesse à chaque bond, la salive dégoulinant de leurs dents aiguisées.
Malgré la situation peu confortable dans laquelle elle se trouvait, la jeune femme ne semblait pas s’inquiéter. Au contraire, un sourire malicieux se dessinait sur ses lèvres. Elle semblait prendre du plaisir à narguer le danger. Même lorsqu’un des jaguar bondit sur elle dans un terrible feulement, elle ne fléchit pas. Elle détacha une de ses jambes de la moto et repoussa le félin d’un terrible coup de pied dans la tête. L’animal manqua son saut et tomba à terre en roulant dans la poussière. Le choc fut rude et il dut rester allongé quelques secondes, en voyant la moto le distancer définitivement.
Le second félin se raidit un instant en constatant sa solitude, mais il ne cessa pas sa chasse pour autant. Il accéléra pour rattraper la moto qui roulait toujours plus vite. Le véhicule endiablé slalomait entre les arbres et autres végétaux, rien ne semblant pouvoir l’arrêter. Pas même l’immense gouffre qui se présenta à lui une centaine de mètres plus loin.
Les yeux de la petite fille s’ouvrirent anormalement quand elle aperçut la falaise droit devant. Le guide expliquait qu’on la surnommait « les Forges sans Fond », car personne n’avait encore pu en mesurer la profondeur. C'était un précipice qui menait jusqu’aux entrailles de l’Enfer.
Pourtant, l’aventurière ne s’inquiétait pas et continuait de filer tout droit, souriante et terriblement excitée.
Le jaguar remarqua aussi le gouffre et ralentit. Il n’était pas aussi fou que l’humaine qu’il pourchassait. Il stoppa à quelques mètres de la falaise alors que la moto bondit dans le vide.
Le cœur de la fillette sembla cesser de battre. Durant un instant, l’aventurière lui parut un ange. Elle volait dans les cieux silencieux, sa silhouette élégante se dessinant entre les nuages comme un oiseau noir. Les secondes parurent durer des heures en s’écoulant comme au ralenti.
La moto plana au-dessus du gouffre avant d’atterrir de l’autre côté dans une éruption de poussière. Après ce saut majestueux, elle s’enfonça dans la nouvelle masse de végétaux et disparut.
La petite fille resta pantoise, n’arrivant pas à se remettre de toutes ses émotions. Son petit cœur battait la chamade et elle avait les mains toutes moites. Le regard dans le vide, elle se laissa tomber sur son siège et poussa un « Waouh » admiratif. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre son calme, en se disant que c’était le meilleur voyage de toute sa vie.

* * *

Maintenant libérée de tout danger, Lara ralentit sa moto avant de s’arrêter. Elle rit un instant, ces moments d’excitation l’ayant mise de très bonne humeur. Passant une jambe par-dessus le véhicule, elle mit pied à terre et coupa le moteur. Après une fouille de son sac à dos, elle put sortir un vieux parchemin poussiéreux et taché d’encre. Cet ancien morceau de toile était une carte lui indiquant la position du temple qu’elle cherchait.
Même si Heaven était l’un des pires êtres sur terre, il avait attisé sa curiosité grâce à ce parchemin. « Si vous voulez tout comprendre sur Arvamlabe, ce parchemin vous guidera. ». Lara était curieuse de savoir quels autres secrets Arvamlabe pouvait bien cacher. Cela l’avait motivée pour s’envoler vers l’Amérique du Sud.
Elle rangea le parchemin et décida de continuer sa route à pieds. La masse de végétaux étant trop épaisse, il était impossible de circuler à moto. Elle s’enfonça dans les fourrés, boussole en main. Le parchemin indiquait le temple direction nord-est. Si elle marchait dans cette direction, elle devrait le trouver sans difficulté, incrusté dans une énorme montagne. La main droite tenant la boussole, la main gauche proche d’un 9mm, elle avança paisiblement à travers la jungle, éclairée par une faible luminosité. L’après-midi s’achevait avec une chute des températures. Lara avait cuit toute la journée et était bien contente que le temps se radoucisse. L’humidité étouffante de la jungle était très désagréable, empêchant de respirer correctement. L’aventurière avait l’impression que du sirop coulait dans ses poumons. On ne pouvait pas dire que ce voyage était une partie de plaisir. Puis, un mauvais pressentiment lui indiquait que quelque chose la guettait à travers les fourrés. Elle percevait régulièrement des bruissements entre les branches.
Lorsque ces bruits devinrent plus intenses, Lara rapprocha ses mains des 9mm patientant dans ses holsters. Les fourrés devant elle se mirent à bouger plus intensément. Silencieusement, elle dégaina, se préparant à accueillir comme il se devait le prédateur qui venait de la prendre en chasse. Il bondit sur elle dans la seconde qui suivit, mais sans être ce qu’elle eut cru. Alors qu’elle s’attendait à un félin aux dents sanguinolentes, ce fut un homme qui sortit des végétaux. La surprise immobilisa l’aventurière dont le cœur eut une pulsation nerveuse. L’inconnu la percuta de plein fouet et ils tombèrent ensemble, roulant dans les bras l’un de l’autre, avant de s’immobiliser dans la poussière et les feuilles.
Lara gémit, un peu secouée. Elle se rendit alors compte que l’inconnu était allongé sur elle. Ils formaient une position assez douteuse, ce qui la mit un instant mal à l’aise.
Le jeune homme gémit aussi, tout aussi groggy par le choc. Il poussa sur ses bras afin de se dégager de Lara.
- Je suis désolé, s'excusa-t-il néanmoins sans bouger.
Il releva la tête et observa la jeune femme. Celle-ci fut particulièrement surprise : il était beau. Un jeune homme blond, avec des yeux d’un bleu sublime, envoutant, perçant. Mais surtout, il possédait un sourire magnifique, mélange d’assurance et de pureté.
Ils restèrent quelques secondes l’un sur l’autre en silence. Lara était tellement proche de lui qu’elle put sentir son parfum : une eau de Cologne discrète.
- Je ne vous ai pas fait mal ? reprit-il toujours en souriant.
Sa voix reflétait une grande délicatesse et gentillesse, comme celle d’un enfant qui ne connaît rien du mal ou de la fourberie. Cela correspondait tout à fait à son physique. Lara répondit :
- Non ce n’est rien, mais j’apprécierais que vous vous releviez.
Il bondit alors sur ses pieds dans un mouvement gêné.
- Pardon, fit-il en lui tendant la main pour l’aider à se relever.
Lara accepta et fut vite à nouveau debout. Elle chassa la poussière et les feuilles de ses vêtements en demandant :
- Vous êtes un touriste ? Le dernier car vient de partir.
Le jeune homme la regarda d’un air vexé. Il ouvrit ses bras pour présenter sa personne et demanda :
- Parce que vous trouvez que j’ai l’air d’un touriste ?
L’aventurière l’observa d’un air dédaigneux. Il portait une simple chemise ivoire maintenant poussiéreuse à cause de la chute et un pantalon en toile brun, pas d’arme, aucun accessoire, juste un petit sac à dos.
- Oui, vous avez l’air d’un touriste, répondit-elle avec ironie.
Il fronça les sourcils dans une fausse expression de colère, qui n’allait pas avec son sourire charmeur. Il désigna la jeune femme d’une main et lui demanda :
- Vous, vous êtes une terroriste ?
La question laissa Lara pantoise. Elle eut un mouvement de recul en tâtant ses 9mm qu’il lui désignait. Vu le sourire qu’il continuait d’arborer, il était clair qu’il se moquait d’elle.
- Vous trouvez que j’ai l’air d’une terroriste ?
Elle avait posé la question, identique à la précédente, sans s’en rendre compte. Cela amusa l’inconnu qui poussa un petit rire.
- Oui vous avez l’air d’une terroriste, répondit-il.
Lara sourit. Elle aurait pu se mettre en colère et l’envoyer balader, mais étrangement il lui inspirait beaucoup de sympathie. Il dégageait une aura délicate, enfantine et apaisante. Puis, il était vrai qu’au premier abord, rencontrer une femme comme elle, ainsi vêtue et armée, pouvait entrainer des craintes.
Lara reprit et dit :
- Je suis archéologue. Désolée si mon style vous effraie.
- Je ne suis pas effrayé. Même si je suis réticent aux armes à feu, j’en ai une certaine habitude, Lady Croft.
L’aventurière était toujours flattée qu’on la reconnaisse. Elle était désormais presque une célébrité et rencontrer des inconnus qui eux, la connaissaient, était devenu une scène banale. Néanmoins elle aimait également connaître le nom de ses fans. Elle lui demanda le sien :
- Et vous êtes ?
- John Seize.
Son sourire charmeur et tendre ne quittait jamais ses lèvres. Il chassa les mèches blondes qui lui piquaient les yeux, avant de tendre à nouveau la main à Lara.
- Enchanté, fit-il d’un air enfantin.
Lara sourit face à l’attention. Elle lui serra à nouveau la main et amusée, répondit :
- Enchantée.
Elle comprit alors pourquoi son cœur battait si fort et pourquoi des souvenirs nobles et doux remontaient lentement des cendres pour envahir son esprit. C’est donc avec émotion et nostalgie, qu’elle sourit à John Seize, lui faisant de même, homme dont elle ne connaissait rien et qui pourtant lui semblait particulier…

* * *

« Lara tu te souviens de notre première poignée de main ? Je me demande ce que tu as pensé ce jour là. J’ai dû passer pour un imbécile mais je l’ai fais machinalement. Peut-être qu’à ce moment-là je cherchais déjà juste un prétexte, pour effleurer à nouveau tes doigts, inconsciemment… »
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Eléo
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MessagePosté le: Jeu 21 Jan 2010, 19:27    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 1

Cette rencontre incertaine allait être le premier rouage d’un terrible mécanisme teinté de sang. Mais à ce moment-là, quand les mains de John et de Lara se séparèrent, aucun des deux individus ne le prévoyait. Pour eux, cela ne semblait qu’une rencontre hasardeuse, limitée à l’instant présent, aussi éphémère qu’un feu de paille, même si au fond, ils ressentaient déjà comme un lien étrange les unissant l’un à l’autre.
- Je suis désolée, Monsieur Seize, s’excusa Lara, mais j’ai à faire. Je serais vous, j’éviterais de traîner ainsi seul dans la jungle, ça peut être dangereux.
Elle ne s’attendait pas à sa réaction, mais il pouffa de rire avec surprise et mépris. Cela engendra chez la jeune femme une certaine consternation. Elle ne dit rien de plus, le dévisageant d’un air dédaigneux.
- Au contraire, répondit-il, je pense que traîner seule dans la jungle n’est pas un problème pour « vous », accentua-t-il, Miss Croft.
Elle approuva d’un petit sourire en hochant la tête. De toute manière, elle était toujours seule dans ses explorations (sauf exception) et en effet, cela ne lui avait jamais posé de problème. Ce John Seize semblait avoir le sens de la répartie.
- Rassurez-vous, reprit-il, ce n’est pas un problème pour moi non plus. Au contraire, je pense que nous cherchons la même chose.
L’expression du visage de Lara reflétait son scepticisme. Elle posa les mains sur ses hanches avant de dire :
- Ah bon ? J’en doute.
- Le Temple de la Création est dissimulé dans cette jungle. Il renfermerait un objet de grande valeur. Vous êtes à sa recherche, n’est-ce pas ?
Elle ne répondit pas immédiatement. Son regard, ainsi que toute l’expression de son visage, venaient de changer. Maintenant, elle se méfiait. Pour commencer, jamais elle n’aurait imaginé que Seize soit un archéologue, sa prestance et son attitude ne le laissaient pas deviner. Ensuite, Heaven ne lui avait pas offert énormément d’information. A vrai dire, il ne lui avait rien dit du tout. Lara cherchait sans savoir et ignorait la présence d’un temple nommé « le Temple de la Création ». L’idée que ces ruines renferment un artéfact ne lui avait pas non plus effleuré l’esprit. La seule chose qu’elle possédait était un vieux parchemin poussiéreux l’emmenant à un endroit spécifique, mais sans savoir ce qu’il contenait. John Seize semblait posséder plus de connaissances sur le sujet. Malheureusement, s’ils cherchaient la même chose, cela faisait de lui un rival. Lara décida d’essayer de lui tirer les vers du nez afin de compléter ses sources. Elle mentit et dit :
- Je suis en effet à sa recherche, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que vous. Vous cherchez un artéfact particulier ?
Le sourire de Seize, enfantin et malin, s’intensifia. Malgré les airs d’adolescent qu’il pouvait prendre, il semblait très intelligent et rusé. Deviner que Lara jouait la comédie, pour dissimuler son absence de source, ne fut pas un problème pour lui.
- Une brillante archéologue comme vous ignore ce que contient le temple ?
Aucune réponse. Lara ne répondit rien. Elle se contenta de le fixer d’un air coléreux et vexé. Son attitude provocante commençait à l’agacer, elle n’aimait pas qu’on la regarde ainsi de haut.
- C’est dommage, termina-t-il avec un air de fausse compassion.
Alors que Lara était exaspérée, il tourna les talons et commença à s’éloigner. Cette attitude moqueuse et hautaine était vraiment énervante. La simple idée qu’un touriste puisse prendre sous son nez une relique ayant un lien avec Arvamlabe irritait la jeune femme. Elle le coursa et lui demanda :
- Ne jouez pas au prétentieux avec moi ! Je connais l’histoire d’Arvamlabe comme personne ! Je pense que l’ignorant, c’est vous et personne d’autre. Vous ne savez rien de l’histoire de cette cité liée à ce temple.
Elle ne s’y attendait pas, mais il s’arrêta et se retourna soudain vers elle. Revoir son visage si proche du sien lui fit faire un mouvement de recul.
- C’est le premier arrivé qui gagne ? dit-il d’un air aguichant.
La jeune femme n’arrivait plus à rire. Cette situation la dépassait complètement, mais la lueur de défit qui pétillait dans les yeux bleus de Seize la stimulait. Elle décida de jouer le jeu, prit un air méprisant et répondit :
- Je vous préviens, je suis très mauvaise perdante, c’est pour cela que je gagne toujours !
D’un mouvement qui semblait un tic, Seize chassa les mèches de cheveux qui lui cachaient les yeux et partit dans la direction opposée à celle de Lara. Ils se séparèrent et partirent à grands pas vers deux directions opposées, tous deux poussés par leur soif de victoire.
Lara était énervée. Elle ne pensait pas rencontrer un rival comme John Seize : gamin, joueur, avec un brin de prétention et de charme. Un homme intéressant qui donnait du piquant à sa quête. Elle espérait trouver le temple avant lui et lui faire ravaler son orgueil. Cet objectif lui fit presser le pas. Elle essaya de progresser rapidement dans la jungle, poussant les végétaux qui lui barrait la route, voire en les tranchant sauvagement à coup de machette. Habituellement, c’était rare qu’elle perdre ainsi son sang froid, surtout face à un homme, mais Seize avait fait ressurgir des cendres des impressions et souvenirs étranges, plongeant Lara dans un état secondaire dans lequel elle ne basculait jamais. C’est en ne pensant qu’à lui, à la manière dont elle allait l’impressionner, qu’elle disparut entre les végétaux, boussole et parchemin en main.

* * *

Trisha ne se doutait de rien. Innocente, pure et naïve, elle continuait ses recherches sans prendre garde au danger qui la guettait. Agenouillée dans la masse végétale, une loupe à la main, elle semblait passionnée par la plante qu’elle étudiait avec minutie depuis plusieurs heures. C’était une espèce rare et unique dans la région. La jeune femme avait fait toutes ces heures d’avions pénibles et ennuyeuses uniquement pour elle.
Malgré la fin de l’après-midi qui radoucissait la température, il faisait extrêmement lourd et plusieurs fois par minute, Trisha épongeait son front dégoulinant de sueur du revers du poignet. Ses longs cheveux blonds attachés en chignon lui pesaient lourd. C’est dans ces moments pénibles qu’elle pensait sérieusement à les couper. Mais ils lui rappelaient sa sœur jumelle : Loveline, qui possédait la même chevelure. Elles vivaient très éloignée l’une de l’autre, Loveline vivant à Paris avec sa fille et Trisha voyageant beaucoup pour son travail. Elles se voyaient donc peu et Trisha aimait avoir une pensée pour sa sœur jumelle grâce à ses cheveux. Cela paraissait stupide, mais c’était une sorte de lien unique qui les reliait.
Après avoir noté quelque chose dans un carnet, la jeune femme décida de faire une pause. Elle épongea à nouveau son front, soupira à cause de sa fatigue et se releva. A cet instant, elle s’immobilisa. Les végétaux derrière elle venaient de bouger en provoquant un son approprié. Trisha ne put faire un geste, terrorisée. Elle n’était pas du tout courageuse et le simple fait de s’imaginer des choses horribles la bloquait sur place. Elle présageait qu’un jaguar lui bondisse dessus pour la dévorer vivante, même si la sécurisation du périmètre ne devait pas permettre ce genre d’incident. La bête dissimulée dans les plantes respirait fort. C’était une respiration étrange, anormale, qu’on ne pouvait qualifier d’humaine ou d’animale. Une respiration saccadée, informe, semblant provenir d’une gorge malade ou blessée. Elle était couplée à une odeur horrible : celle du sang et de la chair en décomposition. Une puanteur exécrable très forte qui ne fit que rendre Trisha encore plus mal à l’aise. Celle-ci serra les poings, imaginant que se trouvait dans son dos un félin féroce aux dents dégoulinantes de sang et de chair. Erreur, car c’était pire que cela. Dans un frisson, elle sentit soudain des doigts caresser son épaule droite dénudée. Les doigts humides déposèrent sur sa peau un liquide rouge, visqueux et répugnant : du sang. Quelqu’un avec une main sanguinolente la touchait.
Comme il s’agissait finalement d’un homme, Trisha n’hésita pas à se retourner. Elle fit volte face nerveusement en chassant la main de son épaule et hurla :
- Ne me touchez pas !
Silence. Pas de réponse. Elle se tut, ne pouvant continuer de parler. Ce qui se trouvait devant elle, qui la regardait, la jugeait, la dévorait des yeux, n’était ni humain, ni animal. C’était quelque chose d’autre, d’incroyable, d’impensable, d’inconcevable. Cela paraissait un homme, grand, dissimulé sous un épais manteau noir et une capuche, mais physiquement difforme et mutilé. Sa peau était inexistante, exposant toutes les fibres musculaires de son visage. Ses immenses cheveux noirs collaient à ses muscles dénudés, comme une grande toile d’araignée. Ses yeux paraissaient noirs, reflétant une profonde haine et sauvagerie.
Trisha prit peur, dégoûtée, terrorisée, accablée de rencontrer un tel être. Elle ouvrit grand la bouche et voulut crier, mais n’y arriva pas. Le monstre lui plaqua une main contre la bouche pour l’empêcher d’hurler. La jeune femme sentit immédiatement le goût du sang, alors qu’elle en but sans le vouloir. Les larmes lui montèrent aux yeux, tandis que le monstre ordonna :
- Ne crie pas !
Sa voix rauque et maladroite ressemblait à celle d’un homme malade, cela le rendait encore plus terrifiant.
- Je te fais peur, n’est-ce pas ?
Trisha pleurait à grosses larmes. Elle voulut reculer et s’enfuir mais la poigne de l’agresseur l’empêchait de bouger. Il possédait une force bestiale contre laquelle elle ne pouvait rien, comme si un étau lui serrait le visage.
- Tu me trouves horrible ? continua-t-il.
Par réflexe, Trisha secoua la tête négativement. Elle savait que pour ce genre d’individu fou et dangereux, il fallait aller dans leur sens, dire qu’il n’était ni laid, ni méchant, ni irrécupérable. Il fallait les prendre en pitié. Malheureusement, cela ne sembla pas fonctionner sur ce monstre, vu ce qu’il répondit.
- Menteuse…
Il baissa la tête, triste et désespéré. Visiblement, elle venait de le blesser.
- Je sais que je suis un monstre, fit-il. Je suis horrible et je te dégoûte.
Il releva brusquement la tête. Trisha sentit sa poigne se refermer plus fort autour de son visage, la douleur devenant atroce. La main du titan lui broyait les os comme du cristal. Il serrait fort, plus fort, toujours plus fort. La jeune femme poussa un hurlement de souffrance qui fut estompé par la main de son bourreau. Ses os se brisèrent, ses muscles s’atrophièrent, ses yeux quittèrent leurs orbites, alors que la main lui écrasa le visage comme s’il ne s’agissait que d’un œuf. Puis elle cessa d’hurler, alors que son corps devenait lourd. Quand l’assassin la lâcha, elle tomba dans les végétaux, morte.
Le monstre resta un instant debout, silencieux, à observer le cadavre. Il ne disait rien, se contentant de regarder la jeune femme inerte à ses pieds. Puis il enfouit une main sous son immense manteau noir et dégaina un katana dont la lame s’illumina sous les faibles rayons du soleil. D’un geste rapide et précis, il trancha le corps en deux, dans le sens de la longueur. Le cadavre s’ouvrit dans une ligne verticale allant du cou jusqu’au bas ventre. Les organes se déversèrent dans les herbes dans un bruit spongieux. Le sang giclant en torrent n’émut pas l’assassin qui rengaina, s’agenouilla près du corps et enfouit ses mains à l’intérieur. Après avoir brisé les côtes pour pénétrer dans la cage thoracique, il saisit délicatement le cœur de Trisha. Il l’arracha et le sortit du corps avant de se relever. Il observa le muscle avec une grande fascination. Le cœur paraissait un fruit juteux dégoulinant de sang encore chaud. C’était un organe petit, ridiculement petit, fragile, voire grotesque. Le monstre reposa ses yeux sur le cadavre et déclara :
- C’est pitoyable que la vie d’un humain soit gérée par une chose si insignifiante.
Après ces dires, il tourna les talons et disparut entre les végétaux.


* * *

Lara avait vécu tellement de choses, d’événements extraordinaires et incroyables, que plus rien ne l’étonnait. Ainsi, déboucher face à un lac gelé dans cette contrée et sous cette chaleur ne la surprit presque pas. Elle trouva même cela presque banal.
C’était un lac circulaire en face d’une immense paroi montagneuse. Il était gelé en sa totalité, lisse comme du verre et aussi dur que du béton.
L’aventurière s’avança doucement sur la glace. La surface glissante ne lui permettait pas de se déplacer très vite sans risquer de tomber. Il fallait donc qu’elle soit vigilante à chaque pas. Quand elle fut arrivée au milieu du lac, elle s’arrêta pour marquer une pause. Quelque chose sous ses pieds venait d’attirer son attention. Elle s’agenouilla et posa ses mains à terre pour chasser les morceaux de glace volatiles. Il y avait comme une énorme masse sombre, enfermée dans le lac. Lara affûta son regard pour essayer de mieux la distinguer. De forme cylindrique, elle possédait un renforcement arrondi recouvert d’une surface lisse. La jeune femme eut un mal fou à trouver de quoi il s’agissait jusqu’à ce que le pire arrive. Le renforcement en question sembla se retourner pour exposer un œil énorme à la pupille reptilienne. Tomber face à ce regard terrible fit reculer Lara qui glissa avant de tomber en arrière. Cela lui sauva la vie. La glace explosa juste devant elle, propulsant des blocs énormes en hauteur. Dans un rugissement atroce et perçant, un immense dragon sortit des profondeurs. Ses écailles rouge sang dégageaient une odeur de fer et de pourriture pestilentielle, de même que son haleine arome « chair putride ». Quand il posa son regard sauvage sur Lara, toujours à terre, celle-ci comprit qu’il lui en voulait. Ironiquement, elle dit en l’observant :
- Je suis lassée des dragons mangeurs d’hommes !
Elle ne mit pas longtemps à se remettre debout pour dégainer ses 9mm. Les deux armes crachèrent le feu et les balles qui allèrent transpercer la bête. Celle-ci hurla de douleur, son cri résonnant jusqu’aux cieux. La souffrance ne fit qu’accroître sa colère. Elle fonça sur sa proie, gueule grande ouverte, ses immenses ailes l’aidant à se déplacer plus rapidement. En plantant ses immenses griffes dans la glace, elle n’eut aucun mal à se mouvoir sur la surface glissante et arriver jusqu’à Lara ne fut qu’une question de secondes.
De son côté, l’aventurière avait beaucoup de difficultés à se déplacer. Ses chaussures non adaptées n’avaient aucune adhérence et elle passait son temps à glisser. Une situation très inconfortable pour esquiver un dragon furieux. Elle exécuta un saut arrière et sentit les mâchoires de la bête claquer à quelques centimètres de son corps. En vol, elle la cribla à nouveau de balles. Les projectiles déchiquetèrent la peau du dragon dans un jet d’hémoglobine. Il hurla encore, mais ne fut pas assez blessé pour être arrêté, tandis que Lara se réceptionna très maladroitement. N’ayant pas assez d’adhérence, elle glissa et chut encore sur la glace. L’impression de tomber sur du ciment n’était pas si éloignée de la réalité. La douleur fut présente et elle gémit à cause du choc. Quand elle voulut se remettre debout, elle tomba nez à nez avec les immenses mâchoires de la bête. Elle crut à cet instant que tout était terminé, mais une voix qu’elle connaissait résonna soudain sur la berge.
- Grosse bête moche en ligne de mire !
La remarque intelligente et utile fut suivie par un amoncèlement de coups de feu provenant d’armes automatiques puissantes. Le dragon fut troué de balles et se redressa en hurlant de souffrance. Il tomba lourdement en arrière et gesticula tel une larve sur la glace. Ses assassins ne s’arrêtèrent pas pour autant et les armes continuèrent de cracher leurs balles.
Lara se retourna pour analyser la situation. Les tireurs étaient des individus armés et équipés comme des militaires. Moins d’une dizaine, mais seul un se démarquait du groupe : John Seize, qui se contentait de jouer au chef pendant que ses petits soldats combattaient. Ils continuèrent de tirer jusqu’à ce que le dragon soit immobile. La chimère n’émit plus un souffle, morte dans une mare de sang. La glace absorba le liquide écarlate comme une éponge et le dragon disparut en se liquéfiant, avant que tout ne redevienne calme.
Les mercenaires rengainèrent en poussant des cris de joie, fiers de leur victoire. L’un d’eux déclara :
- Vous venez de vaincre le boss de fin de niveau, répartissez les points d’expérience.
Ses camarades rirent à la remarque, tandis que Lara grimaça, peu convaincue. Elle n’aimait pas qu’on se moque des entités gardiennes, même si celles-ci essayaient de vous tuer. Ce dragon ne faisait que protéger quelque chose, sa méchanceté était donc justifiée et se moquer de lui était parfaitement irrespectueux.
L’aventurière continuait de fixer Seize du regard en lui en voulant de plus belle. Il finit par la remarquer en croisant son regard. Son sourire charmeur et fier revint enflammer ses lèvres. Il s’avança calmement sur la glace pour se rapprocher de Lara. Chaussé de bottes à crampons, se déplacer sur la surface glissante fut pour lui un jeu d’enfant. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres de la jeune femme, celle-ci lui dit :
- Monsieur Seize, comme on se retrouve ! Vous n’avez toujours pas retrouvé le car touristique ?
Alors qu’il s’apprêtait à la dépasser, il sourit à la remarque amusante et déclara simplement :
- Un, zéro !
Puis, il la distança pour marcher vers la montagne. Lara fut amusée par sa provocation. Très bien, elle lui accordait le premier point, même si c’était plutôt ses sbires qui avaient fait tout le boulot. D’ailleurs, ils le suivaient et se rapprochèrent de l’aventurière. Celle-ci ne se poussa pas, les jaugeant du regard, se demandant quelle était leur valeur.
- Pousse-toi ! ordonna sèchement l’un d’eux.
Il devait mesurer deux fois sa taille, peser quatre fois son poids, mais Lara ne fut nullement impressionnée. Elle ne bougea pas d’un pouce, posa ses mains sur ses hanches et demanda méprisante :
- Sinon quoi ?
La provocation fit sourire le mercenaire. Il braqua son immense poing au-dessus de la tête de sa victime en lui demandant :
- Tu veux mourir, c’est ça ?
- Paul ! l’appela soudain Seize.
Le concerné s’immobilisa à l’entente de son prénom.
- Oui, John ?
- Sois gentil avec la dame.
Explosion de rire dans l’assemblée. Paul rougit et baissa son poing, honteux face à une Lara glorieuse et arrogante. Visiblement, les soldats tenaient Seize en respect. Etonnant vu leur différence physique. S’ils lui tombaient tous dessus, le pauvre blondinet se retrouverait immédiatement écrasé. L’aventurière était curieuse de savoir comment ce groupe étrange s’était formé. Elle se retourna pour suivre Seize qui venait de s’arrêter face à la montagne. Il observait la paroi en faisant preuve d’une concentration extrême. Ses mains caressaient la pierre comme s’il touchait une femme, avec prudence, douceur et délicatesse. L’aventurière fut encore une fois admirative de cette aura pure qu’il dégageait et fut presque amadouée.
- Qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-elle en s’immobilisant à ses côtés.
La question n’avait rien d’ironique ou de provocante. Lara ne voyait pas du tout l’intérêt de caresser la montagne. Cela la laissait sceptique, d’où sa question. Elle s’attendait à une boutade, mais Seize lui répondit sérieusement.
- Je cherche le Temple de la Création, Miss Croft.
Il se retourna vers elle pour lui demander face à face :
- Vous ne savez pas où il est, n’est-ce pas ?
Provocation. Il aimait cela, mais ça lui allait plutôt bien. Son charme pouvait opérer sur n’importe quelle femme, mais heureusement, celle à qui il souriait n’était pas aussi docile qu’il le croyait.
- Non, répondit Lara d’une fausse voix plaintive, je ne suis qu’une pauvre ignorante qui cherche sans savoir.
- Je m’en doutais.
Soudain, il plaqua une main au niveau de son cœur, alors que Lara fut brutalement tirée en arrière par le dénommé Paul. Seize plaqua ensuite sa main contre la paroi et une vague électrique explosa de la roche, comme si tout le corps du jeune homme transmettait une puissante énergie dans la pierre.
Lara fut aveuglée un instant et lorsque la luminosité fut à nouveau supportable, elle observa les alentours. Un profond couloir sombre venait d’être creusé dans la montagne, avec un soin et une précision dignes de travaux architecturaux, sans défaut, ni danger.
L’aventurière resta pantoise, abasourdie devant la technique, non, la magie, dont venait d’utiliser Seize pour créer ce couloir.
Après avoir frappé ses mains l’une contre l’autre pour en chasser la poussière, celui-ci déclara de sa célèbre voix charmeuse et fière :
- Deux, zéro !

* * *

« Quand on s’est rencontré, j’étais prêt à faire n’importe quoi pour te prouver ma valeur. Je ne sais pas pour quoi j’agissais de la sorte, alors que tu n’étais encore qu’une inconnue, mais j’ai immédiatement ressenti un sentiment étrange, comme quoi tu étais déjà spéciale à mes yeux. Connaissant ton caractère et celui que j’avais adopté à l’époque (prétentieux et frimeur), je pense que tu devais être prise d’une envie faramineuse de m’étrangler toutes les deux minutes. Heureusement, tu t’es contenue. Est-ce parce que moi aussi, j’étais déjà spécial à tes yeux, Lara ? »
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Eléo
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MessagePosté le: Mer 27 Jan 2010, 20:00    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 2

Lara avait vécu beaucoup de choses, d’événements extraordinaires et incroyables, mais rencontrer un touriste capable de creuser un couloir dans une montagne, là, c’était une première. Immédiatement, cela lui fit penser au pouvoir des matérias permettant de modifier et de contrôler la terre. Normalement, il était impossible d’en faire usage en dehors de Spira, mais les expériences menées par le Lux Apocalyspsis démontraient le contraire. Certains spécimens de laboratoire ayant reçu de la matéria liquide dans leur sang, sans présenter des signes de rejets, étaient capables, par la suite, d’utiliser le pouvoir transmis. Voir Seize modifier ainsi la roche fit frissonner Lara. Etait-il lui aussi un rescapé de ces expériences inhumaines ? Cela fit remonter à la surface des souvenirs douloureux pour l’aventurière, matérialisés grâce aux visages d’Axel et d’Eliane qui apparurent dans sa tête. La jeune femme fut un instant bouleversée, mais n’osant pas aborder le sujet délicat directement avec Seize, elle décida de tourner autour du pot.
- Monsieur Seize, est-ce que vous…
- Ne m’appelle plus « Monsieur, vous », la coupa-t-il soudain, c’est « John, tu » sinon je prends vingt ans dans la tronche à chaque fois !
- Très bien… « John », accentua-t-elle, ce pouvoir, d’où vient-il ?
- Ca t’intrigue, hein ?
Il se releva et chassa la poussière qui tachait ses vêtements, avant de répondre :
- Hé bien…c’est un secret !
Réponse stupide totalement inintéressante. John n’arrivait-il pas à prendre quelque chose au sérieux, même si cela concernait un sujet aussi grave ? Lara eut presque du mal à s’en remettre, mais elle se contenta de faire l’indifférente. Puis, après tout, peut-être que cela n’avait rien à voir avec les matérias et qu’il tirait son pouvoir d’ailleurs ? Décidant qu’elle trouverait bien la réponse le moment venu, Lara revint sur son objectif principal : continuer sa route en pénétrant dans ce nouveau couloir sombre.
Les lampes torches furent allumées, celle de l’aventurière étant accrochée à son épaule droite, et le groupe débuta son avancée vers les ténèbres. Lara et John ouvraient la marche, suivis par les sbires du blondinet qui couvraient ses arrières. Plus le groupe avançait, plus les parois de la montagne devenaient lisses et travaillées, signe d’une intervention humaine. Large d’environ cinq mètres, le couloir laissait assez d’espace pour s’y déplacer, mais l’obscurité totale n’encourageait pas au vagabondage. Restant attentive au moindre petit détail, Lara marchait prudemment. Elle observait les murs et le sol pour essayer de repérer les pièges, ce qui, avec l’obscurité, était relativement fastidieux. John ne semblait pas plus inquiet que ça et continuait d’avancer sans s’en soucier, limite les mains dans les poches. Même ses camarades paraissaient plus attentifs que lui.
- John, tu devrais faire attention, déclara Paul peu rassuré, cet endroit me flanque les chocottes et j’ai un mauvais pressentiment.
Le concerné haussa les épaules, pas convaincu par la mise en garde de son compagnon.
- Franchement, Paul, ton mauvais pressentiment on s’en fiche. Si t’as peur, va faire le guet dehors !
Heureusement que Lara était vigilante, elle, car la naïveté et la passivité de John auraient pu lui être fatales. L’aventurière l’attrapa tout à coup par le bras et le tira en arrière. Cela lui évita d’être touché par une flèche qui venait d’être propulsée d’un des murs, pour trancher l’air à l’horizontale juste sous son nez. C’était un piège classique mais toujours redoutablement efficace, en particulier pour quelqu’un qui ne s’y attendait pas.
John tomba sur les fesses dans la poussière, déclenchant une crise de rire dans ses troupes. Lara en profita pour prendre de l’assurance et frimer un peu. Elle dit :
- Attention où « tu » mets les pieds « John », accentua-t-elle, c’est dangereux par ici.
Le piège maintenant déclenché rendait le chemin mortel et impraticable pour une personne normale. Pour commencer, l’esquive des flèches empoisonnées, expulsées des murs dans un timing uniforme et particulièrement rapide, se devait d’être réussie si on ne voulait pas finir en brochette. Une fois ce « détail » réglé, il fallait passer au-dessus d’un gouffre effleuré par des lames qui se balançaient horizontalement. De l’autre côté patientait un levier, qui devait certainement stopper le mécanisme et ouvrir la porte au bout du couloir, pour l’instant close.
L’aventurière étudia le piège dans ses moindres détails. Il était assez classique mais ne perdait pas de sa mortalité. Le moindre faux pas entraînerait une mort douloureuse. Il fallait qu’elle soit prudente et possède un timing parfait : simple routine.
Elle plia ses jambes et attendit le moment propice pour s’élancer. Lorsqu’une flèche passa devant elle, elle exécuta une roulade, avant de se remettre debout. Un projectile effleura ses reins, ce qui prouva qu’elle ne devait faire aucune erreur. Débutant une série de pirouettes, son corps esquiva majestueusement les flèches en les effleurant à chaque fois, comme si Lara se jouait du piège. Une fois les flèches passées, le moment était venu d’esquiver ces lames voraces de chair fraiche et de franchir le gouffre. Rien de plus simple. Lara utilisa son lance grappin et courut le long du mur droit afin de passer la première lame. La seconde se balançant dans le sens opposé, elle se retourna vers la gauche, poussa sur ses jambes et se propulsa sur le côté. Son lance grappin lui permit d’atteindre le mur d’en face sans problème et de courir sur celui-ci pour passer l’autre piège. Dans un nouveau bond, elle déboucha de l’autre côté, face au levier. Elle eut presque envie de dire « trop facile » mais sa modestie ne la fit que sourire. Après avoir chassé la crasse des ses vêtements, elle marcha vers le levier et l’actionna. Comme prévu, la porte en face s’ouvrit, le mécanisme fut stoppé et un pont apparut pour permettre à John et à sa troupe de traverser. Les sbires étaient admiratifs et pantois face à la maîtrise gracieuse de la jeune femme. Ils l’applaudirent avec entrain, tandis que John se contenta d’un petit hochement de tête et d’un sourire en coin admiratif. Lorsqu’il rejoignit Lara, celle-ci dit d’un air dominateur :
- Deux, un !
Il sourit face à la boutade et ils remarchèrent à nouveau côte à côte. Ils passèrent la porte désormais ouverte et continuèrent de progresser dans le couloir. Quelques minutes de marche plus loin, ils débouchèrent dans une salle énorme. C’était une immense grotte plongée dans l’obscurité, que seules quelques faibles lampes à huiles permettaient d’éclairer. John en saisit une avant de déclarer :
- Je crois que nous sommes au cœur de la montagne.
- Merci pour cette brillante analyse géographique, répondit sèchement Lara.
- Je ressens comme de l’ironie dans ta voix. Ce n’est pas parce que j’ai l’avantage que tu dois te montrer désagréable.
Après s’être accroupi, il éclaira le sol grâce à la lampe. En réalité, le groupe venait de s’immobiliser face à des douves assez larges, remplies d’un liquide opaque à l’odeur reconnaissable.
- C’est de l’huile, conclut John en se relevant.
Il y jeta la lampe et le liquide prit instantanément feu. Toutes les douves s’enflammèrent, dévoilant un spectacle incroyable. Dans l’obscurité, il demeurait invisible, mais maintenant, un magnifique temple creusé dans la roche sortait des flammes. Visiblement, on l’avait directement taillé dans la montagne, avec une précision et un goût unique. La pierre sombre prenait des teintes rougissantes avec le feu. Les statues qui l’ornaient, représentant des chimères aux corps félins et aux têtes de rapaces, paraissaient s’animer. La roche dégageait une délicate odeur de souffre. Le tout offrait une vision fabuleuse, mais cela n’empêcha pas John de casser l’ambiance en disant fièrement :
- Trois, un !
Lara ne se laissa pas faire. Coléreuse, elle réfuta.
- Tu plaisantes j’espère ?
- Quoi ?
- Jeter une lampe à huile dans une douve est à la portée de n’importe quel attardé prépubère. Le point ne compte pas !
- « Attardé prépubère »… répéta-t-il, vexé.
Ses sbires pouffèrent encore de rire. Ils semblaient des géants aux muscles d’acier, mais avec des cœurs d’enfants, qui riaient pour tout et n’importe quoi. Dans le fond, Lara commençait à apprécier leur compagnie. Mais la situation n’était pas aux plaisanteries. Il fallait maintenant trouver un moyen d’ouvrir les deux gigantesques portes qui permettaient de pénétrer dans le temple. Lara recula de quelques pas afin de les observer dans leur totalité. Elles étaient incrustées de dessins et d’inscriptions qui firent encore remonter à la surface des souvenirs douloureux. Sur chaque porte était gravé l’Oeil de Lumière. Heaven n’avait donc pas menti : ce temple était bien lié à Arvamlabe.
- Tu m’as l’air songeuse, remarqua John.
La voix du jeune homme fit sortir Lara de sa nostalgie. Elle lui désigna les portes d’un mouvement de tête en demandant :
- Tu sais ce que c’est ?
Il observa les deux portes d’un air déconcerté. Vu l’expression de son visage, Lara conclut qu’il ne devait pas connaître Arvamlable, ni l’Oeil.
- C’est un oeil dessiné dans des portes. En quoi est-ce intéressant ?
Lara sourit de manière charmeuse, satisfaite de la réponse. Elle s’attendait parfaitement à ce qu’il ne reconnaisse par le symbole.
- Ca t’intrigue n’est-ce pas ? demanda-t-elle d’une voix mauvaise.
Elle le distança, se rapprocha des portes et ajouta :
- Hé bien…c’est un secret !
L’aventurière se trouvait à la fois grotesque et amusante. Elle et John se taquinaient comme deux enfants dans un bac à sable. Cette situation la divertissait un peu, voire, elle y prenait goût.
- Tu sais comment entrer ? fit John en la suivant.
- Peut être bien…
- Tu ne veux pas me le dire ?
- Non !
Le sourire de Lara s’intensifiait. Elle ne préférait pas regarder John de peur d’éclater de rire. Elle se contenta donc de se rapprocher des portes et de laisser ses mains caresser la roche. Ses paumes furent imprégnées de poussière et l’odeur de la pierre envahit ses poumons. Elle ferma les yeux et laissa ses sensations qu’elle aimait tant la transcender. Quand elle effleurait ainsi la roche, c’était pour elle comme caresser un être cher. Elle ressentait l’histoire du temple à travers sa chair, la pierre, qui passait à travers sa peau pour s’écouler dans la totalité de son corps. Mais cette magie fut vite rompue par un bruit strident et une lumière aveuglante. Lara fit un pas en arrière en ouvrant les yeux. Elle vit John décoller sa main droite des portes dans lesquelles il venait de creuser un énorme trou. Il avait utilisé la même magie que pour pénétrer dans la montagne.
- Là, ça compte : trois, un, fit-il.
L’aventurière serra les poings pour retenir sa colère. Creuser un trou dans un temple de cette manière était un véritable blasphème. Il devait y avoir un moyen plus mythologique et adapté de pénétrer en ce lieu, mais cet homme ne semblait guère s’en soucier. Elle resta immobile à le regarder s’engouffrer dans les ténèbres, en le méprisant entièrement. Surpris de constater qu’elle ne le suivait pas, il lui demanda :
- Tu ne viens pas avec moi ?
- Je désapprouve tes méthodes et de toute manière, je préfère me débrouiller seule.
Elle tourna les talons et contourna le temple, laissant John seul avec ses camarades. Celui-ci haussa les épaules, avec un « Fais comme bon te semble » avant de disparaitre dans le noir, pendant que ses sbires montaient la garde à l’entrée.
Lara s’éloigna des portes et se dirigea vers le flanc ouest du temple. Elle s’y immobilisa et analysa la pierre. L’architecture laissait de nombreux pics et autres prises le long des parois, facilitant l’escalade. En hauteur, à environ dix mètres du sol, une fissure importante serpentait sur le mur, en rejoignant les hauteurs et une grosse crevasse s’enfonçant dans le temple.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Lara. Sans attendre, elle débuta l’escalade en tirant sur ses bras et en poussant sur ses jambes. L’effort fut relativement simple et c’est seulement après quelques secondes qu’elle rejoignit la fissure. Uniquement suspendue du bout des doigts, elle se balança le long de la pierre en suivant la crevasse jusqu’au passage étroit. Elle s’y hissa et rampa dans le noir. La quantité faramineuse de poussière s’infiltrant dans ses poumons la fit tousser, mais, heureusement, cette torture ne fut que de courte durée. Elle finit par déboucher dans une grande pièce et s’y redressa pour l’inspecter. Les murs étaient taillés d’inscriptions et de gravures. Les multiples dessins représentaient des scènes que l’aventurière n’eut aucun mal à reconnaître ou à comprendre. Elle identifia Bristilla en train de dévorer des êtres humains, les champs et l’extermination des dieux. Ces gravures confirmaient qu’elle se trouvait bel et bien dans un temple lié à Arvamlabe. L’histoire racontée par les gravures s’achevait par une sorte de rituel, permettant la création d’un objet, comme un couteau. Lara aurait souhaité l’analyser plus en détail, mais une voix la troubla tout à coup.
- Tu es rapide !
Lara se retourna en fronçant les sourcils. John venait d’arriver dans la pièce. Il s’arrêta à côté d’elle et suivit son regard vers les gravures. Immédiatement, il ressentit un certain dégoût, en particulier face à la scène de Bristilla. Lara ne lui apporta aucune réponse ou précision, elle fit même immédiatement volte face vers une direction opposée, en l’ignorant totalement. Remarquant son attitude, John la suivit en demandant :
- Je suppose que tu es de mauvaise humeur ?
- Tu supposes très bien.
- Puis-je savoir pourquoi ?
Elle stoppa soudain en se retournant vers lui. On pouvait facilement lire la colère dans ses yeux, de même que sur tout son visage, étiré à cause de la rage.
- Tu veux savoir ? Ca me répugne qu’un homme comme toi, aussi irrespectueux et ignorant, se pavane ici en cherchant un objet dont il ignore le pouvoir.
- Ah oui ? Moi, au moins, je suis ici pour une bonne raison et je sais très bien ce que je cherche ! Toi, tu le sais ?
Lara ne répondit rien. La question venait de la remettre à sa place. Il était vrai qu’elle avait pénétré ce temple sans savoir quoi chercher, uniquement sous les indications d’Heaven. A la base, elle ne connaissait même pas l’existence de cet endroit. Seulement, le problème n’était pas là. L’histoire du Lux Apocalypsis n’était pas quelque chose qu’elle prenait à la légère. Si ce temple était lié à Arvamlable, cela la concernait, rien de plus.
- Je suis ici par curiosité, répondit-elle, pour combler les vides sur une affaire qui me concerne directement.
- Très bien. Dans ce cas, nos principes et buts étant différents, je te demanderais de ne pas me juger et de me laisser travailler comme ça me chante !
La conversation s’arrêta là. John contourna la jeune femme et se dirigea vers le mur qui exposait la scène du rituel. Après avoir posé sa main droite sur son cœur, il toucha la paroi. Un éclair jaillit et un nouveau passage se forma dans la roche, permettant d’accéder à une autre salle. Pourtant, John n’avança pas. Il sentait quelque chose presser l’arrière de son crâne : le canon d’une arme à feu, ce qui le fit s’immobiliser. Lara se trouvait derrière lui, avait dégainé et le menaçait d’un 9mm.
- Retourne-toi doucement en levant les mains, ordonna-t-elle rudement.
Il s’exécuta sans broncher. Lorsqu’il fut face à la jeune femme, celle-ci se rendit compte qu’il lui souriait, comme si la situation l’amusait. Il monta lentement ses mains derrière sa tête dans une attitude décontractée, avant de demander tranquillement :
- Qu’est-ce que tu vas faire ?
- Enlève ta chemise !
- T’as qu’à le faire toi-même, obsédée !
« Il m’énerve ! » se disait Lara, « Mais qu’il m’énerve ! ». La jeune femme se trouvait au bord de la crise de nerf, alors que son dernier boulon venait de sauter. D’un geste nerveux et rageur, elle ouvrit la chemise de John en arrachant tous les boutons. Le torse dénudé du jeune homme apparut dans la faible lumière de la salle, un torse bien dessiné à la peau claire parfaitement lisse. Mais tout cela n’était que des détails, par rapport à ce qui fit ouvrir des yeux globuleux à l’aventurière. John possédait une pierre en cristal noir incrustée dans la poitrine, au niveau du cœur.
- Qu’est ce que c’est que ça ? demanda l’aventurière en la désignant.
Il répondit avec un grand sourire prétentieux et amusé.
- Le parfait résultat d’un entraînement intensif pendant des années.
- Je ne parle pas de la modeste musculature de ton torse d’anorexique, mais de la pierre incrustée dedans.
- C’est une histoire compliquée qui demande au moins un café. En attendant, peux-tu baisser ton arme ? J’ai tendance à être nerveux en ayant un 9mm pointé entre mes deux yeux.
Lara rengaina, non sans se méfier. Elle conclut qu’il tirait son pouvoir de cette relique, ce qui expliquait pourquoi il posait toujours sa main sur son cœur.
- Merci de m’avoir déshabillé aussi sauvagement, reprit John en constatant les dégâts. Maintenant je risque d’attraper une pneumonie et je ne préfère pas imaginer les remarques des gars quand ils vont me voir sortir à moitié nu avec toi.
Lara eut un petit sourire en visualisant la scène.
- Je ne préfère pas imaginer non plus.
Comment pouvait-elle rire d’une telle situation ? Il y a à peine une seconde, elle menaçait cet homme et maintenant, elle riait de nouveau avec lui. La technique de John : rester cool et amusant, même dans la pire des situations, était infaillible pour décontracter l’atmosphère. Soit il se surestimait, en étant vraiment sûr de son coup, soit il sous-estimait Lara, en la pensant incapable de tirer, ou il était vraiment idiot. Les trois hypothèses se rejoignaient certainement.
Après des sourires distraits, Lara et John pénétrèrent ensemble dans la nouvelle salle. Celle-ci devait faire environ quarante mètre carrées, avec des lampes à huiles enflammées réparties partout, illuminant la pièce comme en plein jour. Au centre, un autel en pierre sortait du sol, sur lequel était posé un objet somptueux : une dague au manche incrusté de perles rouges, comme du sang cristallisé.
Les yeux de Lara pétillèrent devant cet artéfact sublime, qui dégageait une aura très forte, comme s’il transpirait de puissance.
Les deux aventuriers s’immobilisèrent face à l’autel et observèrent la relique silencieusement et respectueusement pendant quelques secondes. Leurs cœurs battaient fort, l’excitation d’enfin trouver le trésor du temple, après toutes les épreuves traversées, faisant monter l’adrénaline. N’arrivant plus à tenir, Lara demanda sans quitter la relique des yeux :
- Qu’est-ce que c’est ?
- La Dague des Immortels, je suppose, répondit John en avançant une main vers la relique.
Il la saisit, l’observa un instant avant de l’accrocher à sa ceinture et de tourner les talons. Lara le regarda agir d’un air ahuri. Il venait de faire ce geste aussi naturellement que d’attraper une boîte de conserve sur un rayon de supermarché. Encore une fois, Lara crut être victime d’une hallucination, cela paraissant vraiment caricatural et elle fut du coup lente à réagir. Mais quand elle vit John partir sans hésitation, avec la dague accrochée à son pantalon, elle courut pour le rattraper. Elle le saisit au bras pour le faire s’arrêter et dit :
- Tu comptes prendre cet objet comme ça, sous mon nez ?
Il lui sourit encore niaisement, mais elle ne prenait plus cela à la légère. Pourtant, malgré ses yeux coléreux, John ne put s’empêcher de répondre stupidement.
- Laisse-moi réfléchir un instant : oui !
Lara était très en colère. Cela se lisait dans ses yeux noirs et sa poigne se resserrant autour du bras de John. Sans le lâcher, elle dégaina un 9mm et le menaça à nouveau au niveau de la tête.
- Il n’en est pas question !
Gros silence qui reflétait le malaise. Lara et John se toisaient sans mot. Les yeux de l’aventurière étaient sauvages, ne reflétant que sa colère et son désir de victoire. Ceux de John dégageaient de l’assurance et de la pureté. Il sourit encore, un sourire tendre et doux, inexplicable dans sa situation. Mais Lara ne se laissa pas attendrir et ne fléchit pas, même quand il rapprocha son visage du sien. Il le fit lentement, avec un sourire amoureux, qui fit croire durant un instant à la jeune femme qu’il allait l’embrasser, ce qui la stressa affreusement. Elle pressa son 9mm au niveau de la gorge du jeune homme pour l’empêcher de se rapprocher plus, tandis qu’elle se noyait dans ses yeux bleus superbes. John dit alors :
- Tu veux me tuer ? Vas-y, tire. A cette distance je devrais mourir sur le coup, alors n’hésite pas. Mais rappelle-toi, Lara, que c’est moi qui t’ai fait pénétrer dans ce temple, dans cette pièce, pour découvrir un artéfact dont tu ignorais jusqu’à maintenant l’existence. C’était un bon plan de te servir de moi pour trouver ce que tu voulais, avant de m’abattre pour me voler. C’est comme ça qu’agissent tous les pilleurs de tombes, je suppose.
Lara resta figée en le regardant droit dans les yeux. Ses paroles venaient de la poignarder en plein cœur, qui, d’ailleurs, battait très fort. Elle continua de le dévisager alors que son stress venait de totalement remplacer sa colère. Normalement, elle aurait dû lui faire payer cet affront, mais étrangement, ses paroles venaient de la vexer, comme si, venant de lui, elles faisaient vraiment mal. Derrière ce beau visage et cet air de grand enfant immature se cachait un homme particulièrement intelligent. Il sourit encore et insista :
- Qu’est-ce que tu attends ? Tire et décapite-moi d’une balle bien placée !
Il disait cela avec une pointe de sadisme dans sa voix. Cela le rendait…terriblement beau…
- Tu n’en es pas capable ?
Lara sentit sa main trembler. Elle était incapable de tirer, trop hypnotisée par cet homme qui semblait lire en elle comme dans un livre ouvert. Statufiée, noyée dans son regard, elle ne répondit rien alors qu’il reprit pour dire :
- Si tu ne peux pas, baisse ton arme. Je t’ai expliqué que ça me rendait nerveux.
Il y eut un profond silence pendant plusieurs secondes. Lara détourna soudain ses yeux de ceux de John en poussant un grognement, puis elle rengaina.
- Tu es agaçant, dit-elle en se retournant pour ne plus le voir.
Elle resta immobile en lui tournant le dos, n’osant pas le regarder en face, honteuse et désappointée. Les sentiments qui la bouleversaient à cet instant étaient particulièrement étranges et intenses. Elle ressentait une gêne spéciale, comme si John l’intimidait. Mais quand le sol se mit tout à coup à trembler, cela chassa ses pensées. Elle fut déstabilisée et tomba à la renverse, sur les genoux. Gémissant à cause de la douleur, elle ne réussit pas à se redresser, tandis que les tremblements devenaient plus forts. John se rapprocha d’elle en essayant de rester stable.
- Ca va ? demanda-t-il en la saisissant par le bras pour l’aider à se relever.
Elle approuva d’un hochement de tête, mais les secousses devenaient de plus en plus violentes, au point que John dut s’accroupir également pour ne pas tomber. Dans une éruption de poussière et de blocs de pierre, le mur devant eux explosa. Un monstre énorme et hideux bondit vers eux. Mesurant au moins dix mètres de haut, son corps ressemblait à celui d’un lion, avec une fourrure rousse empestant la sueur. Ses griffes acérées se plantèrent dans la terre. Sa tête d’aigle possédait deux petits yeux noirs transpirant de haine et de sadisme et le cri qu’il poussa sembla celui d’un enfant égorgé.
Lara et John ne firent pas un geste. Ils observèrent la bête avec surprise, voire avec peur. L’aventurière dégaina lentement ses 9mm en disant :
- Grosse bête moche en ligne de mire…
- C’est ma réplique…J’ai des droits dessus…
La chimère ne sembla pas apprécier leur humour. Après avoir poussé un nouveau hurlement de rage, elle bondit vers ses proies. Lara la cribla de balles sans ménagement. Malheureusement, ses tirs ne semblaient pas très efficaces. La bête fut sur elle en à peine une seconde. Une roulade sur le côté fut salvatrice pour éviter son bec tranchant. Lara n’attendit pas longtemps pour bondir sur ses pieds et tirer une nouvelle rafale. Elle s’arrêta pourtant vite dans son élan : John venait de la saisir par le col pour la tirer en arrière.
- Tu nous feras une démonstration de ton talent de tireuse d’élite plus tard, fit-il. On doit sortir d’ici !
Lara rengaina et le suivit. Ils coururent aussi vite qu’ils le purent, la bête enragée étant à leurs trousses. L’aventurière suivait John sans se poser de question. Sortir par son tunnel étroit serait trop dangereux, elle devait donc emprunter le même chemin que son coéquipier. Il la guida à travers de nombreux couloirs jusqu’à la sortie du temple.

Lorsqu’ils virent les deux aventuriers bondir comme des fous vers eux, les compagnons de John ne se posèrent pas de question et se mirent à courir également. La tenue légère de leur chef ne passa évidemment pas inaperçue et la remarque tant attendue fit son entrée.
- Bravo, qu’avez-vous fabriqué tous les deux dans le noir ?
- Utilise ton énergie pour courir, ou lieu de poser des questions stupides !
Le groupe pénétra dans le couloir sombre, traversa le pont à toute vitesse et sortit de la montagne. John et ses compagnons n’eurent aucun mal à courir sur la glace, leurs chaussures étant munies de crampons, mais Lara dut opter pour une autre technique. Elle bondit dans un magnifique saut, se réceptionna sur la glace et profita de l’élan pour se laisser glisser. Elle traversa le lac gelé et s’enfonça dans la jungle sans perdre en vitesse. La dernière chose qu’elle entendit fut les paroles de John :
- On se retrouve au point de rendez-vous comme prévu !
Puis il disparut entre les végétaux, dans une direction opposée à celle de l’aventurière. Celle-ci continua de courir pendant plusieurs minutes sans se retourner. Elle zigzagua entre les arbres, bondit au-dessus des pierres, roula sur les tapis de feuilles, tout cela à une vitesse effrénée. Quand tout autour d’elle redevint calme et silencieux, elle s’arrêta enfin.
Pliée en deux, dégoulinante de sueur, essoufflée, elle prit le temps de reprendre sa respiration. Après s’être redressée, elle pivota sur elle-même, mais ne vit rien ni personne. La jungle était silencieuse, endormie, sans trace de vie. Lara était à nouveau seule au milieu de nul part, la chimère et John ayant disparu. John... Lara n’arrêtait pas de penser à lui. Il y a à peine une minute, ils étaient encore ensemble, à se chamailler comme des enfants et maintenant, c’était terminé, elle ne le reverrait plus jamais. Cela formait comme un gros vide inexplicable, un manque, qui dérangeait la jeune femme. Elle entendait toujours sa voix à la fois pure et déterminée résonner dans sa tête : « Qu’est-ce que tu attends ? Tire et décapite-moi d’une balle bien placée. ». Et son regard…ses beaux yeux bleus pénétrants, elle les voyait toujours devant les siens. Visiblement, ce John Seize ne la laissait pas indifférente. C’était un homme intéressant et plus intelligent qu’il ne le laissait croire. Elle était curieuse de savoir si elle allait le revoir.
Mais soudain, elle cessa de penser à lui lorsqu’un bruit retentit derrière elle : celui des feuilles. Elle se crispa, saisit ses 9mm et dégaina. Les fourrés bougeaient devant elle, signe que quelqu’un ou quelque chose se rapprochait. L’aventurière resta silencieuse et prête à tirer, alors qu’apparut devant elle un inconnu enveloppé d’un immense drap noir et d’une capuche. Son visage dissimulé ne permettait pas de savoir s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, mais il était plutôt grand et aux épaules larges. Il dégageait quelque chose de très effrayant et une odeur de sang repoussante.
Lara fronça les sourcils tout en continuant de le menacer. Quand l’inconnu se rendit compte de la menace, il s’immobilisa.
- Qui êtes-vous ? demanda la jeune femme sans baisser ses armes.
Il ne répondit pas, restant immobile et silencieux.
Lara l’entendait respirer. C’était une respiration forte et sifflante, comme provenant d’un corps malade. Ce bruit couplé au parfum intense de sang que dégageait l’inconnu, le rendait vraiment terrifiant.
Il s’écoula de longues secondes sans qu’aucun des deux individus ne bougent. Le vent sifflait autour d’eux, tandis que l’obscurité les dissimulait comme des spectres. Il régnait une ambiance angoissante et glauque, comme dans un film d’épouvante. Cela fut d’autant plus angoissant, quand l’inconnu demanda :
- Pourquoi tu me menaces ?
Sa voix était celle d’un homme malade qui écorchait les mots. Lara en eut un instant des frissons, mais elle ressentit beaucoup de tristesse et de désarroi dans cette voix. L’inconnu reprit et dit :
- Toi aussi tu trouves…que j’ai l’air d’un monstre ?
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MessagePosté le: Dim 07 Fév 2010, 14:12    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 3

Lara restait immobile et silencieuse à menacer l’homme en noir. Celui-ci dégageait une aura particulière, puissante et terrifiante, faisant fondre tout autour de lui dans des ténèbres opaques à l’arôme sanglant. Sans mot, ni geste, il dégageait une force inhumaine, une prestance fantastique, qui à elle seule suffisait à rendre impuissants les êtres l’encerclant.
Lara était également victime de cette force spéciale. Elle n’osait ni tirer, ni bouger, ni parler, car une sensation étrange la tétanisait : la peur. Pourtant, elle ne fréquentait que rarement ce sentiment, surtout dans une situation qui n’en valait pas la peine, mais là, elle la ressentait vraiment…la peur. C’était comme si cet inconnu absorbait sa force, aussi bien physique que mentale. Lara ne pouvait cesser de le regarder, tandis que son cœur battait de plus en plus fort et que le stress lui compressait l’estomac. Ses mains commençaient à trembler. Une sueur glacée l’inondait et ses jambes peinaient à la porter. La jeune femme ne comprenait absolument pas pourquoi elle se mettait dans un état pareil, mais cela la déstabilisait énormément, au point de chasser sa confiance en elle.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle fermement pour se donner de l’assurance.
Il répondit immédiatement d’une voix résolue :
- Je ne suis personne.
Lara frissonna.
La manière dont il venait de lui répondre, à la fois avec tristesse et colère, ne fit que l’effrayer de plus belle. Elle resserra sa poigne autour de ses armes, comme si elle avait peur de les lâcher et ordonna :
- Qui que vous soyez, montrez-moi votre visage !
L’inconnu resta un instant sans bouger, comme si la requête ne l’intéressait pas, mais le regard insistant de Lara le fit agir. Lentement, il leva une main à sa capuche et la tira en arrière. La révélation fut alors aussi terrifiante que répugnante. Les yeux de Lara s’exorbitèrent et elle fut tétanisée. Apparut devant elle une immense chevelure noire sanguinolente, le liquide écarlate s’égouttant des cheveux vers le sol, trempant le manteau noir de l’inconnu. Le visage de celui-ci était mutilé, paraissant dépecé. Ainsi, on distinguait la chair de ses joues. Personne ne pourrait rester de marbre, voire survivre avec de telles blessures, mais pourtant, cet homme restait aussi statique d’une statue de pierre, comme s’il ne ressentait aucune souffrance.
Lara fut dégoûtée devant une telle abomination, ce visage meurtri ne faisant que la terroriser encore plus. Elle ne dit pas un mot, même de compassion et resta encore immobile, bras tendus, à menacer le monstre. Celui-ci avança vers elle en disant, toujours de la même voix neutre :
- Tu trouves que j’ai l’air d’un monstre, n’est-ce pas ?
Lara voulut reculer, mais elle ne le put, la terreur l’empêchant d’agir. Impossible de tirer, de prendre la fuite ou de détourner les yeux. Son corps ne réagissait plus, car en proie à une force inconnue. L’aventurière restait silencieuse et immobile à observer l’homme en noir avancer vers elle, dans une démarche lente et lourde, comme s’il tirait tout l’enfer derrière lui. Il confirma hargneusement :
- Tu as raison : je suis un monstre ! Un monstre engendré par un démon : l’homme.
La terreur ne fit que croitre lorsque Lara se rendit compte de ce qu’il tenait dans sa main droite : un cœur humain. L’organe encore chaud saignait entre ses doigts, tandis qu’il le tenait à la fois avec délicatesse et fermeté. Les convulsions de l’aventurière doublèrent, jusqu’à ce qu’elle tremble de tous ses membres, comme une tige de roseau secouée par la tempête. En constatant son état, le monstre déclara :
- Tu es faible.
Il s’arrêta à un mètre d’elle. Lara plongea dans ses yeux, des yeux noirs qui semblaient des portes vers les ténèbres. L’odeur naturelle de sang qui émanait de cet homme donnait des vertiges à la jeune femme. Elle avait l’impression que le liquide envahissait sa bouche, comme si elle suçait un bonbon métallique. Mais la sensation devint encore plus horrible, quand l’homme en noir monta le cœur à sa bouche et en arracha un morceau. Il déchiqueta le ventricule gauche et l’avala goulument. Lara secoua la tête comme pour se remettre les idées en place, voulant chasser ces images atroces de ses yeux, mais ce fut inutile. La terreur la paralysait complètement et elle ne pouvait que subir ce spectacle ignoble sans possibilité de réagir. Cet homme semblait contrôler ses émotions pour la rendre impuissante.
- Tu ne m’intéresses pas, déclara-t-il simplement.
Sans un mot, un geste ou un regard de plus, il la distança et continua sa route.
Lara resta longtemps dans la même position, droite et bras tendus.
Ses jambes tremblaient. Elle dégoulinait de sueur. Ses mains moites peinaient à tenir ses armes. Ses yeux pétillaient à cause de la peur. Jamais elle n’avait été dans un état pareil.
Elle se retrouva seule au milieu de la jungle, dans un silence pesant et glauque.
L’homme en noir venait de disparaitre dans les végétaux, ne laissant que des traces écarlates au sol et un parfum de sang dans l’air.
Au bout d’une minute sans réaction, Lara finit par baisser ses armes en soupirant. Son sentiment d’anxiété, pourtant si intense il y a quelques secondes, venait d’entièrement s’estomper, en même temps que l’inconnu. Cela renforçait l’hypothèse que c’était bel et bien lui qui avait infligé à l’aventurière cette peur anormale. Celle-ci eut un frisson en y repensant. Le visage horrible du monstre était tout à fait clair dans sa tête, marié dans cette obscurité comme s’il était un masque des ténèbres. « Tu es faible » : la voix du monstre résonnait également dans l’esprit de Lara, avec tristesse et haine. Cet homme était un amoncellement de peine et de rage, engendrant une aura tétanisante.
L’aventurière poussa un long soupir pour évacuer son stress et rengaina. L’inconnu venant de disparaître, cela ne servait à rien de se tourmenter. Lara décida de reprendre sa marche à travers la jungle, en suivant une direction opposée à celle de l’homme en noir. Au bout de quelques minutes, elle finit par retourner devant le lac. A sa grande surprise, la couche de glace avait fondu, le trou dans la montagne disparu et une étendue d’eau cristalline empêchait d’approcher la paroi. Pensant être victime d’une illusion, Lara passait ses doigts sur le liquide pour l’effleurer. Celui-ci était bien réel. Etait-ce la Légende qui voulait cela ? La Dague ayant été volée, le lac avait dégelé pour empêcher les gens de pénétrer à nouveau dans le temple ? L’aventurière ne voyait que cette supposition.
Elle se releva et observa un instant la montagne. « Je cherche le Temple de la Création Miss Croft. » « Vous ne savez pas où il est, n’est-ce pas ? » « C’est dommage pour vous… » : les précédentes paroles de John Seize revinrent soudain résonner dans sa tête. Elle vit son visage et son sourire se peindre sur ses pupilles, ce qui, sans savoir pourquoi, la stressa. Elle haussa les épaules et rebroussa chemin. Elle devait trouver un endroit où passer la nuit, avant de repartir en Angleterre demain matin.
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MessagePosté le: Dim 07 Fév 2010, 14:13    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 4

Cela faisait des heures que Lara faisait des recherches sur John Seize. Enfermée dans la bibliothèque du manoir Croft, elle avait consulté des tonnes de livres, de journaux et de sites Internet. Son obstination l’avait même poussé à contacter certaines de ses connaissances, notamment dans la police et ceux de plusieurs pays pour tenter de trouver quelque chose sur le beau blondinet aux yeux bleus. Mais résultat : rien, nada, nothing. Personne ne le connaissait, ou n’avait entendu parler de lui et aucune information ne filtrait dans les journaux ou sur le Net.
C’est en poussant un gros soupir qui reflétait sa déception que Lara s’éloigna de l’ordinateur sur lequel elle travaillait, se leva et quitta la bibliothèque pour retourner dans sa chambre. Une fois à l’intérieur, elle s’allongea sur son lit, sur le dos, les mains derrière la tête et continua de penser à John Seize.
- Qui est-il ? demanda-t-elle à voix haute sans attendre de réponse. Comment peut-on vivre comme un fantôme, sans que personne ne connaisse votre existence ?
Elle resta immobile sur son lit, à se remémorer leur ancienne aventure dans le Temple de la Création. Quand elle se rendit compte qu’elle ne pensait qu’à ça, elle se redressa précipitamment en disant :
- Ca suffit ! Pourquoi je ne pense qu’à ce type ? On n’est pas dans un manga pour fille. Elle est con ou quoi, l’auteure ?
La sonnerie du téléphone la fit revenir à la réalité, tout en la faisant sursauter. Après avoir remis ses cheveux en place, elle saisit le combiné posé sur la table de nuit et le porta à son oreille.
- Lara Croft, j’écoute, dit-elle en décrochant.
- Miss Croft, je suis charmée d’entendre à nouveau votre voix si délicieuse.
Les doigts de Lara se crispèrent tellement sur le téléphone qu’elle crut pouvoir le broyer. La haine lui serra les entrailles au point de lui donner la nausée.
- Heaven, misérable, répondit-elle en se retenant de raccrocher. Qu’est-ce que vous voulez ?
- Dois-je avoir une raison particulière pour vous appeler ?
- Le simple fait d’entendre votre voix me donne envie de vomir. Allez au diable !
- Vous l’avez trouvée ? fit l’agent avant qu’elle ne raccroche.
Lara s’immobilisa, sa curiosité étant plus forte que la haine.
- Trouvé quoi ? demanda-t-elle, coléreuse, même si dans le fond elle savait de quoi il parlait.
- La Dague des Immortels, évidemment, mais j’ai comme le pressentiment que John Seize vous a devancée, n’est-ce pas ?
Lara releva instantanément la tête pour fixer le vide. Comment Heaven pouvait-il connaître John Seize ? Etait-ce lui le commanditaire du jeune homme ?
- Heaven, qu’est-ce que vous savez ?
Il y eut un rire à l’autre bout du fil, un rire glauque et diabolique que seul un démon comme Heaven pouvait produire. Lara sentit son échine se glacer, mais elle resta tout de même attentive.
- Vous êtes décidément extraordinaire, Lara, fit Heaven en pouffant de rire. Vous êtes donc toujours capable de me faire confiance ? Amusant, vraiment très amusant.
- Heaven, vous…
- Ne vous inquiétez pas. Si cela peut pour rassurer, je ne mijote rien du tout. Je ne serai même pas un rouage de l’engrenage du piège dans lequel vous allez tomber. Enfin, peut-être un petit peu, mais presque rien. Ne cherchez pas de mon côté, vous ne trouverez rien ! Mais je vais tout de même observer tout cela d’un bon œil, car je sens que la distraction sera tout aussi passionnante que votre précédente aventure. Au plaisir, Miss Croft et adieu.
Lara n’eut pas le temps de dire quoique ce soit, qu’un bip répétitif, signe que la communication était coupée, résonna dans son oreille : Heaven venait de raccrocher. L’aventurière sentit sa haine et sa tristesse disparaitre en même temps que la voix de l’agent. Après avoir raccroché, elle resta un instant statique et silencieuse à observer le téléphone. « Je ne serai même pas un rouage de l’engrenage du piège dans lequel vous allez tomber. » : que signifiaient donc ces paroles intrigantes et lugubres ?
- Un piège ? répéta Lara à voix basse sans quitter le téléphone des yeux. Heaven, si jamais vous…
La sonnerie du téléphone retentit à nouveau, surprenant l’aventurière qui sursauta encore. Son cœur battait fort, signe qu’elle était perturbée, mais elle décrocha tout de même.
- Oui, allô ?
Elle s’attendait à entendre la voix d’Heaven à l’autre bout du fil, mais ce ne fut nullement le cas.
- Salut, Lara ! Comment vas-tu ?
La jeune femme mit du temps à répondre, trop surprise pour faire preuve de répartie.
- John ? fit-elle en reconnaissant sa voix. Je…Qu’est-ce que tu veux ?
- Hé bien quelle gentillesse… J’aimerais te parler, à propos de la Dague des Immortels. C’est possible ?
- Je ne sais pas. Ecoute je ne…
- Je suis à Londres en ce moment même, mais mon avion décolle dans quelques heures. Je n’ai donc pas beaucoup de temps. Rejoins-moi dans trente minutes au pied de la grande horloge.
- Attends, je n’ai pas que…
- A tout de suite, je t’attends !
Et il raccrocha.
Lara resta pantoise et ahurie, le téléphone contre son oreille, à écouter la sonnerie répétitive dans le combiné. Elle n’avait même pas eu le temps de protester, comme si John ne voulait pas lui laisser le choix. Tout venait de s’enchainer à une vitesse étrange et déstabilisante.
- Est-ce une mauvaise blague ? dit-elle en raccrochant le téléphone. Je ne comprends pas.
Elle resta silencieuse un instant à réfléchir. Comment John Seize avait-il eu son numéro ? Remarque, s’il pouvait creuser des trous dans des montagnes comme par magie, trouver un numéro de téléphone aussi célèbre que le sien ne devait pas lui poser de problème. Mais tout de même, tout cela était fort, voire suspect.
Un coup de tonnerre gronda dehors et un éclair illumina furtivement la pièce. Interpellée par la lumière, Lara tourna la tête vers la fenêtre. A l’extérieur, il tombait une pluie diluvienne, alors que le tonnerre rugissait sauvagement. Sur la fenêtre s’écoulait un voile d’eau, rendant le paysage flou et triste. Cela ne donnait nullement envie de sortir faire du tourisme à Londres. « A tout de suite, je t’attends ! » : mais John ne lui avait pas laissé le choix. Lara se rendait compte que sa curiosité allait encore gagner sur sa raison et dans le fond, elle voulait revoir John Seize. Elle descendit donc de son lit, empoigna un gros imperméable qu’elle enfila, avant de sortir de sa chambre.

* * *

John Seize venait de raccrocher alors qu’un mince sourire satanique illuminait son visage.
- Je vous l’avais dis, Miss Croft, vous ne devriez pas être aussi naïve, fit-il alors que son corps commençait à être envahi par une intense lumière blanche. Vous allez encore souffrir à un point que vous ne pouvez imaginer.
Quand la lumière disparut, Heaven se leva et sortit du salon pour se diriger vers sa chambre. Arrivé dans la pièce, il s’observa dans l’immense miroir à pied.
- Ce corps arrive bientôt à son terme, dit-il en remarquant les grosses taches rouges qui pourrissaient son cou. Mais il m’aura été fort utile. Je vais rester sage à présent, et observer ce nouveau spectacle s’annonçant fort distrayant.

* * *

Quand Lara sortit de sa voiture, elle fut dégoulinante d’eau dans la seconde. L’orage n’avait fait qu’empirer durant le trajet, et elle avait dû rouler à une vitesse modérée à cause du manque de visibilité. Cela ne l’avait pas empêchée d’arriver dans les temps et elle chercha tout de suite John Seize du regard, en se rapprochant de la grande horloge. La météo catastrophique arrangeait au moins une chose : il n’y avait personne sur la place de Londres à l’heure du rendez-vous. Même John était absent, Lara étant visiblement la première sur les lieux. C’est avec une certaine colère qu’elle commença à attendre sous la pluie, dissimulée sous son énorme capuche noire. Pour s’occuper, elle observa partout autour d’elle, cherchant également John du regard. L’orage était d’une telle intensité, que la place et la route en étaient inondées. Certains commerçants avaient même fermé et Lara ne distinguait pas le moindre fragment de vie aux alentours. Du moins, c’était le cas avant qu’elle n’aperçoive une ombre s’enfoncer dans une ruelle sombre et étroite au nord de la place. Intriguée, et pensant qu’il s’agissait peut-être de John qui ne l’avait pas remarquée, Lara se mit à courir dans sa direction. Après des zigzags entre les gigantesques flaques d’eau, elle finit par déboucher dans la ruelle. A ce moment-là, elle stoppa net. Son souffle se coupa. Ses doigts se raidirent. Ses yeux fixèrent de manière horrifiée la scène d’apocalypse qui s’offrait à eux. La ruelle était inondée d’une eau cramoisie à l’odeur de fer, alors que tous les murs étaient tachés de sang. On y distinguait notamment des traces de mains et de griffures, signe qu’une bataille violente s’était déroulée ici.
Alors que le cœur de l’aventurière commençait à battre plus fort que d’habitude, elle dégaina ses 9mm dissimulés sous son énorme imperméable, et commença à marcher silencieusement dans la ruelle. Elle n’entendait rien, excepté les hurlements du tonnerre et la sauvagerie de la pluie. Arrivée à un angle, elle se plaqua dos contre un mur, et se plaça dans une position adéquate de tir. Elle bondit dans la rue suivante en braquant le vide de ses armes. Même si ce qu’elle vit à cet instant fut d’une horreur infernale, elle ne put tirer. Ce fut comme si à ce moment-là, elle avait été tétanisée par le dégoût. Devant elle, pataugeait dans son propre sang une adolescente sauvagement meurtrie. Agenouillé sur elle, un individu encapuchonné enfonça ses mains dans son corps et en retira des organes pour les jeter à terre, comme un charognard qui farfouille dans une carcasse. D’un mouvement de bras rageur et précis, il saisit le cœur chaud encore battant de la jeune femme et l’arracha rageusement. Il n’y avait pas de mot assez précis pour décrire cette boucherie atroce, répugnante et inimaginable. Lara en resta stoïque, incapable de tirer ou de faire le moindre mouvement, se contentant de regarder en silence. L’individu en noir finit par se lever et il s’immobilisa en remarquant la présence de Lara. Dans la tête de celle-ci, des souvenirs glauques refirent surface : « Tu trouves que j’ai l’air d’un monstre, n’est-ce pas ? » « Tu as raison : je suis un monstre ! ».
Trop absorbée par ses souvenirs qui amplifiaient son malaise, Lara manqua de vigilance et tomba dans le piège. L’assassin leva subitement son bras gauche, sa main droite tenant le cœur de l’adolescente, et à ce moment-là, toute l’eau qui inondait le sol se transforma en une vague gigantesque qui s’effondra sur l’aventurière. Celle-ci eut l’impression d’être percutée par un mur de béton, et malgré une roulade sur le côté, fut entraînée dans le torrent déchainé. Elle roula sur le cadavre de la demoiselle et se retrouva couverte de sang de la tête aux pieds. Quand elle releva la tête, elle vit l’assassin disparaitre en sautant de toits en toits au-dessus elle. Ne voulant pas qu’il s’enfuie une nouvelle fois, elle le visa précisément avec ses 9mm, mais malheureusement, n’eut pas le temps de tirer.
- Baissez vos armes ! hurla soudain une voix dans son dos.
Lara se figea en percevant cet ordre sec. Calmement, elle se retourna, sans pour autant baisser ses armes. Une troupe de policiers l’encerclait, la menaçant de leurs armes dans de parfaites positions de tirs, comme s’ils interpellaient une simple criminelle de bas étage.
- Lâchez vos armes et mettez les mains derrière la tête ! insista le policier.
Lara n’eut pas d’autres choix que d’obéir. Elle déposa ses 9mm au sol et monta lentement ses mains à son crâne. Un policier s’avança vers elle, un pistolet dans une main, une paire de menottes dans l’autre. Il maîtrisa la jeune femme en lui tordant un bras, la plaçant dans une position de soumission totale. A cet instant, dans la tête de l’aventurière, tout se bouscula. La pluie, la douleur, le sang, l’émotion, tout cela entraîna la genèse de sentiments négatifs, comme la colère ou la rancune. Submergée par la rage, Lara eut une réaction impulsive. Elle fit volte-face pour se retourner, et donna un violent coup de tête au policier qui venait de lui passer les menottes. Celui-ci s’effondra, et Lara tenta de prendre la fuite, ce qui fut un échec douloureux. Des coups de feu résonnèrent et elle s’effondra à nouveau dans l’eau et le sang, son propre sang. Rapidement, sa vue se brouilla. Les formes devinrent spectrales. L’obscurité l’envahit et elle s’évanouit sous la pluie, en plongeant dans les ténèbres à l’odeur de fer.

* * *

« Tu sais, Lara, j’ai toujours admiré ta force, aussi bien physique que mentale. Au départ, je croyais que cette fierté dont tu faisais preuve était ta plus grande qualité, que c’était elle qui t’offrait toute ta puissance. Je te voyais un peu comme ces héros de jeux vidéo, ou de bandes dessinées, qui ne connaissent ni la peur, ni la douleur, et dont le charisme éblouit tous les êtres qu’ils croisent. Je te voyais ainsi, et tu étais mon modèle. Quelque part, c’était vrai : ta fierté était ta force, mais en y réfléchissant, tandis que tu te forçais à la garder, elle était aussi la source de tes plus grandes faiblesses. A cause d’elle, tu as beaucoup perdu, entraînée par ton impulsion et tes sentiments et sans voir les réels dangers. Si un jour tu arrives à laisser ta fierté de côté et à accepter tes faiblesses, tu arriveras à contourner tous les obstacles et à devenir encore plus forte. Nos faiblesses ne sont pas des fardeaux, elles nous permettent de rester humains et cela, ce n’est pas une honte, Lara. Les personnages de fiction n’existent pas, car ils sont trop beaux pour être vrais, mais moi j’aimerais continuer de t’admirer comme tu es, savourer ta force…et tes faiblesses… »

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MessagePosté le: Sam 13 Fév 2010, 12:20    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 5

Avant même d’ouvrir les yeux, Lara sentit qu’il se passait quelque chose d’étrange, car tout son corps était comme anesthésié. Se remémorer les précédents événements l’aida à comprendre pourquoi : si elle avait été touchée par les balles, on avait dû la transporter aux urgences, soigner et placer sous morphine pour limiter la souffrance, ce qui expliquait l’engourdissement de son corps.
Avec un gémissement qui reflétait son état, elle ouvrit enfin les yeux. Une fois que le voile grisâtre qui lui masquait la vue fut dissipé, elle se rendit compte qu’elle se reposait bel et bien dans une chambre d’hôpital. La pièce était classique, dans les teintes blafardes, avec une immense baie vitrée offrant une magnifique vue sur la ville. On y distinguait notamment la grande horloge qui piquait le ciel brumeux.
A gauche de la malade, une infirmière veillait celle-ci, l’accueillant avec un beau sourire et les questions habituelles pour savoir comment elle se sentait. L’aventurière en profita pour s’intéresser de plus près à son état général. Une perfusion dans l’avant-bras droit lui transfusait des antidouleurs et elle possédait des bandages sur le haut du corps et sur les jambes. En constatant cela, sa colère se dissipa, ou plutôt muta en remords et en tristesse. Elle avait agi avec impulsion et sottise et aurait pu ne jamais se réveiller, si ces policiers avaient visé des points vitaux. A l’avenir, elle devrait vraiment songer à se calmer et à ne plus s’emporter de la sorte.
Elle échangea quelques mots avec l’infirmière, qui, après avoir pris sa température et vérifié son rythme cardiaque, sortit de la chambre.
Lara décida de patienter en regardant par la fenêtre. L’orage s’était calmé, mais il pleuvait toujours légèrement. Elle se demanda combien de temps elle était restée inconsciente et repensa à l’homme en noir, cet assassin qui était toujours libre pendant qu’elle se reposait ici. Mais la porte de sa chambre s’ouvrit avant qu’elle ne puisse poursuivre sa méditation.
- Bonjour, beauté, fit John Seize en pénétrant dans la pièce le visage à moitié dissimulé derrière un énorme bouquet de fleurs. On n’arrête pas de se voir en ce moment. Je te manquais déjà ?
Lara en resta complètement abasourdie et ne trouva pas quoi répondre sur le coup. John était accompagné par un homme petit et rabougri, aux yeux globuleux dissimulés derrière une grosse paire de lunettes rondes. On aurait dit un hibou. Il tenait sous son bras droit une chemise remplie de documents, qu’il posa sur la table rotative à côté du lit de l’aventurière.
- Que puis-je faire pour vous, messieurs ? demanda celle-ci à la fois calme et déjà agacée.
- Vous êtes accusée de meurtre sur Nadia Jirare, expliqua l’inspecteur hibou, ainsi que de coups et blessures sur un policier, sans parler de la tentative de fuite. Tout ce que vous direz pourra être…
- Je suis innocente, coupa Lara d’une manière sèche mais sereine. Je n’ai tué personne.
- Dans ce cas, dites-nous qui est le meurtrier et ce que vous avez vu.
- Certainement. J’ai débouché dans la rue au moment où cette jeune fille se faisait assassiner par un individu vêtu de noir, que j’avais déjà croisé en Amérique du Sud il y a quelques jours.
Lara marqua une pause dans son récit, ne voulant pas tout de suite faire mention du raz de marée que l’assassin avait formé par magie et laissa le policier à lunettes méditer. Il farfouillait dans le dossier d’un air dubitatif et non intéressé, comme s’il laissait l’aventurière parler dans le vide. De son côté, John s’amusait à installer son gros bouquet de fleurs, une magnifique composition de lys, comme s’il n’avait strictement rien à faire de l’interrogatoire. D’ailleurs, sa présence surprenait la jeune femme : était-il finalement policier ?
- Et cet homme encapuchonné, reprit le hibou, qu’est-il devenu ?
- Il a pris la fuite. Les policiers sont intervenus au moment où j’allais le poursuivre.
- Vous insinuez que c’est de notre faute si le véritable meurtrier court toujours ?
- Tout à fait. Mais l’incompétence sidérante de la police n’est plus un secret pour personne.
Avant que l’inspecteur ne puisse laisser sa colère éclater, John pouffa de rire. Tous les regards se tournèrent vers lui, aussi bien les yeux interloqués, mais amusés de Lara, que les yeux de l’inspecteur, choqués et rancuniers.
- Ca vous fait rire, Seize ? demanda-t-il en se retenant de ne pas l’étrangler.
- Ca se voit, non ?
- Ne me parlez pas sur ce ton ! Si vous avez quelque chose à dire, allez-y, lancez-vous !
- C’est ce que je vais faire. Nadia Jirare a été tuée de la même manière que les victimes précédentes : on lui a arraché le cœur. En ce qui concerne Miss Croft, son profil ne correspond pas à celui d’une psychopathe avide de chair humaine. De plus, même si elle était armée, elle possède de nombreux permis le lui permettant et l’absence de poudre sur ses mains et de trace de balle sur les lieux du crime indique qu’elle n’en a pas fait usage. Pour l’agression, mettons donc cela sur le compte de la surprise et du manque de tact de vos hommes qui n’aide pas. Miss Croft n’a rien d’une meurtrière, mais est un témoin précieux dans cette affaire. Je compte sur son entière collaboration, finit-il en tournant la tête vers Lara.
La jeune femme resta muette malgré un petit sourire rassuré. Même si John Seize semblait un homme particulier, assez enfantin et séducteur, il n’en était pas moins quelqu’un de confiance qui allait la tirer de cette situation peu confortable. Elle lui en était déjà très reconnaissante.
- Vous m’agacez, Seize, fit le hibou en rangeant ses papiers de façon nerveuse et désordonnée. Je vais être bien clair : ne lâchez pas Miss Croft, où je la fous derrière les barreaux dans la seconde et vous avec !
- Calmez-vous, inspecteur, intervint John en levant les mains en signe d’apaisement. Prenez vos pilules pour vos nerfs si ça doit vous mettre dans un tel état. Miss Croft et moi allons travailler ensemble. Je vous tiendrai au courant de l’avancement de l’affaire, ou pas.
Cette dernière boutade rendit l’inspecteur fou de rage. Il saisit ses documents avant de partir de manière décidée vers la sortie.
- Ne jouez pas au con avec moi, Seize, dit-il en saisissant la poignée. N’oubliez pas grâce à qui vous pouvez vivre ainsi !
Puis il quitta la chambre en claquant la porte derrière-lui.
- Quel naze ce mec, fit John en fixant la porte close.
L’aventurière observait le jeune homme d’une drôle de manière, à la fois avec consternation et remerciement. Elle ne savait pas trop quoi dire, ni penser, tellement tout s’était enchainé avec vélocité ces derniers jours. Elle avait rencontré John Seize dans un temple poussiéreux et aujourd’hui, ils se trouvaient à nouveau face à face, dans une chambre d’hôpital.
- Alors, fit John en passant son bras autour du cou de Lara, tu ne t’imaginais pas que ton prince charmant vienne à nouveau à ton secours, n’est-ce pas ?
Lara voulut se débattre pour se dégager de son étreinte, mais elle préférait limiter les mouvements brusques à cause de son état. Elle se contenta donc de le fusiller du regard.
- Je crois que tu me dois des explications, répondit-elle sèchement. Je suis arrivée sur les lieux du crime parce que je t’attendais et me voici maintenant impliquée dans une affaire de meurtres sordides.
Suite à ces mots, le regard de John changea, reflétant de la surprise.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Tu as la mémoire courte. Tu m’as téléphoné et donné rendez-vous sur la place de Londres à l’heure du meurtre. Tu n’étais pas là et je suis tombée sur cet homme en noir à la place : hasard ou bien tu as quelque chose à cacher ?
Il se passa un temps dans le silence durant lequel Lara et John ne firent que se regarder. Le jeune homme lâcha l’aventurière alors que son éternel sourire revint enflammer ses lèvres.
- Je suis flatté, Lara, dit-il en chassant les mèches de cheveux qui lui piquaient les yeux. Je n’espérais pas qu’après notre première rencontre, tu fantasmes sur moi au point d’imaginer un rendez-vous en tête à tête. Je ne t’ai jamais téléphoné.
Lara ne sut que dire. Dans son esprit, tout se mélangeait et elle ne savait plus quoi déduire, ni qui croire. Si cela n’avait pas été John qui l’avait appelé, alors qui ? Qui l’avait poussé dans ce piège. « Vous êtes donc toujours capable de me faire confiance ? Amusant, vraiment très amusant. » : les précédentes paroles d’Heaven lui apportèrent immédiatement une réponse. La colère revint lui serrer les tripes.
- Et si tu me racontais tous les détails de cette affaire, fit John en la faisant revenir à la réalité. Je doute qu’un simple assassin puisse réussir à te mettre au tapis aussi facilement, surtout si tu étais armée.
- Je n’ai pas précisé que cet homme possède un pouvoir particulier. Il a formé une vague grâce à l’inondation de la rue et m’a presque noyée. Le temps que je me relève, les flics étaient déjà là et m’ont arrêtée.
- C’est con.
- Tu n’as pas l’air surpris.
- Rien ne me surprend, pas après tout ce que j’ai vu.
Lara n’ajouta rien de plus. Elle ne voulait pas demander davantage de détails sur l’affaire, trop faible pour entendre parler de cœurs arrachés.
- Ton médecin m’a fait un bilan de ton état, reprit John. Les balles t’ont juste effleurée et tu devrais être apte à sortir d’ici quelques jours. Notre avion décolle à la fin de la semaine et je me suis chargé de prévenir ton majordome pour qu’il commence à faire tes valises.
- Notre quoi ?
- Notre avion. Tu sais bien, cet aéronef plus lourd que l'air, entraîné par un organe moteur, dont la sustentation en vol est obtenue principalement par des réactions aérodynamiques sur des surfaces qui…
- Je sais ce qu’est un avion, merci, coupa-t-elle agacée, mais je n’ai nullement l’intention de partir avec toi.
- Je suis vexé.
- Peu m’importe. Je ne me laisserais pas encore entraîner dans une enquête policière qui ne me concerne pas. J’ai eu ma dose de manipulation pour ne pas retomber une seconde fois dans un piège.
- De quoi tu parles ?
- Ca ne te concerne pas.
Gros silence. John ne dit rien pour protester, même pas une blague pour faire tomber la tension. Lara tourna la tête vers lui et se rendit compte qu’il venait de perdre son expression enfantine pour un visage triste et boudeur, comme un enfant qui vient de se faire gronder. L’aventurière en fut un instant désappointée, car elle l’avait, semble-t-il, vraiment contrarié.
- Tu te prends pour qui ? demanda-t-il rudement. Tu crois être la seule à avoir des problèmes et à souffrir ? Si tu penses que tout ça, ça me plait, laisse-moi te dire que tu te trompes. Moi aussi j’ai ma dose !
Il se dirigea précipitamment vers la sortie sans rien ajouter de plus. Lara en resta toute secouée, car elle ne s’attendait pas à ce qu’il réagisse de cette manière. Pour elle, il était inconcevable qu’une personne comme John Seize connaisse la colère. Elle fut alors très stressée et son cœur se mit à battre fort, l’anxiété grandissant, au fur et à mesure que John s’approchait de la porte.
- T’as qu’à rester dans ta chambre d’hôpital, reprit-il en colère. Je ne te demanderai rien et je m’arrangerai pour qu’on ne te cause pas d’ennuis pour cette affaire. Désolé de t’avoir importunée.
Il ouvrit la porte et sortit. Lara fut accablée, un sentiment qu’elle ne comprenait pas vraiment. Elle appela John pour qu’il revienne, tout en basculant ses jambes sur le côté pour sauter du lit. Mais au moment où elle glissa au sol, elle s’effondra lourdement à terre, comme si elle n’avait plus d’os dans les jambes pour la soutenir. Son gémissement refléta la douleur atroce qu’elle ressentit à ce moment-là. Elle resta affalée par terre sans pouvoir se relever, son corps n’en ayant pas encore la force. A cet instant, John passa la tête dans l’entrebâillement de la porte.
- J’ai entendu le cri d’une princesse en détresse, fit-il en observant Lara affalée par terre. Besoin d’un prince pour voler à ton secours ?
L’aventurière leva la tête vers lui. Il avait retrouvé son sourire amusé et tendre, ce qui la rassura malgré sa position très humiliante et inconfortable. Elle sourit également, essayant de rire de la situation plutôt que d’en pleurer.
- Oui, répondit-elle. J’avoue qu’un peu d’aide ne serait pas de refus.
- Très bien, je vais appeler une infirmière avant de m’en aller.
- Attends ! le rappela Lara alors qu’il allait à nouveau disparaître. Je suis désolée.
- Qu’est-ce que tu as dit ? J’ai pas bien entendu.
- Je suis dé-so-lée, John. Est-ce que tu peux m’aider, s’il te plaît ?
Il pénétra à nouveau dans la chambre en fermant la porte derrière lui, avant de se diriger vers Lara.
- Drôle de hobby de te rouler par terre, fit-il en s’immobilisant à ses côtés. Tu es sûre d’être une lady anglaise ?
- Ce n’est pas ce que tu crois, j’ai perdu quelque chose qui a roulé au sol.
- On dirait que tu ne peux pas te relever toute seule. C’est triste. Tu es tellement mal que je pourrais t’achever avec un caillou.
- Je préférerais que tu m’aides à me relever.
- Dois-je comprendre que tu as besoin de moi ?
Lara ne répondit pas. Elle resta un instant silencieuse à observer John, à plonger dans ses yeux ? bleus si doux et réconfortants. A ce moment-là, il se passa quelque chose, mais elle ne sut pas dire exactement quoi, comme s’ils étaient tous deux liés par une force très puissante. Avec un léger sourire amusé, elle répondit :
- Oui, j’ai besoin de toi.
John s’accroupit, toujours avec une expression de grande pureté et de tendresse sur son visage.
- Ami ? demanda-t-il en lui tendant la main.
Lara la saisit afin qu’il l’aide à se relever. La peau du jeune homme était incroyablement douce, comme celle d’un enfant, mais cela ne la surprit pas.
- Ami, bien sûr.

* * *

« Tu te souviens de notre deuxième rencontre, quand tu étais à l’hôpital ? Tu m’avais mis en colère et j’avais quitté ta chambre en t’envoyant balader. Maintenant, je peux te le dire, cela n’avait été que pur stratagème à la « Je veux que tu me coures après », mais tu ne pouvais pas courir et tu t’es lamentablement cassée la gueule (oui j’ai trouvé ça drôle sur le moment, pardonne-moi et ne me tue pas s’il te plaît…). Je n’oublierais jamais cet instant, quand tu m’as dit « Oui, j’ai besoin de toi. ». A ce moment-là, dans le contexte, cela ne signifiait rien pour toi, mais moi, j’en ai presque eu les larmes aux yeux. C’était la première fois que j’existais vraiment pour quelqu’un et tu m’as offert beaucoup de chaleur dans cette poignée de main. Je t’en remercie, Lara. »

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MessagePosté le: Mer 17 Fév 2010, 16:49    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 6

Lara n’était pas à l’aise en avion, pire, elle haïssait purement ce type de transport. Il lui remémorait irrémédiablement le crash de ses fiançailles, ainsi que la mort de Cain et de ses parents. L’appareil n’avait même pas encore décollé qu’elle sentait déjà le stress lui presser l’estomac et une sueur froide l’inonder, la mettant déjà très mal à l’aise. Si elle ne se changeait pas rapidement les idées, elle risquait de devenir très anxieuse et le vol pour arriver jusqu’au Nevada, où l’emmenait John, deviendrait particulièrement pénible. Elle décida de débuter une conversation avec son ami pour remédier à ce problème.
- Pourquoi le Nevada ? demanda-t-elle en se tournant vers lui, assis à sa droite à côté du hublot. Qu’allons-nous faire là-bas ?
- Nous allons à la base ! répondit-il exagérément en gonflant le torse.
- Et bien, ça promet. Mais qui êtes-vous exactement, toi et tes sbires ? Des militaires ?
- Non. Juste des hommes à tout faire, acceptant toutes sortes de mission du moment qu’on peut y gagner de quoi manger.
Une fois ces explications fournies, il s’affala dans son siège en poussant un énorme soupir, déboutonna le haut de sa chemise pour se mettre à l’aise et ferma les yeux. Refusant qu’il s’endorme, Lara reprit et dit :
- Tu ne m’as presque rien dit sur l’affaire des cœurs arrachés. Parle-m’en, s’il te plaît.
- Non merci, fit-il sans prendre la peine de rouvrir les yeux. Déjà que l’avion me donne mal au cœur, alors j’aimerais éviter de parler de ça durant le voyage. De toute manière, je n’ai pas le dossier sur moi et je préfère ne pas passer sur des détails importants.
- J’ai du mal à croire qu’un touriste comme toi puisse collaborer avec la criminelle sur une enquête d’aussi grande envergure. Qui es-tu au juste ?
- Personne. Maintenant, laisse-moi dormir !
Lara fut déstabilisée par sa réponse sèche et ne dit rien de plus. « Personne », cela pouvait paraître classique, mais John avait répondu de manière très instantanée et morose, comme s’il y avait une part de vérité dans ses propos. L’aventurière décida de le laisser tranquille un moment.
L’avion finit par décoller, la crispant à son siège pendant toute la phase ascendante. Elle ferma les yeux et se cramponna aux accoudoirs jusqu’à ce que l’appareil se stabilise dans le ciel. Une fois cela fait, elle se décontracta un peu et sortit son carnet de voyage pour l’ouvrir et le feuilleter. Elle le relut pendant plusieurs heures afin de passer le temps et finit par repenser au mystérieux coup de téléphone du faux John, sûrement donné par Heaven transformé, car les deux voix semblaient bien correspondre. Cela signifiait-il qu’Heaven et John se connaissaient ? Cette information était vraiment à vérifier, car si c’était le cas, Lara ne devrait en aucun cas faire confiance à celui qu’elle considérait maintenant comme son ami. Qu’est-ce qu’Heaven pouvait bien encore trafiquer ? Pour commencer, il l’avait poussé à trouver le Temple de la Création, où elle avait rencontré John pour la première fois, et ensuite, elle devait collaborer dans une nouvelle enquête policière glauque. Les coïncidences avec la dernière aventure du Lux Apocalypsis firent frissonner Lara qui espérait ne pas tomber dans un nouveau piège sanglant qui lui ferait perdre des êtres chers.
Ne voulant plus y penser car cela n’améliorait pas son état psychologique, elle referma son carnet et tourna la tête vers John. La respiration de celui-ci était lente et régulière, indiquant qu’il dormait vraiment. La jeune femme fut encore une fois attendrie par la pureté qu’il dégageait. Son visage parfaitement détendu était un modèle de quiétude, piqué par ses magnifiques cheveux blonds étincelants. Les doigts croisés sur son bas-ventre, il ressemblait à un ange endormi, rassuré et apaisé. Lara continua de le regarder en silence, souriant avec maternité. Elle finit par remarquer qu’une partie de la relique incrustée dans son torse dépassait de sa chemise ouverte. Leur ancienne conversation lui revint alors immédiatement en mémoire : « Qu’est ce que c’est que ça ? » « Le parfait résultat d’un entraînement intensif pendant des années. » « Je ne parle pas de la modeste musculature de ton torse d’anorexique, mais de la pierre incrustée dedans. » « C’est une histoire compliquée qui demande au moins un café. ». Maintenant qu’elle y repensait, elle ne lui avait reposé aucune question sur l’origine de cette pierre qui semblait la source de ses pouvoirs magiques. Curieuse de l’observer de plus près, elle se pencha doucement au-dessus de lui et écarta sa chemise pour dévoiler la relique entièrement. En l’étudiant en détail, elle se rendit compte que le mot « pierre » n’était pas adapté pour décrire l’objet. En réalité il s’agissait d’une relique polygonale, avec huit côtés égaux et à la surface cristallisée et transparente. Il y flottait à l’intérieur une brume noire qui lui donnait ainsi sa couleur sombre. Si on retirait cet objet de la poitrine de John, il devrait certainement s’agir d’une sorte de cône en cristal contenant cette brume ténébreuse. C’était un objet bien curieux, mais aussi fascinant, dont l’origine mystique ne faisait presque aucun doute.
Tout d’un coup, alors que Lara était toujours penchée au-dessus de John, si proche de lui qu’elle pouvait sentir son eau de Cologne à la fois douce et enivrante, celui-ci se réveilla. Le fait de voir Lara dans cette position le surprit légèrement et entraîna chez lui une réaction exagérée.
- Hé ! Qu’est-ce que tu fais allongée sur moi, à me déshabiller ?
- Ne va pas t’imaginer n’importe quoi. Je regardais juste la relique dans ta poitrine.
- Mais c’est privé ! Est-ce que je te tripote la poitrine, moi ?
Lara n’eut pas le temps de riposter à la blague que l’avion sursauta brusquement, la faisant complètement tomber sur John alors que les passagers poussèrent des cris de surprise. L’appareil chuta précipitamment vers le sol, comme si plus rien ne le faisait voler, avant de se stabiliser à nouveau quelques mètres plus bas. Le signal indiquant qu’il fallait boucler sa ceinture retentit, ce que les passagers s’empressèrent de faire. Un brouhaha s’éleva dans l’avion, les gens commençant à avoir peur à causes des nombreuses secousses répétées de l’appareil.
- Lara, l’appela John en la prenant par les épaules pour l’aider à se redresser, ça va ?
Mais quand il vit l’expression du visage de l’aventurière, il se rendit compte que ça n’allait pas du tout. Ses yeux étaient exorbités, ses lèvres rigides et ses traits tirés reflétaient une peur incommensurable. Quand il prit ses mains dans les siennes, il les sentit trembler violemment, tandis qu’elles se glaçaient en devenant blafardes. Lara était terrorisée.
Depuis le départ, il l’avait sentie très anxieuse et cela ne l’avait guère étonné, connaissant son passé, mais il ne s’attendait pas à une réaction aussi intense.
Dans la tête de Lara, les souvenirs affluaient. Elle avait l’impression de sentir la chaleur des flammes et la température augmenter dans l’appareil, ce qui la faisait transpirer à grosses gouttes. Des hurlements de terreur résonnaient, des cris de peur d’une telle puissance, qu’ils couvraient les rugissements des moteurs. Lara était tellement paniquée qu’elle n’arrivait plus à faire la différence entre ses souvenirs et la réalité. Tout se mélangeait et la précipitait dans une tornade infernale, la rendant presque folle. Elle sentit l’odeur du sang pénétrer ses poumons et le goût du métal imprégner sa bouche. Ses convulsions doublèrent. Sa peau devint blanche. Elle faillit pousser un cri avant que John ne prenne son visage dans ses mains pour qu’elle le regarde.
- Lara, regarde, regarde-moi ! lui intima-t-il. Ne me quitte pas des yeux !
Elle releva la tête vers lui sans que sa terreur ne s’éteigne. Les yeux de John étaient neutres d’effroi, alors que tous les passagers hurlaient autour de lui parce que l’avion continuait d’être pris de secousses de plus en plus violentes. Il restait très calme, soutenant Lara en essayant de la rassurer. Ses paroles étaient…
- Ecoute ma voix, reprit-il. Tout va bien se passer, je suis là !
Elles étaient les mêmes que celles de Cain à l’époque. Lara paniqua encore plus en s’en rendant compte. Cain…Cain était mort, parce qu’il lui avait menti : ça n’allait pas, pas du tout ! Ils risquaient tous de mourir.
- Ne me mens pas ! hurla Lara en posant ses mains sur les siennes. Ne me mens pas, toi aussi !
Sans qu’elle ne puisse dire autre chose, John la fit s’asseoir correctement et l’attacha avant de se lever pour marcher vers l’allée centrale.
- Reste ici, ordonna-t-il en s’accrochant aux sièges pour ne pas tomber. Je vais dans la cabine de pilotage voir ce qu’il se passe. Ne t’inquiète pas, il n’y a pas de danger.
Les hôtesses tentèrent de le faire se rasseoir, mais elles ne purent le retenir, elles-mêmes trop paniquées, ou déséquilibrées. Lara l’observa disparaître à l’avant de l’appareil, en ressentant un sentiment terriblement étrange. « Ne me tourne pas le dos ! » se disait-elle, « Cette silhouette qui s’éloigne, elle me fait peur ! » « Ne me tourne pas le dos ! ». Mais ses pensées n’arrivèrent pas jusqu’à son ami, qui s’engouffra dans le cockpit en passant le rideau sombre. A cet instant, Lara sembla comme retrouver la raison. Même si sa peur était toujours aussi forte, elle réussit à raisonner et à réfléchir. Ses yeux retrouvèrent leur lueur habituelle : combative et déterminée. La jeune femme se détacha, se leva, et se dirigea à son tour vers la cabine de pilotage. Les nombreuses vrilles et secousses de l’avion la déséquilibraient, la forçant à s’accrocher aux sièges, voire à les escalader pour progresser. Quand elle pénétra enfin dans le cockpit, elle s’immobilisa net. Tout était inondé de sang frais, en particulier le tableau de bord et le pare-brise. Il y avait des membres humains dispersés partout : des bras, des jambes, ainsi que des boyaux et de la matière grise. Les pilotes avaient comme explosé de l’intérieur et c’étaient leurs dépouilles hachées qui inondaient la cabine de pilotage. Lara fut déroutée et répugnée devant une telle boucherie, n’arrivant pas à déduire ce qui avait bien pu se passer. Elle resta quelques secondes immobiles, les yeux grands ouverts devant l’horreur. Ce fut l’appel de John qui la fit sortir de ses songes.
- Lara ! Aide-moi !
Assis aux commandes, il tentait tant bien que mal de stabiliser l’appareil et d’en reprendre le contrôle. L’aventurière se précipita pour l’aider. Elle savait piloter, même si elle ne le faisait jamais à cause de sa phobie et aujourd’hui il était temps de laisser ses peurs de côté. Elle prit donc les commandes au poste de copilote et réussit à apporter une aide précieuse. Après des secondes épouvantables de stress et de doute, l’avion fut stabilisé et reprit un vol normal. Les deux amis purent enfin se détendre et soupirèrent de soulagement exactement en même temps en se redressant dans leur siège.
- C’est épuisant de jouer les héros, fit John en épongeant la sueur de son front. Heureusement, nous ne sommes plus très loin de l’aéroport.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ? demanda Lara qui n’était pas encore tout à fait remise de ses émotions. Regarde autour de toi ! Il y a du sang et des boyaux partout et tout ce que tu trouves à dire c’est : « Heureusement, nous ne sommes plus très loin de l’aéroport. », l’imita-t-elle niaisement.
- Hé ! Qui s’est levé pour rétablir la situation, pendant que Mademoiselle-la-super-aventurière était en train de trembler sur son siège ? Je prends note que ça fait la troisième fois que je te sauve la vie. Les femmes en détresse doivent être gentilles avec leur sauveur.
- Merci, mon sauveur…
- Mais de rien, chérie…
Ils se mirent à rire simultanément, retrouvant leur bonne humeur, avant que John saisisse le micro de l’appareil pour communiquer un message aux passagers.
- Mesdames, messieurs, ici votre nouveau commandant qui vous cause. La bonne nouvelle, c’est que nous maîtrisons la situation et que nous devrions atterrir d’ici quelques minutes sans nous crasher. La mauvaise nouvelle, c’est que ma maitrise en matière d’atterrissage est plus que limitée.
- Imbécile…
- Et en plus, ma copilote est traumatisée en avion, sans parler de sa mauvaise humeur et de son ingratitude. C’est une méchante femme.
Lara explosa de rire, sans vraiment savoir pourquoi.
- « Méchante femme », répéta-t-elle en continuant de rire. C’est bien la première fois qu’on me dit ça.
Malgré son humour douteux qui affolait les passagers de plus belle, John réussit à faire atterrir l’avion comme un professionnel. Quand l’appareil fut au sol et immobilisé, Lara sentit une vague de quiétude l’envahir. Tout son corps se décontracta et son rythme cardiaque reprit une vitesse normale. Même la puanteur qui régnait dans le cockpit de l’affectait plus. En jetant un coup d’œil à John, elle lui dit :
- Tes compétences en matière de pilotage sont impressionnantes. Où as-tu pris des cours ?
- Je ne sais pas…
- Je te parle sérieusement.
- Moi aussi.
Quand il tourna la tête vers elle, son sourire affichait de la mélancolie. L’aventurière ressentit immédiatement cette tristesse et cela la peina. John reprit et dit :
- Je ne peux pas t’expliquer. Je sais piloter, c’est tout, mais te dire comment j’ai appris tout cela, c’est au-dessus de mes compétences.
Il se leva et fit quelques pas pour se rapprocher des corps, comme s’il tentait de fuir la conversation.
Lara se sentait mal. Elle avait l’impression que, dès qu’elle essayait de mieux connaître son ami, celui-ci s’enfuyait. C’était comme s’il ne voulait rien lui dire de sa vie et malgré tout, elle commençait vraiment à se méfier.
- Ces pauvre gars ont comme explosé, fit John en s’accroupissant à côté d’un morceau de cadavre. Mais s’il y avait eu des explosifs, tout l’avion y serait passé…
- Il est clair que seuls les pilotes étaient visés.
- Je ne pense pas. Mettons que l’assassin ignorait que quelqu’un puisse rétablir la situation, en tuant les pilotes, il envisageait le crash de l’avion et donc la mort de tous les passagers.
- Mais dans ce cas, pourquoi ne pas faire exploser l’appareil ? Manque de matériel ?
- Peut-être, mais ça n’explique pas comment ces mecs sont morts.
Tout à coup, leur conversation fut coupée par l’arrivée de policiers et de médecins. Après des entrevues aussi longues qu’ennuyeuses sur ce qu’il s’était passé, le couple fut libéré et quitta l’avion. John guida Lara jusqu’à une Jeep, dans laquelle elle s’assit côté passager. Ils roulèrent encore pendant plusieurs heures, la base étant située en plein désert. Pendant tout ce temps, ils discutèrent de tout et de rien, mais au bout d’un moment, Lara en eut assez qu’il lui cache certaines choses.
- J’aime connaître les gens avec qui je travaille, fit-elle sèchement, et j’apprécierai que tu me dises clairement qui tu es.
- Je suis vexé. Je pensais que tu considérais notre collaboration plus comme du plaisir que comme du travail.
- Excuse-moi, mais mon expérience m’a plusieurs fois fait comprendre que je dois me méfier de tout le monde.
-Triste vie…
- Alors ?
- Que veux-tu que je te dise ? John Seize, un mètre soixante-dix-sept pour soixante-huit kilos et…
- Je te préviens, ton attitude commence à m’agacer. J’en ai assez que tu te moques de moi !
Tout à coup, alors qu’ils roulaient en plein désert, John freina en donnant un violent coup de volant sur le côté. La voiture s’arrêta en dérapant, dans un nuage de sable. Lara battit le vide de ses bras pour chasser la poussière qui lui obstruait la vue, en toussant à cause de celle-ci. Quand elle rouvrit les yeux, elle vit John penché sur elle, le regard à la fois en colère et triste. Il lui dit :
- T’es vraiment infernale ! dit-il sauvagement. Un coup je suis ton ami, puis cinq minutes après ton ennemi. Ca te plait de troquer mon statut selon ton humeur ?
Elle n’eut pas le temps de répondre qu’il enchaina de suite :
- Tu veux connaître la vérité ? Très bien : je n’ai pas de réponse à t’apporter, parce que je ne sais même plus qui je suis !
Gros silence. Lara resta silencieuse, immobile, les yeux dans ceux de John, alors qu’elle ressentait un profond malaise.
- Est-ce que tu sais ce que l’on ressent, Lara, en se réveillant au milieu de nulle part, sous l’orage, avec une mémoire aussi vide que si votre conscience n’était qu’une immense page blanche ?
Elle ne répondit rien, se contentant de recevoir les mots tristes et abattus du jeune homme de manière brutale.
- On se sent nu, nu dans cet univers, sans avoir où aller, ni vers qui se tourner. C’est comme si on était mort, errant dans le noir, en espérant toucher quelque chose qui pourrait nous sortir de l’obscurité. Alors que la majorité des gens avancent pour forger leur avenir, moi, j’erre en espérant retrouver mon passé. Mais je te l’ai dit : je ne suis personne…
Il s’éloigna d’elle lentement, avant de quitter son regard pour observer le désert qui les encerclait. Lara se redressa pour se positionner correctement dans son siège. Elle mit un temps à trouver quelque chose à dire, tellement elle avait honte. Elle décida de rester classique et s’excusa.
- Je suis désolée… Excuse-moi…
Contrairement à ce qu’elle eut cru, il retrouva sans tarder sa bonne humeur et répondit niaisement :
- Qu’est-ce que tu as dit ?
Après avoir levé les yeux au ciel, elle sourit tendrement et répéta en accentuant :
- Je suis dé-so-lée, John.
- Ce n’est pas grave. Je vais bien finir par m’habituer à ton sale caractère. Mais j’aimerais que tu me fasses confiance, après tout, on est amis, non ?
Le sourire qu’il lui offrit à ce moment-là, était d’une extrême tendresse. Lara en fut un instant toute émoustillée. Son cœur pompa plus fort. Ses mains devinrent moites. Elle resta immobile et muette, alors qu’ils se regardaient simplement, John souriant, elle, restant neutre. Ce n’est qu’au bout de plusieurs secondes, que Lara se rendit compte qu’il souriait exactement de la même manière…que Cain.
- Oui…répondit-elle l’esprit un peu ailleurs, je te fais confiance.
Heureux de cette réponse, John se replaça correctement et démarra calmement la voiture. La Jeep s’enfonça calmement dans le désert en soulevant un voile de sable, disparaissant entre les dunes.

* * *

« Quand je t’ai avoué avoir perdu la mémoire, je t’ai dit que j’errais dans le noir, prêt à m’accrocher à n’importe quoi, ou à n’importe qui. C’est à ce moment-là que j’ai compris pourquoi ta poignée de main m’avait autant bouleversé… Tu es la première qui m’a vraiment sauvé. Tu m’as sorti des ténèbres, ou plutôt, tu les as éclairées de ta lumière. En lisant ces mots, tu vas surement trouver ça ringard, sorti d’un vieux film mielleux, mais je le pense vraiment… Lara, j’ai besoin de ta lumière, alors, s’il te plaît, ne m’abandonne pas…»
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MessagePosté le: Lun 01 Mar 2010, 12:36    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 7

La route prit fin quelques heures plus tard, quand John stoppa la Jeep dans un ancien aéroport délabré, réaménagé en une sorte de base militaire. Lara aperçut un grand parcours d’entraînement semblable à celui de son manoir, avec des entrepôts répartis autour de celui-ci. Mais ce n’est pas la seule chose qui lui sauta aux yeux. Quand les deux amis descendirent du véhicule, ils furent immédiatement applaudis et acclamés par une foule en délire, composée des compagnons de John. Ils avaient décoré les lieux avec des banderoles, dont une gigantesque, avec l’inscription : « Bienvenue, Lara ! » et cuisiné un gros gâteau au rendu très spécial.
Les deux amis s’immobilisèrent, pantois devant tout ce bazar et peu ouvert à l’humour douteux après leurs heures de voyage longues et éprouvantes.
- La honte, se plaignit John, j’avais un maigre espoir pour que l’auteure vire cette scène débile.
- Ah bon ? répliqua Lara, surprise. Pourtant, si on avait vraiment le choix, j’en aurais choisi d’autres…
- Allons, John, intervint l’un des membres, tu as enfin ramené une fille à la maison. Ca se fête !
- Je me souvenais pas avoir contacté une agence matrimoniale.
Lara croisa les bras alors qu’un mince sourire se dessinait sur ses lèvres.
- Comment je dois prendre ça ?
Au départ, la jeune femme avait pris les amis de John pour de gros tas de muscles écervelés, mais en les fréquentant de plus près et dans un autre contexte, elle les trouva très sympathiques et amicaux. Les sourires qu’ils affichaient, ainsi que leur attitude, les rendaient malicieux et attachants. Elle reconnut le dénommé Paul, un grand gaillard aux cheveux noirs, qui s’approcha d’elle pour lui proposer une part de gâteau.
- C’est pour vous, répliqua-t-il.
Une grimace enlaidit les visages des deux amis quand ils observèrent la pâtisserie, visiblement au chocolat, dont la pâte se vomissait sur le côté, alors que des grumeaux explosaient en répandant un peu de poudre sur l’assiette.
- Non merci, refusa John d’un air dégoûté, j’ai pas envie de mourir empoisonné dès le chapitre sept.
Lara ne put s’empêcher de rire, alors que les gars firent semblant d’être extrêmement peinés, comme des enfants qu’on vient de vexer.
- Vous refusez le gâteau de l’amitié ? se plaignit Paul.
- « Gâteau de l’amitié », répéta John niaisement, n’importe quoi ! Lara, laisse-moi te présenter ces cuisiniers pitoyables.
Elle approuva d’un hochement de tête et d’un sourire.
- Je crois que tu connais déjà Paul, fit John en désignant son ami. Et voici Jean, Alexy, William et Stéphane.
Ils répondirent tous par un sourire niais et un « coucou » de la main. Lara en fit de même, amusée. Jean possédait des cheveux roux, coiffés en pics, contrairement à Alexy dont les cheveux bruns très longs étaient attachés en queue de cheval. William se distinguait des autres par son énorme tatouage celtique dessiné sur toute la moitié droite du visage, alors que Stéphane, le plus grand de tous, dominait la bande de son mètre quatre-vingt-quinze. Ils formaient un groupe de voyous tout droit sorti d’un film louche. Les croiser dans la rue entraînerait irrémédiablement un changement de trottoir, alors que, finalement, ils semblaient tous de grands cœurs tendres.
- Rangez-moi tout ce bazar, ordonna John en désignant le décor du bras, et allez vous entrainer !
- On ne peut pas, le mur est cassé, protesta Paul.
- Ah ouais ?
John partit dans une direction bien précise, suivi du reste du groupe. Il se dirigea vers un immense mur brisé, dont les grosses pierres se répandaient au sol. Lara devança les gars afin de bien observer ce qu’il allait faire. Il répéta exactement les mêmes gestes que lors de leur aventure dans le Temple de la Création. Après avoir touché la pierre incrustée dans sa poitrine, il posa sa main à terre. Dans un jet de lumière, le mur se reconstruit, pierre par pierre, comme s’il n’avait jamais été démoli.
- Et voilà, fit John en chassant le sable de ses vêtements, maintenant, au boulot !
Les gars poussèrent des soupirs de déception, avant que John ne rejoigne Lara. Celle-ci se mit à frapper dans ses mains stupidement, telle une groupie admirative. Le jeune homme lui répondit par une révérence tout aussi nigaude. Quand ils furent l’un à côté de l’autre et redevenus sérieux, Lara demanda :
- C’est la pierre qui te permet d’utiliser ton pouvoir, n’est-ce pas ?
- Peut-être.
- Tu me fais confiance, non ? Tu peux me le dire !
- Oui, mais je n’en ai pas la certitude, comme le reste. Cette pierre est dans mon corps, mais j’ignore comment elle est arrivée là et d’où elle vient. Elle est dans ma poitrine, c’est tout. Mais il est vrai qu’en la touchant, j’ai le pouvoir de décomposer et recomposer des matières naturelles comme la pierre ou le bois.
- Je n’ai jamais entendu parler d’un artéfact ayant ce pouvoir. Il faudrait te disséquer pour en savoir plus.
- Si tu veux me tripoter, trouve une proposition plus alléchante…
Ils rirent tout en marchant vers l’un des entrepôts, à l’ouest de la base. Quand ils pénétrèrent à l’intérieur, le changement de température les immobilisa un instant : il y faisait très froid. Une légère brume y flottait, encerclant des tables sur lesquelles reposaient des cadavres, recouverts de drap blanc. Lara conclut qu’il s’agissait d’une morgue.
- Voici tous les cadavres mêlés à l’enquête des cœurs disparus, fit John en s’immobilisant à côté du corps le plus proche.
- « Des cœurs disparus » ? répéta Lara, incrédule.
- Tu vas vite comprendre.
Il tira le drap pour dévoiler le cadavre. L’aventurière eut un mouvement de recul en visionnant l’état dans lequel celui-ci se trouvait. Le dégoût se peignit immédiatement sur son visage, ainsi que la pitié. John étant dans le même état, si ce n’était pire, il décida de ne pas s’attarder et débuta immédiatement les explications.
- Voici la première victime, Jean-Paul Braik. Retraité et collectionneur d’objets rares, il vivait seul dans une maison de campagne, en France. Il a été assassiné dans son salon et je ne vais pas peser mes mots en disant que c’était une véritable boucherie. Le pauvre vieux pataugeait dans une mare de sang et de boyaux, alors que la pièce était sans dessus-dessous, signe d’une bagarre violente.
- Il est mort égorgé ? demanda Lara en observant le cou de la victime.
- En effet et comme tu peux le voir, il a été blessé avec un objet tranchant partout sur le corps. Par la suite, on lui a ouvert le thorax, brisé les côtes et arraché le cœur.
- On l’aurait assassiné pour lui voler son cœur ?
- Vu comment le vieux s’est fait massacrer et les signes de bagarre, je dirais que le but premier était de le faire souffrir et par la suite de prendre son cœur. Mais oui, le Palpitant est un détail important.
Après avoir recouvert Braik, John marcha vers l’autre corps, dont il retira le drap. La peine de Lara ne fut que plus insupportable quand elle se retrouva face au corps d’une enfant.
- Julie Mome, orpheline de dix ans retrouvée inerte dans son dortoir, aux Etats-Unis. Vue de l’extérieur, elle ne parait pas blessée, mais les examens ont permis de constater que son cœur a disparu. On conclut donc que la mort est due à une crise cardiaque.
- Comment ça, son cœur a disparu ?
- Oui, disparu, envolé, volatilisé. Malgré l’absence de plaies externes, elle n’a plus de cœur dans la poitrine. Ca parait insensé, mais ce n’est pas la seule dans ce cas.
Sans laisser à Lara le temps de se remettre, il se dirigea vers un autre cadavre, celui d’une jeune femme.
- Linda Bumn, infirmière de vingt-cinq ans, a été retrouvée morte à l’hôpital dans lequel elle travaillait, à Berlin. Comme tu peux le constater sur son visage, elle semble avoir vu quelque chose de terrifiant et, tout comme Julie, elle ne possède plus de cœur.
Lara eut la nausée en observant le visage du cadavre, qui ne reflétait, en effet, qu’une terreur sans borne. La bouche anormalement ouverte et les yeux globuleux offraient une expression monstrueuse, comme sortie tout droit d’un film glauque. John se pressa de recouvrir le corps, afin de dissimuler ce spectacle peu ragoutant.
- Pour terminer, reprit-il désignant la dernière victime, je ne vais pas t’apprendre grand-chose sur Nadia Jirare, assassinée à Londres. Agée de vingt-sept ans, elle allait rendre visite à son petit ami, avant d’être agressée. Son corps a été totalement déchiqueté afin d’en extraire le cœur. Le détail étrange concerne ses poumons. On les a retrouvés remplis d’eau, ce qui a laissé supposer qu’elle s’est noyée.
Lara déglutit avec difficulté en se remémorant ce meurtre atroce, dont elle avait été témoin. Elle revoyait l’assassin enfouir ses mains dans les organes de la jeune fille, pour les arracher et les jeter autour de lui. Le simple fait de se souvenir de cette horreur donna à l’aventurière des nausées.
- C’est horrible…dit-elle en détournant les yeux.
- Si tu veux vomir, ne te prive pas.
L’humour de John réussit à apaiser l’atmosphère, ce qui permit à Lara de reprendre ses esprits et de réfléchir. Après avoir observé les corps un par un, elle conclut :
- Cette affaire n’a rien de naturel : un cœur ne peut pas disparaître comme ça. En tout cas, on voit bien que l’assassin a deux façons de procéder : soit il ouvre les corps pour récupérer l’organe, soit il arrive à l’extraire d’une manière qui laisse les cadavres intacts et c’est le cas pour une victime sur deux. Il y aussi deux détails qui me turlupinent.
- Lesquels ?
- Rappelle-toi ce que je t’ai dit sur l’assassin de Londres. Quand j’ai assisté au meurtre de Nadia Jirare, il m’a attaqué en formant une gigantesque vague. Il s’est servi pour ça de l’eau présente sur les lieux. Or, tu me dis que Nadia est morte noyée.
- Tu penses que le meurtrier possède un pouvoir quelconque, lui permettant de contrôler l’eau et qu’il l’a utilisé pour tuer Nadia ?
- Attends, il y a autre chose d’encore plus fou. Je t’ai dit avoir déjà croisé cet individu en Amérique du Sud, après être sortie du temple. Et ce que j’ai vu ce jour-là…
Lara se tut. Ses yeux venaient de devenir vitreux. Ses mains se mirent à trembler. Les souvenirs dans sa tête la hantaient de nouveau. « Tu ne m’intéresses pas » : la voix inhumaine du meurtrier résonnait dans son esprit. « Qui êtes-vous ? » « Je ne suis personne. ».
- Je ne suis personne… répéta Lara complètement ailleurs.
Soudain, elle revint à elle, alors que John lui demanda :
- Lara, tu vas bien ?
Il se passa un instant sans qu’elle ne réponde, alors que son esprit perturbé ne lui permettait pas de raisonner correctement.
- Oui, excuse-moi, c’est qu’il s’agit d’un mauvais souvenir.
- Raconte-moi.
- En fait, cet homme… Non, je ne peux même pas dire qu’il s’agisse d’un homme car il n’était qu’un…
« Tu trouves que j’ai l’air d’un monstre, n’est-ce pas ? » « Tu as raison : je suis un monstre ! ».
- C’était un monstre.
- Un monstre ? répéta John, sceptique.
- Ses longs cheveux noirs dégoulinant de sang encerclaient un visage dépecé. Il… Il n’avait pas la moindre trace de peau.
- Un homme ne peut pas survivre à de telles blessures. C’est impossible.
- C’est la vérité ! Il n’avait pas l’air de souffrir et… Je sais que ça a l’air insensé, mais, il m’a…
- Il t’a pas violée, quand même ?
- T’es débile ou quoi ?
- Pardon.
- J’ai ressenti ce jour-là une terreur sans borne, qui m’a complètement immobilisée. J’ai été incapable de réagir, de tirer ou de prendre la fuite, tellement cette peur me tétanisait. Ce sentiment n’avait rien de naturel, il est monté en moi dès que je me suis retrouvée face à cet homme, comme si c’était lui qui faisait grandir ma terreur.
- Où veux-tu en venir, Lara ?
A grandes enjambées, l’aventurière retourna à côté du cadavre de Linda Bumn et la découvrit.
- Regarde-la, intima-t-elle en désignant le visage de la morte, regarde l’expression de terreur de cette femme. Il est clair que dans son cas, l’expression « morte de peur » prend tout son sens. Et en plus, cerise sur le gâteau, cet homme tenait dans sa main un cœur humain, qu’il a même commencé à dévorer sous mon nez ! L’idée qu’il y ait un autre cadavre sans cœur aux alentours du temple ne m’étonnerait pas.
Elle dissimula à nouveau le corps, avant de croiser les bras en dévisageant John. Celui-ci était pantois, perdu, l’esprit ailleurs, n’arrivant pas à réaliser ce qu’il venait de comprendre.
- C’est une histoire de fous, dit-il en se frottant le visage.
- Tu es sur une affaire de tueur en série, dont un meurtrier aux pouvoirs surnaturels assassine ses victimes dans le but de récupérer leur cœur. En plus, la France, l’Angleterre, les Etats-Unis et l’Allemagne sont des pays éloignés les uns des autres. Soit notre assassin aime voyager, soit toutes ses victimes ont forcément quelque chose en commun, qui le pousserait à se déplacer aussi loin.
John poussa un profond soupir, qui reflétait son état : complètement déboussolé. Lara ne put s’empêcher de sourire de façon compatissante, en repensant à l’affaire du Lux Apocalypsis, qui lui avait également donné énormément de fil à retordre. Elle marcha tranquillement vers son ami, lui donna une frappe revigorante sur l’épaule avant de lui dire de façon moqueuse :
- Bon courage !
Elle se dirigea tranquillement vers la sortie de l’entrepôt, suivie par le jeune homme qui souriait de manière apaisée. Dès qu’ils arrivèrent dehors, la chaleur les écrasa instantanément. Repensant à plusieurs choses, Lara questionna à nouveau son ami.
- Il y a quelque chose qui m’intrigue.
- Quoi ?
- Justement, qu’on ait retrouvé une victime à chaque fois dans un pays différent. Comment avez-vous réussi à lier l’affaire ? Coïncidence ?
- En fait, je ne sais pas trop, je suis arrivé sur l’affaire comme un cheveu sur la soupe et quand on m’annonçait un nouveau cadavre, je ne me posais pas plus de question que cela.
- Ne te vexe pas, mais comment une personne comme toi, sans réelle identité et passé, peut-elle travailler sur une telle enquête ?
- Le commissaire m’a soutenu quand j’ai demandé de l’aide à la police et il m’a proposé de me joindre à l’enquête.
Lara se contenta de répondre d’un signe de tête, mais l’expression qu’elle possédait interpella le jeune homme.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Rien. C’est juste très bizarre comme situation, j’ai un peu du mal à comprendre.
- Alors fais comme moi : avance sans te poser de question.
John recommença à marcher, l’air troublé. Lara avait encore touché le point sensible : lui rappeler son amnésie et sa situation délicate. Elle le suivit en s’excusant, alors qu’ils se dirigèrent vers un autre entrepôt, qui servait de lieu d’habitation. Aménagé afin d’y trouver tout le nécessaire pour vivre, le bâtiment comportait une cuisine, des chambres et d’autres salles. John dirigea la jeune femme jusqu’à sa chambre, simple mais confortable. L’aventurière reconnut ses valises, qu’on avait déposées dans la pièce.
- Après avoir contacté ton majordome, celui-ci s’est chargé de nous envoyer toutes tes affaires. J’espère qu’il n’a pas oublié ta brosse à dent, ni ton pyjama.
Lara lui sourit de manière narquoise, avant de faire quelques pas dans la pièce. Elle conclut rapidement :
- C’est ta chambre ?
- Oui. Comment as-tu deviné ?
- Ca te ressemble assez.
- Je ne sais pas trop comment je dois prendre ça…
Après des sourires amicaux, les deux amis se séparèrent. John quitta la pièce en indiquant à Lara qu’elle pouvait se reposer. La jeune femme resta immobile à côté du lit, observant la porte close d’un drôle d’air. Elle se rendait compte que l’absence de John produisait un sentiment étrange, comme un vide. Le fait d’avoir passé la journée avec lui fit qu’elle se sentit immédiatement seule, une fois qu’il fut parti. C’était vraiment une personne très attachante, drôle et tendre, sur laquelle on pouvait compter. Puis, son histoire personnelle attendrissait la jeune femme et elle espérait pouvoir l’aider dans ce domaine.

Tout en rangeant ses affaires dans les multiples meubles à sa disposition, Lara continuait de penser à l’affaire des cœurs, sur laquelle ils devaient enquêter. John avait raison : c’était une histoire de fous et Lara ne pouvait s’empêcher de faire des liens avec celle du Lux Apocalypsis. Il faut dire que cette aventure l’avait « légèrement » traumatisée et marquée. En plus, c’était à cause d’Heaven si elle et John s’étaient rencontrés. « Vous êtes encore loin d’imaginer tous les mystères qui planent autour des dieux et des déesses de la cité. Des zones d’ombre méritent d’être illuminées et certains cœurs perdus pleurent à l’idée d’être honteusement utilisés…» : les paroles de l’agent, avant qu’il ne quitte définitivement le manoir, revinrent soudain dans la tête de la jeune femme qui s’immobilisa. « Certains cœurs perdus pleurent à l’idée d’être honteusement utilisés… » .
- Des cœurs perdus… répéta Lara à haute voix.
Dans sa tête, tout se mélangea, lui procurant une terrible migraine. La douleur et la colère de repenser à l’agent la firent devenir vulgaire sans s’en rendre compte.
- Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? dit-elle en jetant le pantalon qu’elle avait dans les mains sur son lit.
Elle leva une main à son front bouillant, en essayant de se calmer. Si elle s’était rendue dans le Temple de la Création, c’était parce qu’Heaven lui avait confié qu’il possédait un lien avec Arvamlabe. John avait récupéré la Dague des Immortels et l’affaire aurait dû s’arrêter là, mais Heaven en avait remis une couche en dirigeant Lara sur le futur lieu d’assassinat de Nadia Jirare. Et maintenant, elle se trouvait au milieu du Nevada, pour enquêter avec John, sur une affaire de meurtres sordides, qui pourraient, donc, être liés au Lux Apocalypsis. Ca n’était pas, mais alors pas bon du tout !
- Merde ! jura encore Lara en se laissant tomber sur le lit.
Quelque chose devenait clair : il fallait qu’elle en sache plus sur les dieux d’Arvamlabe et ce qu’il leur était arrivé. Heaven avait évoqué une guerre entre les premiers êtres humains, nommés les Immortels, et les dieux, ce qui aurait entrainé la disparition de la plupart d’entre eux. Est-ce que, justement, la Dague des Immortels possédait un rapport avec cette guerre et cette affaire de meurtres ? Il fallait qu’elle et John fassent des recherches approfondies sur cette histoire. Lara se rendit compte qu’elle ne connaissait pas encore toute la vérité sur Arvamlabe. Il fallait qu’elle connaisse le dernier chapitre, qui concernait les dieux et les déesses.
Après un profond soupir, elle décida de ne plus penser à cela et continua de s’occuper de ses affaires pour se changer les idées. Elle saisit son carnet de voyage et chercha un endroit approprié pour le ranger. Ses yeux se posèrent sur le bureau, disposé en face du lit, dont elle ouvrit l’un des tiroirs. Elle y trouva une enveloppe blanche, disposée au milieu d’autres papiers sans importance. Curieuse, elle s’en saisit et en sortit une lettre. Ses yeux s’exorbitèrent alors : le papier possédait de grosses taches de sang séché, ainsi qu’une écriture maladroite. Elle commença à la lire, ses yeux devenant de plus en plus vitreux au fur et à mesure que les mots défilaient.

« John,

Tu ne me connais pas, mais moi, je te connais. Oh oui crois-moi, je connais tout de toi, dans les moindres détails. Tout ton être m’obnubile, jour et nuit. Depuis le début, tu m’obsèdes et il n’y a pas de mot pour décrire…à quel point je te hais ! Je te déteste. Je te déteste. Je te déteste !

Tu ne m’as rien laissé, rien ! Tu as tout dévoré comme une bête affamée, en ne me laissant que la haine et la rancune. Rien que pour cela, tu as une dette envers moi.

Je cherche un objet qui m’est très précieux. Il se trouve enfermé dans un temple en Amérique du Sud, nommé le Temple de la Création. Cette dague doit être mienne. Si tu me la ramènes, je te rendrai la chose que tu désires le plus au monde : ta mémoire.

Tu comprends, mon frère ? Je suis la seule personne qu’il te reste. La seule capable de te rendre ce que tu as perdu. La seule qui peut te sortir des ténèbres. Je suis le seul avec qui tu possèdes encore un lien en ce monde.

Aide-moi si tu veux que je te pardonne et dans ce cas, tu retrouveras tes souvenirs…

Ne m’oublie pas, mon frère… »


- « Mon frère », relut Lara, désappointée.
Qu’est-ce que cela signifiait ? C’était finalement cette lettre qui avait poussé John à trouver le Temple de la Création et la Dague ? Les coordonnées exactes du temple se trouvaient inscrites au dos du papier. La lettre n’était pas signée et ne comportait pas d’adresse d’envoyeur, ni de tampon de la poste. L’avait-on déposée directement à l’endroit approprié pour que John la trouve ? Et puis cet homme qui se disait être son frère… Il aurait retrouvé John, serait au courant de son amnésie et lui ordonnerait de trouver un artéfact en échange de sa mémoire : c’était une situation totalement insensée ! « il n’y a pas de mot pour décrire…à quel point je te hais ! Je te déteste. Je te déteste. Je te déteste ! » : Lara eut un frisson en relisant ces mots. Cette lettre tachée de sang inspirait une profonde haine, si bien que même l’aventurière, qui n’était pourtant pas concernée, la ressentit.
Tout à coup, elle perçut un bruit étrange dans son dos et lâcha la lettre avant d’essayer de dégainer ses 9mm. C’est avec un frisson qu’elle se rendit compte qu’elle n’en était pas équipée. Ceux-ci se trouvaient sur son lit. Restant immobile un instant, attentive au moindre bruit, elle écouta avec attention le son qui se répétait. Cela ressemblait à une respiration étrange, comme un sifflement. Le stress de Lara décupla quand elle se rappela avoir déjà entendu ce bruit : c’était de cette manière que l’homme en noir d’Amérique du Sud respirait.
Prudente et silencieuse, Lara se dirigea lentement vers le lit et saisit l’un de ses 9mm. Le tenant fermement, elle marcha à pas de loup vers la fenêtre. Celle-ci était ouverte, exposant le désert vaste et silencieux, alors que la nuit commençait à tomber. Plus elle s’en rapprochait, plus la respiration s’intensifiait, signe qu’elle se rapprochait de la source. Toujours avisée et ne dégageant aucun son, elle se rapprocha et se pencha à l’extérieur pour essayer d’identifier ce qui dégageait ce bruit. A ce moment-là, quelque chose de terriblement froid et poisseux lui agrippa les bras et elle fut brutalement tirée dehors.
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MessagePosté le: Lun 08 Mar 2010, 15:35    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 8

Lara fut propulsée à l’extérieur sans s’y attendre. Elle réussit à reprendre le contrôle de son corps et roula au sol dans une galipette maitrisée, avant de se remettre debout pour menacer ce qui venait de la faire tomber. Elle se rendit compte en tendant les bras que ses poignets étaient plein de sang. Cela expliquait le liquide poisseux qu’elle avait senti quand on l’avait agrippée : son agresseur devait être blessé. Celui-ci se trouvait sous la fenêtre, accroupi dans le sable et caché par un manteau noir et une capuche. Lara pensa immédiatement à l’homme d’Amérique du Sud à cause des vêtements et de l’odeur de sang, mais celui qu’elle menaçait maintenant paraissait bien plus petit et bossu. Il dit tout en restant recroquevillé :
- Disparaiiiisss… Tu dooiiss disparaîtreee.
Lara eut un frisson en percevant cette voix qui n’avait rien d’humain. Elle semblait à la fois celle d’un enfant et d’un adulte, d’un homme et d’une femme, ne permettant pas d’identifier ni l’âge, ni le sexe de l’individu qui parlait en étirant les mots.
- Tu lui nuuiiss… reprit-il. Tu nuis à la créaattiioonn.
Même s’il continuait ses menaces, il ne bougeait pas de sous la fenêtre, restant dans sa posture défensive, comme s’il craignait que Lara ne riposte. Celle-ci resta immobile et incrédule face à une telle attitude. Elle finit par penser que cet agresseur n’avait rien de celui d’Amérique du Sud, dont la simple aura l’avait pétrifiée. Comme il s’agissait sûrement de quelqu’un d’autre, l’aventurière commença à se rapprocher, non sans baisser son arme, la tenant fermement à deux mains.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle sévèrement pour assurer sa présence.
- Laisse-moi ! Je ne suis qu’un messager.
- Dans ce cas, qui vous envoie ?
- Personne…
Lara fit un pas en avant, plus marqué que les précédents. L’inconnu réagit immédiatement au geste, se collant au mur du bâtiment en protégeant son visage. L’aventurière valida son hypothèse : elle l’effrayait. Cela la mettait en position de force et elle sut qu’elle pouvait lui demander ce qu’elle voulait.
- Montrez-moi votre visage ! intima-t-elle en s’immobilisant à deux mètres de lui.
- Noonnn… Pas mon visaaage ! Je ne dois pas montrer mon visaaageee.
Avec un certain sadisme, Lara tira deux balles vers le sol. Quand la terre explosa devant l’inconnu, celui-ci eut un mouvement incontrôlé, qui le fit tomber et rouler sur le côté. En se déplaçant, il laissa dans le sable une mare sanglante, ainsi qu’une trainée écarlate. Sa capuche bascula en arrière, dévoilant son visage. Malgré l’obscurité, Lara ne put que ressentir un profond dégoût en le voyant. Cela lui rappela, encore une fois, sa rencontre avec l’homme en noir. Elle se trouvait à nouveau face à un visage mutilé, inachevé, encerclé de cheveux noirs collés par le sang. La taille et la morphologie du visage laissaient déduire, malgré l’état de santé, qu’il s’agissait de celui d’un adolescent. Cette rencontre déboussola Lara qui fut mitigée entre la répugnance et la pitié.
- D’où viennent ces blessures ? demanda-t-elle avec férocité. Ca ne peut pas être un hasard, tu es avec…
Elle ne put achever sa phrase, car elle ne possédait aucun nom pour l’homme d’Amérique du Sud. Mais le pressentiment que ces deux êtres soient liés était aussi logique qu’évident.
- Je répète ma question : qui t’envoie ? insista l’aventurière.
- Il n’est personne… Notre père n’est personne.
Lara sentait la colère remonter le long de ses organes, mais une déduction l’immobilisa et la fit devenir blafarde. « Qui es-tu au juste ? » « Personne. » : les voix vinrent trancher son esprit, lui faisant déduire une réponse douteuse terriblement triste et contraignante.
- Qu’est-ce que tu viens de dire ? fit-elle, déboussolée.
- Il n’a pas de nom, notre père, l’ultiiime créateur du nouveau monde.
- Un nouveau monde ? Mais…
- C’est pour ça que tu dois mourir. Tu es nuisible au nouveau monde.
Si la colère de Lara surgit avec autant de violence à cet instant, c’est parce qu’elle était autant triste qu’haineuse. La simple idée que John soit le commanditaire de ces créatures étranges, qu’il l’eut finalement trompée et abusée alors qu’elle lui faisait confiance, la répugna. Elle se rapprocha brutalement de la bête, s’agenouilla en face d’elle et braqua son 9mm sous sa gorge en disant :
- Parle ! Dis-moi où se trouve ton chef, où je te vide un chargeur dans la gorge !
La créature se débattit, provoquant une effusion de sang. Le liquide écarlate moucheta le visage de Lara, la rendant diabolique et terrifiante, comme une démone.
- Tu ne peux pas me tuuuerr. Je suis immooortel… dit l’agresseur en tremblant.
- Ah oui ? On va vérifier ça immédiatement !
Poussée par la rage, Lara s’apprêta à tirer tandis que ses yeux reflétaient une colère intense. Mais alors que son index s’apprêtait à presser la détente, une voix appela la jeune femme :
- Lara ?
Reconnaissant immédiatement John, l’aventurière bondit sur ses pieds, fit volte-face et menaça son ami. Face au geste, celui-ci eut un mouvement de recul.
- Hé ! Braque pas ton jouet sur moi ! fit-il en levant les mains en signe d’apaisement. Qu’est-ce qui te prend ?
- Traitre ! J’ai eu tort de te faire confiance ! Finalement, tu es comme les autres !
La surprise se lut sur le visage du jeune homme, qui resta immobile devant l’insulte. Les rayons lunaires illuminèrent ses yeux bleus, qui pétillèrent à cet instant d’étonnement.
- Lara, l’appela-t-il d’une voix calme et rassurante, calme-toi ! Je n’ai rien fait de mal !
- Tais-toi !
Lara ne comprenait pas cette rage qui la submergeait, un mélange de déception et de colère qui la rendait folle. Violemment, elle se retourna à nouveau face au messager et lui demanda :
- C’est lui, celui que tu appelles « Maître » ou « Père » ?
Au moment où John aperçut la créature, son visage refléta immédiatement l’effarement. Il secoua la tête en signe de négation, alors que son cœur commençait à battre nerveusement. L’accusation de son amie le poignarda en plein cœur, lui procurant une douleur horrible.
- Lara, tu es malade ? hurla-t-il en essayant de se rapprocher. J’ai rien à voir avec ce monstre !
Il n’eut pour réponse qu’un regard sauvage et meurtrier, alors semblant croire dur comme fer à son hypothèse.
- NE BOUGE PAS ! hurla-t-elle en accentuant sa menace.
S’immobilisant à nouveau, John ne put qu’afficher sa déception. Lara n’y fit pas attention et ne se laissa pas avoir. Voulant à tout prix tirer cette histoire au clair, elle reposa la question à la créature.
- Alors, est-ce lui « Personne » ?
- Ouuuiiii… Il n’est personne… Mais il n’est pas notre maître…
- Quoi ?
Reposant ses yeux sur John, Lara se rendit compte que celui-ci était devenu livide. Son visage blafard semblait celui d’un malade et l’expression de son visage, figée dans l’étonnement, montrait qu’il ne se sentait pas bien.
- Mais il est parfait, reprit la créature, c’est lui, l’être parfait.
Tournant la tête de gauche à droite, pour observer tantôt la créature, tantôt John, Lara semblait un pantin déréglé, qui ne savait plus, justement, où donner de la tête. Elle ne savait pas qui croire, quoi penser, ni comment réagir. Ce ne fut que quand elle vit John monter ses mains à sa tête et s’effondrer à genoux, qu’elle se sentit terriblement mal et inquiète, comme si toute sa colère venait de muter en remords. Elle appela son nom en commençant à courir vers lui, sans se soucier de la créature qui en profita pour fuir. Ne voulant pas perdre cet être aussi étrange que précieux, Lara se retourna et tira deux balles bien placées. Elles se logèrent dans les jambes du monstre qui tomba à la renverse en roulant dans le sable. Sachant qu’il n’irait pas bien loin dans cet état, elle décida de le laisser de côté et rejoignit son ami. John était assis, la tête basse, le regard aussi mal que contrarié.
Après avoir rengainé son 9mm, Lara s’immobilisa près de lui et lui tendit la main pour l’aider à se relever. John observa sa paume d’un air neutre, avant de la repousser d’un geste colérique.
- Je ne veux pas de ta pitié ! fit-il sans la regarder. Laisse-moi !
- Je suis…
- Quoi ? T’es désolée ? Tu passes toujours ton temps à t’excuser. Je m’en fous de tes excuses !
- Je me suis emportée à cause de cette créature qui…
Elle voulut poursuivre en désignant l’agresseur, mais l’absence du concerné la fit se taire et ouvrir de grands yeux. Là où aurait dû se trouver la créature blessée, ne restait qu’une mare de sang illuminée par les rayons lunaires. Il n’y eut pas de mot approprié pour décrire à quel point la surprise de Lara fut énorme. Elle resta immobile, bras tendu et regard hagard, sans savoir quoi dire. Ce fut la voix de John, triste et déçue, qui la fit sortir de son état léthargique.
- Je ne pensais pas que tu me mentais, Lara, quand tu m’as dit que tu me faisais confiance.
« J’aimerais que tu me fasses confiance, après tout, on est amis, non ? » « Oui… Je te fais confiance. » : leur ancienne conversation vint rappeler à Lara que John était son ami, une personne en qui elle croyait et non pas un être méprisable et suspect. Elle se sentit alors terriblement mal, car en agissant comme elle venait de le faire, elle venait de trainer les sentiments de son ami dans la boue. Après un soupir qui reflétait son état mental, elle s’accroupit pour lui faire face et dit :
- Je sais que je suis une méchante femme, avec un caractère épouvantable, très difficile à vivre et, en plus, qui ne sait même pas faire la cuisine !
- Tu essayes l’humour pour me remonter le moral ?
- Oui… Pourquoi ça ne fonctionne pas ?
- Parce que t’es pas douée !
Ils se regardèrent un instant, alors que, même s’ils essayaient de les retenir, des sourires naissaient sur leurs visages. Sentant l’atmosphère se détendre, Lara reprit et dit :
- Je ne peux pas faire entièrement confiance à quelqu’un qui me cache des choses.
- Je ne te cache rien… Je t’ai dit la vérité sur mon passé.
- C’est faux…
- Dis-moi où tu veux en venir ! Ca commence à m’énerver.
- Et la lettre de ton frère ?
John ouvrit des yeux immenses alors que son cœur se mit à battre plus fort.
- Tu as fouiné dans mes tiroirs ? demanda-t-il, contrarié.
- Tes tiroirs sont mes tiroirs ! Si tu ne voulais pas que je la trouve, il fallait la cacher ailleurs.
- Pas faux…
- Alors ?
- Ecoute, je ne sais rien de plus que ce que la lettre, que tu as dû lire sans aucune retenue, mauvaise fille que tu es, ne contient. Visiblement, j’ai un frère dont j’ai totalement oublié l’existence, qui se sert de moi pour retrouver un objet, en échange de ma mémoire.
- La Dague des Immortels ?
- Oui. Je me suis rendu à un lieu de rendez-vous donné par téléphone, dont la voix ressemblait étrangement à celle de la créature qui vient de disparaître. J’ai caché la Dague à l’endroit indiqué avant de m’en retourner. La Dague a disparu et je n’ai pas eu de contact avec mon « frère » depuis.
- John, tu…
- Je sais ce que tu penses, Lara. Que je ne suis qu’un idiot, tombé bêtement dans le piège d’un malade qui se sert de moi et que…
Soudain, il se tut, alors qu’il sentit un doigt presser ses lèvres. Lara lui indiquait de se taire, en posant son index sur sa bouche. Elle lui souriait avec réconfort, son beau visage reflétant beaucoup d’apaisement.
- Je n’ai jamais dit ça, répondit-elle.
Après avoir retiré sa main, elle reprit et dit :
- Je sais pourquoi tu l’as fait. Perdu dans l’obscurité, tu cours après n’importe quelle source de lumière et c’est tout à ton honneur. Je ne te juge pas, j’aurais certainement agi de la même manière. Mais rassure-toi, tu trouveras forcément, car je peux t’assurer, après ce que j’ai vécu, que l’univers est enlacé par énormément de lumière !
John resta un instant pantois, à observer Lara qui lui souriait. Puis, il baissa la tête d’un air amusé et répondit :
- T’es aussi nulle pour l’humour que pour la poésie.
- Imbécile…
- Merci.
Le « merci » de John, particulièrement sincère, rassura Lara. Ils restèrent un instant silencieux et immobiles, juste à se regarder et à se sourire. Puis, décidant qu’il était temps de cesser cette discussion morose, Lara se leva en disant :
- Si tu es sage, je te raconterai mon histoire. En plus, j’ai l’impression que notre affaire est liée à une de mes précédentes aventures et ça, ça me fait peur.
- Vraiment ?
Alors que Lara commençait à s’avancer vers la base, elle s’arrêta en pensant à toute l’aventure du Lux Apocalypsis. Des visages comme ceux d’Axel, de Kurtis ou de Chocho, lui parurent à cet instant terriblement loin. Ils semblaient flous et abimés, comme des souvenirs qui s’effacent et perdent en netteté. Des êtres, qui avaient été pour elle plus précieux que sa vie, n’étaient aujourd’hui presque plus rien.
- Lara… l’appela John en posant une main sur son épaule.
Il n’eut pour réponse qu’un regard particulièrement intense et bouleversé.
- Tu sais, fit-il d’une voix calme, je ne pense pas que tu sois une femme méchante. Je crois que tu es juste très triste.
Les yeux Lara s’exorbitèrent, alors que son visage se figea dans des traits désorientés. Elle plongea dans les yeux de John, profonds et immenses, qui semblaient tout voir, tout lire et tout comprendre. La détermination qu’ils affichaient à cet instant rendait le jeune homme particulièrement charismatique.
- Si ta peine est trop lourde à porter, reprit-il, elle finira par t’écraser, jusqu’à ce que tu ne puisses plus te relever. Alors partage cette douleur avec moi. Il n’y a pas de honte à cela.
A ce moment-là, Lara eut l’impression que le monde autour d’elle venait de cesser de tourner. Elle ne savait plus quoi penser, ni comment réagir. Devait-elle continuer de mentir en agissant comme une femme forte, au caractère impénétrable, qui ne ressentait ni la peur, ni la douleur ? Ou bien la vérité éclaterait-elle en faisant ressurgir de l’obscurité, son véritable elle abandonné il y a tant d’année après la mort de Cain ? Si elle ne savait pas quoi choisir à cet instant, c’est parce que le désir de paraître puissante et forte restait intense, mais le souhait de se montrer telle qu’elle était à John se faisait aussi particulièrement puissant. Honteuse et particulièrement triste, elle baissa les yeux en portant une main à son visage, sentant ses yeux la piquer à cause de genèse de larmes.
- J’ai le droit de faire ça… ? demanda-t-elle d’une voix tremblante. J’ai le droit de partager ma souffrance, moi qui ai détruit tant de vie, pour poursuivre la mienne ?
Les yeux de John auraient pu refléter sa pitié, s’il n’était pas aussi déterminé à rassurer Lara qui sombrait dans la souffrance. Il la sentait trembler sous ses doigts, comme si toute sa force s’effondrait, telle de la neige qu’on balaye d’un revers de la main.
- Oui… répondit-il en la soutenant. Tu peux tout me dire !
Elle releva la tête vers lui, alors que deux larmes s’écoulèrent le long de ses joues. John lui sourit avec réconfort, laissa sa main droite glisser sur l’épaule de la jeune femme jusqu’à sa main, pour la saisir et la diriger vers l’entrepôt d’habitation. Nonchalante, Lara se laissa entrainer jusqu’à sa chambre, dans laquelle John la fit asseoir sur le lit, faisant de même. Après un échange de regards qui permit à Lara de prendre courage, elle quitta les yeux de John et débuta son récit.
- Quand j’avais vingt ans, je vivais encore avec mes parents et je me laissais bercer par l’aristocratie anglaise. Je ne faisais que suivre le protocole, sans me poser de question, au point de me sentir aussi vide qu’une poupée creuse. Mes fiançailles ont bouleversé ma vie et j’ai vécu des choses extraordinaires. Tu sais, tu lui ressembles un peu. Oui… tu ressembles tellement… à Cain…

* * *

« Cette fameuse nuit de pleine lune, j’ai vraiment eu l’impression que tu étais quelqu’un d’autre. C’était comme si la super héroïne que je m’étais imaginé venait de retirer son costume pour redevenir un être humain faible et sans défense. Je t’ai vue désespérée et en détresse comme jamais, comme personne ne peut s’en douter. J’ai absorbé tous tes fardeaux en me retenant de pleurer, car tu partageais ton désespoir avec tellement d’émotion que j’avais l’impression d’avoir vécu toute cette détresse également. A partir de cet instant, j’ai été submergé par le remords, honteux de ne pas m’en être rendu compte plus tôt.
Lara, tu m’as dit que l’univers était enlacé par la lumière, alors pourquoi ne t’a-t-elle jamais éclairée ? A moins que, pendant tout ce temps, tu es restée exprès dissimulée dans l’obscurité, pour cacher ta tristesse et ta peur ? »

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Eléo
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MessagePosté le: Sam 20 Mar 2010, 11:29    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 9

« Je vais me marier ! » « Je n’ai pas le choix. » « On dirait que ta vie semble toute tracée. » « Enchanté, Lady Croft. » « Tu es amoureuse de moi, non ? » « Mademoiselle Lara Croft, veux-tu m’épouser ? » « Je t’aime ! » « Cain ? » « Lara, regarde, regarde-moi ! » « Il n’y a pas de danger ! » « Cain ! Réveille-toi ! » « CAIN ! » « Je t’ai dit d’arrêter de chialer ! » « Ta gueule ! » « J’refuse de m’trainer un boulet ! » « Pitoyable ! » « Pauvre conne ! » « Ici, on vit pas, on survit ! » « Je ne connais plus la peur. » « Roy Heaven, FBI. J’aimerais vous parler. » « Cette « personne » n’est pas Lara… » « Je vais…bien…maman. Ne t’inquiète…pas… » « MENTEUR ! » « Pardon, pardon, Axel… » « AXEL EST MORT ! » « Pourquoi tous les gens que j’aime finissent par mourir ? » « Lara…aide-moi… J’ai mal… » « JE SUIS LE MAL INCARNÉ ! « Tous ces morts… Il y en a partout ! » « Elle a décidé de laisser tout le monde crever, laisse-la donc. » « Alors tout ça, c’est ma faute… » « QU’EST-CE QUE TU AS FAIT ?! » « Désolée. » « J’ai déjà gagné, ma chère, car quoiqu’il se passe, c’est seule que tu resteras ! » « J’ai beau essayer, je n’arrive vraiment pas…à être heureuse… » : tous ces souvenirs, aussi lointains que certains séjournaient, paraissaient toujours aussi clairs pour Lara, qui ne put s’empêcher de verser quelques larmes en racontant son histoire. Elle n’omit aucun détail, ni tabou ou censure. Elle raconta tout à John, de la mort de Cain, si précieux, au complot du Lux Apocalypsis, qui l’avait tant bouleversée, en lui prenant Axel et Chocho, ainsi que Kurtis. Elle lui raconta sa détresse, son épuisement de paraître forte, alors que depuis des années une infinie tristesse et solitude la rongeait, comme une flamme qui consume lentement une feuille de papier. Elle lui expliqua pourquoi elle fuyait sans arrêt sur des terres inconnues et dans les temples lointains, pour échapper à ses faiblesses et affronter le danger, paraissant ainsi puissante et inébranlable. Devant John, ami en qui elle voulait accorder toute sa confiance et sa sincérité, elle se vida entièrement et cela pendant de longues heures. Durant ce temps, il ne l’interrompit pas, ne lui fit aucune remarque, ni commentaire et son regard resta neutre. Quand le récit de Lara prit fin, celle-ci mit un temps à relever la tête, ayant peur d’affronter son regard. Mais quand elle se décida enfin, elle tomba face à un sourire sincère et réconfortant, que John savait si bien offrir.
- Tu n’as pas à te sentir responsable, dit-il. Ce n’est pas ta faute.
Elle ne répondit rien, se contentant de le dévisager d’un regard perdu et abattu. Avant de mourir, Axel avait tenu exactement les mêmes propos : « Pourquoi tu pleures ? C’est pas ta faute… ». Mais Lara, au fond d’elle, avait toujours emmagasiné cette responsabilité, au point de se faire écraser par le remords et la culpabilité.
- Ca ne sert à rien de s’éterniser sur ce qu’il s’est passé, reprit John. Tu dois tirer un trait sur les précédents événements et continuer d’avancer. Je ne crois pas que tu sois quelqu’un de faible, au contraire, tu es plutôt très forte, mais si tu ne veux plus être triste, contente-toi de regarder devant toi, car c’est seulement comme ça qu’on peut continuer de vivre.
Lara ne sut pas pourquoi, mais les paroles de John, pourtant évidentes et sans surprise, lui firent énormément de bien. C’était comme si elle attendait ces mots depuis des années et que dans la bouche du jeune homme, ils prenaient une autre saveur, une vérité cherchée éternellement.
D’un revers de la main, alors qu’un sourire franc embellissait son visage, elle sécha ses larmes.
- Merci, fit-elle, vraiment.
- Ne me remercie pas. On se sert les coudes, nan ?
Elle approuva d’un hochement de tête, alors que ses yeux pétillaient d’une lueur nouvelle.
- Oui, fit-elle timidement, on se sert les coudes.
John se leva avec entrain. Malgré la nuit bien avancée, il ne semblait guère fatigué et encore plein de vitalité. Il dit :
- Ce Heaven, tu crois qu’il n’a vraiment rien à voir avec notre affaire ? Et si s’était lui le tueur ?
- Je ne pense pas. C’est un salaud de manipulateur mais il ne peut rien faire de lui-même, sinon, les Lumières le puniraient. Je suis persuadée qu’il n’est qu’une pierre qui en tombant, a créé le premier cercle dans un immense lac, avant de se laisser couler pour voir comment il se propagerait, comment il l’a fait pour le Lux Apocalypsis.
- Quelle gracieuse métaphore.
- Oh, ça va !
- « Certains cœurs perdus pleurent à l’idée d’être honteusement utilisés… », répéta-t-il tout en réfléchissant, c’est vrai que ça rappelle un peu l’enquête.
- Heaven est quelqu’un de subtil. Toutes ses paroles et ses moindres gestes sont diaboliquement pensés. Je suis sûre qu’il ne m’a pas dit ça au hasard.
- On dirait presque que tu admires ce type.
- Malheureusement, oui.
Après un léger silence, où les deux amis réfléchirent chacun de leur côté, Lara dit :
- Ecoute. Il est vrai que je possède peu d’informations sur les dieux d’Arvamlabe. En réalité, j’ai surtout connu le Lux Apocalypsis, donc, la Destruction, mais la Création reste obscure pour moi. Puis, tout à l’heure, ce messager étrange tenait également des propos sur la création d’un nouveau monde.
- Qu’est-ce que c’est que ce délire ?
- Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que cette affaire de meurtres en série cache encore quelque chose de bien plus énorme et de dangereux qu’on ne peut s’en douter. Je me demande vraiment qui sont ces hommes en noirs aux étranges pouvoirs.
- Tu penses à une sorte de secte ? Comme celle du Lux Apocalypsis ?
- Difficile à dire. Mais pour connaître nos ennemis, le meilleur moyen est de savoir ce qu’ils cherchent. Il faut qu’on se renseigne sur la Création et les dieux d’Arvamlabe.
- Tu me disais que la légende d’Arvamlabe est peu connue, tu crois qu’on va trouver quelque chose ?
- Il faut étendre nos recherches à tout ce qui pourrait ressembler à notre objectif. Pense à la légende de Neptune, Poséidon et Davy Jones, on a l’impression qu’il s’agit de trois dieux différents, alors que c’est simplement le nom qui change en fonction des origines.
- Un point pour toi.
- Il faut que j’appelle Winston. La bibliothèque dont nous disposons au manoir contient des ouvrages rares et précieux, qui ne m’ont jamais fait défaut. Ils pourront nous aider.
- Vu l’heure, avec le décalage horaire, je te conseille de le faire maintenant.


* * *

Angleterre, Manoir Croft


Quand le téléphone sonna soudainement dans le bureau où se trouvait Winston, celui-ci sursauta. Il haïssait par-dessus tout être surpris ainsi, ce genre d’émotion n’étant pas recommandée pour les personnes de son âge. Après un grognement, il se rapprocha du bureau et saisit le combiné.
- Manoir Croft, j’écoute.
- Impressionnant, fit Lara d’une voix ironique, voilà que mon manoir répond lui-même au téléphone, maintenant.
Winston esquissa un sourire devant l’ironie de l’aventurière. Puis, il lui demanda :
- Miss Croft, j’attendais votre coup de fil plus tôt. Votre voyage pour le Nevada s’est déroulé sans encombre ?
- Oui et non et j’ai comme le pressentiment que cela va empirer. Winston, j’ai besoin de votre aide. Pouvez-vous faire des recherches dans la bibliothèque ?
- Bien sûr. Dites-moi tout.
- Nous savons que les dieux d’Arvamlabe ont créé l’univers et c’est justement là-dessus qu’il nous faut des informations. Cherchez n’importe quoi pouvant se rapprocher de la création du monde et si une légende fait mention du cœur, prévenez-moi.
- Du cœur ? Du cœur humain ?
- Oui. C’est un détail extrêmement important.
- Très bien, Miss Croft. Je vous recontacte.
- Merci, Winston.
Le vieil homme raccrocha et resta un instant immobile, la main sur le combiné. Il ne savait pas pourquoi, mais une drôle de sensation venait de lui parcourir l’échine. Miss Croft ne sollicitait ainsi son aide que dans des cas extrêmes. Cela signifiait-il que cette histoire cachait encore quelque chose de terrifiant ? Le vieil homme sentit son rythme cardiaque croitre à cause du stress. Lara avait déjà tellement souffert, qu’il ne pouvait s’empêcher de craindre que cette aventure lui fasse encore de la peine, chose qu’il ne souhait pas. C’est très inquiet qu’il marcha vers la bibliothèque afin de débuter les recherches, presque en espérant ne rien trouver.

* * *

Nevada, base secrète, quelques heures plus tard

- Debout ! hurla John en pénétrant en trombe dans la chambre de Lara. Il est cinq heures du matin, la température extérieure est propice à un jogging matinal, c’est l’heure de te lever, belle endormie !
Ces hurlements militaires précédèrent l’ouverture brutale des rideaux et de la fenêtre. Bien qu’une timide aurore peignait le désert de teintes rosées, la lueur ne fut pas suffisante pour éblouir Lara, qui, encore épuisée et endormie, répondit par un grognement en se retournant dans son lit.
- On n’entre pas ainsi dans la chambre d’une lady… gémit-elle en enfouissant sa tête sous son oreiller. Laisse-moi dormir !
- Mademoiselle Croft, vous êtes priée de vous motiver ! Douche froide, on se dépêche de s’habiller pour aller s’entraîner !
Habituellement, Lara aurait réagi immédiatement à une telle « attaque » dans sa chambre. Mais elle avait présagé l’arrivée de John, dont l’âge mental nécessitait parfois une consultation psychiatrique et cela ne lui donnait nullement envie de se lever. Leur conversation d’hier soir s’étant achevée tard dans la nuit, ils n’avaient tout deux dormi qu’à peine une ou deux heures.
Alors que Lara était au bord de l’éreintement, John hurlait et s’excitait comme un gosse sortant d’une nuit normale de repos. Elle en fut presque jalouse.
- Ne m’oblige pas à t’extraire de sous la couette par la force, menaça-t-il en s’immobilisant à côté du lit.
- Tu crois que tu me fais peur, espèce de gringalet ?
Suite à cette provocation, John tira brutalement la couette vers lui. Le changement soudain de température fit recroqueviller Lara dans une position fœtale. La légère nuisette en soie, élégante et raffinée qu’elle portait, dénudait ses longues jambes et ses bras. Cherchant la couette en tâtant le lit de sa main gauche, elle n’eut pas le temps de se recouvrir car John la saisit par la taille pour la soulever et la porter sur son épaule droite comme un vulgaire sac de pommes de terre. Ce geste eut le mérite de réveiller définitivement la jeune femme, qui ouvrit des yeux énormes face à l’acte de son ami. Elle se débattit alors qu’ils sortirent de la chambre pour quitter l’entrepôt d’habitation.
- Repose-moi ! ordonna-t-elle en le harcelant de coups de poings dans le dos. Qu’est-ce que c’est que cette mauvaise plaisanterie ?
- Ca n’a rien d’une blague. Le chef doit imposer le respect à ses subordonnés.
Malgré les coups répétés et puissants de Lara, qui tambourinait John de ses poings et de ses pieds en gesticulant comme un ver sur son épaule, celui-ci ne semblait nullement décidé à lâcher prise, désireux de mener sa blague enfantine jusqu’au bout. Il emmena la jeune femme dans un nouvel entrepôt qui couvrait une piscine digne des Jeux Olympiques. Lara saisit immédiatement la mauvaise plaisanterie et n’approuva absolument pas.
- Je ne ferais pas ça, si j’étais toi ! fit-elle en redoublant d’effort pour le frapper. C’est une blague digne de trois ans d’âge mental !
- Tout à fait. Mais c’est ça qui est drôle.
Il s’immobilisa au bord de l’eau, bascula Lara pour la prendre dans ses bras et fut alors fusillé d’un regard tranchant et haineux.
- Oh, oh, tu es effrayante.
- Tu n’es qu’un sale gosse ! Et pourquoi tu ne réagis pas à mes coups malgré mon acharnement ? Tu n’es pas humain…
Elle ne s’y attendit pas, mais suite à sa remarque, John la lâcha d’un coup, comme si elle était subitement devenue trop lourde. Elle tomba sur le sol dur et rugueux qui bordait la piscine, le choc lui provoquant des douleurs et des gémissements. Se redressant en grognant, elle massa ses parties douloureuses en fusillant John d’un regard mauvais. Celui-ci était toujours debout, livide, les bras ballant le long de son corps. Si à ce moment-là, Lara n’avait pas eu ses longs cheveux bruns qui lui cachaient les yeux, peut-être aurait-elle pu voir l’étrange expression de son ami, à cet instant. Mais ce ne fut pas le cas et, avec un air narquois indiquant qu’elle venait de retomber en enfance, elle leva un bras pour le saisir par la ceinture et le tirer en avant. Il bascula vers l’eau en ouvrant de grands yeux et en battant le vide de ses bras, mais son plongeon fut évident. Il pénétra dans le liquide en provoquant un jet d’eau, inondant au passage Lara qui se retrouva trempée. Cela aurait pu la mettre en colère, mais le simple fait de voir John remonter à la surface, ses vêtements collés à sa peau à cause de l’eau, et les cheveux en bataille lui cachant les yeux, la fit rire. Elle apprécia ce moment stupide et espiègle, ridicule pour des personnes de leur âge, mais particulièrement drôle. Alors que John se rapprocha du bord, elle lui tendit la main pour l’aider à sortir de l’eau. Tout en souriant, elle lui dit :
- Trois à deux. Je remonte dans le score.
Ils se sourirent, amusés. Leur ancienne rivalité semblait aujourd’hui plus un jeu idiot qu’un véritable défi. Alors que John saisit la main de Lara, celle-ci s’accroupit pour le tirer vers elle et l’aider à se hisser. A ce moment-là, le sourire du jeune homme s’intensifia pour devenir fourbe.
- Tu ne peux pas me battre, Lara !
Posant ses pieds à plat contre le rebord, il poussa sur jambes et tira Lara vers lui. L’aventurière perdit l’équilibre, ne pouvant se rattraper à rien et bascula la tête la première dans l’eau. John éclata de rire en la voyant disparaître comme une pierre qui coule, avant de sortir de la piscine. Ses vêtements dégoulinant d’eau avaient doublé de poids et ses cheveux trempés restaient plaqués sur son crâne, comme si on avait appliqué une trop grosse quantité de gel. Après les avoir chassés, il observa Lara remonter à la surface, étouffant sous son épaisse chevelure brune.
- Quatre à deux ! fit John victorieux.
Alors que Lara se débattait avec ses cheveux, en pataugeant à la surface de l’eau, des bruits de pas se firent entendre à l’entrée de l’entrepôt. John se retourna. Alexy courait vers lui, ses longs cheveux suivant les mouvements de son corps. Quand il constata la scène, John debout, trempé et Lara dans la piscine, en nuisette, en train de se noyer à cause de ses cheveux, il ne put que sourire.
- Qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-il, narquois.
- On s’entraîne à la brasse coulée. Et, regarde, fit-il en désignant Lara, elle est douée !
La jeune femme continuait de se débattre dans l’eau, essayant de remettre ses cheveux correctement tout en tentant de rester à la surface. Les deux hommes ne purent s’empêcher de rire, avant qu’Alexy finisse par expliquer la raison de sa présence.
- Nous venons de recevoir un fax de Winston Smith, le majordome de Lara.
- Depuis quand on a un fax ?
- Depuis que l’auteur l’a fait apparaître subitement à côté du téléphone.
- La magie de l’écriture, j’adore !
John se retourna alors que Lara, enfin victorieuse de sa bataille contre sa chevelure, commençait à se hisser en dehors de l’eau. Il l’aida à se relever, le couple trempé d’eau exposant un tableau particulièrement risible.
- Ca va ? demanda-t-il avec un énorme sourire sur ses lèvres.
- Je te hais !
- Ah bah ça va bien, tant mieux.
Elle le repoussa d’un air théâtral, avant de se rapprocher de manière hautaine vers Alexy. Celui-ci lui tendit un peignoir blanc, que la jeune femme enfila.
- Merci, Alexy, fit-elle d’une voix méprisable. Vous, vous êtes un gentleman, une qualité qui se perd de nos jours.
John prit un air niais, avant de se diriger vers la sortie de l’entrepôt. Lara le suivit et essora ses cheveux tous en marchant.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Winston vient de nous envoyer un fax. Je suppose qu’il s’agit du résultat de ses recherches.
Sentant son excitation la submerger, Lara pressa le pas. Arrivée face à la machine et au tas de feuilles envoyées, elle s’en saisit et en commença rapidement la lecture. Comme à son habitude, Winston avait fait preuve d’une efficacité et rapidité remarquable.
- C’est parfait ! dit-elle en souriant. Exactement ce que je pensais !
- Quoi donc ?
- La Légende de la Création est simple. A l’aube de l’humanité, les dieux et les déesses d’Arvamlabe ont été exterminés lors de la guerre contre les Immortels.
- Oui, c’est ce que tu m’as expliqué.
- Certaines divinités ont réussi à enfermer leurs pouvoirs dans des reliques, qui ont par la suite été dispersées dans le monde. Mais en ce qui concerne les autres, leurs pouvoirs ont été volés par les Immortels et transmis par la suite, de génération en génération, aux êtres humains comme toi et moi. Devine dans quel organe est stocké le pouvoir ?
- Dans le cœur ?
- Bingo !
- Attends ! intima John en levant les mains. T’es en train de dire qu’il y a des siècles, on a exterminé des dieux pour voler leurs pouvoirs et que certains sont conservés dans les cœurs d’individus qui n’en savent rien et qu’un espèce de psychopathe, au courant de tout ça, cherche à récupérer tous les pouvoirs pour créer un nouveau monde et que c’est pour ça qu’il a tué toutes ses personnes ?
- Ca me semble cohérent. - L’Inspecteur va me rire au nez.
- Ca, c’est sûr.
- Tu as d’autres informations ?
- Oui et pas n’importe quoi. De nombreuses recherches ont été réalisées autour de la Légende de la Création, mais sans véritable succès. Cela dit, un explorateur aurait réussi à localiser un temple, en rapport avec un des dieux défunts rattaché au pouvoir de la terre.
- Et ce temple se trouve… ?
- Dans le Pacifique.

* * *

S’il avait été humain, Yven aurait certainement pu ressentir le sentiment qu’on nomme « stress » ou encore « peur ». Difficile de dire si être vide d’émotion était une chance, ou un malheur, quand on retournait faire son rapport au Maître, mais une chose était sûre : il n’avait pas le choix. Il pénétra dans la chambre en laissant des traces de pas ensanglantées derrière lui. Le Maître si trouvait bien là, assis sur le lit taché d’hémoglobine, la tête basse, ses longs cheveux noirs encerclant son visage blanc encore lacéré d’immenses plaies. Il ne portait qu’un pantalon en cuir noir, et son torse dénudé dégoulinait de sang à cause des nombreuses blessures encore ouvertes. Il tuait le temps en s’amusant avec son katana, le faisant tourner sur lui-même, pointe au sol. Quand il perçut le bruit dégagé par l’ouverture de la porte, il releva lentement la tête, ses yeux noirs observant immédiatement la personne venant d’entrer. Son regard mauvais et sadique entraîna immédiatement chez Yven de la peur, car il n’y avait qu’en présence du Maître, possédant le pouvoir des émotions négatives, qu’il pouvait ressentir des sentiments. C’est l’estomac compressé et les jambes lourdes qu’il se rapprocha du lit et s’inclina devant son géniteur.
- Tu es en retard… fit le Maître d’une voix cinglante.
- Pardonnez-moi, mon Père.
- Alors, quelle est sa réponse ?
- Elle m’a chassé.
- Elle est tenace, cette humaine. Non, plutôt stupide.
- Que dois-je faire ?
- Rien, ta mission est terminée, Yven. Appelle-la, je veux que cette Lara Croft soit morte, avant que je ne parte pour Paris.
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MessagePosté le: Lun 05 Avr 2010, 10:10    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 10

Plusieurs jours furent nécessaires pour préparer l’expédition qui emmena Lara et John en Nouvelle-Guinée.
Les coordonnées déchiffrées sur les documents trouvés par Winston faisaient mention d’un temple sous-marin, dont l’entrée improbable serait non loin des îles de Salomon.
Des coups de téléphone passés à ses connaissances permirent à Lara d’obtenir un bateau et du matériel de plongée sans difficulté. Ainsi, le couple se trouvait déjà sous l’eau quand le soleil levant embrasait les côtes de Guadalcanal. Ses rayons perçaient la surface pour illuminer la faune et la flore marine. C’était un véritable tableau de maître dans lequel le couple plongeait, en étant déjà hypnotisé par les couleurs et la poésie des lieux. Les deux amis pouvaient communiquer grâce à leur équipement, alors que leurs combinaisons les protégeaient. Munis de bouteilles d’oxygène, ils nageaient lentement en observant tout autour d’eux, mais la faible profondeur dans laquelle ils évoluaient ne laissait pas présager le moindre site archéologique.
- Si un temple se trouvait ici, fit John, dubitatif, il n’y aurait aucun doute que de nombreux archéologues l’auraient déjà trouvé. Nous ne sommes qu’à vingt mètres de profondeur. Tu es certaine que les coordonnées sont justes ?
- Tu remets en doute mes capacités de lecture et de décodage de carte ?
- Tu la tenais à l’endroit, au moins ?
- Il y avait un sens ?
- Mon humour déteint sur toi, ce n’est pas bon.
- Observe partout autour de toi, répondit Lara en reprenant son sérieux, il doit certainement y avoir un indice, une inscription, quelque chose comme…
- Comme la roche en forme d’arbre à ta droite ?
La jeune femme se tut, tandis que son visage se figea dans une drôle d’expression. Elle tourna lentement la tête pour observer la roche en question. Celle-ci se trouvait au milieu du sable, d’une couleur et d’une texture étonnante par rapport aux autres. Néanmoins, sa forme fine et longiligne ne représentait rien de particulier.
- C’est vrai qu’en fermant l’œil gauche, répondit-elle en se moquant, et beaucoup l’œil droit, on peut la comparer à un arbre.
- T’es en train de te foutre de ma gueule, là !
- Je dois admettre que ton caillou ne ressemble pas à grand-chose.
- Tu n’as aucune imagination !
- L’archéologie se base sur des choses concrètes et explicites.
- C’est ça, ouais…
Sans attendre qu’elle ne réplique, John nagea vers la roche isolée et l’étudia de plus près. L’aventurière le rejoignit, non sans exprimer son manque d’intérêt. Même si à ses yeux cette pierre ne représentaient strictement rien, John semblait attiré par elle et l’analysait avec beaucoup de sérieux. Il commença à creuser à son pied, dégageant le sable en le faisant voler comme de la poussière.
- Tu trouves quelque chose ? demanda Lara en se plaçant à côté de lui.
- Pas encore, mais je sais que c’est là. C’est comme un pressentiment.
Rentrant dans son jeu, elle l’aida à creuser. Rapidement, ils dégagèrent la pierre dont la texture devenait plus lisse au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans le sable. Au bout de quelques minutes, ils découvrirent un symbole gravé, ce qui leur fit échanger un regard éloquent. John n’attendit pas longtemps pour poser une main sur son cœur, avant de l’enfoncer dans le sable. Des rayons lumineux jaillir dans l’eau, faisant fuir les poissons nerveusement, avant qu’un énorme couloir ne soit creusé dans le sable. Lara alluma une torche étanche très puissante et éclaira droit devant. Le couple nagea vers les profondeurs, dans le noir total, sans savoir quoi trouver, uniquement guidé par la curiosité. Au bout d’un moment, sans plonger très profondément, ils tombèrent face à deux portes closes en pierre, sur lesquelles deux arbres étaient taillés.
- Je suis…fit John d’une voix hautaine.
- S’il te plaît, ne dis rien…
- Je suis trop balaise !
- On peut se remettre au travail ?
- J’ai tendance à remarquer que tu deviens de mauvais poil à chaque fois que je te mets la pâtée. Vois les choses en face, ma vieille : il est temps de prendre ta retraite.
- Moi, vieille ? Parle pour toi !
Après un échange de sourires, ils se rapprochèrent des portes. On distinguait clairement dans celle de gauche une sorte de bloc décalé qu’on pouvait pousser afin de le remettre en place, comme un interrupteur. Quand Lara s’apprêta à le faire, John l’arrêta en demandant :
- Tu es sûre que l’idée est judicieuse ?
Elle se mit à sourire de façon provocante en répondant :
- Le Grand John a peur ?
Après l’avoir fusillée du regard, il pressa lui-même le bloc qui s’enfonça immédiatement dans la roche. S’en suivit un tremblement ainsi que l’ouverture brutale des portes. Sans pouvoir se raccrocher à quoique ce soit, le couple fut aspiré dans un couloir noir, dans un tourbillon effréné. Au départ, la peur fit craindre le pire aux deux amis, qui perdirent le contact durant des secondes très longues et périlleuses. Puis, leur manège prit fin alors qu’ils furent propulsés hors de l’eau comme dans une éruption, avant de tomber sur un sol spongieux qui amortit leur chute. Lara n’attendit pas pour retirer son équipement encombrant, afin d’observer l’environnement à la fois magnifique et extraordinaire. Marchant sur l’eau, elle aperçut sous ses pieds les silhouettes d’énormes poissons et d’une baleine, alors qu’elle se trouvait dans une brume chaude pétillante comme du cristal. Elle inspirait une odeur d’eau savoureuse et douce, alors qu’à chaque pas, des cercles se formaient sous ses pieds, comme quand on jette une pierre dans un lac. La jeune femme fit quelques pas en observant le sol magique, d’un air ensorcelé.
- C’est magnifique, fit-elle, fascinée.
- C’est génial, approuva John qui faisait la même chose, on se croirait à Disneyland !
Il n’eut pour réponse qu’un regard dépité, Lara n’arrivant pas à se remettre de sa réponse.
- Bah quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?
- T’es la honte de l’archéologie, j’espère au moins que tu le sais ?
- Cela dit, rappelle-moi grâce à qui nous sommes ici ?
- Oui, ça va, j’ai compris.
Soudain, l’expression de John changea et ses yeux s’immobilisèrent vers une direction précise. Lara suivit son regard mais ne remarqua rien de particulier, ce qui l’intrigua.
- Qu’as-tu vu ? demanda-t-elle toujours sans rien remarquer.
Sans que ses yeux ne se détachent de la chose qu’il semblait le seul à voir, John répondit à sa question par une autre.
- Tu entends ?
Le jeune homme venait de se statufier, les yeux fixes et le visage figé dans une expression hypnotisée, alors que, de son côté, Lara avait beau tendre l’oreille et se concentrer, elle n’entendait strictement rien. D’ailleurs, cela en était presque effrayant, malgré la beauté des lieux, d’être dans un silence total. Elle s’en rendit compte à ce moment-là et eut presque un frisson. Les seules choses qu’elle entendait étaient sa respiration et sa voix, mais à part cela, elle ne percevait aucun repaire sonore, ce qui était quelque peu déstabilisant.
- Non, répondit-elle en secouant la tête, je n’entends rien. Qu’est-ce que tu…
Mais elle n’eut pas le temps d’achever sa question que John se mit à courir droit devant lui pour s’enfoncer dans la brume. Lara ouvrit de grands yeux avant de le courser en l’appelant, mais le brouillard trop épais le fit vite disparaître. Ils se retrouvèrent séparés, sans trace ou possibilité de se retrouver.
- John ? l’appelait Lara en courant partout. Tu m’entends ?
L’absence de réponse la stressa. Stoppant, elle commença à tourner sur elle-même en continuant d’appeler son ami, sans succès. C’est avec une certaine panique qu’elle entendit enfin ce qui l’avait poussé à partir si vite. Lara finit par percevoir de manière tout à fait claire le chant envoutant d’une femme. La voix chantait une mélodie funèbre, mélangeant avec une incohérence effrayante la douceur et la menace. Lara en eut un instant l’échine glacée, en devinant de quelle créature mythologique provenait cette chanson lugubre. Cela la poussa à reprendre sa course en espérant retrouver John rapidement. Elle l’appela de vive voix, non sans que celle-ci reflète son anxiété. La seule piste qu’elle pouvait suivre était celle de la voix. Percevant le chant avec un volume plus élevé, elle savait qu’elle se rapprochait de la créature. C’est alors qu’elle percuta quelqu’un de plein fouet et tomba à terre, sonnée, avant de se rendre compte, avec soulagement, que c’était John qui lui était rentré dedans.
- Avoue que tu aimes me bousculer, fit celui-ci d’un air espiègle.
- Imbécile !
- Quoi « imbécile » ? C’est juste une blague.
- Je sais, mais je ne parle pas de ça !
- Donc, tu aimes vraiment que je te bouscule ?
Elle se dégagea de ses bras en le repoussant et le foudroyant du regard.
- La prochaine fois que tu te carapates comme ça, je te tire une balle dans le pied !
- Vraiment charmante.
- J’ai cru que la Sirène t’avait tué. Où est-elle ?
John conduisit son amie, non sans que celle-ci fasse preuve d’une extrême vigilance, jusqu’à la chimère. Elle dansait au-dessus de l’eau, comme si elle glissait sur de l’air, les bras à l’horizontal et sa longue chevelure brune couvrait son visage, en ne laissant que sa gueule anormalement ouverte chanter et exposer des dents acérées. Vêtue d’une robe brune en haillons, cette créature était aussi fascinante qu’effrayante, belle que laide.
Lara resta accroupie dans le brouillard à l’observer. C’était la meilleure technique pour analyser la situation et trouver comment vaincre cette créature. A la voir ainsi, elle semblait pacifique, mais son aura terrifiante laissait conclure le contraire. De plus, le médaillon pendant à son cou attirait l’aventurière comme un aimant et celle-ci sut immédiatement que la Sirène n’était pas là par hasard. Après s’être retournée vers John, elle lui ordonna :
- Reste ici ! Je vais m’occuper d’elle.
Il approuva en gardant ses mains plaquées contre ses oreilles afin d’étouffer le chant envoutant de la chimère, tandis que Lara se leva.
La Sirène ne semblait pas avoir remarqué l’arrivée de son bourreau. Elle continuait de danser et de chanter sans se douter un instant de ce qui allait lui arriver, ou du moins elle ne s’en souciait pas. D’ailleurs, Lara semblait plus joueuse et sadique qu’habituellement et au lieu de trouer sa victime de balles, elle saisit un couteau attaché à sa jambe droite, s’en arma et s’apprêta à égorger sa victime. Mais à sa grande surprise, la Sirène esquiva l’attaque dans un mouvement agile et nerveux, avant de poursuivre sa danse comme si de rien n’était. Lara manqua sa cible de peu, mais cela entraîna chez elle comme de l’admiration et aussi de la vigilance : la Sirène paraissait particulièrement véloce. L’aventurière passa à la vitesse supérieure et enchaina une série d’attaques précises et rapides. Mais encore une fois, la chimère les esquiva sans difficulté, semblant danser en effleurant la lame. Le petit jeu parut ne plus l’amuser et alors qu’elle pivota sur elle-même, elle plaça ses mains l’une au-dessus de l’autre et forma une sphère d’eau entre ses paumes, avant de la propulser vers Lara. Touchée au bras, celle-ci ressentit comme une brulure intense sur sa peau, qui la fit grimacer et redoubler de prudence. Maintenant, la Sirène enchainait des attaques ravageuses, propulsant des boules d’eau brulantes sur sa cible. Avec agilité et précision, Lara réussit à toutes les éviter et à se rapprocher sournoisement de sa proie. Dans une dernière tactique, elle bondit derrière la chimère grâce à une roulade au sol, se redressa, saisit sa tête et dans un mouvement brutal et sec lui brisa la nuque.
La Sirène disparut dans une éruption d’eau, éclaboussant Lara qui porta ses bras à son visage pour se protéger. Quand elle rouvrit les yeux, elle découvrit le médaillon à ses pieds et le ramassa avec une certaine satisfaction.
La mort de l’ennemi eut une conséquence positive : le brouillard se dissipa totalement, révélant à une centaine de mètres un temple gigantesque en eau. Le liquide s’écoulait en formant l’architecture de la bâtisse, comme une cascade menuisière.
C’est admiratifs et respectueux que les deux aventuriers s’en rapprochèrent, avant de s’immobiliser face aux deux immenses portes d’entrée, évidemment closes. Il ne fallut pas longtemps à Lara pour remarquer, au centre de celle de droite, une encoche de la forme du médaillon, dont l’incrustation déverrouillerait sûrement l’entrée.
- Pour l’instant, fit John en observant Lara agir, ça parait presque trop facile.
- « Presque », répondit-elle en plaçant la relique, mais nous ne sommes pas encore arrivés au bout.
Comme prévu, l’entrée fut dégagée et les deux amis pénétrèrent dans le temple, découvrant un tombeau plus classique construit en pierres noires, avec une unique petite pièce. Il y faisait très sombre et Lara anticipa l’allumage d’une torche afin d’éclairer les alentours. Les murs en pierres apparentes n’exposaient pas une construction soignée. Le sol en terre collait sous les semelles et on ne distinguait pas le plafond. Après sa première et synthétique découverte de la pièce, Lara ne remarqua aucun levier évident. Elle conclut que la résolution de l’énigme de cette salle devait être plus subtile et affina ses recherches.
De son côté, John ne trouva rien non plus et décida de faire une pause en s’appuyant contre le mur. Il tendit un bras et posa sa main à plat contre la paroi en disant :
- Il y a pas l’air d’avoir grand-chose ici. Tu veux que j’utilise mon pouvoir pour dégager un passage ?
Mais à peine eut-il prononcé ces mots que sa main s’enfonça lentement dans le mur. Visiblement, il venait d’enclencher l’interrupteur naturel permettant de résoudre l’énigme. Restant dans la même position, il ne réagit pas quand le sol se mit à trembler, ce qui lui valut un nouveau regard tranchant de la part de Lara, auquel il ne répondit que par un modeste :
- Oups…
Le sol se déroba brutalement sous leurs pieds et ils tombèrent dans le noir. La chute fut surprenante mais courte. Ils n’heurtèrent le sol qu’après deux secondes, sans réelle souffrance. Un peu sonnée, Lara fut quand même parfaitement apte à sermonner son ami.
- A partir de maintenant tu gardes tes mains loin des murs ! Ne touche plus à rien !
- Oh ça va ! Joue pas à la petite chef avec moi. Je ne suis pas un débutant en matière d’archéologie.
- Peut-être, mais laisse-moi au moins cinq minutes pour étudier les pièces, avant de tout casser.
Lara n’eut pas le temps de se relever que John bondit sur elle et la prit dans ses bras. Cela aurait pu l’étonner, si au même moment une énorme faux n’était pas sortie du plafond pour essayer de la trancher en deux. John courut tout droit en la portant, le piège effleurant le couple de près, voire de trop près. Alors que Lara se trouvait toujours dans les bras de son ami, elle reçut du sang sur le visage. Le liquide écarlate et frais trempait également les épaules de John, qui, malgré tout, continuait de courir sans s’en soucier. Esquivant la faux en faisant preuve d’une grande agilité, il traversa le couloir en un temps record, avant de s’effondrer à terre. Lara tomba, mais cela ne fut rien comparé à la douleur morale : la peur et le stress venaient à nouveau de lui compresser l’estomac.
- John ! l’appela-t-elle en se précipitant vers lui.
Elle le saisit par les épaules et eut immédiatement les paumes pleines de sang. Cela ne fit qu’accroitre son anxiété.
- Tu vas bien ? demanda John sans que son visage ne reflète la moindre douleur.
- Oui… Oui, je vais bien. Mais toi, ça va ?
- Oui, pourquoi ?
Sans que la peur ne disparaisse de ses yeux, Lara pivota autour de lui pour se placer dans son dos. Sa combinaison à l’origine grise était maintenant cramoisie, imprégnée de sang frais et déchirée au milieu du dos. L’aventurière fut définitivement aux abois. Tout en basculant son sac à dos devant elle pour en sortir une trousse de soin, elle ordonna :
- Enlève ta combinaison !
- C’est une obsession de me déshabiller dans les temples, ou quoi ?
- Abaisse ta combinaison ! Tu es blessé !
Sans comprendre, John s’exécuta, tandis que Lara était déjà munie de produits de soin et de pansements. Mais sa surprise doubla, quand elle ne découvrit aucune blessure ou plaie récente et encore moins à la hauteur de la quantité d’hémoglobine dégoulinant du dos. Sa trousse de soin sur ses genoux, Lara resta immobile, étonnée, à observer le dos indemne, sans savoir quoi faire.
- Alors, tu vois quelque chose ? finit par demander John qui ne comprenait pas son silence.
La question fit sortir Lara de ses songes et elle le laissa se rhabiller, mais en restant quelque peu déconcertée. L’attitude étonnée et distante de son amie entraîna chez John un soupçon d’inquiétude. Il lui demanda en remettant sa combinaison :
- Pourquoi as-tu cru que j’étais blessé ? Tu vois, je vais très bien.
- Je ne sais pas. Tout ce sang…
- Il doit provenir du piège. Ne t’inquiète pas, je me porte comme un charme !
Elle approuva d’un hochement de tête, peu convaincue, avant de retourner face à lui. C’est alors qu’elle remarqua quelque chose.
- C’est étrange, fit-elle en désignant la pierre, la relique dans ton torse me parait plus limpide.
John baissa les yeux pour regarder, mais il n’était pas simple pour lui de remarquer ce genre de chose.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
- Quand j’ai observé ta pierre de près, la dernière fois, j’y ai remarqué une sorte de brume noire à l’intérieur. On dirait qu’elle s’estompe et que la pierre devient transparente.
- C’est possible, mais ce n’est pas moi qui vais te dire à quoi c’est dû.
- Tu as certainement dû passer des examens médicaux, à quoi ressemble cette relique ?
- A un cristal de forme conique. La pointe se situe non loin de mon cœur et mon organisme l’a comme moulée. Elle fait maintenant partie de moi sans que j’en subisse des séquelles.
L’endroit n’étant pas approprié pour méditer sur le sujet, les deux amis se remirent en route après ces détails. La traversée du précédent couloir venait de les faire déboucher face à un gouffre très large, qui ne possédait pas de berge à l’opposé. C’était impossible de continuer par-là.
- Peut-être qu’on a loupé un couloir, fit John en cherchant une sortie des yeux.
Avec un mouvement de la main, Lara lui fit signe d’attendre, tandis qu’elle s’accroupit au bord du précipice. On ne distinguait pas le fond, mais en suivant la falaise des yeux, on pouvait distinguer des fissures profondes et larges, qui lacéraient la roche. Une vingtaine de mètres plus bas, un passage permettant de pénétrer dans la pierre se laissait apercevoir. Quand la jeune femme exposa son idée à son ami, celui-ci approuva, néanmoins en affichant une certaine tension sur son visage.
- En suivant les fissures, expliqua Lara, on arriva à descendre et à s’engouffrer dans le passage sous-terrain.
- Et si jamais ce n’est pas par-là ?
- On sera enfermé vivants comme des cons ! C’est ça que tu veux entendre ?
- Tu commences vraiment à parler comme moi. Néanmoins…
Avec un air sûr de lui, il plaqua sa main à terre. Après un nouveau jet de lumière, signe qu’il venait de faire usage de sa magie, une échelle naturelle apparut le long de la paroi, permettant de rejoindre le passage en contrebas sans escalade dangereuse.
- Tu es très utile, finalement, répliqua Lara sur un ton un peu ironique.
- Moque-toi, mais grâce à moi, c’est comme des vacances cette expédition.
- Il y a quelque chose de bizarre.
- Quoi ?
- Tu n’as pas posé ta main sur la pierre avant d’utiliser ton pouvoir.
Après un regard confus, John observa ses mains d’un drôle d’air, signe de sa surprise.
- C’est vrai, approuva-t-il. J’ai posé directement ma main à terre et mon pouvoir a tout de même fonctionné.
- Cela explique peut-être la disparition de la brume dans ta relique. Imagine que celle-ci était la source de ton pouvoir, peut-être n’a-t-elle pas totalement disparu, mais a été absorbée dans ton corps, ce qui fait que tu n’as plus besoin de toucher la pierre pour en faire usage.
- Oui, c’est une hypothèse plausible.
Après ces explications, ils descendirent sans mal jusqu’au passage et s’engouffrèrent dedans. Ils ne rampèrent que quelques secondes avant de se remettre debout, pour pénétrer dans un endroit absolument fascinant, qui les cloua sur place. C’était une jungle luxuriante et lumineuse, car les plantes immenses dégageaient de la lumière colorée, comme si on évoluait dans un arc-en-ciel.
- C’est absolument somptueux, dit Lara, émerveillée.
- On dirait…
- Si tu oses dire quelque chose du genre « On se croirait au Parc Astérix », je te tue !
- Ca ne ressemble absolument pas au Parc Astérix. Tu racontes vraiment n’importe quoi.
- Imbécile.
- Tu pourrais cesser de me traiter tout le temps d’imbécile ?
- C’est vrai qu’il existe aussi idiot, débile ou crétin.
Ils rirent tout en se mettant en route, néanmoins avec prudence pour ne pas tomber dans un piège. Les gigantesques plantes mesuraient la taille d’immeubles et les fleurs, surdimensionnées, dégageaient un parfum très intense un peu dérangeant. Au fur et à mesure que le couple progressait dans la jungle, l’expression de Lara changea. Son visage n’exprimait plus la fascination, mais la peur. Ne mettant pas longtemps à le remarquer, John lui demanda à quoi elle pensait.
- En réalité, cet endroit me rappelle les champs d’Arvamlabe et ça me fait peur.
- Si tu penses que les deux histoires sont liées, ça n’a rien d’étonnant.
- C’est justement ça qui me fait peur.
- Regarde !
John pointa son doigt juste en face. En ayant la tête basse, Lara ne l’avait pas remarqué, mais ils venaient de déboucher face à un temple en pierres, de taille modeste, avec une unique entrée et pièce. Quand ils pénétrèrent à l’intérieur, ils tombèrent nez à nez face à un autel, avec gravés dans la pierre des dessins de forme conique, ainsi que des inscriptions. Néanmoins, il n’y avait pas la moindre trace d’une relique.
- Ca ne me surprend même pas, fit Lara en tournant la tête vers John pour voir sa réaction.
Mais quand elle vit son visage, elle se rendit compte qu’il affichait une certaine détresse.
- J’arrive à lire et à comprendre ce charabia ! déclara-t-il en désignant les inscriptions.
Lara tenta de déchiffrer les symboles, mais la calligraphie ne ressemblait à aucune autre et elle ne put y parvenir. John s’en chargea pour elle.
- « Par ma volonté, j’enferme mon pouvoir dans ce cristal, afin de le protéger de ces immondes créations ingrates. Que par ma mort soit gardé l’esprit de la terre. ».
Il y eut un silence après cela, Lara et John réfléchissant chacun de leur côté. Pour l’aventurière, il n’y avait aucun doute : le dieu qui avait écrit ce message faisait partie de ceux ayant réussi à sauver leurs pouvoirs des Immortels, en le dissimulant dans une relique bien cachée. C’est avec un sourire victorieux que Lara affirma :
- Le fait que tu arrives à lire ce message n’est pas étonnant. Ca vient du pouvoir de la pierre dans ton torse. Pierre qui se trouvait, à l’origine, dans ce socle.
- D’accord, approuva John, amusé. En fait, tu voulais absolument venir ici parce que, dès le départ, tu étais persuadée qu’on ne trouverait rien, car la relique est dans ma poitrine. Tu voulais faire ta maligne en me prouvant que tu avais raison depuis le début et que cette pierre est bien liée à la légende de la Création et à notre affaire. Tu es contente ?
Avec un sourire hautain et sexy, Lara rapprocha son visage du sien, au point de pétrifier John un moment. Avec un regard embrasé, elle dit :
- Quatre, trois !
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MessagePosté le: Jeu 08 Avr 2010, 20:43    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 11

Alors que le soleil, haut dans le ciel, illuminait le désert du Névada en rendant la température aride, Lara déjeunait paisiblement avec John et le reste de la troupe, à l’ombre, en discutant de tout et de rien. Elle se sentait extrêmement bien, plongée dans une ambiance familiale et enfantine, qu’elle n’avait que rarement vécue. L’impression d’être en famille avec des gens à qui elle pouvait accorder une confiance aveugle, l’apaisait en lui faisant oublier un instant l’enquête et les hommes en noir. Malheureusement, un coup de téléphone allait vite la remettre dans l’ambiance. La sonnerie du portable de John retentit, faisant sursauter celui-ci. Le jeune homme sortit le combiné et observa l’écran.
- Han, nan… soupira-t-il comme si le nom affiché venait de chasser sa bonne humeur. Comment ça peut capter avec les portables, ici ? L’auteure fait exprès de m’enquiquiner.
Lara, intriguée, voulut immédiatement savoir de qui provenait le coup de fil.
- Qui est-ce ? demanda-t-elle en se servant un verre.
- L’emmerdeur de service.
Il n’ajouta rien de plus, se leva pour quitter la table et s’éloigner d’une dizaine de mètres. L’idée d’avoir une conversation avec ce type insupportable lui donna mal au ventre, mais il dut s’y résigner.
- Allô, décrocha-t-il, la Maison du Bonheur, Alexandra à l’appareil, que puis-je faire pour vous ?
- Vous vous foutez de la gueule du monde, Seize ?
- Pas de celle du monde, juste de la vôtre, inspecteur.
- Vous avez de la chance que la distance qui nous sépare m’empêche de vous foutre mon poing dans la gueule.
- Et je l’en remercie.
- Je sais ce qui me retient de vous traiter de « Petit con », de raccrocher et de vous dessaisir de l’affaire et ça m’ennuie profondément, mais vous pouvez être certain que vous avez tout mon mépris.
- C’est réciproque.
- On dirait que les mois passés avec Miss Croft ne font qu’empirer votre incompétence notoire à résoudre cette enquête. Comme quoi je ne m’étais pas trompé. Vous prenez votre pied, au moins ?
En percevant ces mots, John fit volte-face pour se retourner vers Lara. Il se rendit alors compte qu’elle avait fait de même et ils se regardèrent un instant. Le regard de la jeune femme reflétait de l’inquiétude et de la culpabilité, comme si elle devinait la conversation. En quittant ses yeux, John répondit sèchement :
- Je vous emmerde, inspecteur ! Laissez-nous avancer à notre rythme.
- Parce que vous avancez ?
- Oui, vous pouvez en être certain.
- Très bien, dans ce cas, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Vous allez recevoir un cadeau d’ici peu, ça devrait vous occuper un moment.
- Parce que vous connaissez la date de mon anniversaire ?
- Non et je m’en fous.
Et il raccrocha.
John resta immobile et incrédule, le combiné sur l’oreille, à supporter le silence. Il garda cette position un instant, comme s’il venait d’être statufié, avant d’abaisser sa main pour ranger le téléphone dans sa poche.
- Connard ! cracha-t-il en retournant près de la table.
Lara pensait qu’il allait se rasseoir, mais il ne fit que les contourner pour retourner vers le bâtiment d’habitation. La tête basse et la démarche lourde, il possédait une expression triste et vexée qui n’échappa à personne.
- Tu ne manges pas, John ? demanda Alexy en voyant que ça n’allait pas.
- Non merci, je n’ai plus faim. Je vais prendre une douche.
- Tu te souviens quel jour on est ?
- Sûrement pas le jour de mon anniversaire…
Et il disparut sans dire un mot de plus.
Un silence pesant tomba à table, personne n’osant dire quoique ce soit. Lara comprit immédiatement que la conversation avec l’inspecteur s’était mal passée et que John était blessé, ce qui la contraria. Elle n’aimait pas le voir triste, d’autant que pour le vexer, il fallait vraiment lui dire des choses horribles impunément. Lara possédait une envie sidérante de ruer l’inspecteur de coups.
- Personne ne va lui parler ? demanda Paul, surpris par le manque de réactivité des troupes.
- Ca ne sert à rien, répondit Lara. Il va se calmer. De toute manière, on ne peut pas lui apporter ce qu’il désire vraiment.
L’aventurière ayant raison, les gars approuvèrent dans le silence en continuant le repas, mais l’ambiance générale venait de sérieusement chuter.
- C’est un jour particulier, aujourd’hui ? demanda Lara afin de faire cesser le silence.
- Tous les quinze du mois, répondit Paul, on provoque John en duel sur le parcours d’entraînement.
- A cinq contre un ?
- Comme quoi le nombre ne fait pas la force.
- Vous ne l’avez jamais vaincu ?
- Non. A chaque fois, il nous met une raclée. Il est très fort.
Suite à ces mots, le regard de Lara s’illumina d’une façon espiègle. Elle resta un instant immobile, à fixer le vide, tandis qu’une idée amusante la fit sourire. Sans que son air provoquant ne quitte son visage, elle dit aux gars :
- J’ai une proposition à vous faire.

* * *

Même si elle s’écoulait à pleine puissance, l’eau fracassant le dos de John, accroupi sous la douche, n’aidait pas celui-ci à chasser ses démons. Au contraire, cela ne faisait que le démoraliser encore plus, le choc de l’eau lui remémorant le souvenir de son réveil sous l’orage. La tête contre ses genoux, il tentait de se rappeler de quelque chose, sans succès et dans un état secondaire proche de la somnolence, laissait son esprit dériver en lui montrant des images qu’il ne comprenait pas. Il percevait une voix déformée et haineuse lui dire des choses comme : « Tu es le seul responsable ! » « Ce n’était qu’un traitre et tous les traitres méritent de mourir. » « Je te hais ! » « Le moment venu, je t’arracherai le cœur, comme tu m’as volé le mien ! ». Cette menace le fit sortir de sa transe. Il releva brutalement la tête en haletant, comme s’il venait de subir un choc. Dans le fond, ce n’était pas tout à fait faux. John tremblait comme une feuille, mais cela n’avait rien à voir avec la température glaciale de l’eau qui coulait sur lui. A chaque fois qu’il tentait de se souvenir de son passé, il avait l’impression de se rapprocher d’une porte close. Dès qu’il touchait la poignée, il était propulsé à des kilomètres de là, tout cela dans une douleur atroce. Ce nouveau choc eut au moins le mérite de lui remettre les idées en place : il se sentit étrangement mieux qu’avant, comme purgé. Le passé ne semblait plus autant l’affecter qu’avant et il savait pourquoi. Cela lui suffit pour retrouver le sourire, se redresser et couper l’eau avant de sortir de la cabine. Il s’habilla et marcha vigoureusement vers l’extérieur du bâtiment, dans le but de retourner à table. Sa surprise fut de taille en découvrant que la troupe venait de stopper le déjeuner et que Lara se trouvait sur la ligne de départ du parcours d’entraînement, en train de s’échauffer. Les gars l’observaient à l’ombre, en vérifiant du matériel comme des chronomètres. Il ne fallut pas longtemps à John pour comprendre le plan.
- La réponse est « non », fit-il en s’approchant de Lara.
Celle-ci stoppa ses exercices d’échauffement pour se redresser, prendre une posture provocante et répondre :
- Tu as peur de perdre ? Je ne te pensais pas si trouillard.
- C’est plutôt le contraire. Je refuse d’avoir sur les épaules le poids de la culpabilité, en te faisant subir une défaite honteuse. Tu vas perdre toute crédibilité auprès de tes fans qui vont enfin se rendre compte que tu n’es plus qu’une pauvre héroïne décrépie.
- Alors là, tu…
- Je vais encore te mettre la pâtée, la vieille.
- Arrête de me traiter de vieille ! D’autant qu’on a le même âge.
- Moi, au moins, j’ai pas les seins qui tombent.
- Non mais ça va pas ! C’est parce qu’ils sont gros et lourds qu’ils tombent, rien à voir avec mon âge.
- Ouais, c’est ça, cherche des excuses.
Si Lara n’appréciait pas autant John, elle lui aurait certainement sauté au cou, mais elle se contenta de lui lancer un regard aguichant, avant de se placer en position de départ. A quelques mètres, les gars se préparaient à chronométrer les deux adversaires, afin de pouvoir les départager.
- Le premier arrivé, gagne, expliqua simplement Alexy en vérifiant que son chrono était bien à zéro.
- Attention à la canicule, la vieille, provoqua John en se plaçant correctement, à ton âge, ça peut être dangereux.
Elle ne répondit pas, se contentant de sourire tout en fixant le parcours droit devant. Il fallait qu’elle se concentre et oublie la présence de son ami, si elle voulait offrir le meilleur d’elle-même. A cet instant, seul le décompte de Paul arrivant à ses oreilles eut de l’importance. Les yeux de Lara se préparèrent, rendant toute chose futile floue, afin de ne laisser que l’essentiel de net. La jeune femme eut alors l’impression de déborder de confiance en elle, de se sentir prête et puissante, comme si rien et surtout pas John, ne pourrait la surpasser. Quand le « GO » de Paul rugit à ses oreilles, elle bondit en avant en donnant tout ce qu’elle avait, tout ce que ses muscles pouvaient octroyer. Cela fut son meilleur départ de sa vie, digne d’un sportif olympique : précis et rapide, mais il resta tout de même insuffisant. La jouissance de se croire meilleure disparut, lorsque Lara vit John partir trois fois plus vite qu’elle, en la distançant de presque cinq mètres dès le départ. Il courut à une vitesse qui l’effara, voire la vexa, au point de lui faire ouvrir des yeux énormes. Elle dut faire preuve d’une vitalité hors norme pour le rattraper et rester à sa portée, alors qu’ils couraient vers le premier obstacle du parcours : un enchainement de blocs, tous séparés par une distance plus ou moins modeste, demandant des sauts courts mais précis et rapprochés. Lara ne se laissa pas faire. Même si John paraissait plus rapide et endurant, l’agilité de la jeune femme permit à celle-ci de prendre de l’avance. Elle bondit du dernier bloc vers une paroi tapissée d’un filet, dont elle débuta vite l’escalade. Dégoulinante de sueur, elle sentait que l’effort était énorme et qu’elle forçait dangereusement, mais étant très mauvaise perdante, elle continua malgré tout, car John reprenait du terrain. Ils sautèrent de la paroi exactement en même temps et se réceptionnèrent quelques mètres plus bas, sur le sable. Lara exécuta immédiatement une roulade, avant de bondir sur ses pieds. Cette technique avait l’avantage d’amoindrir les réceptions sans freiner la vitesse de course, un avantage certain par rapport à John qui avait touché le sol en pliant les jambes. Mais à nouveau, Lara fut très surprise : il venait encore de la dépasser. Malgré le freinage de sa réception, il s’était rattrapé en doublant sa vitesse de course, pour dépasser l’aventurière et foncer vers le défi suivant : la traversée d’un gouffre grâce à une échelle horizontale, à laquelle il fallait se suspendre par les bras. Il saisit les barreaux et progressa à une vitesse inhumaine, dans un balancier uniforme, sans moment de faiblesse. En quelques secondes, il en eut terminé avec cette épreuve, alors que Lara venait juste de la commencer, non sans une certaine anxiété. Elle vit John s’éloigner de plus en plus, sa silhouette disparaissant entre les blocs du parcours. Cela la fit encore accélérer malgré les douleurs atroces de son corps. Elle traversa le gouffre en forçant sur ses bras et courut comme une folle jusqu’à John en manquant de trébucher à cause de ses pas imprécis. Le jeune homme venait de commencer à courir sur une surface couverte de pneus. Il fallait toujours faire preuve de vélocité mais aussi de précision, domaine dans lequel Lara possédait un peu d’avantage. Elle réussit à rattraper son retard et décida d’opter pour une technique un peu déloyale mais salutaire. Dans un saut sur le côté, elle bondit devant John et se réceptionna devant lui, le gênant et le déconcentrant. Il dut s’arrêter et tomba en arrière, dans les pneus.
- Sale tricheuse ! hurla-t-il en la voyant disparaître.
- A la guerre, tous les coups sont permis !
Lara manqua de suffoquer en répondant. Elle souffrait tellement qu’un effort de trop aurait sûrement provoqué une syncope, mais la volonté de gagner la forçait à aller au-delà du raisonnable. Sa technique lui permit de prendre une légère avance. Si elle arrivait à la garder jusqu’au dernier obstacle, le célèbre mur en pierres, elle gagnerait. Sans jeter un coup d’œil derrière elle, elle sprinta vers la paroi en se préparant à bondir par-dessus. Mais à cet instant, quelque chose d’impossible se produisit. John la rattrapa, ce qui au départ, ne l’affola pas, mais au lieu de sauter au-dessus du mur, il continua tout droit et le traversa comme un spectre. Cet acte inattendu surprit tellement Lara, qu’elle en perdit sa concentration et continua également en ligne droite, percutant le mur de plein fouet. La douleur fut horrible et elle tomba au sol en se tenant le visage, écroulée de douleur et de honte.
Témoins de sa défaite, les gars soupirèrent en admettant la nouvelle victoire de John, non sans également refléter leur surprise face à son tour de passe-passe. Celui-ci retourna de l’autre côté du mur et s’immobilisa aux côtés de Lara, toujours à terre, haletante et pleine de sueur. Elle pressait son front écorché en essayant de reprendre sa respiration.
- Sale tricheur ! cracha-t-elle sans le regarder.
- A la guerre, tous les coups sont permis.
Il voulut rire, mais l’état de Lara laissait tellement à désirer qu’il eut presque pitié d’elle. Il s’accroupit et lui demanda en avançant les mains vers son visage :
- Tu as mal ? Laisse-moi regarder.
- Je ne suis pas une gamine ! dit-elle en le repoussant. Je vais bien.
- Tu es surtout très mauvaise perdante.
- Comment as-tu fait pour traverser ce mur ?
Afin de lui fournir des explications, il se leva et marcha vers la paroi en pierres. Naturellement, avec une grande facilité, il passa son bras à travers, sous les yeux hagards de Lara.
- Je possède le pouvoir de la terre, et grâce à lui, il me suffit de créer un passage dans le mur afin de m’y glisser et de le reboucher par la suite, tout cela avec une rapidité telle, qu’on dirait que je passe à travers.
La jeune femme eut du mal à s’en remettre. John contrôlait peu à peu son pouvoir et possédait donc un avantage dans ce duel. Il lui avait bien caché cette technique.
- Quel clown tu fais, dit-elle sèchement. On recommence !
John eut un rictus avant de commencer à s’éloigner. Visiblement, il n’était pas partant pour une seconde manche.
- Non merci, répondit-il. Je suis fatigué.
- Je suis sûre que non. Tu ne transpires presque pas. Même un athlète de haut niveau n’a pas tes qualités d’endurance et de vitesse qui sont presque inhumaines.
Il s’immobilisa en percevant cette remarque, tournant le dos à Lara qui se tut. Elle s’attendait à une mauvaise blague, mais pas qu’il s’immobilise comme ça. Lentement, il se retourna vers elle et répondit :
- Je te l’ai dit : je suis trop balaise, c’est tout.
Lara n’ajouta rien, car l’expression de John à cet instant était bien différente de d’habitude. Il souriait avec une pointe de tristesse, son visage crispé reflétant du désarroi. Il fit volte-face pour retourner vers le bâtiment d’habitation sans l’attendre, l’air vraiment peiné. Lara voulut le suivre pour lui parler, savoir ce qui le tracassait, mais au moment où elle s’élança, un bourdonnement arriva à ses oreilles, lui faisant lever les yeux vers le ciel. Un hélicoptère se rapprochait, la rotation de l’hélice provoquant ce son assourdissant. Au départ, l’aventurière pensait qu’il ne ferait que les survoler, mais il s’immobilisa au-dessus d’eux, afin de débuter sa phase d’atterrissage sur la base. L’appareil descendit lentement, provoquant une tempête de sable presque insupportable.
Lara s’éloigna en protégeant ses yeux et rejoignit John qui s’était immobilisé pour observer la descente de l’hélico. Quand celui-ci fut stabilisé au sol, le pilote stoppa les moteurs et une troupe d’individus en blouses blanches descendit un gros frigo de l’appareil, qu’ils portaient à l’horizontale. Même si Lara ne comprit pas de quoi il s’agissait, elle conclut en voyant l’expression de son ami, que lui savait. John se rapprocha des « livreurs » avec un visage crispé et tendu. Après un échange de poignées de mains, il leur indiqua la direction de la chambre froide. C’est à cet instant que l’aventurière comprit : on leur apportait un nouveau cadavre.
Elle suivit le groupe jusqu’au bâtiment, où la victime fut déposée sur une table vide. Après cela, les « livreurs » échangèrent quelques mots avec John, lui transmirent des documents avant de s’en retourner, saluant au passage la jeune femme. Le couple resta silencieux à observer l’envol de l’hélico, qui disparut rapidement à l’horizon. Même après son départ, les deux amis ne bougèrent pas, ni ne parlèrent, comme s’ils redoutaient de découvrir le « cadeau » envoyé par l’inspecteur. Après s’être retournés exactement en même temps pour faire face au corps, ils échangèrent un regard inquiet et hésitant, avant de s’en rapprocher. John commença par empoigner les documents posés sur la table, afin de prendre connaissance de l’identité de la victime. Après une rapide lecture en diagonale, il dit :
- Tu avais raison. Ton Homme en Noir d’Amérique du Sud a bien laissé un cadavre derrière lui.
Le regard de Lara devint triste en se posant sur le corps voilé, comme si elle culpabilisait. Peut-être aurait-elle put sauver cet individu, vu la maigre distance qui les séparait.
- Trisha Heart, reprit John, célibataire de trente-cinq ans d’origine française, elle faisait des recherches dans le cadre de son job consistant à analyser la flore locale.
- Son cœur a été volé ? demanda Lara en connaissant la réponse.
- Oui.
Il n’ajouta rien de plus et posa ses yeux sur le corps, tout en déposant les documents sur la table. Rejoignant Lara, il avança lentement sa main pour saisir le drap, hésitant à le tirer. Il finit par le faire d’un geste nerveux, retirant totalement le tissu pour découvrir la jeune femme. A cet instant, il s’immobilisa d’un coup, tandis que ses yeux, comme ceux de Lara, devinrent vitreux. Les deux amis ne purent rien dire en découvrant la boucherie qui se présentait devant eux. Le visage de la victime, broyé, n’était plus humain. Son corps ouvert en deux dévoilait ses organes internes, du moins ce qu’il en restait. Ses côtes étaient brisées et ses articulations déboitées.
- C’est…horrible, bafouilla John en la recouvrant. Quel homme peut faire une chose pareille ?
Il n’eut pas de réponse, car Lara était trop chamboulée pour dire quoique ce soit. Son visage tendu ne reflétait que la peur et le désarroi, tandis que dans sa tête, la voix glauque et terrifiante de l’Homme en Noir résonnait : « Je suis un monstre ! ».
- Ca aurait pu être moi, dit-elle faiblement.
- Quoi ?
Lara semblait ailleurs, ne percevant même plus la voix de John. L’Homme en Noir revenait la hanter, la faisant presque trembler. Elle ne comprenait pas pourquoi, cette fameuse nuit, il ne l’avait pas tué, alors que…
« Tu es faible. »
- Pourquoi il ne m’a pas tuée ?
« Tu ne m’intéresses pas. »
- Je veux savoir !
Elle tourna soudain la tête vers John, alors que son regard venait de changer, n’affichant plus de la peur, mais de la détermination. Maintenant, pour elle, une chose était tout à fait claire.
- Je veux savoir qui est ce monstre !
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MessagePosté le: Mar 13 Avr 2010, 10:31    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 12

Ne supportant plus la température glaciale de l’entrepôt et l’ambiance qui y régnait, John quitta le bâtiment en laissant Lara le suivre. La jeune femme s’apprêta à sortir, mais curieusement, elle s’arrêta pour se retourner à nouveau vers les cadavres. Un frisson lui parcourut l’échine, comme si elle sentait un danger autour d’elle. Dégainant un 9mm, elle menaça le vide en balayant les lieux du regard, mais sans distinguer une quelconque présence. Pourtant, elle ressentait bien quelque chose, ce qui la laissa sur ses gardes. La brume opaque semblait s’épaissir et l’humidité dans la salle augmentait de manière inquiétante. Les choses commencèrent à devenir angoissantes quand les gouttes d’eau présentes dans la pièce se rejoignirent pour se condenser à un seul endroit et prendre forme humaine. La vague moula des traits longilignes et fins et quand la transformation s’acheva, une femme vêtue d’une robe noire apparut devant Lara. Ses longs cheveux ébène très fournis formaient des vagues en épousant ses formes, tandis que sa peau blafarde semblait dégager de la lumière. Les nombreuses plaies qui lacéraient son visage et ses bras saignaient, tachant sa peau de rouge. Elle souriait avec une pointe de sadisme et de tristesse, de tendresse et de méchanceté. Un mélange incohérent qui la rendait belle et fascinante, mais aussi terrifiante.
Lara se plaça dans une position défensive parfaite, menaçant l’inconnue entre les deux yeux. Elle comprit immédiatement qu’elle avait devant elle une ennemie. Le fait qu’elle se forme grâce à l’eau lui fit immédiatement penser au meurtre de Nadia Girard. Aucun doute qu’il s’agissait de l’assassin.
- On se retrouve face à face, Lara Croft, fit-elle.
Sa voix grisante était bien celle d’une femme, bien qu’elle donnait la même impression que les autres : malade et irritée.
- Qui es-tu ? demanda sèchement Lara.
- Je ne suis personne.
- Quel hasard.
- Un nom, est-ce si important que ça ?
- J’aime connaître le nom des gens que je vais tuer.
Suite à cette déclaration, les yeux de l’inconnue reflétèrent de la surprise, mais aussi de la déception. Cela surprit Lara qui ne pensait pas la voir réagir comme ça. Elle s’attendait à une répartie violente, mais l’inconnue semblait juste vexée et en colère. En serrant les poings, elle répondit :
- Tu es bien comme les autres : tu ne vis que pour détruire en dissimulant tes actes derrière des principes et des valeurs diffamatoires.
- Tu veux me faire la morale alors que tu as assassiné une jeune fille ? Vous êtes des tueurs qui méritent d’être punis !
- Ah oui ? Et tu es la justice ? La main qui va punir les criminels pour le bien de tous ? Qu’est-ce que tu connais de moi ? Qu’as-tu vu de tes yeux pour me juger ? Les discours moralisateurs dissimulent souvent ses propres vices.
Le cœur de Lara commença à battre fort et ses jambes à devenir lourdes. Elle se sentait mal en face de cette femme étrange, qui semblait très intelligente. La détermination de son regard reflétait de la pureté, comme si elle semblait fière de ses valeurs et de ses dires, malgré ses actes ignobles. On aurait pu la comparer à un enfant, qui après une grosse bêtise, ne comprendrait pas pourquoi on le réprimandait.
- Je ne suis pas comme toi, fit Lara d’une voix déstabilisée. Toi et moi nous n’avons rien en commun.
- C’est vrai. Je suis née pour créer, alors que tu es née pour détruire.
Suite à ces paroles, l’inconnue tendit son bras en avant. Le membre s’allongea en se liquéfiant et s’enroula autour du cou de Lara, qui, surprise, s’immobilisa. Elle sentit l’eau s’engouffrer dans sa gorge et dans ses poumons, la noyant et l’étouffant. La sensation fut aussi horrible que terrifiante, comme si la Mort elle-même pénétrait dans son corps.
- Nous sommes les esclaves de Dieu, reprit l’inconnue. Je suis un être suprême, futur témoin de la naissance d’un nouveau monde sans peur ni souffrance. Toi, misérable humaine destructrice, tu ne pourras pas le voir.
Alors qu’elle allait basculer dans le coma, Lara eut un ultime réflexe qui lui fit presser la détente. Le coup de feu partit presque au hasard, mais la chance permit à la balle de se loger dans la tête de la meurtrière. Celle-ci stoppa son attaque et lourdement, tomba en arrière. Quand elle toucha le sol, elle explosa en se liquéfiant, comme une poupée pleine d’eau qui se brise à terre.

* * *

Lara se réveilla soudainement en inspirant une grande bouffée d’air.
Ce geste inattendu surprit John qui donna un coup de frein brutal. La Jeep stoppa au milieu de la route en dérapant, laissant une trainée noirâtre sur le bitume, tandis que ses pneus semblèrent hurler.
- Tu m’as fait peur ! se plaignit le jeune homme en se retournant vers l’aventurière.
La jeune femme haletait en se tenant la gorge, l’émotion produite par son cauchemar l’ayant énormément perturbée. Elle mit un temps à reprendre ses esprits, ses yeux vitreux et ses mains tremblantes reflétant son état perturbé.
- Lara, tu vas bien ? demanda John d’une voix apaisante.
Elle le regarda, un peu perdue, avant que ses yeux ne retrouvent une lueur de raison. Sa respiration devint plus calme et ses tremblements cessèrent, mais psychologiquement, elle était encore très choquée.
- Oui… Ca va, répondit-elle, désappointée. J’ai fait un cauchemar. Excuse-moi.
- Ce n’est pas ta faute, mais heureusement que nous sommes seuls sur la route.
Lara se rassit confortablement en soupirant, tandis que John redémarra. Ils roulaient actuellement dans la campagne normande et les longues heures en voiture avaient fini par assoupir Lara qui s’était endormie.
Suite à l’arrivée du cadavre de Trisha, les deux amis en avaient appris plus sur elle et notamment qu’elle possédait une sœur jumelle résidant à Paris. Comme interroger les proches était une formalité obligatoire, Lara et John s’étaient envolés pour la France dans le but de rencontrer la sœur de la défunte, mais le détour par la Normandie n’était pas anodin. Jean-Paul Braik, première victime des assassins, résidait dans la région et Lara désirait profiter de son passage en France pour fouiller elle-même la demeure du vieil homme. L’enquête ayant un lien mystérieux avec la mythologie et Braik étant un collectionneur d’objets rares, elle y voyait là comme un lien évident. Fouiller les lieux avec des yeux d’archéologues et non pas d’enquêteurs allait sûrement lui permettre de trouver une chose passée inaperçue.
- C’est vraiment paumé comme coin, remarqua John en observant les immenses champs les encerclant. Je ne suis pas étonné que le corps ait été retrouvé des jours après le meurtre. Personne n’aurait pu venir en aide à ce pauvre vieux.
- Ca me rend encore plus sceptique.
- Pourquoi ?
- D’après toi, pourquoi un homme seul et à la retraite viendrait se terrer au fin fond de la cambrousse ?
- Pour qu’on lui foute la paix ?
- Il a quelque chose à cacher.
- Tu es parano.
- Ca m’a rarement fait défaut.
John tourna sur un petit chemin de terre et roula lentement dans un bois privé pour déboucher dans une cour en gravier. Il stoppa la voiture devant une grande demeure en pierres apparentes et au toit en ardoises. Très longue et recouverte de lierre, elle possédait un étage ainsi qu’un jardin avec de magnifiques fleurs épanouies. Lara fut enchantée de voir autant de verdure en cette période automnale, mais cela la surprit quand même.
- Etrange, toutes ces fleurs, dit-elle. Tu as vu ces roses ? Ce n’est pourtant pas la saison et malgré le manque d’entretien, le jardin est resté parfait.
N’ayant pas de réponse de la part de John, elle se retourna vers lui. Il était droit et immobile, les bras le long de son corps, la tête haute avec les yeux fixant la demeure d’une drôle de manière, à la fois avec surprise et peur. Visiblement, il avait l’esprit ailleurs.
- Tu m’écoutes ? demanda Lara pour le faire revenir à lui.
Ses yeux s’illuminèrent alors qu’il les baissa vers la jeune femme.
- Qu’est-ce que tu as dit ?
- Finalement, ce n’est pas important. Viens, on entre.
Il la rejoignit à l’entrée, saisit les clés pour déverrouiller les serrures et ouvrit la porte. Celle-ci grinça légèrement en dévoilant un petit couloir aux murs décorés de nombreux masques indiens. Ceci n’était qu’un prologue au véritable musée dans lequel pénétrèrent les deux amis. Lara fut tout de suite admirative de la collection d’objets provenant de différentes civilisations qu’exposait la maison, avec goût et raffinement. Certaines reliques possédaient une valeur inestimable et même les nombreuses banderoles de police qui assiégeaient la demeure ne permettaient pas d’en dégrader la merveilleuse décoration.
- C’est vraiment surprenant, fit Lara, émerveillée. Cette demeure est d’un luxe. Tous ces objets auraient leur place dans un musée. J’en suis presque jalouse.
Encore une fois, John ne répondit rien. Un regard vers lui permit à Lara de constater qu’il se trouvait dans le même état qu’à l’entrée : déboussolé et inattentif. Elle lui donna une petite tape sur le torse pour capter son attention.
- John, tu ne m’écoutes pas depuis tout à l’heure.
- Excuse-moi, répondit-il timidement en évitant son regard.
- Tu es complètement ailleurs. Qu’est-ce que tu as ?
- Je me sens mal… Je ne suis pas du tout à l’aise ici.
Son visage blafard et perturbé ne laissait aucun doute sur son état mental. Lara en fut presque déstabilisée. Pour elle, John ne connaissait ni la tristesse, ni le mal être. C’était quelqu’un qui ne se montrait jamais faible, au point qu’on puisse penser qu’il était immunisé contre la douleur et la tristesse. Mais aujourd’hui, dans cette demeure où on ressentait toujours la présence de la Mort, il semblait réellement perturbé, au point d’en perdre son éternel sourire.
- Tu veux m’attendre dehors ? proposa Lara.
- Non, ça va aller. On n’a qu’à se séparer pour fouiller. Préviens-moi si tu trouves quelque chose.
Après ces mots, il fit volte-face et marcha lentement vers la salle opposée. Lara le regarda disparaître, non sans inquiétude, n’aimant pas le voir dans cet état. Un sentiment étrange lui disait de le rattraper et de ne pas le laisser seul, mais un autre l’empêchait de le rejoindre. Partagée entre les deux, Lara décida de rester de son côté tout en gardant un œil sur lui. Elle pénétra dans le salon en passant sous les banderoles de délimitation et s’immobilisa au milieu du désordre. En balayant l’environnement du regard, elle se sentit immédiatement très mal. Pourtant, le sang avait été nettoyé, même s’il y avait encore de nombreuses taches, le cadavre retiré et il ne restait que les objets et les meubles renversés. Donc, rien de terrible. Mais il régnait dans cette pièce une atmosphère horrible. On ressentait une haine et férocité démesurée, comme si l’assassin et sa rage se trouvaient encore là. Le meurtrier possédait une telle prestance que son aura s’était imprégnée dans les murs, le plafond, les meubles et le sol. Lara sentait la présence de l’Homme en Noir à un tel point que son ancienne peur venait à nouveau la faire trembler. Afin de ne pas laisser ses sentiments prendre le dessus, elle décida de s’activer et de commencer les recherches. Elle observa minutieusement chaque objet et meuble dans ses moindres détails, tout en sachant que le salon ne serait certainement pas le meilleur lieu pour dissimuler quelque chose. Terminant par la cheminée, elle observa les objets posés sur celle-ci, d’autant que l’un d’eux en particulier attira son attention. En effet, toutes les reliques alentour étaient détruites ou abîmées, reflétant l’intense bagarre du meurtre, mais entre les débris, un seul objet était intact. Il s’agissait d’une statuette en corail rouge, taillée en danseuse, une pièce absolument sublime dans sa finition et son esthétisme. Mais sa fragilité ne la prédisposait pas à survivre à des chocs intenses. Par conséquent, si elle était intacte, c’est qu’on l’avait volontairement évitée, signe de son importance.
Lara l’étudia de très près, avant d’avancer ses mains pour la toucher. Mais quand elle essaya de la prendre, elle ne put la faire bouger. En effet, la relique était fixée à la cheminée et ne pouvait en être retirée. Le seul mouvement qu’elle pouvait faire était une rotation sur elle-même jusqu’à trois-cent-soixante degrés. Quand ce fut le cas, Lara crut entendre comme un « clic » provenant de l’intérieur de l’âtre, ce qui la fit pénétrer à l’intérieur. Le fond était maintenant légèrement déboité, signe qu’il pouvait pivoter. L’aventurière le poussa et elle put pénétrer dans un passage secret. Immédiatement, elle sentit une différence d’ambiance et de taux d’humidité. Il y faisait également très sombre, ce qui nécessita d’allumer une torche. Quand cela fut fait, Lara remarqua qu’elle se trouvait face à un escalier abrupt, dont les marches pleines de sang paraissaient très glissantes. Elle débuta la descente avec une grande prudence, tandis que le passage se ferma derrière elle. Elle eut immédiatement froid à cause du changement de température, mais la « décoration » n’aidait pas non plus à se mettre à l’aise. Les murs, espacés d’environ deux mètres, étaient couverts de traces de mains ensanglantées, comme si une personne blessée avait voulu monter les marches rapidement en s’aidant des parois. Lara imagina tout de suite Braik poursuivi par son assassin, essayer de sortir de ce trou en laissant du sang sur son passage. Mais la question qui poussait la jeune femme à descendre était « Qu’allait-elle trouver au fond du trou ? ». Sûrement un lapin blanc aux poils tachés de rouge.

* * *

Après être sorti du salon, John marcha de manière nonchalante jusqu’à la pièce suivante. Ses pas lourds reflétaient son mal être et chaque seconde passée dans cette maison lui était insupportable. C’était bien la première fois qu’il se sentait aussi mal. Son sang se glaçait dans ses veines. Ses poumons semblaient remplis de sirop. Il transpirait et sa tête lui faisait mal. Rester ici ne le rendait pas seulement nerveux, mais le terrifiait. Une peur qu’il n’expliquait pas, dont il ne trouvait pas l’origine et qui l’empêchait d’utiliser pleinement ses capacités.
Après avoir traversé la cuisine, qui ne semblait pas présenter un réel intérêt, il déboucha face à un escalier permettant de rejoindre le premier étage. Il s’immobilisa en posant un pied sur la première marche. Levant les yeux, il observa un instant le haut de l’escalier, comme si le monter était une épreuve interminable, avant d’enfin se décider. Il déboucha dans un long couloir avec plusieurs portes fermées, peintes en blancs et mouchetées de sang. Des traces rouges séchées tachaient également la moquette, ainsi que les murs, mais sans refléter une bagarre intense, comme si une personne blessée avait marché paisiblement dans ce couloir. Cela n’aida pas John à se sentir mieux. Peinant à respirer et ayant l’impression d’étouffer, il déboutonna le col de sa chemise et avança vers la première porte. Il pénétra dans une chambre classique, au lit bien fait et à la décoration simple, déduisant immédiatement qu’il s’agissait de celle de Braik. La première chose qui lui sauta aux yeux fut l’immense étagère remplie d’ouvrages, placée à côté d’un grand bureau dans le fond de la pièce. Il s’en rapprocha, saisit un livre au hasard et l’ouvrit. Une lecture en diagonale lui permit de se rendre compte qu’il parlait de la Légende de la Création. Braik y avait surligné ce qui lui paraissait important et fait des annotations. Les suppositions de Lara étaient donc bonnes : Braik connaissait la légende et faisait des recherches dessus, mais dans quel but ? John referma le livre et le posa sur le bureau avec cette interrogation. A cet instant, ses yeux se posèrent par hasard sur un cadre renversé, sur le meuble. Avec une main tremblante, il s’en saisit et le redressa pour observer la photographie qu’il contenait. Il reconnut sans problème Braik, souriant, à côté de sa femme, tenant dans ses bras un enfant d’à peine dix ans. Cela n’avait rien d’étonnant de trouver une photo de famille sur le bureau d’un homme, mais alors pourquoi John n’arrivait-il pas à en détacher ses yeux et surtout, pourquoi se sentait-il si mal en la regardant ?

* * *

Arrivée en bas, Lara déboucha dans une salle assez vaste et profonde. En la balayant de sa torche, elle aperçut des meubles, dont certains étaient renversés, ainsi que beaucoup de débris à terre, notamment des morceaux de verre. Aucun doute que la bagarre avait débuté dans cette salle glauque, ce qui attisa la curiosité de Lara malgré son mal être. Progresser dans cette obscurité empestant la mort et le sang, sans parler de l’humidité, n’aidait pas à se décontracter. De plus, la jeune femme percevait des couinements, ainsi que des bruits de courses, concluant immédiatement que des rats gambadaient partout autour d’elle. C’est l’estomac serré qu’elle commença à marcher droit devant, en éclairant les lieux de sa torche. Se rapprochant d’une table avec une masse recouverte d’un drap blanc, elle sentit son cœur battre fort : la masse sous le tissu bougeait. L’aventurière ralentit et silencieusement, dégaina un 9mm pour le saisir fermement dans sa main libre. Après s’être immobilisée près de la table, elle posa la torche sur celle-ci et saisit le drap du bout des doigts. Il lui fallut quelques secondes d’hésitation avant de tirer violemment le tissu, dévoilant un cadavre recouvert de rongeurs. La surprise et le dégoût la firent reculer brutalement. Elle heurta la torche, la faisant tomber, tandis que tous les rats bondirent de la table dans des couinements apeurés. Lara fut un instant perdue à cause du changement de lumière et de la peur. Son rythme cardiaque doubla et elle mit un temps à se calmer, pour reprendre la torche et éclairer le corps. Découpé en petits morceaux, on l’avait autopsié minutieusement, au point que Lara peina à identifier le sexe du mort. Non sans une grande répugnance, elle l’observa de plus près et remarqua des choses étonnantes. Tout d’abord, malgré le temps passé à une température limite, le corps paraissait « frais », non touché par la décomposition. Son ventre ouvert ne laissait pas paraître une précédente présence d’organes internes et certaines parties comme les bras et les jambes, étaient toutes plates, reflétant l’absence d’os. Ce corps possédait des « manques » évidents, qui n’aurait pu permettre la survie du mort, voire, tout simplement sa naissance. Mais pourtant, sa taille était celle d’un adulte, malgré les malformations, alors comment ? Etait-ce vraiment le corps d’un être humain qui se trouvait sur cette table ? Toutes ces questions étranges rendirent cette découverte encore plus sinistre. Lara déglutit avec difficulté, avant de recouvrir le corps pour continuer ses recherches. Elle marcha vers une autre table, elle aussi recouverte d’un drap. Sans hésitation, cette fois, elle découvrit un nouveau corps. Celui-ci était en bien meilleur état que le précédent, paraissant normal à la première vue des organes internes intacts. Lara ne réussit pas à déduire, à la vue du cadavre, la cause de la mort. Elle ne s’attarda pas et le recouvrit, avant de marcher vers le bureau. La première chose qui lui sauta aux yeux, en dehors des nombreuses traces de sang, fut un petit carnet à la couverture souple en cuir, posé au milieu du meuble. Elle s’en saisit et l’ouvrit au hasard, tombant sur une écriture peu lisible, aux lettres mal formées et très penchées. Les taches d’encre et de sang ne l’aidèrent pas, mais au bout d’une minute, elle réussit à déchiffrer le texte suivant : « N°14 est décédé suite à une crise cardiaque, 48h après sa création. Son autopsie m’a permis de découvrir un problème certain au niveau des poumons, dont la taille moindre l’empêchait de respirer correctement. »
Suite à cette première lecture, elle eut un frisson en se retournant vers les cadavres voilés. Elle se sentait encore plus mal qu’à son arrivée ici. Quelles expériences morbides Braik réalisait-il dans ce labo secret ? Elle ne s’était pas trompée en pensant qu’il dissimulait quelle chose dans cette campagne perdue. Après avoir tourné quelques pages, elle lut brièvement un nouveau rapport : « Il est parfait ! J’ai enfin réussi. Mais je sens sa haine grandir de jour en jour. N°15 est trop jaloux de la perfection de 16. J’aimerais le détruire, mais je crains d’échouer… »
- Lara ? Où tu te caches ?
En entendant la voix de John, Lara ferma brutalement le journal en sursautant. Un stress intense la submergeait, faisait battre son cœur fort, rendre ses mains moites et ses jambes lourdes. Après avoir épongé son front qui dégoulinait de sueur, elle se rendit compte que la voix provenait d’un micro posé sur le bureau. Braik avait certainement dû installer ce dispositif très discret pour savoir si des gens pénétraient dans la maison.
Alors qu’elle commençait à s’agiter comme un robot détraqué, signe qu’elle ne savait pas quoi faire ni penser, l’aventurière cacha le journal dans son sac à dos avant de faire volte face pour quitter les lieux. Mais à cet instant, un halo de lumière l’aveugla quand elle bougea la torche. Ce halo venait de se former alors que le rayon de lumière avait balayé une vitrine en verre à quelques mètres de là. Lara s’en rapprocha et constata que le fond de salle était une sorte de galerie d’art, avec de nombreux objets rares. La vitrine en verre, maintenant brisée, dégageait un socle vide, la relique ayant disparu. Les mains de Lara se mirent à trembler, alors qu’elle entendit encore la voix de John.
- T’as pas passé l’âge de jouer à cache-cache, la vieille ?
Elle sourit nerveusement en percevant cette blague, mais son sourire s’estompa presque instantanément. Dans un état secondaire, totalement ailleurs, elle s’imaginait des choses insensées en observant le socle vide. Ses pensées se mélangeaient, au point de lui donner mal à la tête.
- Lara ? continuait de l’appeler John. Lara ?
Sans que ses yeux vitreux ne quittent la vitrine brisée, l’aventurière recula lentement à petits pas. Sans faire attention, elle heurta une des tables et le choc eut le mérite de la faire revenir à elle. A grands pas, voire en courant, elle quitta la salle pour se précipiter vers l’escalier, qu’elle monta en toute hâte. Elle ne savait pas ce qu’elle fuyait, mais le dégoût et la peur la poussèrent à se comporter comme Braik le jour de son meurtre, au point de posséder l’étrange impression que l’assassin la poursuivait également. Après avoir trébuché de nombreuses fois, elle déboucha face au passage secret qu’elle dégagea discrètement. Elle vérifia que John ne se trouvait pas dans le salon et sortit de sa cachette, avant de vérifier que le mur se replaçait correctement. Après cela, remarquant que John se trouvait dehors, elle sortit en étouffant ses pas pour arriver dernière lui. Quand celui-ci se retourna, il sursauta en la voyant.
- Mais où tu étais ?
- Derrière la maison.
Les mains de Lara tremblaient si fort qu’elle serrait les poings pour essayer de le cacher. Ses sueurs froides la trempaient. Son mal de tête la faisait souffrir et une question horrible la tétanisait : « Pourquoi je lui mens ? »
- Qu’est-ce que tu faisais derrière la maison ?
- Les recherches, il ne faut rien laisser au hasard.
« Pourquoi je lui mens ? »
- T’es sûre que ça va ?
- Oui, je vais bien. Pourquoi ?
« Pourquoi je lui mens ? »
- T’es pâle comme un linge. On dirait un spectre.
- Je te dis que je vais bien !
« Je continue de lui mentir. »
- O.K., te fâche pas. Regarde ce que j’ai trouvé.
« Est-ce que je veux le protéger, au point de lui cacher une chose qui n’en a pas besoin ? »
- J’ai trouvé ces livres dans la chambre du vieux. Ils parlent tous de la Création.
- Ah oui ? Ca confirme tout.
« Je ne suis qu’une idiote… »
- Lara ?
Elle releva la tête vers lui et se rendit compte qu’il possédait une expression plus sévère que d’habitude. En plongeant encore une fois dans ses yeux qui semblaient tout lire en elle, elle fut encore plus anxieuse.
- Tu me cacherais pas quelque chose ?
Immédiatement, elle quitta ses yeux, comme si elle n’arrivait pas à le regarder en face.
- Pourquoi voudrais-tu que je te cache quelque chose ?
« Je ne veux plus perdre les gens que j’aime. Est-ce ça qui me fait faire des choses stupides ? »
- Tant mieux. On repart quand tu veux, je n’aime pas cet endroit.
« Mais si c’est mieux ainsi, peut-être est-ce une bonne chose… »

* * *

« Tu sais, Lara, depuis ce jour, j’ai eu comme l’impression que quelque chose avait changé entre nous, comme si tu avais construit un mur. Ca ne paraissait pas grand-chose, mais la fine paroi de verre que tu venais de bâtir me rendait mal à l’aise, comme si tu ne m’accordais plus toute ta confiance. Cette impression me rend triste, elle me ronge depuis des mois et je ne trouve pas le moyen de te faire revenir vers moi comme avant. Lara, pourquoi tu ne dis rien ? »
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MessagePosté le: Jeu 15 Avr 2010, 20:17    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 13

Dès que la Jeep pénétra dans Paris, Lara fut submergée par la nostalgie. Son visage afficha une expression émotive, tandis qu’un léger sourire tentait de dissimuler sa peine intérieure. Le fait de revenir ici lui fit penser à Kurtis Trent et à sa découverte du journal d’Inline, événements qui lui semblaient aussi lointains que voisins. Elle voyait maintenant Paris avec des yeux différents, marqués par la douleur et les souvenirs, comme si chaque pierre de la ville possédait une cicatrice profonde. Ainsi, elle ne put profiter pleinement du paysage.
Le soleil illuminait la ville avec chaleur et réconfort, sublimant les couleurs hivernales. Les feuilles aux teintes brunes batifolaient dans la légère brise. La Tour Eiffel piquait un ciel vierge de nuage. Beaucoup de couples et de familles se promenaient sur le Champ de Mars, bondé en ce samedi après-midi. C’était un beau Paris qui ouvrait ses bras aux deux amis, ce qu’ils ne refusèrent pas.
Après une recherche de place longue et ennuyeuse, John réussit à immobiliser la voiture non loin de l’immeuble d’habitation de Loveline Heart, la sœur de Trisha. Le bâtiment moderne de douze étages s’imposait comme un titan face aux deux amis, dont l’anxiété d’annoncer à la jeune femme la mort de sa sœur grandissait peu à peu. Ils pénétrèrent dans l’immeuble et montèrent jusqu’au dernier étage, avant de s’immobiliser face à la porte au nom de Heart. Après un moment d’hésitation, John pressa la sonnette. Dès que le son cessa, on perçut immédiatement un bruit de course rapide dans l’appartement, provoqué par des petits pas nerveux. Quand le bruit cessa, la porte s’ouvrit lentement, laissant apparaître dans l’entrebâillement un petit minois timide. C’était une petite fille, jolie comme un cœur, dont le visage encadré par de beaux cheveux châtains bouclés affichait un sourire tendre mais méfiant. Ses yeux verts en amande pétillaient de malice et de curiosité, tandis qu’ils observaient les deux inconnus avec interrogation. Elle portait une robe bleue brodée de rubans roses, dévoilant ses jambes et ses bras, lui donnant l’air d’une ravissante poupée. Le couple fut immédiatement attendri devant une enfant si jolie et touchante.
- Caroline ! résonna soudain une voix féminine. Je t’ai déjà dit de ne pas ouvrir la porte sans moi !
Apparut après ce rappel une femme d’une divine beauté. Très grande et élancée, elle possédait de longs cheveux blonds lumineux et des yeux d’un bleu transcendant, au point qu’on pouvait croire que le ciel nichait dans ses iris. La robe blanche qu’elle portait dénudait ses jambes immenses parfaitement lisses et elle avança vers sa fille dans une démarche douce mais vigoureuse.
- Désolée, maman, s’excusa la petite en entourant ses bras autour des jambes de sa mère. J’avais oublié.
- Ce n’est pas grave.
Le visage détendu et tendre de la mère n’affichait aucune colère, mais un sourire angélique, qui ne faisait que la rendre plus belle. Elle prit sa fille dans ses bras avant de l’embrasser sur la joue. Les deux amis observaient la scène avec émotion, alors que la petite tourna la tête vers eux pour leur demander :
- Qu’est-ce qu’on peut vous faire d’utile ?
Sa petite voix reflétait de l’assurance malgré la faute, ce qui fit sourire le couple.
- Non, ma chérie, reprit la mère. On ne dit pas ça, mais plutôt « Qu’est-ce que je peux faire pour me rendre utile ? »
- Ah oui, c’est vrai. Je me trompe tout le temps.
Après ce prologue très émouvant qui laissa les deux amis émus, la mère s’occupa enfin d’eux en leur demandant :
- Je peux vous aider ?
- Mademoiselle Loveline Heart, c’est bien ça ? fit John.
Lara fronça les sourcils en entendant la question. En fait, la question en elle-même était normale, mais c’était la voix de John, hésitante et légèrement tremblante, qui l’avait intriguée. En voyant le visage du jeune homme, elle se rendit compte qu’il rougissait et souriait niaisement, comme un adolescent venant d’avoir un coup de foudre. Cela l’énerva.
- Oui, c’est bien moi, approuva Loveline en hochant de la tête. Qui êtes-vous ?
- John Seize. Je travaille actuellement sur une enquête policière, expliqua-t-il en lui montrant une plaque. Et voici Mademoiselle Lara Croft, archéologue. Nous voudrions parler de votre sœur.
- Maman ! s’excita soudain la petite fille. Lara Croft, c’est la madame qui a écrit les aventures du yéti ?
Lara aurait pu avoir les larmes aux yeux tellement cette petite était mignonne. On ne pouvait qu’avoir envie de la serrer dans ses bras en la couvrant de baisers.
- Oui, ma chérie, rit Loveline. C’est la célèbre archéologue dont je te lis les histoires.
Le visage de la petite s’étira dans une expression intense, comme si elle venait de rencontrer le Père Noël. Lara n’en fut que plus comblée.
Loveline les invita à entrer et ils la suivirent jusqu’au salon. La décoration de l’appartement reflétait beaucoup de féminité et de soin, à l’image de la propriétaire. Les teintes blanches rendaient la pièce lumineuse et espacée, tandis que l’immense baie vitrée offrait une magnifique vue sur Paris. Le couple s’assit dans l’espace apéritif, matérialisé par une petite table basse encerclée par un canapé et des fauteuils.
- Vous désirez boire quelque chose ? proposa Loveline.
- C’est vraiment gentil, répondit John, mais nous ne voudrions pas abuser de votre temps. Nous sommes ici pour parler de votre sœur.
Sa voix tremblait toujours et il rougissait de plus en plus. Lara devenait véritablement agacée, au point de vouloir lui sauter au cou.
- Ca ne me dérange pas du tout, reprit Loveline, au contraire. Café ?
- Merci, avec plaisir. Lara, tu veux aussi un café ?
- Non, merci, répondit-elle presque sèchement. Je n’aime pas le café. Je préfère le thé. Tu le sais parfaitement en plus.
- Ne vous inquiétez pas, fit la jeune femme. Je préfère également le thé au café. Je vais en faire.
- Merci beaucoup.
- Oh, maman, je peux t’aider à faire le thé de Mademoiselle Croft, s’il te plait ? demanda la petite en attrapant la robe de sa mère.
- Oui, si tu veux.
Elles disparurent toutes les deux dans la cuisine, John les suivant du regard en souriant. Quand la porte se ferma derrière elles, il se retourna vers Lara, tout excité, en disant :
- Quelle femme magnifique et gentille. Je dirais même qu’elle frise la perfection.
- Pauvre abruti…
- Oh oh, non seulement, maintenant, je suis un abruti, mais en plus un « pauvre » abruti. Tu m’as l’air de bien mauvaise humeur. Serais-tu jalouse ?
- Je ne suis pas jalouse ! protesta Lara en serrant les poings.
- Alors pourquoi tu me fais une scène de ménage ?
- Tais-toi, tu m’énerves.
Ne voulant pas le regarder, la jeune femme tourna la tête à l’opposé pour observer l’appartement. On s’y sentait vraiment bien grâce à sa décoration épurée et ses couleurs harmonieuses. Il y flottait également le parfum de Heart : un arôme sucré et fruité. La féminité de ce lieu et son atmosphère apaisait réellement.
La porte de la cuisine s’ouvrit peu de temps après et Caroline sortit. Elle tenait dans ses mains un plateau par ses poignées, non sans afficher un certain stress à l’idée de tout faire tomber. Les tasses tremblotaient, provoquant un léger bruit de vaisselle, alors que l’enfant marchait très lentement vers la table basse, suivit par sa mère qui la surveillait en tenant la théière. Après avoir déposé le plateau sur la table, la petite soupira longuement, soulagée d’avoir réussi son épreuve éprouvante.
- Ouf, fit-elle en se redressant, c’était pas facile.
- Bravo ! fit Lara d’un air admiratif. Tu es une championne.
- Oh non, c’est pas vrai, rougit la petite.
Cette scène entraîna encore une avalanche de sourires, avant que Loveline n’interpelle sa fille tout en commençant le service.
- Caroline, peux-tu aller dans ta chambre, s’il te plaît ? Je dois parler de choses importantes avec Mademoiselle Croft et Monsieur Seize.
- Oh… je ne peux pas rester ?
- Non, ce sont des histoires de grandes personnes.
Même si elle fit la moue, la petite partit dans sa chambre sans broncher, dans laquelle elle s’enferma.
- Votre fille est vraiment adorable, fit Lara en buvant une gorgée de thé.
- Merci. Que voulez-vous me dire à propos de Trisha ?
En entendant la question, les deux amis perdirent leur sourire en se souvenant de la raison de leur venue. Ils échangèrent un regard, avant d’à nouveau observer Loveline d’un air peiné et confus.
- Nous sommes désolés, fit John en posant sa tasse, mais votre sœur est décédée. On l’a assassinée.
Ce ne fut pas étonnant, mais le visage de Loveline se figea dans une expression abasourdie, avant de devenir triste. Elle baissa les yeux en demandant :
- Que s’est-il passé ?
- Elle a été victime d’un tueur en série dont nous ignorons pour l’instant l’identité et les motivations. Enfin…nous connaissons ses motivations, mais c’est un peu farfelu.
- Je suis habituée aux histoires farfelues, vous pourriez être surpris.
- Nous pensons qu’il cherche à récupérer des pouvoirs mythologiques contenus dans les cœurs de certaines personnes.
L’expression de Loveline devint encore plus intense. Ses yeux s’exorbitèrent en se remplissant de larmes. Tous ses traits se figèrent dans une émotion ébahie. Ses mains tremblèrent, faisant vibrer sa tasse et le thé qu’elle contenait et sa peau devint blafarde.
- Je vous disais que c’était farfelu, insista John, peiné.
- Ce n’est pas ça… C’est juste que… Ma sœur est morte à cause de moi…
Les deux amis furent surpris d’entendre cela, alors que Loveline porta une main à ses yeux pour en chasser ses larmes. John voulut intervenir, mais à cet instant, on entendit une porte s’ouvrir et des petits pas pressés résonner. Caroline déboula dans le salon, une feuille de papier dans ses mains.
- Maman ! Regarde ce que j’ai fait.
Loveline se força à sourire à sa fille malgré son visage rouge et ses yeux bouffis.
- Ma chérie, maman est très occupée. Retourne dans ta chambre.
- Mais j’ai fais un dessin pour Mademoiselle Croft…
- Caroline, s’il te plaît…
La petite fit encore la moue, mais Lara décida d’intervenir pour détendre l’atmosphère.
- Montre-moi ton dessin, demanda-t-elle en tendant la main.
Elle s’exécuta en rougissant et se rapprocha de l’aventurière pour lui donner la feuille. Les deux amis observèrent le dessin, non sans que leurs yeux reflètent de la surprise. Malgré le coup de crayon maladroit et enfantin, Lara put se reconnaître sans mal, avec une tresse extrêmement longue et surtout, des seins deux fois plus gros que sa tête. L’énorme boule de poils effrayante à sa droite devait être le yéti.
- Merci beaucoup, Caroline, dit-elle en souriant. Je vais le garder précieusement.
- C’est vrai ? Vous aimez ?
- En tout cas, intervint John, tu as un talent d’observateur admirable et tu arrives parfaitement à mettre en valeur les « signes particuliers », accentua-t-il, de tes modèles.
Il eut encore droit à un regard blasé, alors que Caroline devint rouge comme une tomate. Elle les remercia mille fois d’un air gêné, avant que Loveline n’intervienne à nouveau.
- Retourne dans ta chambre, maintenant, Caroline.
- Oui, maman, j’y vais.
- John va venir jouer à toi, proposa Lara.
- Ah bon ? répondit le concerné avec des yeux énormes.
- Oui. Tu vas me faire un joli dessin.
Il l’observa d’une façon ironique, l’air de dire « Tu te fous encore de moi ! » et n’eut pour réponse qu’un clin d’œil et un sourire en coin.
- On va discuter entre femmes, alors vas-y.
Il approuva en se levant du canapé, avant de suivre Caroline qui le prit par la main, toute contente.
- C’est vrai, tu veux bien jouer avec moi ?
- Bien sûr. Mais je ne connais pas beaucoup de jeux, alors il va falloir que tu m’expliques.
- Oh oui, chouette ! Tu vas voir, je connais plein de jeux supers.
Ils disparurent tous les deux dans la chambre de la petite, laissant Lara et Loveline en tête à tête. Il se passa quelques secondes dans le silence, l’atmosphère redevenant assez tendue avec le départ de l’enfant.
- Je suis vraiment désolée pour votre sœur, reprit Lara. Vous deviez être très proches. On raconte que les jumeaux le sont particulièrement.
- Tout cela n’était que mensonge…
Lara ne répondit rien, ne sachant pas quoi dire en percevant ses mots, qu’elle ne comprit pas vraiment. Le devinant, Loveline insista en disant :
- Tous les sentiments que l’on me porte ne sont que des illusions.
- Pourquoi dites-vous cela ?
- Cette enquête est en rapport avec la légende de la Création, n’est-ce pas ? C’est pour ça que vous êtes là.
Surprise qu’elle soit au courant, l’aventurière ne répondit pas immédiatement. Elle ne s’attendait pas à ce qu’une femme « normale », ne possédant pas de lien avec l’archéologie, puisse connaître cette légende peu commune.
- En effet, finit par approuver l’aventurière. Vous connaissez cette légende ?
- Ce n’est pas une légende, mais plutôt une malédiction. Depuis des générations ma famille possède le pouvoir des « bons sentiments » pour le décrire ainsi. Nous sommes capables de transmettre l’amour, la joie, le bonheur, sans réellement le vouloir et de façon très intense. Ma mère m’a expliqué que ce pouvoir devrait être transmis de manière équivalente aux jumeaux, mais j’en ai totalement hérité. Ainsi, depuis mon enfance, j’attire irrésistiblement les gens, à cause d’un amour divin que je ne peux pas contrôler. Après que mon mari s’est suicidé d’amour pour moi, c’est maintenant ma sœur qui est morte, car l’assassin l’a tuée à ma place. Je suis sensée donner de l’amour, mais je n’apporte que la mort.
Lara fut accablée par la confession de la veuve, dont le visage, déformé par le désespoir, perdait sa beauté. Elle ne s’attendait pas du tout à cela.
- Ce n’est pas votre faute, dit-elle pour la réconforter. Le fautif est ce fou qui a assassiné votre sœur. C’est lui qui doit être puni, pas vous.
- Peut-être est-ce mieux que ce monstre vienne enfin m’arracher le cœur. C’est tout ce que je mérite…
- Non, voyons, vous…
Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Caroline arriva dans le salon en courant, avec un énorme bouquet de roses rouges dans ses petits bras. Semant des pétales écarlates partout, elle s’arrêta en face des canapés desquels les deux femmes bondirent.
- Caroline ! hurla presque sa mère. Mais d’où viennent ces roses ?
- Elles sont trop jolies, répondit la petite en sautillant sur place, faisant tomber plein de pétales. En plus, elles ne piquent pas. C’est John qui les a fait pousser dans ma chambre.
- Il a fait quoi ? fit Lara avec des yeux exorbités.
Caroline les conduisit jusqu’à sa chambre, au milieu de laquelle John était assis, les mains posées par terre. Toute la pièce était envahie par un immense rosier, aux fleurs d’un rouge intense et à la tige dénuée d’épine. Il pleuvait des pétales, un tapis doux et écarlate ayant remplacé la moquette rose de la pièce. On aura une chambre de conte de fée.
- C’est…étonnant, fit Loveline en essayant de dissimuler sa stupéfaction.
Caroline sautillait sur place en serrant son bouquet dans ses bras, heureuse à un point qui ne pouvait être décrit.
- C’est trop beau ! dit-elle, émerveillée. Je peux les garder, maman ? Hein ? Dis !
- C'est-à-dire, ma chérie… Que… Il y en a beaucoup, non ?
- Oh, s’il te plaît ! Je les arroserais tous les jours !
Alors que John était toujours assis, presque inerte, au milieu de la pièce, Lara le rejoignit pour s’accroupir à côté de lui. Il avait l’air totalement ailleurs, statufié, comme s’il venait de subir un gros choc.
- Je peux savoir ce que tu as fait comme stupidité ? lui demanda la jeune femme.
- C’est pas moi ! C’est elle qui a commencé…
Elle voulut rire, mais essaya de se retenir pour garder son sérieux, avant de rentrer dans son jeu.
- Je vais pas te gronder, promis.
- En fait, le but du jeu était de penser à quelque chose et de le faire deviner à l’autre avec des indices. J’ai pensé à un rosier, mais quand j’ai posé mes mains sur la moquette, cet abruti d’arbuste a poussé.
- Alors voilà ce qui arrive, quand tu « penses ».
Il lui fit une grimace de gosse, ce qui déclencha chez Lara un rire qu’elle ne put retenir. La jeune femme se releva en disant :
- Ne t’inquiète pas, Caroline, John va ranger ta chambre très vite.
Il y eut un silence durant lequel le jeune homme se concentra, non sans savoir vraiment quoi faire. Son cœur battait fort et ses mains tremblantes se rapprochèrent lentement de la moquette. Quand ses paumes touchèrent le sol, un éclair jaillit et toutes les fleurs disparurent, provoquant chez Caroline un « Wahou » débordant d’admiration et un soupir soulagé pour les trois adultes.
- En fait t’es un magicien ! fit l’enfant en frappant dans ses mains.
- Et oui ! approuva-t-il en se relevant.
Il regarda Lara et avec son sourire qui lui allait si bien et ajouta :
- Je suis trop balèze !
Elle sourit tendrement, alors qu’ils se regardèrent comme s’ils étaient seuls. Caroline les sortit de leur rêverie en demandant à sa mère :
- Maman, je peux garder le bouquet ?
- Bien sûr, ma chérie. Va mettre tes fleurs dans le gros vase que tu aimes, on va le mettre dans ta chambre.
- Ouais !
Elle quitta sa chambre en sautillant, laissant encore des pétales partout derrière elle. Dès qu’elle partit, sa mère perdit son sourire, qu’elle peinait tant à garder depuis sa conversation avec Lara. John se rendit très vite compte du malaise, mais n’étant pas au courant, resta silencieux en laissant son amie s’occuper de tout.
- Madame Heart, fit Lara, vous n’êtes pas du tout responsable de ce qu’il s’est passé. Croyez-moi. Vous avez une fille, votre vie est loin d’être un gâchis. Laissez-nous vous protéger.
Loveline essaya de sourire sans y parvenir, comme si sa joie était définitivement éteinte.
- Merci, répondit-elle.
- Nous allons rester à proximité, reprit Lara. Ce ne sont pas les hôtels qui manquent de ce côté de Paris.
- J’ai une chambre d’amis, si ça vous convient.
Lara la remercia en approuvant, John également, même s’il ne comprenait rien du tout. Loveline les conduisit jusqu’à la chambre en question. Une pièce simplement décorée, avec un lit double, une armoire et une commode.
- Je vous laisse, fit Loveline, je vais aider ma fille. Mettez-vous à l’aise.
L’aventurière approuva avant que la jeune femme ne quitte la chambre en fermant la porte derrière elle.
- La conversation entre femmes a l’air d’avoir été très réconfortante, déclara John pour se moquer.
- Ce n’est pas vraiment ce que je voulais. En réalité, elle est au courant pour la légende de la Création et c’est elle qui possède le pouvoir visé par le tueur, un pouvoir lié aux bons sentiments humains. Elle pense que tous les décès autour d’elle sont de sa faute.
- Tu penses que le tueur s’est rendu compte de son erreur et qu’il va venir la tuer ?
- Ca me semble évident.
- Et tu comptes faire quoi ?
- Je ne sais pas trop… On va attendre et dès que le tueur arrive, on l’arrête.
- Simple et efficace. C’est pour ça que ça va louper…
- Ne dis pas ça…
- Très bien. Je ne dis rien.
Après ces mots, Lara se rapprocha à grands pas du lit double, s’assit très lourdement dessus et dit victorieuse d’un air provoquant :
- Prem’s sur le lit ! Tu dors par terre.
- Pardon ?
- Il n’y a qu’un seul lit et je suis la première dessus. Donc, tu dors par terre.
- Ca va pas ! C’est un lit double.
- Et alors ? T’imagine pas dormir avec moi.
- Ce lit est énorme. Il y a largement la place pour moi, toi et tes gros seins de vieille qui pendouillent.
En entendant ça, Lara saisit un des oreillers et le balança vers John qui le prit pleine face. Il recula, surpris, avant de récupérer le coussin, tout en affichant un faut air sadique.
- Tu veux la guerre ?
- Viens, espèce de nabot ! répondit-elle en attrapant le second oreiller. Je vais t’apprendre à respecter tes ainés.
S’en suivit une terrible bataille aussi épique que stupide, ponctuée d’éclats de rires et de remarques enfantines, qui ne dura, certes, pas longtemps, mais suffisamment pour remonter le moral aux deux amis, qui venaient encore une fois de retomber en enfance.
_________________
Fanfics :Origines - Dualité - Lux Apocalypsis - Création Ingrate DC


Dernière édition par Eléo le Mer 12 Mai 2010, 22:10; édité 1 fois
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Eléo
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MessagePosté le: Sam 24 Avr 2010, 12:55    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 14

Cette nuit, Lara avait énormément peiné à trouver le sommeil. Elle et John s’étaient organisés pour patrouiller chacun leur tour dans l’appartement. Mais même durant ses pauses, Lara ne fermait pas l’œil. Repenser au laboratoire secret de Braik suffisait à la rendre nerveuse et à chasser toute trace de sommeil. Ainsi, quand se fut son tour de faire la dernière garder nocturne à six heures du matin, elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Elle marcha lourdement jusqu’à la cuisine, dans laquelle elle s’affaissa sur une chaise, la tête en arrière. Sa longue chevelure en pagaille lui parut extrêmement lourde et tous ses traits lui faisaient mal. Elle resta inerte sur sa chaise sans se préoccuper du temps passant et ne rouvrit les yeux que quand John pénétra dans la cuisine. Son visage reflétait également son manque de sommeil, notamment à cause des grosses cernes qui entouraient ses yeux.
- Salut, fit-il d’une voix éreintée.
- Tu as l’air fatigué.
- J’ai peu et mal dormi, mais je suppose que c’est pareil pour toi.
- En effet.
Lara se leva, sa démarche nonchalante reflétant sa fatigue et se rapprocha du plan de travail afin de préparer de l’eau chaude pour faire du thé et du café.
- Pourquoi as-tu mal dormi ? lui demanda-t-elle en remplissant la cafetière. Ce n’est pas ton genre.
- Je dors très mal depuis quelques temps. Je fais presque systématiquement des cauchemars, avec un laboratoire plein de cadavres.
Il ne s’y attendait pas, mais suite à cette explication, Lara lâcha subitement la cafetière qui tomba sur le plan de travail en se vidant. Le bruit fit sursauter John qui se retourna précipitamment vers la jeune femme, dont les gestes désorganisés reflétaient une certaine panique. Elle se dépêcha de redresser la cafetière, heureusement intacte, avant de saisir une éponge pour nettoyer les dégâts.
- Lara, ça va ?
Elle ne lui répondit pas, se dépêchant de s’accroupir afin d’éponger le liquide coulant partout. John remarqua qu’elle essayait de fuir son regard, tandis que ses mouvements nerveux et rapides ne faisaient qu’empirer les dégâts en étalant l’eau sur le carrelage.
- Lara, l’appela-t-il encore, calme-toi.
Il lui prit les mains pour l’immobiliser et se rendit alors compte qu’elles tremblaient.
- Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi tu trembles ?
Dissimulée derrière son épaisse chevelure, Lara essaya tant bien que mal de contrôler ses émotions intenses. Elle resta immobile quelques secondes, tandis que John lui tenait toujours les mains, en essayant de la rassurer. Elle finit par relever la tête pour afficher un sourire apaisé et tranquille. Ce changement subit d’attitude fut autant étonnant que déstabilisant, comme si l’attitude de Lara venait de basculer. Cela surprit John qui ne fut pas du tout rassuré.
- Oui, je vais bien, répondit-elle. Qu’est-ce que je peux être empotée.
Il la lâcha pour qu’elle se redresse et essore son éponge au-dessus du lavabo. Le sourire qu’elle affichait était tendu et tremblant, comme si elle tentait de dissimuler son mal être avec quelque chose de futile. Evidemment, John n’y crut pas une seconde.
- Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il avec insistance.
- Rien. Je suis fatiguée.
Toujours sans le regarder, elle termina de nettoyer les dégâts en tentant de se calmer. Le stress qui la submergeait l’empêchait d’agir avec sérénité et de dissimuler sa panique. Le fait que John parle de ses cauchemars venait d’ajouter une nouvelle coïncidence aux autres, confirmant les hypothèses auxquelles Lara réfléchissait depuis la fouille du laboratoire. Même si ses hypothèses pouvaient être justes, elle se persuadait du contraire, que tout cela était stupide et impossible. Mais le fait de s’en persuader autant pouvait aussi être la preuve tangible que tout cela était vrai. Cela la terrifiait, entraînant ses gestes maladroits. Il fallait qu’elle se calme et arrête de penser à des choses qui n’avaient pas d’intérêt. Car dans le fond, qu’est-ce que cela pourrait apporter à John de savoir ?
- Lara, la rappela-t-il d’une voix lassée.
Elle tourna lentement la tête vers lui. Le visage qu’il possédait à cet instant, sévère et inquiet, la rendit mal à l’aise, mais elle ne le montra pas.
- Quoi ?
- Ne me cache rien, s’il te plaît.
« Je ne te cache rien. »
- Si quelque chose te tracasse, dis-le-moi.
« Je vais bien. Je n’ai pas à m’inquiéter. »
- Après tout, je suis ton ami. Ne me mets pas à l’écart.
« Je n’ai rien trouvé d’intéressant. Ca ne sert à rien de m’en faire. »
- Ne t’inquiète pas, répondit-elle en souriant, ça va, il n’y a pas de problème.
Difficile de savoir si elle lui disait cela à lui et non pas à elle. En tout cas, les mots semblèrent la rassurer un peu, faisant oublier le doute et la peur. Après avoir inspiré discrètement une grosse bouffée d’air qui la purgea, elle insista :
- Fais-moi confiance, tout ira bien.
Il approuva d’un mince hochement de tête et la conversation dut s’arrêter-là : Loveline déboucha dans la cuisine, le visage déformé par la douleur et la fatigue. La femme angélique qu’ils avaient rencontrée hier et qu’ils s’étaient jurés de protéger se fanait comme une fleur malade. Elle ne laissait plus apparaitre la moindre trace d’espoir ou de gaité, comme si rien ne pouvait apaiser son affliction. La voir dans un tel état entraîna chez les deux amis une vague de pitié, qui les anéantit. Lara lui proposa du thé, mais elle le refusa, l’appétit l’ayant quittée depuis l’annonce du décès de sa sœur. Elle s’assit lentement à table en soupirant, tandis que ses longs cheveux dissimulèrent son visage.
- Vous n’êtes pas obligés de rester, dit-elle. Ca n’a pas d’intérêt de me protéger.
- Ne dites pas de bêtise ! fit Lara froidement. Ca a tout intérêt, au contraire.
Elle ne put commencer à la sermonner car la porte de la cuisine s’ouvrit lentement. Caroline pénétra dans la pièce, dans son pyjama rose en désordre, tenant un gros ours blanc par la main, en se frottant les yeux.
- Bonjour ! fit-elle en se rapprochant de la table.
Son arrivée à cette heure matinale en surprit plus d’un, surtout sa mère qui la réprimanda.
- Caroline, retourne te coucher tout de suite ! Il est trop tôt pour que tu te lèves.
- Je suis pas fatiguée, protesta la petite en affichant une moue boudeuse. C’est toi qui as l’air fatiguée, maman.
Loveline baissa les yeux en laissant le dernier mot à sa fille, puis elle se leva et se rapprocha des placards pour sortir du pain et des céréales.
- Si tu veux rester, va t’habiller. Je prépare ton petit déjeuner.
- Génial ! s’exclama la petite en sautant vers John. Et après tu joueras avec moi ?
Il fut étonné qu’elle l’agrippe avec autant de ferveur. Ses yeux pétillaient de joie et d’excitation, rendant son petit minois encore plus adorable que d’habitude. Ses cheveux en bataille lui donnaient un air de petit chiot tout fou. Difficile de résister à une telle enfant.
- Oui, si tu veux, répondit-il en souriant. La journée s’annonce splendide, on pourrait aller se promener quand le soleil se lèvera.
Lara jeta un coup d’œil par la fenêtre. Le ciel dénué de nuage exposait un bleu nuit profond, tout en commençant à s’éclaircir lentement avec le début de l’aurore. L’idée de sortir n’était pas mauvaise, même fort judicieuse. Ils seraient plus en sécurité dans un espace dégagé que dans l’appartement, si le tueur venait à se manifester.
- Bonne idée, confirma Lara, allons regarder le lever du soleil.
- C’est génial ! trépigna Caroline. Maman, tu es d’accord ?
Loveline afficha un sourire fatigué, avant de caresser les cheveux de sa fille.
- Pourquoi pas. Mais habille-toi chaudement car il fait froid dehors.
- Ouais ! Trop bien ! Trop bien ! Trop bien ! s’exclama-t-elle en bondissant à pieds joints jusqu’à la porte.
Quand elle quitta la pièce, le silence y revint avec lourdeur, même si les esprits avaient été un peu apaisés grâce au dynamisme de la petite. Personne n’osa dire quoique ce soit, comme si rien ne pouvait améliorer l’ambiance, ni le moral de Loveline. La jeune femme mourait un peu plus à chaque seconde s’écoulant. Lara décida d’accélérer la sortie en finissant rapidement de manger. Il fallait absolument qu’ils prennent l’air, au risque de tous déprimer dans cet appartement dont l’atmosphère s’effondrait.
Environ trente minutes plus tard, le groupe sortit de l’immeuble, le froid extérieur les choquant légèrement, surtout Lara dont les vêtements légers la couvraient peu. Seule Caroline affichait un visage excité, ses yeux grands ouverts observant absolument tout. Elle regarda le ciel qui devenait plus clair, le soleil commençant à se lever.
- Dis ! Dis ! Dis ! appela-t-elle John en tirant sur son pantalon. Il se lève à quelle heure le soleil ?
Le jeune homme observa le ciel, comme s’il y cherchait une réponse, avant de dire :
- Il devrait se lever vers sept heures trente. D’ailleurs, il commence déjà. Regarde, dit-il en lui montrant un morceau de ciel avec des teintes orange.
La petite regarda dans la direction indiquée. Elle ouvrit alors grand la bouche, surprise et paniquée.
- Dépêche-toi, fit-elle en le prenant par la main. On va tout rater !
Elle le tira en commençant à courir, se précipitant vers le soleil levant et le champ de Mars. Leur différence de taille étant handicapante pour que John court à côté d’elle en la tenant par la main, celui-ci l’attrapa par les hanches pour la monter sur ses épaules. Caroline n’en fut que plus contente et rit aux éclats en tournant la tête vers sa maman.
- Maman, regarde ! Je suis une géante.
Loveline fit semblant d’être heureuse, en se forçant encore à sourire devant sa fille.
- Oh oui, ma chérie. C’est fou comme tu es grande.
Caroline explosa de rire alors que John se mit à courir en la tenant par les mains. Il bondit par-dessus les trottoirs afin de l’amuser, ce qui fut une réussite totale.
- Vite ! l’encourageait-elle. Cours encore plus vite !
Cela ne fut pas difficile pour le jeune homme d’accélérer et il distança rapidement Lara et Loveline restées en arrière. L’aventurière l’observa avec un sourire tendre sur ses lèvres, l’image qu’il offrait avec la petite étant vraiment émouvante.
- Caroline s’est très vite attachée à Monsieur Seize, fit Loveline. Elle ne va pas vouloir le laisser partir si facilement.
- Elle peut le garder si elle veut, répondit Lara avec ironie. Je lui offre.
Suite à cette réponse, Loveline rit de manière espiègle, ce qui rendit l’aventurière dubitative. Elle lui demanda :
- Qu’est-ce qui vous fait rire ?
- Vous, Miss Croft. Je ne pense pas que vous vous sépariez de lui comme ça. Le simple fait que vous disiez « Je lui offre », montre que vous pensez déjà le posséder.
Le rythme cardiaque de l’aventurière commença à accélérer et elle ne sut quoi répondre sur le coup, ce qui ne fit que l’enfoncer.
- Non, répondit-elle sur un coup de tête. Je le pense. J’aime être seule et je n’ai besoin de personne.
- Depuis combien de temps essayez-vous de vous persuader d’une telle absurdité ?
La question fut directe et rude, au point que Lara baissa les yeux de honte et de peine. Il semblait que sa véritable personnalité n’était plus un secret pour personne. Comme elle n’avait pas vraiment besoin de répondre, elle resta muette, ce qui fut assez éloquent pour Loveline. Les deux femmes finirent par arriver sur le Champ de Mars où elles s’assirent dans l’herbe, non loin de John et Caroline qui continuaient de s’amuser. La petite riait toujours aux éclats sur les épaules du jeune homme infatigable qui bondissait par-dessus les buissons. Le soleil se levait doucement, embrasant le ciel de belles couleurs, comme sur une aquarelle, mais même sa présence ne suffit pas à réchauffer les cœurs.
- Miss Croft, l’interpella Loveline. Avez-vous déjà songé à vous suicider ?
Lara tourna brutalement la tête vers elle en percevant la question surprenante.
- Evidemment que non ! J’espère que vous n’y songez pas non plus.
- J’y songe. Plus qu’une idée, c’est un désir, un souhait que j’aimerais réaliser.
- Vous n’y pensez pas. C’est absurde !
- Vous savez, je suis triste. Depuis mon plus jeune âge, la folie me poursuit ave malice et je n’arrive plus à faire semblant d’être heureuse. A cause de mon pouvoir, j’ai toujours attiré les gens, comme une araignée qui piège ses proies dans une toile. Au collège, au lycée, ou à la FAC, la majorité des garçons et même des filles, ressentaient du désir pour moi. Savoir que cela ne venait que de mon pouvoir me dégoûtait et je devais systématiquement dire « non ». Les autres filles me jalousaient et m’humiliaient, me traitant de pute. J’étais une cible et changer d’établissement était une familiarité. J’ai subi de nombreuses agressions et viols et le seul homme à qui j’ai dit « oui », parce que je l’aimais, s’est défenestré tellement ses sentiments le rendaient fou.
Lara déglutit avec difficulté. Le mal être de Loveline la touchait à un tel point qu’elle possédait la désagréable impression d’avoir vécu à sa place toutes ses atrocités. Elle comprit véritablement pourquoi elle appelait son pouvoir « malédiction » et ressentit une terrible détresse.
- J’aimerais vous aider…dit-elle sans savoir comment.
- Vous ne pouvez pas.
Loveline se leva, tandis que Lara restait assise, les yeux bas embués de larmes. Elle avait toujours considéré le suicide comme un acte stupide, mais, finalement, quand on ne sait pas ce que ressentent les gens, a-t-on vraiment le droit de critiquer leurs actes et leurs décisions ? Elle se sentit alors détruite et anéantie, sans possibilité de venir en aide à cette femme si triste. Elle ne fit que la regarder se diriger vers Caroline dans une démarche lente.
- Caroline, nous rentrons.
La petite cessa de rire et John s’immobilisa pour la descendre de ses épaules, surpris par cet ordre soudain.
- Déjà ? fit la petite d’une voix triste. Maman, encore un petit peu, s’il te plaît.
- Non ! Nous rentrons. Dépêche-toi de dire au revoir.
Le jeune homme eut du mal à comprendre l’attitude de Loveline, mais en observant Lara restée assise à quelques mètres, l’air totalement effondrée, il comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Il cessa d’observer l’aventurière quand il sentit la petite main de Caroline se glisser dans la sienne.
- Tu reviendras jouer avec moi, hein ? lui demanda l’enfant avec des yeux implorants.
Il s’accroupit pour être à sa hauteur et tout en souriant, répondit :
- Oui. Je reviendrai te voir.
La réponse eut le mérite de remonter le moral à l’enfant, qui serra John dans ses bras avant de trottiner vers sa mère. Le jeune homme les regarda s’en aller, le regard dubitatif, tout en se rapprochant de Lara restée assise dans l’herbe.
- J’ai loupé un épisode ? lui demanda-t-il en continuant de regarder Loveline s’éloigner. On ne va pas avec elles ?
Alors que la mère et sa fille disparurent en tournant à un angle, John baissa les yeux vers Lara qui restait volontairement muette. Il ouvrit alors de grands yeux en découvrant un visage écarlate, les yeux dégoulinant de larmes silencieuses. Il s’accroupit immédiatement face à elle pour lui demander :
- Mais pourquoi tu pleures ? Qu’est-ce qui se passe ?
Elle le regarda un instant avec des yeux vitreux, sans réellement le voir, avant de chasser ses larmes d’un revers de la main.
- Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, répondit-elle. On dirait que je pleure pour quelqu’un d’autre.
Après s’être relevée, elle resta un instant immobile, le regard dirigé vers la rue dans laquelle Loveline et sa fille venaient de disparaître. Le temps qu’elle mit à prendre une décision lui sembla trop long, mais fut nécessaire pour retrouver un regard déterminé.
- On va quand même y retourner, déclara-t-elle sans que ses yeux ne quittent la rue. Oui, il faut qu’on y retourne.
Sa voix vibrait, signe qu’elle n’allait pas si bien qu’elle voulait le laisser croire. Dans son esprit, des choix incompatibles combattaient. Le choix de rester ici à attendre, attendre que cette femme mette fin elle-même à ses souffrances et le choix de courir vers elle pour l’aider à affronter ses démons, au risque de faire grandir sa douleur. Même en y réfléchissant intensément, Lara n’arriva pas à se décider.
- Lara, l’appela John qui ne comprenait pas. Tu es sûre que ça va ?
Sans le regarder, elle sourit légèrement, comme si ce sourire allait l’aider à se rassurer. Puis, elle répondit :
- Oui, ça va.
- Tu trembles.
Elle ne s’en rendit compte qu’en montant ses mains à ses épaules. Son débardeur à fines bretelles ne la protégeait guère du vent et son état mental peu glorieux ne l’aidait pas à lutter contre les températures fraiches. Elle frissonna encore avant de répondre :
- Rien de grave. J’ai juste froid.
Ayant déjà perdu trop de temps, elle voulut se remettre en route, mais ne put faire qu’un pas avant que John ne la fasse s’immobiliser. Il venait de retirer sa veste pour la poser sur les épaules de Lara et afin de fermer le vêtement par devant, entoura la jeune femme de ses bras. Il la serra contre lui en restant muet, lui transmettant une chaleur réconfortante et douce. Lara ne fit rien pour se dégager, comme si le geste ne la surpris pas, voire comme si elle s’y attendait.
- Merci. Tu peux me lâcher.
Elle se rendit compte que ses paroles étaient dignes d’une adolescente, qui se mettrait à courir dans l’unique but qu’on lui coure après. Cela reflétait la peur qui la rongeait et qu’elle tentait de dissimuler par des paroles stupide. John répondit sans la lâcher :
- J’y peux rien. J’ai envie de te tenir dans mes bras.


* * *


- Caroline, viens me voir, s’il te plaît.
Suite à l’appel de sa mère, la petite quitta sa chambre pour courir vers la cuisine. Quand elle y pénétra, une petite boîte en plastique cylindrique roula vers elle avant de s’arrêter à ses pieds. Elle se pencha pour la ramasser et la fit pivoter dans ses mains en l’observant avec des yeux interrogateurs. Le bruit qu’elle dégageait lui faisait penser aux boîtes de Smarties, mais elle savait que cela n’avait rien à voir : c’était des médicaments qu’elle n’avait pas le droit de toucher.
- Tu es malade, maman ? demanda-t-elle en relevant la tête vers sa mère.
Elle eut pour réponse un sourire triste et fatigué. Loveline se rapprocha et récupéra la boîte de somnifères, qu’elle posa sur le plan de travail. Sans regarder sa fille, elle ouvrit un des tiroirs et répondit :
- Ne t’inquiète pas, ma puce, je vais bientôt guérir. Tu m’aimes, n’est-ce pas ?
La question était surprenante, demandée comme cela et Caroline mit un peu de temps à répondre.
- Oui, je t’adore. Tu es ma maman à moi que j’aime plus que tout.
Loveline perdit son faux sourire en percevant la réponse, comme si les mots la blessaient, plus qu’ils ne la soulageaient. Elle sortit un énorme couteau du tiroir, dans lequel elle observa son visage comme face à un miroir. Caroline fut dubitative face au comportement de sa mère, très différent de d’habitude. Ses yeux reflétèrent son inquiétude alors qu’elle lui demanda :
- Pourquoi tu es malade, maman ? Tu as mal quelque part ?
Les yeux de Loveline devenaient vitreux, comme ceux d’une poupée creuse. Reflétant la folie, ils se posèrent sur Caroline en transmettant une telle instabilité, que l’enfant eut presque peur.
- Tu ne sais même pas ce que tu dis, répondit-elle avec une voix sans émotion. Je suis persuadée que toi et ton père, dans le fond, vous m’avez détestée.
Caroline secoua la tête nerveusement pour protester.
- Non, maman. Je t’aime, vraiment beaucoup, beaucoup.
Loveline détacha ses yeux qui redevinrent tristes. Elle observa à nouveau le couteau comme si l’objet devenait salutaire et dit à sa fille :
- Si tu m’aimes, tu vas pouvoir m’aider à guérir, ma petite chérie.
Elle se rapprocha d’elle et s’accroupit pour être à sa hauteur, avant de lui donner le couteau. Il était si grand que Caroline dut le tenir à deux mains pour ne pas le faire tomber.
- Ecoute-moi bien, reprit Loveline. Il y a un méchant homme qui veut voler le cœur de maman, mais on ne va pas le laisser faire. Je vais aller m’endormir dans ma chambre et quand je serai profondément endormie, tu viendras planter ce couteau ici, expliqua-t-elle en posant une main sur sa poitrine, pour détruire mon cœur et ainsi, le monstre ne pourra pas le récupérer.
Caroline ne sembla pas convaincue par l’idée. L’inquiétude envahit ses yeux alors qu’elle secoua encore la tête.
- Non ! répondit-elle. Je vais te faire mal. Tu m’as toujours interdit de jouer avec les couteaux.
- Ne t’inquiète pas. Tu ne me feras pas mal, au contraire, grâce à toi je vais guérir.
La petite serra très fort la lame dans ses mains tremblantes. Elle lui paraissait gigantesque, comme une épée de chevalier, au point de la terrifier. Même le regard tendre de sa mère, semblant retrouver un instant la raison, ne l’aida pas à prendre courage pour réaliser cet acte fou, dont elle ne mesurait pas les conséquences.
Loveline lui baisa tendrement le front avant de la serrer dans ses bras, puis sans un mot, elle quitta la cuisine pour marcher vers sa chambre dans laquelle elle s’enferma, sans verrouiller la porte. Caroline resta immobile, dans la cuisine, à serrer le couteau contre elle, le regard vide et effrayé, à attendre comme si le temps venait de s’arrêter sur elle.

* * *

Furtivement, une ombre se glissa entre les arbres sombres, comme pour fusionner avec l’obscurité. Elle avança lentement, laissant planer derrière elle une légère odeur de fer et traversa la rue pour déboucher sur les étendues de verdure. Voir une telle chose répugna l’Homme en Noir. Cette masse d’herbe séquestrée entre les plaques de bitume ne fit que faire grandir son mépris envers ce monde. L’envie de le broyer dans sa main divine, comme s’il n’écrasait qu’un œuf n’en devint que plus grande. Le vent ne chantait pas. L’herbe possédait une odeur d’urine et d’essence. Les arbres perdaient des feuilles aux couleurs tristes. Décidément, il n’y avait strictement rien à sauver sur cette terre qui, à ses yeux, ne représentait rien de bon. Il se hâta donc de traverser cette abomination à grandes enjambées, afin de trouver l’immeuble qu’il cherchait. Mais arrivé à mi-chemin, il fit pourtant une halte, son regard étant attiré par quelque chose d’aussi risible que pitoyable. A une centaine de mètres se tenaient John et Croft, debout, immobiles, l’un contre l’autre. Une scène qui le fit sourire avec sadisme, comme si cela lui convenait malgré tout. Le calme et l’espace auraient pu lui permettre de tuer l’archéologue sans difficulté, mais il remit cela à plus tard, comme s’il ne s’agissait que d’une formalité. De toute manière, l’effet de surprise venait d’être gâché : le couple le repéra. John et Lara sortirent de leur rêverie et relevèrent la tête exactement en même temps, voyant au loin la silhouette sombre de l’assassin qui les dévisageait sous son épaisse capuche. Le sourire de celui-ci n’en fut que plus mauvais, alors qu’il tourna les talons pour reprendre sa route, les deux aventuriers à ses trousses. Mais ils pouvaient courir aussi vite que leurs corps d’humains le leur permettaient : ils n’arriveraient pas à le rattraper et encore moins à l’arrêter.

* * *

Caroline pénétra dans la chambre de sa mère en tremblant comme une feuille. Au fur et à mesure qu’elle ouvrit la porte, le corps inerte de Loveline apparut dans l’entrebâillement. Allongée sur le dos, les jambes repliées sur le côté et les bras en croix, la jeune femme ne bougeait pas, restant immobile, les yeux clos. Elle ne réagit pas à l’ouverture de la porte, pourtant bruyante, ni à sa fille qui l’appela.
- Maman ?
Silence.
- Maman, tu dors ?
Caroline n’eut aucune réponse ou signe lui permettant de deviner que sa mère respirait encore, même très faiblement. Elle se rapprocha lentement du lit, ses petits pieds nus s’enfonçant dans la moquette bleue, en regardant partout autour d’elle comme si elle craignait d’être attaquée par un prédateur caché. L’escalade du lit étant fastidieuse pour sa petite taille, elle déposa le couteau sur la couverture avant de se hisser dessus. Marchant à quatre pattes vers sa mère, elle observa celle-ci avec inquiétude et doute.
- Maman, l’appela-t-elle encore en la secouant. J’ai peur.
Loveline bougeait comme une poupée de chiffons sur les draps, suivant les mouvements sans essayer de résister. Elle ne répondit pas à sa fille, restant dans la même position, ses longs cheveux blonds encerclant son visage blafard.
Caroline renifla, sentant des larmes lui piquer les yeux et récupéra le gros couteau qu’elle saisit à deux mains. Elle le pointa vers le cœur de sa mère, le rapprochant au maximum avant de l’éloigner pour bien viser. Les tremblements ne l’aidaient pas à être précise et elle hésita longtemps en restant dans la même position : à genoux, les bras tendus. Elle finit par fondre désespérément en larme, son visage se contractant dans une grimace de désespoir et abattit le couteau vers le corps.
- Je t’aime, maman ! hurla-t-elle tandis que la lame pénétra dans la chair. Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime !
Elle ne cessa de répéter cette phrase en assiégeant la poitrine de coups. La chair fut tranchée en saignant avec abondance, les draps affichant rapidement un rouge cramoisi en absorbant le sang. Le visage et la robe de l’enfant furent mouchetés d’hémoglobine, ainsi que la lame du couteau qui continuait de couper tout ce qui passait à sa portée. Caroline ne s’arrêtait pas de frapper, ni de pleurer, ni d’hurler, victime d’une folie et d’une détresse impensable pour une enfant de son âge. Elle trancha le corps de sa mère comme si elle n’était plus qu’une machine uniquement programmée pour détruire. C’est seulement après une vingtaine de coups qu’elle s’immobilisa, épuisée et haletante. Le couteau lui glissa des mains et tomba sur la couverture spongieuse, tandis que la petite s’effondra sur le corps déchiqueté de sa mère. Elle resta immobile à patauger dans le sang de longues secondes, sans se soucier de rien, ni des bruits de la rue, ni de la porte de la chambre qu’on venait discrètement d’ouvrir.
L’Homme en Noir pénétra dans la pièce dans une démarche lente mais assurée, fixant la scène d’un regard froid. Il secoua la tête de gauche à droite pour montrer sa déception, comme si encore une fois, ses hypothèses sur le comportement humain venaient d’être confirmées. Il ne s’attendait pas à être témoin d’un tel désastre en arrivant ici et ses plans risquaient d’être compromis, ce qui le contraria. Il s’immobilisa à quelques mètres du lit, muet, pour observer la petite fille inerte sur le cadavre sanglant de sa mère : une scène pitoyable. Au bout d’un instant, l’enfant finit par sentir sa présence et elle se redressa lentement pour tourner la tête vers lui. Quand elle le vit, ses yeux vitreux devinrent énormes et elle poussa un cri de terreur strident insupportable.
- Tais-toi ! lui intima l’Homme en Noir. Ta voix est pire que celle d’une bête.
Mais Caroline, terrifiée et incapable de raisonner, continua de crier à gorge déployée, ce qui semblait irriter l’assassin à un tel point que son visage muta dans une expression de rage intense. Il tendit son bras droit vers l’enfant, paume ouverte et se rapprocha d’elle en disant :
- Je vais te faire taire, misérable peste.

* * *

Quand Lara et John s’étaient retrouvés face à l’Homme en Noir, cela avait provoqué comme une décharge électrique ravageuse, les faisant descendre de leur nuage pour revenir violemment sur terre. Sans réfléchir ou dire quoi que ce soit, ils s’étaient lancés à sa poursuite en regrettant leur insouciance. La culpabilité ne fut que plus terrible quand ils se rendirent compte qu’il se dirigeait vers Loveline et sa fille. Lara courait aussi vite qu’elle le pouvait, 9mm aux mains, en se maudissant à chaque foulée. Si elle avait été moins égoïste, elle aurait pu éviter de se laisser ainsi surprendre, mettant en péril la vie de cette femme et de son enfant. C’est le cœur en émoi qu’elle pénétra dans l’appartement, bras tendus et pistolets menaçants, prête à tirer dans le dos de ce monstre s’il le fallait. Elle sentait son odeur de sang et sa présence oppressante, faisant grandir sa peur mais aussi sa colère. Le salon étant vide, elle courut immédiatement vers la chambre de Loveline, John sur ses talons et pénétra à l’intérieur en ouvrant la porte d’un coup de pied brutal. Ils ne purent faire un pas dans la pièce qu’ils s’immobilisèrent. Tous leurs muscles se crispèrent. Leurs yeux s’exorbitèrent. Leurs respirations se coupèrent et ils furent incapables de bouger, ou de dire quoique ce soit sur le coup. La première chose qu’ils virent fut le cadavre de Loveline, à la poitrine massacrée, posé sur le lit plein de sang. La scène était d’une telle atrocité qu’ils eurent du mal à y croire, ou tout simplement à l’accepter. Lara fut anéantie par la culpabilité et le regret. Elle secoua la tête comme pour chasser ces images et se réveiller du cauchemar, mais cela échoua pour empirer. Elle remarqua peu de temps après Caroline, debout, sa robe pleine de sang, la tête basse et les yeux vides, juste devant l’Homme en Noir qui dévisageait le couple sous sa capuche. Alors que la haine et la rage vinrent remplacer le désespoir de l’aventurière, celle-ci pivota pour menacer l’assassin. Elle hurla :
- Eloigne-toi d’elle, monstre, pourriture !
Sans que cela ne soit une surprise, il n’en fit rien et eut même la prétention de ricaner.
- Que vas-tu faire, Croft ? lui demanda-t-il. Tu vas me tuer ?
Après avoir monté sa main droite à sa tête, il saisit sa capuche et la tira en arrière, dégageant une chevelure ébène très longue et un visage blanc lacéré de plaies.
- Trop tard, termina-t-il d’un air satisfait.
Son sourire et son regard formaient une expression diabolique exceptionnelle, aussi effrayante que fascinante, avec beaucoup d’assurance. Lara fut sous le choc de constater une telle évolution. Elle avait en mémoire le visage d’un monstre abominable, dépecé, saignant, à la frontière entre l’homme et la bête et maintenant, l’assassin ressemblait bel et bien à un homme, même un homme à la beauté divine, forte et puissante, qui ne faisait que décupler sa prestance, comme si rien qu’avec un regard, il pouvait faire s’agenouiller le monde à ses pieds. Les seules traces de son précédent état étaient les blessures qu’il possédait encore au front et aux joues, saignant légèrement, renforçant sa bestialité. Lara aurait pu être déboussolée par cet être divin, si sa colère n’alimentait pas sa raison. Mais elle n’eut pas le temps de répondre que l’assassin observa John pour lui dire :
- Tu es là aussi, mon frère. Nos retrouvailles n’ont pas l’air de t’émouvoir.
La colère de Lara muta en peur. Elle regarda John dont l’expression absente traduisait de la surprise et de la détresse. Visiblement, il ne reconnaissait pas l’individu devant lui, qui se disait être son fameux frère, détenteur de sa mémoire.
- Mais rassure-toi, reprit-il, je ne suis pas ému non plus. Je ne suis pas venu pour toi, mais pour une chose qui n’est plus. Les humains n’apportent que la tristesse et la mort en réalisant leurs désirs égoïstes. Le pouvoir de cette femme est anéanti. Tout cela n’a été qu’une perte de temps.
Il posa ses mains sur les épaules de Caroline, dont la présence ne se faisait même plus sentir. Elle ne réagit pas, ses yeux n’affichant plus la moindre lueur. L’état de choc dans lequel elle se trouvait la transformait en une enveloppe sans âme.
- Ne la touche pas ! hurla Lara en le menaçant de ses armes. Enlève tes mains démoniaques de cette enfant !
- Tes menaces ne me font aucun effet, Croft, rétorqua-t-il en la dévisageant. Tu parles pour ne rien dire. Tu jacasses comme une pie.
Elle aurait pu tirer et ne pas le rater, pas à cette distance, mais le fait que Caroline relève la tête à ce moment là, la fit arrêter son geste. L’enfant observa John d’un air triste et déboussolé, comme si elle était totalement ailleurs. D’une voix anéantie, elle demanda :
- Tu es revenu jouer avec moi ?
Elle n’eut pas de réponse. Quand l’assassin retira ses mains, elle s’effondra lourdement à terre, son cœur venant de s’arrêter. Il n’en fallut pas plus pour que Lara se précipite vers le tueur en hurlant de colère, alors que John prit l’enfant dans ses bras pour la mettre à l’abri. Tout en courant, l’aventurière tira plusieurs balles, que l’assassin reçu dans le torse sans broncher, sans que son sourire ne quitte ses lèvres. Il resta immobile à attendre sa proie, qui ne mit que quelques secondes pour lui bondir dessus et tenter de le frapper au visage. Evidemment, l’attaque manqua. L’assassin esquiva le coup en exécutant un pas de côté félin, avant de tendre le bras pour saisir l’aventurière à la gorge. Il la souleva du sol en l’étouffant, comme s’il ne tenait qu’une poupée. La jeune femme ne put respirer, battant le vide des jambes sans pouvoir se défendre. Elle ne put que dévisager son bourreau, en regrettant son geste, le regarder lui sourire comme un beau diable, qui prenait un plaisir malin à la faire souffrir. Il possédait une beauté sadique comme du sang sucré, qui la bouleversa.
- Lâche-la !
John venait d’hurler comme un démon au bout de la pièce, attisant la curiosité de l’agresseur qui se retourna vers lui. Le jeune homme tenait le cadavre de Caroline dans ses bras, en tranchant son « frère » du regard, un regard sauvage ne reflétant que de la rage.
- Tu serais anéanti si elle venait à mourir, n’est-ce pas ? répondit l’assassin sans lâcher prise pour autant. Tu t’es attaché à cette femme comme n’importe quel humain pitoyable.
- Arrête… réussit à bredouiller Lara. Tais…toi…
Il reposa ses yeux sur la jeune femme et la regarda. En dehors de son visage écarlate doublé par les nombreuses veines en relief, elle possédait un regard implorant et triste, qui lui fit déduire une chose ne le surprenant même pas. Cela lui procura un rictus sournois.
- Je vois, répondit-il à voix basse. C’est vraiment misérable, d’être égoïste au point de mentir pour assurer ses arrières.
John voulut profiter de la déconcentration de l’agresseur pour l’attaquer, mais cela fut encore une perte de temps. L’assassin n’eut qu’à tendre le bras pour l’arrêter en l’attrapant également par le cou. Il porta Lara et John tous les deux, un dans chaque main, sans difficulté, en les méprisant totalement.
- Vous faites la paire, tous les deux, leur dit-il. Un duo avec son lot de blessures, de doutes et de mensonges. Deux désespérés qui pensent se soutenir mutuellement, mais lequel va trahir l’autre ?
Alors qu’elle se trouvait dans un état secondaire, Lara fut assez consciente pour se rendre compte que c’était à elle qu’il parlait réellement, ce qui la fit paniquer.
- Tu as tout renié pour cette traitresse, reprit-il en s’adressant à John, même moi, numéro 15, ton frère. Tu le regretteras. Mais si tu tiens tellement à elle, prends-la.
Suite à cette déclaration, il lâcha John qui s’effondra à terre, à ses pieds, avant de projeter Lara loin de lui. Elle rebondit contre l’armoire cinq mètres derrière elle, avant de tomber lourdement au sol. Se tenant le cou, elle toussa en essayant de reprendre sa respiration, tout en luttant pour ne pas tomber dans le coma. John rampa à terre pour l’aider et la soutenir, tandis que Quinze resta immobile à les observer de toute sa hauteur, comme un titan qui jouit de voir des libellules agoniser au sol après leur avoir arraché les ailes. Puis, simplement, il tourna les talons et quitta la pièce, sous les yeux atterrés de Lara, qui, toujours par terre, n’arrivait pas à se relever.
- Non… bredouilla-t-elle. Reviens ! Re…viens…
Elle voulut se relever mais retomba immédiatement, dans les bras de John, qui, tout aussi perturbé qu’elle, n’arrivait pas à bouger. Ils restèrent au sol, détruits moralement et physiquement, à inspirer l’air souillé par le sang. Quinze venait de disparaître, victorieux, son sourire séduisant et démoniaque ayant laissé une empreinte indélébile sur les prunelles de l’aventurière.
- Merde ! jura celle-ci en frappant le sol de son poing. Merde, merde et merde !
Cette grossièreté l’aida à se vider et à se calmer un peu, mais la colère, la peur et le doute lui comprimaient toujours le cœur. « C’est vraiment misérable, d’être égoïste au point de mentir pour assurer ses arrières. » : comment pouvait-il savoir ? Connaître ses faiblesses et ses peurs ?
- Excuse-moi, John, dit-elle. Je suis désolée.
- Pourquoi tu t’excuses ? T’es en rien responsable des délires de ce psychopathe.
Seule Lara avait été atteinte par les paroles de Quinze, mauvaises et véridiques, qui avaient fait remonter tous ses doutes et ses angoisses. Elle ne savait pas vraiment pour quoi elle s’excusait, ou du moins, ne voulait pas lui dire. Elle lui demanda :
- Est-il vraiment ton frère ?
- J’en sais rien. Je ne me souviens absolument pas de ce type.
Il y eu un silence pesant et triste, durant lequel Lara fut presque apaisée, rassurée, comme si c’était la réponse qu’elle désirait. Cela fut un nouveau prétexte pour croire que toutes ses hypothèses, renforcées par Quinze il y a une minute, ne pouvaient en fait être confirmées. Puis, Quinze et John n’avait strictement rien en commun physiquement. Non, décidément, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter.
Lara réussit à se lever avec l’aide de John et ils boitèrent jusqu’aux cadavres de Loveline et de Caroline. Ils les observèrent avec tristesse et culpabilité, surtout l’aventurière, qui prenait l’entière responsabilité de leur mort. Quand elle aperçut le gros couteau plein de sang sur le lit, elle se posa des tonnes de questions, ne comprenant pas pourquoi Loveline avait été poignardée. Elle en arriva à l’atroce conclusion que Quinze n’était pas l’assassin et imaginer la scène ne fit que l’abattre de plus belle. Elle cessa donc d’y penser.
- Quinze, dit-elle, même sans savoir qui il est vraiment, il mérite de mourir.
- Oui, je sais.
Encore une réponse qu’elle espérait. Car, si John acceptait la mort de Quinze, personnage qui semblait être le seul à connaître la vérité, cela signifiait qu’il acceptait également la disparition des indices lui permettant de découvrir son passé. Cela la rassura encore.
- Je te promets que tout se terminera avec la mort de Quinze ! déclara John avec détermination.
Lara eut du mal à sourire dans un moment pareil, toutes les atrocités devant elle et dans sa tête l’empêchant de raisonner correctement. Mais, elle finit par approuver.
- Oui, je te le promets… Je te le promets.

* * *

« Notre promesse, Lara, est quelque chose de bien plus fort et d’intense qu’une simple poignée de main. J’ai l’impression que c’est elle qui nous relie l’un à l’autre, qui nous fait tenir dans les moments difficiles, de doute, de peur et de mensonge… Elle nous permet d’avancer ensemble, vers le même but et le même désir, alors que, malgré tout, notre finalité n’est pas la même. Je le sens, je le vois, Lara… Pourquoi veux-tu tuer Quinze, dans le fond ? Ce n’est pas par vengeance, ni pour le punir, ni pour le stopper dans sa folie. Alors pourquoi ? Qu’est-ce qui te fait t’éloigner de moi comme ça ? J’aimerais comprendre pour ne plus être triste. Quand tu me tournes le dos, j’ai l’impression que tu vas partir pour ne plus jamais revenir vers moi. Est-ce que tu me fuis ? Ne me laisse pas, par pitié. Cette promesse ne doit pas te faire oublier ce qui est vraiment important… »
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Eléo
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MessagePosté le: Mar 27 Avr 2010, 19:38    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 15

Suite aux meurtres des Heart, les choses avaient pris une tournure compliquée et embarrassante pour les deux aventuriers. Ils étaient restés immobiles et silencieux durant une bonne minute, à contempler les corps sanglants, sans savoir quoi faire, qui prévenir et surtout, quoi dire à la police. Comment expliquer qu’une veuve suicidaire, possédant des pouvoirs surnaturels, avait ordonné à sa fille de l’assassiner, avant qu’un psychopathe immortel ne vienne lui voler son cœur, détenteur de ses pouvoirs ? Ils pouvaient l’annoncer comme cela, mais on risquait de les dévisager, puis de leur offrir un séjour dans un hôpital psychiatrique. Ils pouvaient mentir, mais à quels risques ? Quelle que soit leur décision, ils risquaient d’avoir des problèmes, ce qui ne les enchantait pas du tout. Ils pourraient prendre leurs jambes à leur cou. Après tout, rien ne laissait supposer que le meurtre de Loveline avait un rapport avec leur affaire et aucun témoin ne viendrait leur porter préjudice. Mais leurs empreintes partout dans l’appartement viendraient vite remettre les choses au clair. Décidément, ils étaient coincés.
- Merde, jura John en battant l’air d’un coup de poing. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
Lara se contenta de secouer la tête, n’ayant pas de réponse. Elle ne savait pas non plus comment réagir face à un tel désastre. Restant immobile, la tête basse, elle essaya tant bien que mal de trouver une solution, sans y parvenir.
- Je ne sais pas, finit-elle par répondre en secouant à nouveau la tête. Je ne vois pas ce qu’on peut faire.
- Je ne supporte plus de rester là, confia-t-il. Je vais faire un tour dehors.
Lara approuva et ils quittèrent l’appartement pour descendre dans la rue. La matinée débutant, il commençait à y avoir un peu d’animation, mais très peu. Quelques voitures sillonnaient les routes, apparaissant et s’éloignant très rapidement en laissant les environs calmes et silencieux. Lara et John firent quelques pas, sans parler, ni même prêter attention à ce qu’il se passait autour d’eux. Mais tout à coup, une masse sombre leur fit relever la tête. Ils s’immobilisèrent en observant l’arrivée d’une femme vêtue d’une magnifique robe noire, moulant ses formes parfaites. Ses cheveux ébène contrastaient avec sa peau blanche et son sourire, mélangeant la douceur et la froideur, la rendait d’une subtile beauté. Lara ne mit pas longtemps à la reconnaître et elle s’immobilisa, tendant le bras vers John pour qu’il stoppe également. Rencontrer cette femme ici, suite au départ de Quinze, ne l’inspirait pas du tout. L’inconnue s’était également immobilisée, fixant Lara au loin, sans présenter des signes d’hostilité. L’aventurière la dévisagea un instant et sans la quitter des yeux, intima à John :
- Reste ici. Je vais à sa rencontre.
Surpris d’être laissé à l’écart, il protesta.
- Et en quoi je dois rester là ?
- Parce que je te le demande, c’est tout.
Elle ne dit rien de plus et avança vers l’inconnue, les doigts proches de ses 9mm, mais sans dégainer. S’immobilisant à quelques mètres, elle la dévisagea d’un air sévère, en restant silencieuse. La jeune femme souriait, mais elle ne possédait plus la même expression qu’à leur première rencontre. Son sourire tendre reflétait beaucoup de gentillesse, sans fourberie. L’aventurière resta méfiante malgré tout.
- Ca te gêne qu’il vienne à ma rencontre ? questionna l’inconnue en observant John rester en arrière. De quoi as-tu peur ?
- Je n’ai pas peur.
- Menteuse.
- Que sais-tu de moi ? Je ne te permets pas de me juger.
- Tu veux éviter de le blesser en lui faisant découvrir une vérité sombre et secrète, mais le laisser nager dans un faux bonheur ne le rendra pas heureux pour autant.
- Je me charge de son bonheur, je sais ce que je fais et je n’ai pas besoin que tu me fasses la morale.
- Si je n’étais pas une meurtrière, mes paroles te toucheraient-elles plus ?
Lara ne répondit pas, la question n’en étant pas vraiment une, mais plutôt un piège afin de lui faire accepter ses torts. Elle garda la tête haute, déterminée à assumer ses choix jusqu’au bout.
- Qui es-tu ? Je veux connaître ton nom.
- Je n’ai pas de nom. Je te l’ai déjà dit. Qu’est-ce qu’un nom, d’ailleurs ? Pourquoi est-ce important ?
Après avoir haussé un sourcil, Lara resta muette. La jeune femme ne dégageait plus du tout la même aura que la dernière fois. Aujourd’hui, elle semblait pure et inoffensive, comme si plus aucune pulsion meurtrière ne l’habitait. Sa naïveté s’apparentait à celle d’une enfant qui se posait des questions sur le monde.
- Un nom est un mot permettant de désigner quelque chose, répondit l’aventurière, une personne, notamment.
- Donc, Lara Croft, c’est ton nom ?
- Lara est mon prénom, Croft, mon nom.
- C’est compliqué et inutile.
- C’est assassiner des gens qui est stupide et inutile.
- Tu parles de la jeune fille de Londres ?
- Tu es bien sa meurtrière ?
- Oui. J’ai tué Nadia Girard. Mais sa mort n’est pas inutile. Il va lui servir à créer le Paradis.
- « Lui » ? Tu parles de Quinze ?
- Quinze ?
- Ton maître, je suppose. Un individu aux longs cheveux noirs.
- Ah… Oui. Quinze est un être exceptionnel. Ses pouvoirs et sa force n’auront bientôt plus de limite. Il deviendra l’ultime créateur et fera naître une terre vierge de peur et de souffrance.
- C’est un assassin et les morts qu’il laissera dans son sillage ne reviendront pas.
- Si, ils peuvent revenir.
- Pardon ?
La jeune femme continuait de sourire. Elle parlait de Quinze avec amour et admiration, comme si à ses yeux, il était dénué de défaut.
- Quinze possède le pouvoir de la Création Humaine. Il modèle les corps et les fait vivre. Il est notre père, notre géniteur. Il peut faire naître qui bon te semble et si tu le désires, même des êtres chers que tu as perdus jadis.
Lara eut un frisson et tous ses traits se tendirent. Ses yeux pétillèrent de tristesse mais aussi de désir. Les visages de ses proches disparus se formèrent dans ses prunelles, au point de lui briser le coeur. Une envie folle la submergea. Un espoir insensé, qui lui fit un instant oublié la gravité de ses pensées.
- Non… bredouilla-t-elle les yeux vides.
Elle secoua la tête pour chasser ce souhait impossible et retrouver ses esprits.
- Non ! répéta-t-elle. Je ne tomberai pas dans ce piège. Je ne veux pas d’une poupée à l’image des gens que j’ai aimés. C’est une illusion. Ce Quinze te manipule, comme il manipule John. C’est un être mauvais, horrible, qui ne mérite pas toute l’attention que tu lui portes.
L’inconnue perdit son sourire, les propos semblant la décevoir.
- Tu ne peux pas comprendre, répondit-elle en quittant le regard de Lara.
- Ce que je comprends, c’est qu’un être fou possédant de grands pouvoirs, a mis au monde des poupées, des jouets, dont il se sert pour arriver à un objectif soit disant utopique. Mais vous n’êtes pas des créateurs, vous tuez et brisez des vies, c’est tout ce que je comprends.
L’inconnue releva brutalement la tête, ses yeux tristes dévisageant Lara avec colère. L’aventurière peinait à comprendre comment elle avait pu changer si soudainement de personnalité. La force et la violence dont elle avait fait preuve au Nevada semblaient s’être estompées pour laisser place à une douceur fragile. Elle ressentit presque de la pitié pour elle, comme si elle observait un papillon innocent se débattre dans une toile d’araignée.
- Je ne suis pas venue me disputer avec toi ! s’exclama-t-elle en glissant une main sous sa robe. Tiens, tu transmettras ce message à John.
Elle lui tendit une enveloppe blanche, sans nom ni adresse. Lara devina immédiatement de quoi il s’agissait, ce qui la mit en colère.
- C’est une plaisanterie ?
- Non et tu ne pourras pas lui cacher. Il m’a vue te la remettre.
Lara se retourna. John était toujours au loin, droit, les bras croisés, en train de les fusiller du regard. L’aventurière sentit son cœur se serrer, craignant qu’il soit en colère. Mais aucun risque : John ne connaissait pas la colère. Ce n’était pas son genre. Quand elle pivota à nouveau pour faire face à l’inconnue, celle-ci avait commencé à partir. Lara fut envahie par le doute à cause de cette femme étrange.
- C’est un joli prénom « Lara », dit soudain celle-ci en s’immobilisant.
L’aventurière ressentit une certaine angoisse, ce qui l’empêcha de répondre.
- Oui, reprit l’inconnue, j’aime ce prénom. C’est fort et doux à la fois. Lara…
Elle se retourna pour voir la réaction de l’aventurière. Celle-ci était muette, le regard presque choqué. La jeune femme n’eut pas de mal à comprendre pourquoi, ce qui la fit sourire.
- Tu aurais honte que je porte ton prénom, n’est-ce pas ? Ce n’est pas grave. Je demanderai à Quinze de m’en trouver un.
Alors qu’elle reprit la route, Lara eut soudain honte de son attitude. Le comportement de cette femme, avec sa nouvelle innocence, la déstabilisait, elle ne savait pas si elle devait s’en méfier ou ressentir de la sympathie. Voulant tout de même se rattraper, elle l’arrêta :
- Attends !
L’inconnue s’immobilisa après s’être retournée. Lara reprit et dit :
- J’aime le prénom « Aya ».
- « Aya » ? répéta la jeune femme avec insouciance.
- Oui. C’est un prénom japonais qui signifie « Beauté sauvage ». Je trouve qu’il te correspond, pour que tu puisses garder ta liberté, malgré tout.
Au bout de quelques secondes de surprise et d’émotion, l’inconnue approuva avec un sourire ému.
- J’aime ce prénom. C’est beau, en effet.
Elle pivota de nouveau pour reprendre sa marche, tout en disant :
- Merci, Lara.
Puis elle disparut dans la rue, sous les yeux un peu déboussolés de Lara, qui avait du mal à comprendre ce qu’il venait de se passer. Cette femme n’était plus une ennemie, ou une alliée, mais un être perdu à la frontière, qui tentait de réaliser ses idéaux sans se rendre compte des conséquences de ses actes. L’aventurière voyait cela avec une certaine détresse et son visage afficha des traits distraits, jusqu’à ce qu’elle rejoigne John.
- Vous avez fini, c’est bon ? demanda sèchement celui-ci. Parce que, pendant que tu prends le thé avec tes copines, il y a deux corps qui pourrissent là-haut.
Lara se statufia en percevant les mots tranchants. Il la dévisageait avec une expression mauvaise et rancunière, sans parler de sa voix reflétant une intense colère. L’aventurière en fut toute retournée, ce qui l’empêcha de répondre sur le coup. John quitta son regard et sortit son téléphone portable. Alors que Lara le regarda presser des touches, elle lui demanda, nerveusement :
- Qu’est-ce que tu fais ?
- J’appelle l’inspecteur.
- Tu es malade ?
Elle le retint en pressant sa main pour faire descendre son bras. Cela entraîna chez John une réaction à laquelle elle ne s’attendait pas. Ses yeux devinrent encore plus noirs et il riposta en disant :
- Ah oui ? C’est moi le malade ? Tu veux qu’on fasse quoi ? Qu’on reste ici à se lamenter en attendant que les corps finissent de se décomposer, jusqu’à qu’une solution divine nous tombe dessus ?
C’était la première fois qu’il lui parlait sur un tel ton, au point que Lara en eut le souffle coupé. Elle se figea. Tous ses traits se glacèrent et elle fut incapable de répondre. John ne connaissait pas la peur, ni la colère et pourtant, il venait de lui prouver le contraire de la façon qu’elle craignait le plus : en s’énervant contre elle.
- C’était qui, cette fille ? questionna-t-il sur la même voix. Qu’est-ce qu’elle t’a donné ?
- Ne t’énerve pas…
- Si, bien sûr que je m’énerve ! Tu me laisses totalement en plan en prenant tes grands airs, avant d’aller discuter avec cette inconnue pendant vingt minutes, puis tu reviens ici comme une fleur en me dictant encore ce que je dois faire. Franchement, comment veux-tu que je garde mon calme ?
Sans lui laisser le temps de répondre, il se retourna pour lui tourner le dos et composa le numéro de téléphone de l’inspecteur, avant de monter le combiné à son oreille. Il patienta durant les sonneries, sans adresser un regard à Lara. Il l’imaginait toute penaude dans son dos, les yeux troubles, déstabilisée par la réprimande qu’elle venait de recevoir sans s’y attendre. Pas besoin de se retourner pour le vérifier et de toute manière, on décrocha avant que Lara ne dise quoique ce soit.
- Inspecteur Guérif, j’écoute.
- Bien le bonjour, inspecteur.
- Putain, Seize ! J’aime pas quand vous me téléphonez si tôt, ça me pourrit la journée.
- La mienne est déjà pourrie, je voulais vous en faire profiter.
Il avait changé de ton, laissant de côté sa provocation habituelle pour une voix plus professionnelle et blasée. Cela sembla fonctionner sur l’inspecteur qui ne répondit pas tout de suite. Quand il le fit, ce fut également avec une voix plus calme.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Je suis à Paris, actuellement, où une femme et sa fille viennent d’être assassinées. En fait, il s’agit de la sœur d’une des victimes. Miss Croft et moi avons vu l’assassin.
- Et ?
- Et j’aimerais vous dire la vérité, mais au téléphone, c’est impossible.
- Où êtes-vous ?
Dans le dos de John, Lara ne disait pas un mot, tentant de maitriser les troubles de son cœur. Elle se sentait profondément nulle et pitoyable. Vouloir tout contrôler et tout diriger, au point de rabaisser son ami, lui avait valu une punition qu’elle méritait, mais dont elle peinait à se remettre. Que John lui en veuille et se mette en colère était la pire chose qui pouvait lui arriver, au point de l’anéantir totalement. Elle l’entendit conclure avec l’inspecteur, en lui donnant l’adresse du lieu du crime. Guérif allait les rejoindre rapidement et ils allaient devoir l’attendre ici, dans cette ambiance désastreuse.
- Il arrive dans trente minutes, fit John en raccrochant. On va tout lui dire, il n’y a que ça à faire.
Il voulut partir droit devant sans se retourner, mais dès qu’il leva le pied pour marcher, il sentit Lara l’agripper par sa chemise, au milieu du dos. Il s’immobilisa, mais elle ne le lâcha pas pour autant. Elle se rapprocha doucement de lui, en silence, et pressa son front contre son dos, sans lâcher sa chemise, la tenant avec des doigts crispés.
- Pardon… finit-elle par dire. S’il te plaît, excuse-moi.
On pouvait deviner de la culpabilité dans sa voix, ainsi qu’une profonde détresse. Elle ne simulait pas, ni n’exagérait, mais était véritablement désolée.
- Je suis égoïste, continua-t-elle, et maladroite dans mes actes, mais j’ai peur. J’ai peur…
- Peur de quoi ? lui demanda-t-il en essayant de ne pas se laisser apitoyer.
- J’ai peur que tu partes. Il ne répondit pas, car s’il le faisait, il risquait de se laisser emporter par ses sentiments et de lui pardonner trop facilement. Restant silencieux et immobile, il fixa le vide devant lui, en continuant de l’écouter.
- Crois-tu que ton passé soit si important ? Pourquoi ne pas l’oublier et aller de l’avant ? Te forger un futur sur de nouvelles bases ?
- Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
- J’ai de l’argent, des relations. Je peux t’aider, t’aider pour ta nouvelle vie.
- L’argent, l’argent, l’argent, tu ne vois que ça, Lara ! Tu t’es toujours réfugiée derrière ton argent, en pensant qu’il allait te sauver. Mais regarde dans quel état tu es !
Il ne fallait pas qu’il se retourne. Tomber nez à nez face au visage brisé de Lara le rendrait fou. Il lui suffisait de l’imaginer pour le voir. Voir ses grands yeux bruns pétillant de larmes, ses lèvres tremblant légèrement, sa peau blafarde piquée par des mèches volatiles. Il resta donc immobile, toujours à lui tourner le dos.
- Si tu es vraiment lié à Quinze par le biais de cette affaire, reprit Lara, tu disparaitras avec lui.
- Je ne vais pas disparaître. J’ai aucune raison de disparaître, ni l’envie. Et de toute manière, la question ne se pose pas pour l’instant, puisque je suis là !
Il passa sa main droite dans son dos et saisit la main de Lara qui tenait toujours sa chemise. La jeune femme rouvrit les yeux face au geste.
- Je suis là, alors ne t’inquiète pas.
Il lui caressa lentement les doigts, toujours en regardant droit devant lui. Lara se laissa faire, silencieuse.
- Je ne voulais pas te hurler dessus, finit-il par s’excuser. Je me suis emporté. Pardon.
Lara ne voulait pas qu’il s’excuse, étant donné que tout était de sa faute. Elle secoua la tête, signe qu’elle n’était pas d’accord, et posa sa seconde main sur la sienne.
- C’est ma faute, dit-elle. Excuse-moi. Mais désormais, je vais tout faire pour que ça se passe bien.
Sans se retourner, John sourit, heureux qu’elle accepte la situation. Ils restèrent longtemps dans la même position, sans rien ajouter, simplement à attendre que le vent chasse leur douleur.


Quand l’inspecteur arriva, les deux amis remarquèrent de l’embarras sur ses traits et non pas du mépris habituel. Il les suivit jusqu’aux cadavres de Loveline et de sa fille et resta immobile et silencieux à les regarder. Ses yeux reflétaient du dégoût et de la détresse, comme si leurs meurtres le peinaient vraiment. Au bout d’une minute, après un long soupir, il pivota vers John et lui demanda :
- Vous avez vu le meurtrier ?
- Oui, approuva John en hochant de la tête.
- Tous les deux ?
Il avait posé sa question en désignant nerveusement Lara et John du doigt. Ceux-ci approuvèrent, ce qui fit encore soupirer l’inspecteur. Il se massa la nuque pour atténuer une douleur imaginaire, ses yeux passant des cadavres au couple et au bout d’un moment, il intima à John de lui raconter l’histoire. Celui-ci proposa de quitter la chambre et le trio partit vers le salon, où la « vue » et l’odeur se faisaient plus supportables. Arrêté au centre de la pièce, John proposa que Lara raconte les faits, non seulement parce qu’elle était très compétente dans le domaine du mythe mais surtout pour qu’elle gagne en crédibilité auprès de Guérif. Elle débuta son récit avec calme, expliquant la légende de la Création et les pouvoirs laissés par les immortels, avant d’aborder l’objectif de Quinze : récupérer les pouvoirs afin de créer un nouveau monde. Voulant limiter la casse, elle se limita à cela et n’aborda pas les pouvoirs en eux-mêmes, notamment celui de la Création Humaine. Guérif l’écouta avec concentration, sans qu’à aucun moment ses yeux de hibou ne reflètent de la surprise. Il resta impassible jusqu’à la fin, comme une pierre tombale, au point de rendre Lara mal à l’aise. Quand celle-ci eut terminé son récit, il baissa les yeux en serrant les lèvres, signe d’une approbation forcée et resta silencieux quelques secondes.
- Vous y croyez, à tout ce merdier ? finit-il par demander en les dévisageant sévèrement.
Les deux amis échangèrent un regard, comme s’ils cherchaient une réponse dans les yeux de l’autre, avant d’observer à nouveau l’inspecteur. Lara se chargea de répondre, non sans, intentionnellement, mettre de la dureté dans sa voix.
- Durant toute ma vie, je n’ai fait qu’évoluer entre ce qu’on appelle le « réel », accentua-t-elle, et « l’extraordinaire », j’ai combattu des monstres, des dieux, des...
- Ouais, ouais, ouais, la coupa-t-il en levant les mains, O.K., Miss Croft, « Vous », accentua-t-il, avez fait tout cela, je veux bien vous croire, mais qu’en est-il des gus comme moi ?
- Je ne vous suis pas, répondit-elle en fronçant les sourcils.
- C’est simple. Un mec comme moi, citoyen lambda qui ne croit ni au Père Noël, ni aux licornes ou aux phénix, il voit une scène de crime comme ça, il pense : « C’est un crime passionnel, ou un cambriolage, ou pourquoi pas une histoire de pognon », vous voyez le truc ?
- Plus ou moins.
- Aucun enquêteur rationnel ne va penser : « C’est un mec surpuissant, qui pour créer un nouveau monde, assassine des gens afin de récupérer leurs pouvoirs dans leurs cœurs. », il y a 0,00001% de chance pour que ça se produise, O.K. ?
- Oui, mais ça s’est produit.
- Certes, c’est ce que vous dites. Mais le problème, c’est que les mecs rationnels comme moi, même si vous leur mettez des preuves sous le nez, ils vont pas vous croire, ils vont vous prendre pour des malades, vous êtes d’accord ?
- Donc, vous ne nous croyez pas ?
- Je peux vous croire, mais ça change rien au merdier. Ce qui change, c’est l’attitude des gens en fonction de ce que vous leur racontez comme histoire. Mettons que vous voulez entrer dans une pièce surveillée par des vigiles, O.K. ? Vous arrivez et leur dites : « Laissez-moi rentrer, le Père Noël, qui est un tueur en série, est là-dedans. », à votre avis, ils vont faire quoi ?
L’exemple de Guérif était d’une stupidité profonde, mais particulièrement véridique.
- Ils vont nous envoyer bouler, répondit John en comprenant où il voulait en venir.
- Exactement ! Mais si vous leur dites : « Laissez-moi rentrer, il y a un tueur en série déguisé en Père Noël là-dedans. », ils vont vous ouvrir, voire même vous aider. Vous comprenez le truc ?
- En gros, fit Lara, on connaît la vérité, mais on doit l’adapter pour éviter que les personnes comme vous nous mettent des bâtons dans les roues ?
- Voilà ! Vous savez, dans ma carrière, j’ai arrêté des tas de dégénérés qui disaient avoir tué parce qu’ils avaient vu un ange, ou entendu le divin, ou que la victime était le Diable, ou un monstre hideux. Votre histoire, c’est la même chose.
- Sauf qu’elle est vraie ! insista Lara.
- Merde, Croft ! J’ai bien compris ! Pour vous, tout est vrai, pour nous, c’est un malade qui tue parce qu’il est malade. Point barre. Vous avez compris ?
- Oui, inspecteur, confirma John, on a compris.
- Faite ce que vous avez à faire pour coincer ce type, moi, je m’occuperai de remettre tout cela sur la ligne du rationnel, pour que vous puissiez être soutenu, par la justice, sans être envoyés à l’asile. Ca vous va comme plan ?
Ils approuvèrent sans broncher, la proposition étant plus que salutaire. Elle s’acheva par l’appel des secours et de la police, qui débarquèrent très rapidement afin de suivre le protocole habituel : analyses, recherche d’indices, évacuation des cadavres… Guérif entraîna le couple à l’extérieur afin d’en finir.
- Je vous laisse carte blanche, O.K. ? De mon côté, je gère tout ce merdier au niveau des médias et compagnie, mais essayez de rester discret.
- Oui, inspecteur, approuva John. On va faire au mieux.
Il leur adressa un bref signe de la main, leur indiquant qu’ils pouvaient disposer, avant de tourner les talons pour rejoindre les enquêteurs dans l’appartement. Afin de ne pas s’attarder plus, les deux amis s’éloignèrent calmement. Ils marchèrent jusqu’à la Jeep garée une rue plus loin, sans s’adresser la parole. John s’installa au volant mais ne démarra pas. De toute façon, il ne savait pas où aller. Il resta donc muet, les mains sur le volant, alors que Lara, également silencieuse, observait la rue à travers le pare-brise. Au bout d’un moment, l’aventurière, intriguée par quelque chose, demanda à son ami :
- Tu ne le trouves pas étrange ?
- Qui ça ?
- Guérif.
- Mouais… Je l’ai toujours trouvé un peu spécial.
- Au départ, il ne ressentait que du mépris pour nous et t’humiliait. Aujourd’hui, il nous soutient en croyant à notre histoire granguignolesque et nous donne carte blanche en disant s’occuper de tout.
- On ne va pas s’en plaindre.
- Ca m’intrigue.
En dégageant un léger sourire amusé, John démarra la voiture. Le ronron du moteur précéda les vibrations, comme si le véhicule était pris de tremblement.
- Pourquoi ce sourire ? demanda Lara en voyant son expression.
- Rien. Tu es parano, répondit-il avec ironie.
Lara comprit la blague et acquiesça d’un signe de tête.
- Oui, fit-elle, tu as sûrement raison.


Ne sachant pas réellement où aller, le couple opta pour s’arrêter à un café, Lara voulant faire part à John de sa conversation avec Aya. Elle lui expliqua le pouvoir de Quinze lui permettant de créer des « poupées » grâce à son pouvoir de la Création Humaine.
- Donc, conclut John, les êtres comme Aya, ou le messager du Nevada, sont des créations de Quinze ?
- Oui, ça me semble logique.
- Et ils sont immortels ?
- Pourquoi tu dis ça ?
- Tu as tiré une balle dans la jambe du messager, il s’est enfui dans la seconde. Tu as explosé la tête d’Aya, elle est revenue intacte. Tu as tiré plusieurs balles dans la poitrine de Quinze, elles ont eu encore moins d’effet que des piqures de moustiques.
- Ca ne signifie pas pour autant qu’ils sont immortels.
- Tu oublies la légende : les premiers êtres humains créés par les dieux étaient invulnérables tant qu’ils ne recevaient pas de faiblesse par le biais d’autres pouvoirs. Ces créatures n’ont pas de point faible.
- On en trouvera un.
Voulant mettre fin à cette conversation qui la dérangeait. Lara sortit la lettre remise par Aya et la tendit à John. Il la remercia et l’ouvrit, non sans que son rythme cardiaque ne s’accélère.

« John,

Même si tu me hais, même si tu penses que je suis l’être le plus abject qui soit au monde, n’oublie jamais que je suis la seule famille qu’il te reste et que jamais, au grand jamais, ta rage ne pourra se mesurer à la mienne.

Tu sais quelle est la première chose que j’ai découvert en venant au monde ? Je suis né dans une salle sombre à l’odeur de fer et de pourriture. Le parfum de la mort s’est engouffré dans tous mes pores, au point de devenir ma propre effluve. J’ai eu le goût du sang dans la bouche, sang qui dégoulinait sur moi comme un drap liquide. Je ne savais pas si j’étais réellement vivant ou non, tellement mon être était submergé par la mort. Mais tu sais, ce n’est pas cela qui m’a fait détester cette vie. C’est quand j’ai vu toute la souffrance dont débordait la Terre et les hommes, que j’ai véritablement été atterré par tout ce qui composait le monde. Rien n’est bon. Rien ne mérite d’être sauvé. Tout doit renaître pour retrouver un nouvel éclat, un nouveau souffle de vie. J’anéantirai d’un geste le désespoir de cette terre pour guider une nouvelle humanité vers la félicité.
L’objectif n’est pas utopique, ni idéaliste, ni hors de portée. Je vais éclairer ton ignorance éloquente.
Braik avait fait des recherches complètes et approfondies sur la Création et ses dieux. Il existe de nombreux pouvoirs qui se complètent. Créer un être humain dans sa totalité en nécessite trois : la création de l’enveloppe, de l’âme et de l’esprit. Je possède désormais le pouvoir de la Création Humaine, permettant de faire naître le corps physiquement. Ces coquilles vides peuvent posséder des sentiments, bons ou mauvais, en fonction des interventions des divinités. Loveline Heart possède le pouvoir des sentiments positifs, Julie Mome des sentiments négatifs. Mais tout cela est presque subjectif. Linda Bumn nous a offert le talent de contrôler l’eau, les rivières et les torrents, Nadia Jirare m’a laissé l’air, le ciel et les astres. Et toi, John, tu sais ce que tu possèdes. Oh, oui, tu le sais. Le pouvoir de la Planète, de la terre, des arbres : c’est toute la flore qui bat dans ton cœur. Tu as de la sève dans les veines et c’est inutile d’essayer de le nier. Le jour viendra ou je reprendrai ce que tu m’as volé. Je boirai ton sang et dévorerai ta chair, en me délectant à chaque gorgée, à chaque bouchée. J’attends ce jour si loin et si proche à la fois, avec une excitation que tu ne peux imaginer. Mais en attendant, je vais me contenter de braver les vastes étendues immaculées du Nord. Elles dissimulent une relique de grande valeur, renfermant le pouvoir de la Création Animale, qui me permettra de peupler le Paradis de créatures fantastiques inimaginables. Serais-tu capable de le dénicher avant moi ? Tu sais que je te poursuivrai jusqu’en Enfer pour la récupérer. Je ne crains pas les flammes : j’ai déjà vu l’Enfer ! Mais en revanche, si tu la trouves pour moi, peut-être pourrais-je te donner un indice te permettant de retrouver ta mémoire ? Ne te méprends pas. Tu sais, si je veux t’aider à retrouver tes souvenirs, c’est uniquement dans le but de te faire souffrir encore plus. Je veux te voir pleurer et te tortiller de douleur, ça m’obsède… Tu m’obsèdes… Tu m’obsèdes… Tu m’obsèdes… … … … »


John resta immobile à regarder la lettre. L’écriture encore maladroite avait tout de même gagné en finesse, mais cela n’aidait pas à apaiser la haine transmise par les mots. John tendit la lettre à Lara en essayant de cacher que sa lecture l’avait littéralement terrifié.
- Plutôt hostile, le frangin, dit-il.
Même l’humour n’arrivait pas à le rassurer. Afin de se changer les idées, il appela un serveur à qui il commanda un thé et un café. Pendant ce temps, Lara lut la lettre à son tour. Elle fut également paniquée et effrayée. La férocité de Quinze transpirait à chaque mot, voire à chaque lettre. Il se dégageait du papier une rage si intense, que les mains de l’aventurière se mirent à trembler et des pellicules de sueur apparurent sur son front. Le sourire de Quinze et la puissance qu’il dégageait revinrent devant ses yeux. Elle eut l’impression de sentir sa main broyer son cou et l’étouffer. Cela fut suffisant pour lui faire lâcher la lettre et détourner les yeux.
- Il est fou, répliqua-t-elle en essayant de se calmer. N’y fais pas attention.
- Comment veux-tu que je n’y fasse pas attention ?
La réponse était évidente : en effet, il ne pouvait pas. Mais Lara commençait à avoir peur, peur de Quinze, comme s’il était le Diable en personne, qui allait venir lui arracher ce à quoi elle tenait.
- C’est un piège, dit-elle. Rien qu’un piège.
- Comment ça, un piège ?
Lara se sentait mal, horriblement mal. Elle voyait clair dans le jeu de Quinze, car c’était une situation qu’elle avait moult fois vécue : « Tu ne penses pas que si l’ennemi t’a volontairement donné des informations, c’est justement pour te pousser dans des recherches, qui nous conduiront dans un piège, et vers une mort pleine de souffrance ? ».
- Je ne me ferai pas encore avoir ! déclara-t-elle en serrant les points. Je ne plongerai pas dans les flammes, en pensant ne pas me bruler.
- Lara, si tu as plongé dans les flammes, c’est parce que tu n’avais pas le choix.
Elle le regarda d’un air désemparé.
- C’est pour ça que ce n’est pas ta faute : tu n’avais pas d’autre solution pour avancer.
Elle secoua la tête en baissant les yeux, pas convaincue, ne voulant pas fuir ses responsabilités.
- On ne peut pas rester chez nous, insista John, portes et fenêtres closes, en faisant comme si rien ne se passait dehors. Tu penses que tu serais capable de ça ?
- Non, répondit-elle. Je ne pourrai pas. Mais j’en ai assez d’être manipulée et de plonger dans la gueule du loup, en perdant tout ce qui m’est cher.
- Tu ne perdras rien, O.K. ?
Elle releva la tête. John lui souriait, de son air habituel, réconfortant et encourageant, comme si rien ne pouvait l’émouvoir.
- On se l’est promis, reprit-il. On va arrêter Quinze, mettre fin à son délire et tout rentrera dans l’ordre. Tu as vaincu Bristilla, l’Ultime Chimère Destructrice, force la plus féroce de l’univers, tu ne vas pas me dire que Quinze est plus puissant ?
Lara eut un regard désorienté, comme si elle hésitait à répondre. Elle se remémora sa première rencontre avec Bristilla, dans les champs d’Arvamlabe et celle de Quinze, en Amérique du Sud. Ces deux êtres exceptionnels possédaient un point commun : ils sentaient le sang.
- Lara ? la rappela John pour qu’elle sorte de ses songes.
Elle releva les yeux vers lui, encore un peu désorientée. Puis, après avoir chassé ses souvenirs sombres et douloureux, elle réussit à sourire aussi pour répondre :
- Oui. On y arrivera.
Ils se sourirent sans rien ajouter.
L’aventurière ne savait pas trop si elle devait être effrayée ou non. Dans le fond, Quinze lui faisait peur. Oui. Il dégageait une force spectaculaire différente de celle de Bristilla ou de ses autres ennemis. Ce n’était pas seulement une histoire de muscles, ou de pouvoirs magiques. Non. Ce qui était terrifiant, c’était qu’il puisait sa force dans sa haine et c’est cela, qui l’effrayait. Mais elle cessa de penser à lui quand le téléphone portable de John se mit à sonner. Le jeune homme fronça les sourcils, étonné qu’on l’appelle et sortit le combiné pour observer l’écran. Sa surprise augmenta quand il vit le nom de Guérif d’afficher.
- Oui, inspecteur, répondit-il.
- Seize, on a un problème !
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MessagePosté le: Mar 11 Mai 2010, 16:09    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 16

Même avec la meilleure volonté du monde, John n’arrivait pas à rouler plus vite que la normale. Les embouteillages parisiens, encouragés par les nombreux barrages de police et déviations, ne l’aidaient pas à gagner du temps pour rejoindre la destination indiquée par Guérif.
- Pourquoi on a toujours la poisse ? demanda-t-il à Lara tout en donnant un violent coup de volant sur la gauche pour s’engouffrer dans une rue étroite. Tu peux m’expliquer, hein ?
Accrochée à son siège pour éviter d’être trimbalée dans tous les sens, l’aventurière répondit :
- Sinon la fic serait chiante ?
- Non. Pour qu’il nous arrive autant de merde dans la semaine, il y a forcément un autre truc.
Les pneus de la Jeep grincèrent sur le bitume, tandis que la voiture sortit brutalement de la ruelle en coupant la route à un véhicule arrivant sur sa droite. Le conducteur harcela les deux amis de coups de klaxon et d’injures, mais ils n’y firent pas attention : ils manquaient trop de temps pour s’attarder.

* * *

Peu de temps avant


- Seize, on a un problème.
Une profonde lassitude envahit John quand il entendit ces mots. Il se doutait que le problème venait des Heart et cela le dérangea. Il ne s’attendait pas à ce qu’il y ait des soucis si tôt.
- Quoi donc ? demanda-t-il.
- On a une barbare sanguinaire lâchée dans Paris.
Le jeune homme ne répondit pas, et fixa le vide de ses yeux. Il lui fallut un certain laps de temps pour comprendre de quoi parlait Guérif. Mais même après son moment de réflexion, il ne réussit pas à saisir qui était la « barbare sanguinaire ».
- Vous pouvez développer ? répondit-il, perturbé.
- D’après l’alerte que je viens de recevoir, une adolescente assassine sauvagement des civils dans le quinzième arrondissement et les forces de l’ordre qui tentent de la stopper.
Les yeux de John devinrent vitreux. Il eut du mal à visionner la scène dont lui parlait l’inspecteur et surtout, du mal à y croire.
- Pardon, mais… Et alors ?
- Oui, je sais, c’est con et vous n’avez pas que ça à faire, mais le plus drôle, c’est qu’une balle logée là où il faut n’a pas eu l’air d’émouvoir la demoiselle. Alors je me disais que vous seriez curieux d’aller la rencontrer.
John se sentait totalement paumé, n’arrivant pas à faire les liens évidents entre leurs problèmes et ce dont lui parlait Guérif. Au bout d’un moment, il approuva et demanda le lieu du crime avant de raccrocher en promettant de s’y rendre.
- Qu’est-ce qui se passe ? lui demanda Lara en remarquant son étonnement.
- Je sais pas trop. Il parait qu’une folledingue assassine des civils dans le quinzième. Elle serait résistante aux balles.
Lara fut tout aussi sceptique face à la déclaration.
- Une sbire de Quinze ? proposa-t-elle sur le coup.
- Ouais, c’est possible. Mais je comprends pas pourquoi l’inspecteur m’appelle pour ça. Il n’a pas pu deviner, vu qu’on ne lui a pas parlé des créations de Quinze.
- Maintenant qu’il connaît une partie de la vérité, il nous prend peut-être pour Mulder et Scully.
- Possible. On y va ou pas ?
- On n’a pas vraiment le choix, je pense.

* * *

Il leur fallut beaucoup de temps pour arriver jusqu’au quinzième arrondissement de Paris, dans lequel il régnait un désordre absolu. Tout le Boulevard Pasteur était délimité par des barrages de police et des banderoles, derrière lesquelles des hordes de civils et de journalistes s’agitaient. L’entrée de la Gare Montparnasse opposée à la Tour ressemblait à la gueule d’un dragon, dans laquelle personne n’osait entrer. Les policiers qui y étaient postés repoussaient les journalistes qui les harcelaient de questions.
- C’est un véritable carnage dont nous aurions pu être les proies, déclara une journaliste devant une caméra de télévision de France 2. Ici, à la Gare Montparnasse, récemment évacuée, une adolescente dont nous ignorons l’identité, assassine sauvagement un nombre incommensurables d’innocents, sans mobile particulier. Les victimes se comptent par dizaines et les forces de l’ordre n’arrivent pas à maîtriser la jeune fille. La police a bouclé le périmètre et interdit toute entrée dans la gare, jusqu’à ce que la meurtrière soit stoppée. D’après des témoins, elle serait âgée d’environ dix-sept ans, porterait des cheveux roses au carré et des vêtements noirs très courts. Si des personnes pensent la connaître, merci de contacter les autorités.

Le couple tenta tant bien que mal de se frayer un chemin parmi les gens, afin de se rapprocher des policiers. Ceux-ci les stoppèrent en leur ordonnant de rebrousser chemin, mais John insista.
- Je suis John Seize, fit-il en montrant son badge, envoyé par l’inspecteur Franck Guéris, de la criminelle. Lara Croft m’accompagne pour que nous puissions stopper la…
Il se rendit compte qu’il ne savait pas comment la nommer, Guérif ne lui ayant pas donné son prénom.
- La folle ? proposa le policier qui regardait son badge.
Il approuva d’un hochement de tête, le surnom pouvant être compréhensible vu les actes de la demoiselle.
- On m’a parlé de vous deux, reprit le policier. Vous savez qu’on a envoyé des gars surentrainés là-dedans ? demanda-t-il en indiquant l’entrée de la gare du pouce.
- Ils ont réussi à maîtriser la fille ?
- On ne sait pas. Ils ne sont toujours pas sortis et la communication a été rompue.
John et Lara eurent un frisson en devinant le sort possible des « gars surentrainés ». Visiblement, ils étaient les seuls capables de renverser la situation.
- Vous êtes sûrs de vouloir entrer ? demanda le policier avec une certaine lassitude.
John répondit avec un petit sourire.
- Non. Mais on n’a pas vraiment le choix.
Le flic souleva la banderole afin qu’ils puissent passer en-dessous. Les deux amis passèrent les deux portes vitrées qui coulissèrent à leur approche et pénétrèrent dans la gare. Ils ne perçurent même pas le « Bon séjour » du policier, tellement leur état de choc fut intense. S’immobilisant à l’entrée, leurs yeux vitreux balayèrent les lieux, en suivant les ruisseaux de sang qui semblaient fissurer le sol du hall. Il planait une odeur de fer. Des corps et morceaux de membres gisaient un peu partout, comme si on avait attaqué les civils un par un au hasard. Qu’il s’agisse d’hommes, de femmes, de policiers ou d’enfants, aucun n’avait pu échapper à la meurtrière.
John déglutit avec difficulté devant tant de sauvagerie. Les cadavres se comptaient par dizaines rien que dans le hall d’entrée. Il régnait un silence…de mort, comme si plus un souffle de vie n’existait ici. C’était terrifiant.
Les yeux du jeune homme s’illuminèrent quand Lara lui tendit un de ses 9mm.
- Non, merci, refusa-t-il en repoussant le pistolet. J’ai horreur des armes à feu.
- Excuse-moi, j’ai oublié ma hache dans le placard.
- Tu sais, ce genre de réplique, venant de moi c’est drôle, mais de toi, ça fait peur !
- Trêve de blague. Prends-le !
- Non, vraiment, sans façon.
- Et comment vas-tu t’y prendre si cette dégénérée te tombe dessus ?
- Diplomatie et douceur, ma chère. Ce n’est qu’une gamine perturbée par ses hormones. Quelques mots bien choisis la calmeront.
Sans approuver, Lara rengaina son 9mm et ouvrit la marche, sous le regard ahuri de John.
- Tu n’insistes pas plus que ça ? questionna-t-il en la rattrapant. Où est passé ton talent de persuasion ?
- Tu es trop têtu pour moi. Si tu veux tenter la méthode douce, libre à toi, mais si cette folle t’effleure, je lui vide mes chargeurs dans la tête.
- Ca a le mérite d’être clair.
Ils ne purent continuer leur discussion car un hurlement strident résonna. Il s’éternisa pendant au moins quatre secondes, amplifié par l’écho et la résonnance du hall, au point de ne pas pouvoir localiser la source du cri. Lara tendit les bras en croix, un 9mm dans chaque main et pivota sur elle-même afin de ne pas se laisser surprendre. John, dans une bonne position défensive, observait également partout autour de lui, mais ne réussit pas à distinguer la victime qui s’époumonait, en reflétant une grande souffrance. Les deux amis pressèrent le pas, longeant le hall en zigzaguant entre les cadavres, afin de suivre le jeu de piste sanglant de la meurtrière. Arrivés à une intersection, ils se séparèrent afin de poursuivre leurs recherches chacun de leur côté, pour explorer un maximum de terrain en peu de temps. John courut sur les tapis roulants encore en marche, dont les rampes en plastique noir possédaient des taches de sang et traversa l’un des immenses couloirs qui longeaient les quais de la gare où des TGV étaient immobilisés. En arrivant au bout, il découvrit encore une horrible scène de carnage, où de nombreuses victimes tapissaient le sol sanglant. Au milieu des divers cadavres gisait une femme d’environ quarante ans, dont les cheveux courts collaient à son crâne à cause du sang. Son buste saignait abondement à cause d’une plaie profonde qui lacérait sa poitrine en diagonale. John n’attendit pas un seul instant pour courir vers elle et lui venir en aide.

* * *

A l’affût comme une lionne en chasse, Lara avança dans les couloirs de la gare en visant tout ce qui pouvait ou non être une menace. Le bruit spongieux produit par ses semelles pressant le sang à terre la faisait frissonner à chaque pas. Elle ne croisa aucun survivant durant toute son exploration des couloirs. Les victimes avaient majoritairement reçu un coup vif et mortel qui les avait tuées. Beaucoup étaient décapitées, d’autres coupées en deux à l’horizontal : des assassinats d’une brutalité horrible. Lara posait son regard sur chaque corps afin de vérifier s’il bougeait ou non, mais c’était toujours une épreuve terriblement éprouvante, surtout quand il s’agissait d’enfant.
Elle finit par arriver vers le centre de la gare, où se réunissaient beaucoup de boutiques et d’escaliers. Stoppant en haut des marches, elle observa l’étage du dessous, duquel s’élevait une horrible odeur de sang. Ne voyant encore personne bouger, elle se retourna en soupirant. A cet instant, il se passa quelque chose de terrible : elle se retrouva nez à nez avec Quinze, dont le sourire sournois lui sauta aux yeux. La surprise et la peur la firent mal réagir. Elle bascula en arrière et perdit l’équilibre à cause des escaliers, dans lesquels elle commença à tomber. A cet instant, Quinze la rattrapa par le bras, la tira vers lui avant de la propulser loin des marches après s’être lui-même écarté. Lara tomba puis roula au sol, avant de reprendre le contrôle de son corps pour maîtriser son roulé-boulé et bondir sur ses pieds suite à une roulade arrière. Dès qu’elle fut debout, elle menaça son agresseur de ses armes, alors que tous les traits de son visage transpirèrent de haine. Mais à sa grande surprise, elle se retrouva face au vide : Quinze ne se trouvait plus face aux escaliers. Il venait de disparaître. Lara resta méfiante malgré tout. Elle sentait sa présence et savait qu’il se trouvait encore là. Le silence morbide dans lequel elle se trouvait la glaçait. Elle n’entendait rien. Pas un souffle, ni un bruit de pas. Rien qui ne pouvait faire repérer Quinze. Elle ne le voyait pas. Ne l’entendait pas. Seule l’odeur du sang l’enveloppait. Elle ressentait uniquement son aura et cela la terrifia. Elle savait que lui la regardait de sa cachette, la sculptait de ses yeux sombres comme s’il lisait en elle, devinant toutes ses faiblesses. Sa seule présence l’angoissait, faisant augmenter son rythme cardiaque. Son cœur commença à exploser dans sa poitrine, au point qu’elle possédait l’horrible impression d’entendre le vacarme des pulsations : « boum-boum » « boum-boum ».
- On dirait que tu as peur, murmura soudain Quinze à son oreille droite.
Lara cessa de respirer. Ses yeux s’exorbitèrent. Elle se retourna rapidement et sans se poser de question, tira. Les balles fendirent le vide pour s’arrêter dans les murs en face, sans effleurer la cible qui venait d’à nouveau s’évaporer.
- Tu es aussi bonne tireuse que menteuse, reprit Quinze derrière elle.
Après avoir fait volte face, Lara tira une nouvelle rafale de balles, encore plus rapidement que précédemment. Elle vit Quinze esquiver ses tirs en se déplaçant sur le côté avec une vélocité inhumaine, lui permettant d’à nouveau être derrière elle, où il se mit à rire comme un démon. Il la provoquait avant de se moquer d’elle. Lara devint folle : folle de peur et folle de rage. Elle se mit à tourner dans tous les sens en vidant ses chargeurs. Les coups de tonnerre résonnèrent dans le hall au point de la rendre sourde, tandis que le feu illumina son visage. Mais à aucun moment elle ne toucha sa cible, celle-ci se mouvant à chaque fois au dernier moment dans un geste précis et rapide, la transformant en ombre. Quand ses chargeurs furent vides, Lara fut contrainte d’arrêter de tirer. Elle resta bras tendus, haletante et les yeux grands ouverts durant deux secondes, avant de porter ses 9mm à sa ceinture pour les recharger. A ce moment-là, Quinze lui dit :
- En plus, tu es lente.
Il lui saisit le bras droit avant de le lui plier brutalement dans le haut du dos. La contrainte et la douleur figèrent Lara comme une statue, alors qu’elle fut plaquée contre Quinze, sans pouvoir réagir. Le visage de l’aventurière, affichant une douleur intense, fut balayé par les cheveux noirs de l’assassin comme une pluie de caresses empoisonnées. Quinze saisit le 9mm que Lara tenait encore dans sa main gauche pour le jeter loin au sol. Il resserra ensuite sa prise, ce qui fit gémir l’aventurière en la cambrant.
- J’aime cette mélodie, déclara-t-il en collant son visage contre le sien. La mélodie de ton bras en train de casser.
Il lui monta encore le bras avec un sadisme ignoble, faisant grandir la souffrance. Lara serra les poings pour retenir ses hurlements, mais les larmes lui montèrent aux yeux, les faisant devenir rouges. Elle sentait la peau de Quinze glisser sur la sienne, lui donnant l’impression qu’un serpent s’enroulait autour de son corps. La sensation ne faisait que la rendre plus haineuse.
- Encore un petit geste de ma part, reprit Quinze, et il casse.
Lara sentait l’odeur de Quinze s’infiltrer dans ses poumons. Les plaies encore ouvertes qu’il possédait au visage saignaient. Le sang coulait lentement sur le visage de Lara, augmentant son mal comme si elle recevait une gifle.
- Tu te souviens de ce que je t’ai dit la nuit de notre première rencontre ? fit-il. Je t’ai dit : « Tu es faible ». Et c’est ce que tu es, Croft : faible.
Lara n’arrivait pas à se dégager, la souffrance l’immobilisant sans qu’elle ne puisse tenter quoique ce soit. Elle était donc contrainte de recevoir les mots blessant sans pouvoir riposter.
- Tu n’es qu’un insecte que je surveille de très haut et que je n’écrase pas parce que je sais qu’il ne m’est pas nuisible. C’est la seule chose qui fait que tu es encore en vie aujourd’hui. Tu comprends ? Si je ne t’ai pas écrasée en Amérique du Sud, ce matin ou même maintenant, c’est parce que tu n’es rien.
Il pressa sa joue contre la sienne pour la provoquer encore, l’anéantir moralement comme on brise un verre en cristal en le jetant contre un mur.
- Tu crois pouvoir le protéger, toi qui n’arrives pas à te protéger toi-même ?
Quand Lara perçut la question, son cœur cessa de battre.
- D’ailleurs, crois-tu qu’il est vraiment en sécurité là où il est ? Seul face à une de mes créations ?
« Non… »
- Tu l’as peut-être envoyé à la mort ?
« Je n’aurais pas dû le laisser seul. »
- Pense-tu réussir à m’assassiner, avant que vos rêves ne se brisent ?
Sans lui lâcher le bras, il effleura sa main gauche en imitant une caresse. Le geste dégoûta Lara qui poussa un cri avant de tenter de se dégager. Elle envoya son pied droit en arrière, touchant Quinze au tibia. Elle ne sut pas ce qui le fit la lâcher. Sûrement pas la douleur. Non. Peut-être la surprise, mais peu importe : il lâcha prise.
Lara bondit en avant, exécuta plusieurs roulades durant lesquelles elle ramassa ses deux 9mm, avant de se remettre debout pour menacer son adversaire. Contrairement au précédent « jeu », celui-ci était resté à la même place, lui souriant toujours avec satisfaction et grandeur.
- Tu m’inspires un profond mépris, Lara, fit-il. Tous les êtres comme toi m’inspirent du mépris, mais toi, c’est encore plus fort. C’est comme si je te haïssais depuis toujours. John ne doit pas rester lié à toi. Tu vas l’anéantir. Je ne te laisserai pas cette joie.
Il n’eut pour réponse qu’un sourire espiègle, avant que Lara ne réponde :
- J’attends de voir !
Suite à ces mots, le corps de Quinze explosa littéralement, suite à la détonation d’une grenade placée dans la poche de son long manteau noir. La puissance de l’explosif anéantit également la façade d’un magasin derrière l’assassin, remontant jusqu’à l’enseigne qui s’effondra. Quinze disparut sous les gravats et la poussière, tandis que Lara retira les mains qu’elle avait montées à son visage pour se protéger. Elle admira les ruines sanglantes avec une satisfaction immense, en disant à voix haute :
- Tu ne m’arracheras pas John ! Tu n’es rien pour lui. Oui. C’est toi qui n’es rien. Ni un frère. Ni un parent. Rien. Son passé n’est rien et c’est MOI qui vais écrire son futur. Tu n’en fais pas partie, Quinze.
Elle se mit à courir comme une folle après cela, afin de retrouver John au plus vite. Dès qu’elle quitta le couloir, le tas de gravats monta et Quinze se dégagea des décombres. Il observa le couloir vide en riant de manière démoniaque.
- Lara, fit-il alors que son corps se recomposait, je vais t’arracher les plumes une par une, avant de te broyer les ailes de mes mains surpuissantes. Pas parce que je te crains. Pas parce que tu me gênes. Mais juste par plaisir !

* * *

John se précipita vers la blessée, retira sa veste qu’il roula en boule avant de la presser sur la plaie pour freiner l’hémorragie. Allongée sur le dos, la jeune femme haletait et peinait à se calmer. Elle redressa la tête pour observer le visage de son sauveur. D’une main, John pressait la plaie et de l’autre, saisit le talkie-walkie qu’on lui avait fourni à l’entrée, afin de contacter des secours.
- Ma fille ! fit la jeune femme d’une voix mourante. Elle a ma fille.
Ayant immédiatement une réponse, John ne put faire attention aux paroles de la blessée. Il fit immédiatement un bilan de la situation et exigea des secouristes d’urgence à leur position.
- Je vous en supplie, reprit la jeune femme qui réussit à lever sa main droite pour agripper la manche de John, ma fille…
- Les secours arrivent, répondit-il en rattachant le talkie à sa ceinture, essayez de rester calme. Où est votre fille ?
D’un bref mouvement de tête, elle lui indiqua la direction qu’avait prise la meurtrière en emmenant sa fille avec elle. John regarda le bout du couloir avec un regard dépité.
- Je ne peux pas vous laisser, répondit-il en secouant la tête. Si je ne presse pas la plaie vous allez mourir.
- John !
Entendre cette voix chassa tous les démons du jeune homme d’un coup. Quand il tourna la tête, il aperçut Lara, courant vers lui, le visage en sueur.
- Lara, aide-moi ! l’implora-t-il en reposant ses yeux sur la blessée.
L’aventurière rengaina et plongea à genoux pour prendre le relais. Elle appuya sur le tissu en plaçant ses paumes l’une sur l’autre. La chemise n’était plus qu’une boule de sang visqueuse et l’étendue de la plaie rendait le freinage de l’hémorragie difficile.
- Les secours seront là d’une seconde à l’autre, informa John en se levant.
En le voyant s’en aller, la quiétude que Lara avait ressentie en le retrouvant s’évapora.
- Où tu vas ? demanda-t-elle en dissimulant le stress de sa voix.
- Sauver la gosse.
Sans rien ajouter, il courut jusqu’au bout du quai pour disparaître dans un couloir. Le visage de Lara se crispa. Ses lèvres se serrèrent, au point de devenir minuscules et elle secoua la tête dans tous les sens : « Non, ce n’est pas vrai. Ne pars pas comme ça au risque de ne pas revenir. Je t’en prie. ».
En reposant ses yeux sur la blessée, elle fut submergée par des pensées ignobles. Elle voulut que cette femme meure pour de bon, pour ainsi la laisser et rattraper John. Elle hésitait à l’abandonner en se disant que, de toute manière, elle décéderait et que ça ne servait à rien de perdre son temps ici, à appuyer sur une plaie qui continuait de saigner malgré tout.
- Ma fille… dit la mère d’une voix tremblante. Claire…Clai…re…
Lara secoua la tête. Se maudissant de penser de telles choses. Etait-elle vraiment prête à tuer cette femme ? Ou bien était-ce la peur et la fatigue qui la poussaient à des raisonnements si terribles ? Elle préféra cesser d’y penser et commença à implorer les secours dans sa tête, désirant les voir arriver d’une seconde à l’autre. Ses yeux passaient de la blessée au couloir duquel John avait disparu. Le regard de Lara reflétait son angoisse, et chaque seconde lui paraissait éternelle et douloureuse.

* * *

Quand il déboucha dans le couloir derrière un des bureaux de tabac de la gare, au Sud de la Tour Montparnasse, John s’immobilisa. Une traînée de sang tapissait le sol, comme un jeu de piste morbide. Le jeune homme déglutit avec difficulté. Le cœur serré, il commença à marcher dans l’espace étroit en suivant les traces rouges. Il croisa encore des corps démembrés et découpés, alors que, plus il progressait, plus il percevait des gémissements plaintifs. Après avoir tourné à un angle, il stoppa à nouveau. Devant lui, à une vingtaine de mètres, se trouvaient deux adolescentes. L’une, le regard terrorisé et le visage blafard, était maintenue captive par l’autre, qu’il peinait à distinguer. Une grosse épée sous la gorge, la victime tremblait et gémissait, même si elle ne paraissait pas blessée. Ses cheveux bruns bouclés tombaient sur sa poitrine et son ensemble bleu affichait des traces de sang. Quand elle vit John se rapprocher doucement, une petite lueur d’espoir apparut dans ses yeux plein de larmes.
- Aidez-moi ! implora-t-elle.
- Tais-toi ! lui intima la meurtrière en resserrant l’épée plus proche de sa gorge. Si tu dis encore quelque chose, je te décapite.
Sa voix était étrange, comme si chacun de ses mots était scié. Cela la rendait encore plus effrayante. Comme elle se tenait derrière sa victime, John ne distinguait pas son visage, mais uniquement des mèches de cheveux roses imbibées de sang. Même si elle ne semblait pas vouloir réellement tuer sa proie, le maintien de la lame sous la gorge de celle-ci provoquait une plaie qui saignait. Il fallait vraiment qu’elle la lâche.
- S’il te plaît, l’appela John doucement pour qu’elle le repère. Regarde-moi.
Quand elle entendit la demande, la meurtrière déplaça doucement sa tête sur le côté, afin de le regarder. Elle possédait un visage rond écarlate à cause de l’hémoglobine, encadré par ses cheveux roses au carré.
- Tu n’as rien à craindre, reprit-il. Je ne suis pas armé et je suis seul. Personne d’autre ne va venir.
Au départ, le regard de la jeune fille affichait une profonde colère, mais quand elle vit John, de la surprise détendit les traits de son visage, avant qu’elle ne se mette à sourire. Elle lâcha précipitamment sa victime en la poussant. Celle-ci tomba à genoux, avant de se relever nerveusement pour courir en pleurant. Elle distança John sans se préoccuper de lui et courut jusqu’au bout du couloir. Le jeune homme reposa ses yeux sur la meurtrière. Elle ne portait qu’un haut de bikini noir pour soutenir sa poitrine opulente, et une mini jupe de même couleur. La grosse épée qu’elle tenait semblait sortir d’un jeu vidéo. Elle restait droite et immobile à sourire à John, comme si le voir la réjouissait. Cette attitude troubla le jeune homme. Tout en la surveillant, il saisit son talkie pour informer les secours que la fille de la victime arrivait dans leur direction, saine et sauve. Durant l’appel, la meurtrière ne bougea pas d’un cil. Dès qu’il eut terminé de transmettre les infos, il rangea le talkie et demanda à la jeune fille :
- Comment tu t’appelles ?
- Tokko, répondit-elle délicatement.
Le fait qu’elle lui sourie avec autant de gentillesse n’allait pas avec son visage plein de sang. Cela formait un curieux tableau, très effrayant et déstabilisant. John décida de rester très prudent.
- Où sont tes parents, Tokko ? la questionna-t-il en commençant à se rapprocher doucement d’elle.
Elle avança également vers lui, en le regardant de façon étrange, comme si elle ne comprenait pas la question.
- Il a dit beaucoup de mal de toi, dit-elle, mais tu as l’air gentil. Je t’aime bien.
John fronça les sourcils.
- Qui ça « il » ?
Ils s’arrêtèrent à un mètre l’un de l’autre.
Tokko était petite, d’environ un mètre soixante-cinq et devait lever les yeux pour le regarder. Mais malgré sa petite taille, elle possédait un corps très musclé, comme celui d’une sportive de haut niveau. Elle dégageait une beauté puissante et dangereuse, embellie par ses yeux pourpres irréels. Le regard qu’elle lui lançait rendait John très mal à l’aise.
- Pourquoi as-tu tué toutes ces personnes ? reprit-il en désignant le carnage du bras.
- Je voulais lui prouver que je n’étais pas une bonne à rien, répondit-elle en baissant les yeux. C’est ce qu’il m’a dit : « Tu n’es qu’une bonne à rien ! Tes questions me fatiguent. On dirait une humaine avec des sentiments idiots. Les émotions ne sont que des illusions qui rendent stupides.».
John répéta encore la question « Qui ça « il ?» », en pensant évidemment à Quinze, mais Tokko semblait ailleurs, continuant son monologue sans se soucier du jeune homme.
- Mais toi aussi tu le crois, qu’on peut avoir des sentiments sans les pouvoirs divins ?
Elle releva ses yeux vers lui pour le supplier du regard, mais John secoua la tête négativement.
- Je ne comprends pas ce que tu dis. Tu vas me suivre pour qu’on en discute, d’accord ?
Il voulut l’entraîner calmement dans le couloir, mais à sa grande surprise, elle le serra dans ses bras en posant son visage contre son torse, sans cesser de sourire. L’enlaçant avec tendresse, elle s’agrippa à lui comme une tique, au point de l’étouffer. La surprise de John fut impressionnante. Il sentit le sang imprégner ses vêtements et leva les bras pour ne pas toucher Tokko, comme s’il craignait être contaminé par sa folie.
- Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il en haussant le ton.
- Je ne suis pas une poupée vide, comme il le pense.
- Est-ce que tu peux me lâcher, s’il te plaît ?
- On peut lui prouver, en faisant l’amour, que nous ne sommes pas des machines pliées à ses volontés.
- Quoi ? hurla presque John en sentant sa ceinture se détacher, en faisant quoi ?
Il n’eut pour réponse qu’un baiser sauvage terriblement passionné, qui le poussa en arrière contre le mur.

* * *

Quand Lara aperçut les secours arriver avec un brancard et du matériel, elle fut soulagée à un point qui ne pouvait être décrit. Elle soupira très fort, comme si tous les maux qui la contaminaient allaient être évacués grâce à lui. Les secouristes prirent le relais en la remerciant et la blessée fut tout de suite prise en charge. Lara ne mit pas longtemps à se relever. Dès qu’elle fut debout, elle vit une adolescente courir en claudiquant vers eux, le visage déformé par la peur.
- Maman ! hurla-t-elle en voyant la femme emmenée par les secours.
L’aventurière conclut tout de suite qu’il devait s’agir de Claire, la fille de la blessée. A nouveau, des sentiments ignobles vinrent lui compresser l’estomac. Elle ne ressentit aucun soulagement en voyant cette fille arriver saine et sauver vers elle. Non. Au contraire. Elle fut submergée par la peur. « Pourquoi John n’est pas avec elle ? » « Je me fiche de cette fille. Pourquoi elle revient sans lui ? ». Elle se précipita vers elle et la fit s’immobiliser en l’attrapant par les épaules. La jeune fille eut presque peur et mal.
- D’où tu viens, comme ça ? demanda Lara sévèrement. Il n’y avait pas un homme blond avec toi ?
- Lâchez-moi ! Vous me faites mal ! Laissez-moi voir ma mère.
Comme elle se débattait, l’aventurière lâcha prise et se précipita vers la direction d’où elle venait. Son sang se glaçait. Ses mains devenaient moites. La panique revint s’emparer d’elle, la faisant accélérer. Il fallait qu’elle retrouver John au plus vite.

* * *

Quand Tokko l’embrassa avec fougue, John sentit le goût du sang dans sa bouche, ce qui l’effraya et le dégoûta. Il plaça ses mains contre les épaules de la jeune fille pour la repousser. Elle riposta immédiatement en lui saisissant les poignets pour plaquer ses bras contre le mur et continuer de l’embrasser à pleine bouche. Elle possédait une force énorme, démesurée pour une adolescente, que John peinait à contrer. Il finit par plonger en avant pour la pousser et se dégager de ses bras. Tokko bascula un instant en arrière. Leurs lèvres se séparèrent et John put reprendre sa respiration. Il essaya de se dégager, mais la jeune fille revint rapidement à la charge. Elle le frappa très violemment à l’estomac dans un coup de point ravageur. John se plia en avant, le souffle coupé. Puis, Tokko le poussa en arrière. Déséquilibré, il tomba sur le dos. Son crâne cogna brutalement le carrelage, l’assommant un moment. Il voulut quand même se redresser, mais l’adolescente ne lui laissa pas l’occasion. Elle le frappa encore, cette fois-ci à la tête pour qu’il redescende à terre, totalement groggy. A la limite du coma, John gémit en retombant. Sa vue se brouilla et ses forces semblèrent s’éteindre. Il sentit Tokko agripper sa chemise et l’ouvrir en deux en arrachant tous les boutons, avant de lui baiser le torse avec ardeur, pendant que ses doigts plein de sang se promenaient partout sur son corps. Après cela elle se redressa, recula sur ses cuisse et tira sur sa ceinture pour la retirer rapidement et déboutonner son pantalon. Mais un coup de tonnerre résonna soudain et le haut du crâne de Tokko laissa échapper du sang, tandis qu’elle tourna brutalement la tête à cause du choc. Quand elle regarda l’entrée du couloir, elle aperçut une jeune femme vêtue en jean, qui tenait un pistolet fumant dans sa main droite en la tranchant d’un regard transpirant de rage.
- Lève-toi, sale garce ! hurla-t-elle comme une démente. Si tu le touches encore, je te jure que je te transforme en passoire ! Dégage ! Casse-toi !
Lara agitait son 9mm en criant, ses gestes nerveux reflétant la haine qui l’envahissait. La balle précédemment tirée avait juste effleuré le visage de la jeune fille, comme un avertissement. Le sang frais glissait sur son visage teinté d’incompréhension et de peine, comme si elle ne comprenait pas la réprimande.
- Lara, fit John en reprenant ses esprits. Je…
Tokko reposa ses yeux sur lui, mais elle ne possédait plus du tout le même regard qu’avant. Son visage reflétait une profonde contrariété et colère, comme si elle venait d’être déçue au point de devenir folle. Une sauvagerie intense fit pétiller ses yeux, et, en restant à cheval sur John, elle le maudit en disant :
- Tu m’avais dit que personne ne viendrait.
Il ne put s’expliquer, car elle saisit son épée posée à terre à deux mains, la pointa à la verticale au-dessus de la poitrine de John et l’empala avec violence. Il hurla en crachant du sang et en jetant sa tête en arrière, avant que la tête de Tokko n’explose suite à une rafale de balles. La jeune fille bascula lentement sur le côté, avant de tomber au sol dans un bruit sourd. Lara la saisit pour la jeter comme un déchet loin de John, qui haletait en devenant livide. Elle saisit la lame pour l’extraire du corps, entraînant une hémorragie terrible, avant de se jeter à genoux.
- Non, c’est pas vrai ! fit-elle nerveusement. Non. Non. Non.
Dans un geste empressé, elle déchira le bas de son débardeur jusqu’à la poitrine pour en faire un pansement et le presser contre la plaie. Le tissu devint une éponge pleine de sang, totalement inefficace, au point que Lara l’enfonçait presque dans le corps, tellement la blessure était large et profonde.
- Je ne veux pas que tu meures ! supplia-t-elle en s’agitant, sans savoir quoi faire. Tu m’entends ? Reste avec moi !
Elle posa sa main droite écarlate sur la joue gauche de John, dont la peau était maintenant d’un blanc morbide. Ses paupières tremblaient et il suffoquait, n’arrivant plus à respirer.
- John ! l’appelait-elle en lui donnant des petites tapes sur la joue. Ne t’endors pas ! Par pitié, ne t’endors pas !
Elle lui prit la main pour la serrer fort, afin de le maintenir avec elle, mais c’était inutile. Ils pataugeaient maintenant dans une mare de sang qui ne cessait de grandir, formée par celui de John et celui de Tokko, inerte au sol. La peau de John devint glaciale et il ferma les yeux, avant de s’immobiliser, provoquant chez Lara une véritable panique.
- Ne meurs pas ! supplia-t-elle en lui saisissant le visage. Je ne veux pas que tu meures ! John ! Réponds-moi ! John !
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MessagePosté le: Jeu 13 Mai 2010, 10:08    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 17

Avec tous les policiers, scientifiques et secouristes qui s’agitaient dans la gare, celle-ci ressemblait à une fourmilière, dans laquelle la colonie paniquait en voyant la pluie. Les urgentistes ne savaient plus où donner de la tête. Les flics essayaient de retenir les civils et les journalistes, tandis que la gare était totalement bloquée, perturbant le trafic et entraînant des colères. Des fourgonnettes funèbres transportaient les cadavres à la morgue, faisant de nombreux aller-retour. Les proches des victimes paniquaient, hurlaient, s’évanouissaient, demandant un soutien psychologique. C’était un vrai…
- Bordel ! jura Guérif en passant les banderoles jaunes qui délimitaient le périmètre.
Les mains enfouies dans son imperméable brun ruisselant de pluie, une averse trempant Paris depuis une heure, l’inspecteur balaya le carnage des yeux. Voir tout ce monde s’affairer lui donna mal à la tête et le fatigua déjà : il savait que la journée serait affreusement longue et pénible.
- Hé, Jonathan ! appela-t-il un de ses collègues qui discutait avec une scientifique.
Jonathan Demption, un gringalet naïf fraichement sorti de l’école de police, dont les cheveux blonds en piques affichaient trop de gel, se tourna vers Guérif. Il le salua d’un mouvement de tête avant de le rejoindre à vive allure.
- Bonjour, chef, fit-il en le saluant encore.
- C’est un jour de merde, Jonathan.
- Pardon.
- Rapport ! intima-t-il en quittant ses yeux pour observer à nouveau les alentours.
- On approche la centaine de morts.
- Putain de merde.
- Et on compte vingt blessés graves, pour l’instant.
- La fille ?
- Morte. Plusieurs balles dans la tête. Une équipe devrait aller faire le ménage sur place dans peu de temps, mais avec le nombre de mort, ils sont obligés de procéder par zone.
Guérif lui ordonna de le diriger sur le lieu du crime où se trouvait la meurtrière. Les deux hommes s’y rendirent, Jonathan poursuivant son bilan durant le déplacement.
- La totalité des équipes d’intervention a été décimée. Pareil pour les vigiles et les militaires.
- Cette gamine était une saleté de Terminator.
Ils s’immobilisèrent dans le couloir où Tokko pataugeait toujours dans une mare de sang, recroquevillée dans une position fœtale comme une enfant dans le ventre de sa mère. Guérif l’observa d’un air neutre, sans colère, ni pitié.
- Et John Seize ? demanda-t-il sans quitter Tokko des yeux.
- Ah, oui. Blessé et transporté à l’hôpital dans un état critique, d’après Croft.
Durant un instant, Jonathan crut lire comme de la satisfaction sur le visage de son supérieur, mais l’expression disparut presque immédiatement, au point qu’il douta de son apparition. Peu de temps après, une équipe de « Blouses Blanches » comme les appelait Guérif, se rapprocha d’eux avec une housse mortuaire et un brancard pour embarquer le cadavre. Guérif et Jonathan les regardèrent faire, sans un mot. Les Blouses Blanches pataugèrent dans le sang, leurs vêtements immaculés affichant vite des taches rouges. Une fois le brancard posé à terre, ils ouvrirent la housse noire et saisirent Tokko par les bras pour la mettre sur le dos. A cet instant, dès qu’ils la touchèrent, elle ouvrit grand les yeux. Paniquée à l’idée que quelqu’un la touche, elle se redressa soudainement, saisit l’un des secouristes et le mordit au sang au niveau du poignet. Celui-ci hurla, alertant tous les individus présents dans le couloir. Les secouristes reculèrent précipitamment, glissant à cause du sang. Certains tombèrent dans la mare écarlate, paniqués, Tokko ayant bondi sur ses pieds avant de saisir sa grosse épée. Les yeux vitreux qu’elle possédait n’affichaient aucune raison, comme si elle n’était qu’un robot programmé pour tuer. Elle saisit sa lame à deux mains et prit son élan en visant le secouriste à terre, affolé, qui n’arrivait pas à prendre la fuite et monta ses bras à son visage pour se protéger de l’attaque.
- Merde, cette folle est increvable ! hurla Jonathan en dégainant son arme de service.
Le jeune homme eut juste le temps de tirer avant que la lame ne tranche le secouriste en deux. La puissance de feu fit reculer Tokko, dont la poitrine reçut trois balles au niveau du cœur. La jeune fille heurta le mur derrière elle en laissant une trace rouge. Puis, elle tomba à genoux, haletante, mais ne mourut pas pour autant. Jonathan profita de ce moment pour se rapprocher de quelques pas et prendre le temps de viser la tête. Tokko se redressa en portant une main à sa poitrine de laquelle coulait du sang. Elle leva les yeux vers le tireur, des yeux n’inspirant plus qu’une profonde envie de destruction. Mais dès qu’elle redressa la tête, son visage se figea dans une expression surprise et honteuse. Elle vit le policier être poussé sur le côté avec une telle force qu’il décolla du sol pour voler plusieurs mètres avant de s’effondrer plus loin, pour ne plus bouger. Quinze avança calmement en se rapprochant de Tokko, une expression extrêmement sévère sur son visage, qui effraya la jeune fille. En jetant un coup d’œil derrière lui, elle aperçut tous les individus qui avaient dû tenter de le stopper, à terre, dans le coma, comme s’il les avait tous endormis. Dès qu’il dépassait un homme, celui-ci tombait au sol, dans un profond sommeil. Ils s’effondraient tous à ses pieds sans résistance, alors qu’il ne quittait pas Tokko des yeux. Celle-ci lâcha son épée et recula, mais elle heurta le mur et y resta collée, à attendre son jugement. Quinze s’immobilisa à un mètre d’elle, le visage toujours figé dans la colère et la contrariété. Au début, elle n’osa pas le regarder et resta les yeux bas, mais au bout d’un moment, elle fut contrainte de redresser lentement la tête vers son maître. Quand leurs yeux se croisèrent, Quinze gifla Tokko avec une violence inouïe, au point que sa peau devint instantanément écarlate. Elle aurait pu hurler si elle connaissait la souffrance, mais Quinze lui infligea une punition bien pire. Il la força à ressentir une honte paroxystique. La honte qui prend au cœur. La honte qui monte les larmes aux yeux. La honte qui fait trembler. La honte qui donne envie de mourir. Tokko la ressentit et crut se liquéfier. Elle baissa les yeux en reniflant et tremblant, totalement soumise face à Quinze qui continuait de la trancher du regard, en serrant le poing qui l’avait frappée.
- On rentre, ordonna-t-il sèchement. Dépêche-toi.
Elle acquiesça d’un hochement de tête, ramassa son épée, toute penaude et suivit Quinze qui tourna les talons pour rebrousser chemin. Tout en marchant, il adressa un regard absent à Guérif, qui était resté silencieux à observer la scène, les mains toujours fourrées dans son imperméable, l’air désintéressé.
- Qu’est-ce que je fais de tout ça ? demanda-t-il en parlant de tous les individus évanouis.
Quinze sourit sadiquement avant de s’arrêter à la hauteur de l’inspecteur, qu’il ne regarda même pas. Il répondit à sa question par une autre :
- Comment va-t-il ?
- Hospitalisé en urgence, avec « elle », accentua Guérif.
Le sourire de Quinze s’intensifia, avant que celui-ci ne reprenne sa marche.
- Je dois l’arrêter ? proposa l’inspecteur en connaissant la réponse.
- Non. Laisse-la. Elle m’amuse.
Guérif eut un rictus. Il resta appuyé contre le mur, tandis que Quinze et Tokko quittèrent tranquillement la gare, sans laisser de trace.

* * *

Il planait dans les couloirs de l’hôpital une horrible odeur de désinfectant et d’eau de javel, et un tic-tac insupportable résonnait dû à la grosse pendule fixée à l’un des murs. Même s’il y avait un terrible brouhaha dans l’espace d’attente des urgences, Lara ne percevait que ce tic-tac insoutenable, signe du temps passant, comme si l’horloge se trouvait directement dans son crâne. Elle n’entendait pas les enfants crier, ni les adultes discuter, ou les bruits des appareils de soin, ni des talons claquant, ou des portes coulissant. Non. Seul le tic-tac, à chaque seconde, lui polluait la tête. Elle n’arrêtait pas de faire les cent pas dans le couloir, la simple idée de s’asseoir sur les bancs glacés, où de nombreuses personnes avaient dû pleurer, la rebutant. De temps à autre, elle jetait des coups d’œil aux personnes patientant dans la salle. Une femme avait les pieds anormalement gonflés, tandis qu’un enfant, se tenant le poignet, pleurait légèrement sur les genoux de sa mère. Le temps d’attente devait leur paraître aussi long que pour l’aventurière qui n’arrivait pas à se calmer depuis que John avait disparu sur un lit, encerclés d’urgentistes. Elle n’arrivait pas à chasser ces affreuses images de sa tête. Les images de John être empalé violemment par la meurtrière, l’épée transperçant son corps au point de former un énorme trou, comme une porte, de laquelle une quantité faramineuse de sang s’était écoulée. Avec une blessure pareille, c’était strictement impossible de s’en sortir. Les organes vitaux touchés et la quantité de sang perdue auraient dû entraîner le décès dans la demi-minute, en particulier à cause des poumons perforés. Même si elle n’avait pas fait médecine, Lara était arrivée à ce diagnostic sombre, à la portée de n’importe quel débile. Pourtant, comme n’importe qui, elle espérait aveuglément, tout en essayant de garder les pieds sur terre pour ne pas être accablée par la tristesse. Son cerveau n’arrivait plus à raisonner et l’incohérence totale de ses pensées était en réalité la source de sa nervosité. L’attente de la réponse des médecins la brulait comme si de l’acide coulait dans ses veines. Elle commençait à devenir folle et le tic-tac devenait de plus en plus fort, au point de lui donner mal à la tête. Pivotant plusieurs fois sur elle-même, elle eut l’impression d’être sur un manège et que les médecins, patients et agents d’entretien tournaient autour d’elle, en rythme avec le tic-tac de la grosse pendule. Alors que les larmes lui montaient aux yeux, une voix appela son nom :
- Mademoiselle Lara Croft ?
Elle se retourna instantanément. Un médecin se trouvait face aux portes coulissantes menant aux chambres des urgences, interdites aux civils. John y avait disparu depuis des heures et depuis, personne n’avait daigné tenir l’aventurière informée, certainement parce que son ami avait fini sur le billard, avec des tuyaux partout et un chirurgien en train d’essayer de recoller ses morceaux.
- Mademoiselle, reprit le médecin en constatant que celle-ci ne bougeait pas, l’air totalement perdue. Vous pouvez me rejoindre, s’il vous plaît ?
C’était un jeune chirurgien, de trente ans environ, avec des cheveux châtains bien peignés en arrière et des yeux noisette. Son regard à cet instant reflétait une neutralité totale. Il ne penchait ni vers la tristesse, ni vers la quiétude. Un vide absolu, au point qu’on ne pouvait réussir à déchiffrer ses émotions dans ses yeux et donc à anticiper la bonne ou mauvaise nouvelle qu’il allait annoncer. Les mains enfouies dans les poches de sa longue blouse immaculée, il fixait l’aventurière avec un air absent, comme s’il n’était finalement pas concerné par le problème. Lara courut vers lui en toute hâte. Ses lèvres tremblantes et ses yeux gonflés lui donnaient une mine pitoyable, mais elle s’en moquait bien.
- Cela fait des heures que j’attends de vos nouvelles ! se plaignit-elle.
- Non, protesta-t-il. Cela fait juste trente minutes.
Lara ouvrit des yeux énormes, mais le médecin reprit pour se présenter.
- Docteur Lazlow. J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer.
La respiration de Lara se coupa et elle fut totalement immobilisée, comme si du ciment avait remplacé son sang. Alors que son visage commença à muter dans quelque chose d’hideux, signe qu’elle allait fondre en larme, Lazlow se mit à sourire niaisement en disant :
- Non, je plaisante ! En fait c’est une bonne nouvelle.
Elle eut alors envie de lui foutre son poing dans la gueule, mais la surprise fut trop grande pour qu’elle passe à l’acte. De plus, le médecin avait tourné les talons en lui indiquant de la suivre et il passa les portes coulissantes pour marcher dans le couloir des chambres.
- Votre ami se porte à merveille, reprit-il en la guidant dans les couloirs. La blessure n’était pas mortelle. Les organes vitaux ne sont pas touchés et il n’y a pas eu d’infection.
Il n’eut pas de réponse tout de suite, le temps de compréhension et de réaction de Lara étant terriblement long. Elle peina à saisir ce qu’il lui disait et son visage affichait une totale incompréhension.
- Qu… Quoi ? répondait-elle hésitante ? Mais…
- Je vais vous le résumer de manière plus simple.
Il stoppa face à une porte dont il saisit la poignée, puis dit :
- Il va très bien !
Il ouvrit la porte, dévoilant John dans un lit, torse nu, en train d’être soigné par une infirmière qui lui changeait l’énorme pansement au milieu de son ventre. Quand le jeune homme vit Lara, il lui sourit comme à son habitude, avant de déclarer :
- Quand je pense que moi, je t’ai apporté des fleurs quand tu étais à l’hôpital, sale radine.
Lara secoua la tête comme pour se remettre les idées en place. Seule la stupéfaction prenait ses traits, à la place de la joie et du soulagement. Elle aperçut sur le ventre de John une plaie d’environ dix centimètres, fraichement recousue par un fil de suture résorbable, que l’infirmière tamponnait de Bétadine et autres désinfectants.
- La cicatrice devrait être à peine visible, fit Lazlow en se rapprochant du lit pour échanger une poignée de main avec John. Le fil est résorbable. Vous avez juste besoin qu’une infirmière nettoie tous les jours la plaie et roulez jeunesse.
- Roulez jeunesse ? répéta Lara en étant totalement ailleurs.
Sa voix détachée intrigua les deux hommes et l’infirmière qui observèrent un instant l’aventurière d’une drôle de manière.
- Attendez, intima celle-ci en levant les bras pour demander le silence déjà présent. Cette folledingue possédait une épée capable de décapiter un éléphant et vous êtes en train de me dire, que ce nabot (elle désigna John du doigt, sans le regarder) s’en tire avec juste quelques points de suture et « roulez jeunesse », insista-t-elle sur l’expression.
- Qui tu traites de nabot ? demanda John en prenant encore sa voix enfantine ironique.
- Je t’ai vu être empalé comme un cube de viande sur un pic de brochette !
Lazlow commença par sourire, avant de reprendre son air neutre précédent pour s’adresser à Lara.
- Miss Croft, sauf votre respect, vos yeux rouges et les grosses cernes qui les précèdent me laissent à penser qu’une certaine fatigue altère vos repaires sensoriaux et donc votre capacité à analyser une situation.
Elle le trancha d’un regard coléreux, mais cela ne sembla pas effrayer le médecin.
- Je vous le répète encore, votre ami va bien. Il…
- Je vous dis que je l’ai vu ! insista Lara nerveusement. Le sang… Il y avait du sang partout et ce n’est pas la première fois que ça arrive.
- Lara, l’appela John d’une voix apaisante. Calme-toi.
- C’est comme l’autre fois. Tu as été blessé lors de l’exploration du temple sous-marin et ton corps n’avait rien. Rien du tout. Il doit forcément y avoir une raison à cela. Une explication médicale, comme une suractivité du système immunitaire. Mince, j’en sais rien, c’est vous le médecin, cria-t-elle presque en désignant Lazlow, à vous de trouver les réponses !
Un silence de mort tomba dans la chambre après l’énervement de la jeune femme qui porta une main à son front en fermant les yeux. La douleur de sa tête continuait d’augmenter. Elle respirait fort. Des sueurs froides la faisaient frissonner. Son état n’échappa à personne et John commença à ressentir de l’inquiétude à son égard. Lazlow, après un moment de réflexion, approuva d’un hochement de tête avant de déclarer avec empathie :
- Ecoutez, Miss Croft. Votre demande dépasse mes capacités médicales. Mais si vous insistez, je peux vous conseiller l’un de mes confrères, réputé comme l’un des meilleurs pour résoudre les cas les plus insolites et compliqués.
Malgré son état de fatigue et de panique, Lara réussit à sourire, contente qu’il la prenne au sérieux.
- Merci, répondit-elle. Quel est son nom ?
- Docteur House.
John essaya de ne pas exploser de rire, tandis que Lazlow, visiblement satisfait de sa blague vu le sourire qu’il affichait, se dirigea vers la porte. Lara, incrédule, était partagée entre la honte et la rage.
- Soins par une infirmière tous les jours jusqu’à la totale cicatrisation de la plaie, fit le médecin en désignant John, repos et vacances avec limitation des films catastrophes pendant un mois, termina-t-il en regardant Lara.
Il laissa sortir l’infirmière en premier et après un geste de la main, partit à son tour en disant :
- Bonne continuation.
La porte se referma derrière lui et les deux amis restèrent seuls. Lara tourna la tête vers John, un faux air en colère sur son visage, comme si dans le fond, elle commençait à être apaisée.
- Il s’est totalement foutu de moi ! fit-elle en montrant la porte du doigt.
John approuva en essayant encore de se retenir de rire. Lara, encore perturbée par ce qu’il venait de se passer, resta debout à observer la porte de la chambre.
- Lara ? l’appela John.
Elle tourna la tête vers lui.
- T’es sûre que ça va ? Viens te poser deux minutes. Tu tiens à peine debout.
Sans protester, elle alla s’asseoir sur le fauteuil placé à côté du lit. Dès qu’elle s’assit, de multiples questions vinrent la harceler dans sa tête. Elle fixa le vide en essayant de leur trouver des réponses. Dans le fond, quel bilan espérait-elle ? Que John décède comme quelqu’un de normal suite à sa blessure, ou qu’il s’en sorte pour une raison médicale extravagante ?
- Lara ? l’appela-t-il encore.
Elle sortit de ses songes pour le regarder. Les yeux de John, fatigués, reflétaient une grosse inquiétude en observant la jeune femme.
- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il. On dirait que ça ne te convient pas que je sois en vie.
Il venait de dire ça avec une pointe de tristesse dans sa voix, comme s’il y croyait vraiment. Lara quitta son regard pour baisser les yeux, la honte lui faisait presser le coussin qu’elle avait dans ses bras, comme si elle voulait broyer ses émotions.
- J’ai vraiment cru que tu allais mourir, répondit-elle. J’ai eu très peur. Vraiment très peur.
Il y eut un silence, John ne répondant rien sur le coup. Il ne put de toute manière rien dire, car Lara, dans un geste vif et nerveux, lui balança son coussin en pleine tronche en hurlant :
- Espèce de pauvre abruti ! Crétin ! Idiot ! Débile !
- Mais ça va pas, se plaignit-il en retirant l’oreille de son visage. On ne frappe pas un homme blessé.
- Ne me refais plus jamais peur comme ça !
Ses yeux rouges pétillaient de larmes et de colère, signe qu’elle était vraiment bouleversée. John lui sourit avant de laisser échapper un petit rire.
- Je m’arrangerai pour ne pas mourir devant toi. Si ça peut t’éviter de pleurer.
Lara réussit à retrouver le sourire, comme si, enfin, elle ressentait du soulagement. Le soulagement que John soit en vie, sain et sauf et qu’il resterait à ses côtés. Ils venaient tous deux de surmonter une nouvelle épreuve, de triompher de Quinze, ce qui prouvait bien qu’ils étaient capables de le vaincre. Lara y croyait, dur comme fer. « Tu ne me le prendras pas, ignoble démon » pensa-t-elle. « Je vais trouver le moyen de te tuer ! ».
- Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? demanda John en redevenant sérieux. On ne sait pas ce que Quinze va faire.
Lara laissa de côté sa haine pour réfléchir au problème. Elle repensa immédiatement à la lettre que Quinze avait laissée à John. « Mais en attendant, je vais me contenter de braver les vastes étendues immaculées du Nord. Elles dissimulent une relique de grande valeur, renfermant le pouvoir de la Création Animale, qui me permettra de peupler le Paradis de créatures fantastiques inimaginables. » : la réponse se trouvait forcément dans ses mots.
- Les vastes étendues immaculées du Nord, répéta Lara le regard détaché.
Comme elle ne s’adressait pas particulièrement à lui, John ne répondit pas, réfléchissant aussi de son côté. Lara se remémora les immenses plaines blanches de l’Antarctique qu’elle avait côtoyées il y a des années et alors elle sut que la relique devait patienter dans une région glacée.
- Il va falloir qu’on fasse la seule chose qu’il nous reste, répliqua-t-elle en soupirant.
- Quoi donc ?
- Des recherches.

* * *

« Je ne t’en ai jamais voulu, pour ce jour-là, Lara. Même si Tokko m’avait tué, ça n’aurait pas été ta faute. Tu es venue à mon secours, c’est tout ce qui compte pour moi. J’aimerais que tu ne sois plus triste. Tu me dis de cesser de penser au passé et de courir droit devant moi sans plus jamais me retourner, mais, de nous deux, n’est-ce pas plutôt toi qui n’arrête pas de regarder en arrière ? Finalement, c’est toi qui n’arrives pas à te détacher de ton passé et des gens que tu as perdu. Je souhaite que tu arrêtes de vouloir me protéger, pour te persuader que tu es capable de sauver quelqu’un. Je veux que tu m’aides parce que tu as besoin de moi. Rien d’autre… »
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Eléo
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MessagePosté le: Dim 16 Mai 2010, 13:57    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 18

Alors que les deux amis pensaient débuter des recherches longues et complexes, il ne leur fallut qu’une heure pour trouver leur prochain lieu de destination : le Groenland. Fouiller les livres de Braik et toutes ses notes (sauf le journal que Lara gardait toujours caché), chose qu’ils n’avaient pas eu le temps de faire jusque-là, leur suffit à dénicher les coordonnées du temple renfermant la relique de la Création Animale, une énorme bague dont ils possédaient même un croquis. Cela leur parut encore trop facile, au point que Lara décida, sur un coup de tête, de faire un détour par le Canada, afin de se reposer et parce que ses connaissances sur place leur permettraient de rejoindre le Groenland plus facilement.
Les deux amis séjournaient à l’hôtel Hilton, au cinquantième étage, dans une des suites de luxe ayant vue sur les Chutes du Niagara. Leur suite comportait deux chambres séparées par un couloir carrelé, avec chacune un lit double et une télévision à écran plasma, équipée d’un lecteur DVD et d’une console de jeux-vidéo. La chambre principale, où dormait Lara, disposait également d’une cheminée, d’un canapé-lit et d’une table. La moquette grise gardait la chaleur, tandis que les murs blancs rendaient la suite lumineuse et spacieuse. On pouvait se détendre dans l’immense salle de bains et notamment grâce au jacuzzi, si on ne voulait pas s’aventurer dans la gigantesque piscine intérieure chauffée dont disposait l’hôtel, très fréquentée en cette période hivernale où il faisait environ moins vingt degrés.
Lara restait immobile devant les immenses fenêtres de la suite, qui offraient une vue panoramique sur les chutes. Un sourire apaisé embellissait son visage, comme si le simple fait de voir ce paysage lui faisait oublier tous ses soucis. A cette hauteur, elle ressentait un sentiment de puissance et d’évasion, en ayant l’impression de se trouver sur le toit du monde, d’où elle gouvernait toute la contrée enneigée. Rien que cette vue valait le détour et ainsi, elle ne regrettait en rien de faire une pause ici.
- Lara, l’appela John en frappant à sa porte. Je peux entrer ?
Elle acquiesça et pivota pour lui faire face. Quand il pénétra dans la chambre, il s’immobilisa immédiatement en voyant la jeune femme, qui lui offrit un sourire légèrement intimidé.
- Waouh… fit-il envoûté. Tu es…
Les cheveux de Lara, détachés mais soigneusement peignés, tombaient sur ses épaules que son gros pull en laine dénudait. D’un rose romantique, celui-ci s’accordait parfaitement au pantalon bleu foncé tirant vers le gris que portait la jeune femme, moulant ses longues jambes, pour s’achever sur des chaussures fourrées. Soigneusement maquillée, Lara affichait une mine radieuse, douce et délicate, très féminine et inoffensive.
- Tu es belle, termina John en la rejoignant.
Le sourire de la jeune femme s’accentua, signe de remerciement, alors qu’elle chassa sa longue chevelure derrière son dos. Elle refit volte-face vers la fenêtre, la situation commençant à l’embarrasser légèrement, les battements de son cœur devenant plus forts.
- Ca te va bien d’être habillée en fille, blagua John.
- J’en ai pas souvent l’occasion, répondit-elle, mais j’essaye de ne pas perdre la main.
Son parfum, sucré et raffiné, s’élevait d’elle avec un dosage parfait, décuplant sa beauté en tout point. Difficile de croire qu’il s’agissait de la même femme habituellement pleine de poussière, qui crapahutait dans la boue à longueur de journée. Discrètement, elle posa ses yeux sur John. Vêtu d’un pull noir à col roulé contrastant avec son pantalon ivoire, il dégageait une classe pure envoûtante, qui sublimait ses yeux bleus.
- Qui sait ce que Quinze est en train de faire en ce moment ? demanda-t-il soudain, en regardant dehors.
Le simple fait qu’il prononce ce nom eut l’effet d’une gifle sur Lara. Elle en perdit le sourire, comme si toutes les mauvaises choses qu’elle tentait d’oublier venaient de la rattraper violemment. Elle devint immédiatement contrariée.
- Sûrement en train de faire souffrir quelqu’un, affirma-t-elle en baissant les yeux.
John la regarda avec un sourire confus, regrettant déjà ce qu’il venait de dire. Il ne pensait pas qu’elle réagirait si mal à sa question, qu’il avait posée comme ça, sans attendre vraiment d’explication. Lara venait de répondre avec beaucoup de tourment dans sa voix, le poids du monde semblant s’effondrer sur ses épaules.
- J’aimerais qu’on évite de parler de lui aujourd’hui, implora-t-elle en relevant ses yeux tristes vers lui. D’accord ? On se vide la tête. On est ici pour s’amuser.
John acquiesça, même s’il avait du mal à concevoir l’idée depuis le départ. C’était assez déplacé de prendre un jour de congé en sachant que, pendant ce temps-là, un assassin vaguait à ses occupations destructrices sans personne pour l’en empêcher.
Lara remarqua immédiatement l’embarras dans le regard de son ami, signe que la situation ne lui convenait pas. Mais elle savait pourquoi et déclara :
- J’en ai assez de te voir malheureux à cause Quinze. Essaye de le faire disparaître de tes pensées, juste aujourd’hui, s’il te plaît.
Impossible de résister au regard qu’elle lui lançait, mélangeant l’espoir et la crainte, reflétant toutes les émotions qu’elle ressentait. Un trouble immense la perturbait, engendrant un vrai supplice qu’elle tentait de cacher depuis des mois. Mais il ne passait pas inaperçu et John, qui désirait par-dessus tout le chasser, décida de répondre à la requête de son amie, si cela pouvait la réconforter.
- Qui est Quinze ? lui demanda-t-il en souriant tendrement.
Elle lui rendit son sourire, la réponse la satisfaisant grandement. Ils restèrent immobiles quelques secondes, simplement à se sourire. Lara fut apaisée, heureuse que les précédents événements n’aient pas dégradé leur complicité. Celle-ci avait même l’air de s’être renforcée. Cela combla Lara de joie, chassa ses démons et un entrain hors du commun monta de ses chevilles jusqu’à sa tête, l’excitant comme une enfant.
- C’est parti ! déclara-t-elle en saisissant John par le poignet pour le tirer vers la sortie. On va faire du shopping.
- Quoi ? s’exclama-t-il, pris au dépourvu. Du shopping ?
- J’ai envie de dévaliser les boutiques de souvenirs.
Elle enroula une grosse écharpe en laine blanche autour de son cou, avant d’enfiler un manteau et de marcher à grandes enjambées vers la porte pour l’ouvrir. John se dépêcha de se préparer afin de la rejoindre, et ils descendirent pour quitter l’hôtel. Dehors, le soleil illuminait la neige, la rendant lumineuse, et le froid sec rendait la température agréable. Beaucoup de touristes se promenaient, admirant les chutes d’une puissance sauvage. Les deux amis voulurent s’en rapprocher. Ils durent attendre qu’un attelage passe devant eux afin de traverser la route. Le grand cheval pie noir qui tirait la calèche portait une plume rouge sur la tête, tandis que le meneur, vêtu d’un costume chaud mais élégant, le dirigeait avec calme et sérénité en proposant des promenades. Les deux amis patientèrent, avant de se diriger avec hâte vers les chutes. La force de la cascade frappant la surface produisait une brume blanche épaisse et humide, tandis qu’une partie des chutes était gelée à cause des températures hivernales. Un arc-en-ciel se formait dans la brume, donnant de belles couleurs à l’eau semblant pure comme du cristal. C’était absolument magnifique, d’une poésie froide envoûtante, que le couple dévora des yeux, appuyé contre les barrières noires. Lara regretta presque l’arrêt des promenades en bateau cette saison. Pourtant, elle connaissait les Chutes du Niagara et même d’innombrables autres cascades encore plus immenses, mais aujourd’hui, c’était différent. Elle se sentait différente. Tournant la tête sur le côté, elle remarqua à quelques mètres une première boutique de souvenirs. Suscitant l’attention de John en le tirant par la manche, elle l’entraîna à l’intérieur. Comme dans tout commerce de ce type, on y trouvait beaucoup de produits de qualité variable, du T-shirt au bijou, en passant par les cartes postales ou les grigris. L’aventurière débuta son shopping en vagabondant dans les rayons, un sourire niais aux lèvres. Elle n’avait jamais, ou alors c’était si loin qu’elle ne s’en souvenait plus, mis les pieds dans une telle boutique. Certains objets étaient vraiment d’un mauvais goût prononcé, même si d’autres, plus esthétiques et raffinés, arrivaient à attirer son attention.
- Hé, Lara, l’interpella John à l’autre bout du rayon. Regarde ! De quoi j’ai l’air ?
Elle se retourna en présageant le pire.
Prenant une pose stupide, il portait sur la tête un énorme chapeau absolument immonde, piqué de plumes qui descendaient dans son dos, afin d’imiter une coiffe d’indien.
- Tu as l’air d’un débile profond, rit Lara en détournant le regard pour observer à nouveau les articles.
Tout à coup, elle perdit son sourire en tombant sur un objet qui attira son attention : un Dreamcatcher. Objet artisanal qui, selon les croyances, permettait d’empêcher les mauvais rêves d’envahir le sommeil de leur possesseur, il possédait pour base un anneau dans lequel on tissait un filet et fixait des plumes suspendues par de fines lanières. La boutique en proposait un nombre incalculable, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. En les voyant, la jeune femme repensa à ce que lui avait confié John dans la cuisine des Heart : « Je dors très mal depuis quelques temps. Je fais presque systématiquement des cauchemars, avec un laboratoire plein de cadavres. ». Loin d’elle l’idée qu’un objet occulte réglerait le problème, mais le concept lui plaisait et la fit sourire. Elle prit le temps de choisir, sa préférence penchant vers un Dreamcatcher de couleur beige, avec des plumes brunes, dont l’ensemble formait un objet esthétique et harmonieux. Elle le saisit avec prudence pour ne pas l’abîmer et caressa les plumes, une expression maternelle apparaissant sur son visage.
- Qu’est-ce que tu caches ? intervint soudain John en regardant au-dessus de son épaule.
Lara sursauta en plaquant l’objet contre sa poitrine afin de le dissimuler. Puis, elle pivota vers John pour lui répondre.
- Je ne cache rien.
Il afficha un air sceptique et méfiant, tout en baissant les yeux pour essayer de distinguer l’objet qu’elle tentait de glisser dans son dos.
Restant toute droite avec une expression innocente sur son visage, Lara déclara :
- Et si tu allais m’attendre dehors ?
- C’est subtile et discret comme façon de me mettre à l’écart.
- Fais comme si tu ne te doutais de rien.
Après un sourire amusé, John approuva pour jouer le jeu et quitta la boutique. Lara apprécia et sortit du rayon pour marcher vers la caisse. Elle n’aperçut rien d’autre qui suscita son intérêt et se contenta du Dreamcatcher qu’elle paya et fit emballer, contente de son achat. Quand elle sortit, le changement de température lui fit un petit choc, le magasin étant énormément chauffé et elle resta quelques secondes immobile, à se frotter vigoureusement les bras à l’aide de ses mains pour se réchauffer, en cherchant John des yeux. Elle ne mit pas longtemps à le trouver. Face aux chutes, les bras pliés, appuyés contre la balustrade, il observait l’eau avec un regard envoûté et doux. Cela offrait une belle image, que Lara observa longuement sans bouger. Elle aurait aimé saisir ce moment grâce à une photo, mais ne possédant d’appareil, ne le put. Elle se contenta donc de garder cette belle et innocente vision de John dans sa mémoire, avant de se rapprocher du jeune homme à petits pas discrets. Celui-ci la vit arriver et lui fit face, un grand sourire aux lèvres. Quand elle s’immobilisa devant lui, elle sortit de son dos un petit sac en papier, qu’elle lui dressa sous le nez.
- Non, c’est pour moi ? s’exclama-t-il de façon théâtrale très exagérée. Je m’y attendais pas. Tu n’aurais pas dû, Lara.
Elle le dévisagea d’un air ironique en insistant pour qu’il prenne le paquet, ce qu’il fit.
- Pour être sérieux, reprit-il en ouvrant le sac, ce n’était pas la peine de m’offrir quelque chose. D’autant que tu m’as viré avant que je puisse faire de même.
Restant muette, en ressentant une certaine impatience pour qu’il découvre son cadeau, Lara le regarda sortir l’objet. Il l’observa sous tous les angles, avec un air interrogateur mais fasciné.
- C’est un Dreamcatcher, expliqua Lara en se mettant à sa hauteur, épaule contre épaule. Il éliminera tes cauchemars pour ne laisser passer que les beaux rêves. Ainsi, ton sommeil sera paisible.
Comme l’aventurière l’avait fait précédemment, John caressa les plumes, tandis qu’un sourire ému embellissait son visage.
- Merci, fit-il. Ca me fait plaisir. Vraiment.
Quand elle tourna la tête vers lui, leurs visages furent extrêmement proche l’un de l’autre. John possédait à ce moment-là un regard amoureux très intense. Dos aux chutes, il possédait des yeux de la couleur des flots, affichant la même puissance, rendant son regard fort et pénétrant. Lara en fut statufiée, noyée dans ce regard qui l’immobilisa, la rendant incapable de bouger ou de dire quoique ce soit. Elle trouvait John terriblement beau, toute l’expression de son visage dégageant quelque chose d’invulnérable, une force délicate et protectrice, comme ces héros de films trop beaux pour être vrais. Lara aurait pu s’attendre à quelque chose, si tout à coup, ils n’avaient pas été bousculés par un enfant qui venait de glisser à cause de la neige. C’était un garçon de dix ans environ, qui leur tomba sur les pieds, ce qui les surprit et les fit revenir à la réalité. Les parents du petit se précipitèrent pour relever celui-ci, en se confondant en excuses auprès des deux amis profondément gênés. Du moins, Lara l’était, ses gestes nerveux reflétant son stress, tandis que John restait neutre, un peu à l’écart de la scène. Une fois que la famille eut rebroussé chemin, l’aventurière poussa un profond soupir, comme pour chasser toute la nervosité qu’elle venait d’accumuler, avant de refaire face à son ami. Celui-ci l’attendait à quelques mètres, son air habituel ayant repris le contrôle de son visage.
- Alors, tu viens ? lui demanda-t-il.
Sans attendre, Lara le rejoignit et ils débutèrent une marche lente mais paisible sur le chemin de la promenade. Pendant au moins une minute, ils ne dirent rien, regardant chacun de leur côté en se mêlant aux autres couples, familles et groupes touristiques. L’aventurière recommença à se sentir étrange, différente. Peu habituée à ce genre de situation, elle essaya de comparer son état d’esprit actuel, à celui qu’elle possédait lors de ses explorations. Elle ne ressentait pas du tout les mêmes émotions dans les deux cas. La jouissance de sortir en vie d’une situation mortelle, le plaisir de découvrir un lieu que personne n’avait foulé depuis des millions d’années, la délectation de franchir toutes les épreuves pour obtenir une relique précieuse : tout cela entraînait chez elle un amoncellement de sentiments délectable, d’une grande fierté. Actuellement, c’était très différent. Un calme paisible l’enlaçait, mais cela n’avait rien à voir avec l’ennui. Non. Elle se sentait bien, apaisée, comme si toute la pression ressentie ces derniers temps venait de s’évaporer.
- Dis, Lara, intervint soudain John. Tu as déjà pensé à changer radicalement de vie ?
Le fait qu’il lui pose justement cette question alors qu’elle y pensait la surprit, ce qui lui demanda quelques secondes de réflexion
- Changer radicalement de vie, répéta-t-elle pour se donner du temps. Tu veux dire, comme devenir boulangère ou décoratrice d’intérieur ?
- Oui. Pourquoi pas ?
- Je pense que tout être humain installé dans une certaine monotonie y songe, en se demandant : « Est-ce que c’est bien la vie qui me convient ? Le bon métier, la bonne maison… ». On doit tous passer par-là.
Il acquiesça d’un hochement de tête, mais Lara devina, en observant son regard, que la réponse ne le satisfaisait pas entièrement.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Comme ça. Voir toutes ces familles « normales », accentua-t-il, qui se promènent, ça me donne l’impression de vivre dans un autre univers, une autre dimension par rapport à elles.
- Ce n’est pas qu’une impression : on ne vit pas dans le même monde.
Elle venait de dire cela avec une voix légèrement tremblante, incertaine, ce qui alerta John qui tourna la tête vers elle. Lara avait maintenant la tête basse, comme si elle repensait encore à de mauvais souvenirs.
- Tu sais, reprit-elle, quand je suis seule à braver le danger, il m’arrive de ressentir de la peur, mais très peu, parce que dans le fond, je ne crains pas la mort. C’est uniquement ma vie que je mets en jeu. Mais quand des êtres qui me sont chers sont en danger à cause de moi et de cette vie que je mène, la peur n’est plus la même et c’est dans ces moments-là que j’envie tous ces gens.
Elle marqua une légère pause dans son explication, en regardant à nouveau les familles autour d’elle.
- A chaque fois que j’ai perdu un être cher, je me suis rendue compte à quel point une vie bien rangée pourrait être agréable.
- Tu arrives à t’imaginer préparant la popote à la maison, pendant que ton mari boit une bière devant le foot et que tes enfants jouent dans le jardin avec ton chien ?
Encore une fois, John réussit à lui remonter instantanément le moral : Lara explosa de rire en s’imaginant la scène. La réponse était évidemment toute trouvée.
- J’avoue que là, non, j’ai du mal à imaginer. Surtout un tel cliché.
Visiblement content de la réponse, John se contenta d’un petit rire. Lara se demanda alors comment elle avait fait, toutes ces années, pour vivre sans lui. Tandis qu’elle déprimait depuis ses vingt ans sur cette question, lui, en cinq minutes, venait de chasser ses doutes et ses angoisses. Elle ressentit immédiatement une énorme paix intérieure et l’en remercia encore mille fois.


C’était une impression stupide et cliché, mais alors qu’elle s’enfonçait dans le jacuzzi divinement chaud, en poussant un soupire de plaisir, Lara se dit que la journée avait fui devant elle. Un jour comme celui-ci, où elle n’avait fait que marcher et discuter paisiblement, la comblait autant de bonheur que de découvrir une relique après des mois de recherches et de crapahutage. Quand elle termina de s’installer dans l’eau, la tête posée sur le rebord, elle eut l’impression que tous ses maux fondirent dans le liquide, pour disparaître à jamais. Ils se dissipèrent avec la vapeur qui montait de l’eau, loin de l’aventurière, ne lui laissant que le bien être et la quiétude. Elle repensa à la journée, si parfaite, si agréable, et devenait presque triste à l’idée que celle-ci ne s’achève, alors que la nuit avait déjà envahi le Niagara depuis plusieurs heures.
Suite à leur promenade, les deux amis avaient choisi de dîner dans un restaurant simple mais familial, avant de remonter dans leur chambre. Pendant que John prenait son bain quelques temps avant elle, Lara en avait profité pour sortir le journal de Braik et en débuter la lecture. Certains passages ne pouvaient être lus à cause des taches d’encre ou de sang qui rendaient le texte illisible, sans parler des quelques pages arrachées.
« Expérience N°2 : Création d’une enveloppe corporelle dépourvue de squelette. Décès immédiat du spécimen suite à une crise cardiaque, dix secondes après sa naissance. »
« Expérience N°5 : Naissance d’un spécimen adulte. Décès après dix minutes. Absence mortelle d’organes vitaux, faiblesse corporelle évidente. »
« Note : Transfert du labo. Réinitialisation des expériences. »
« N°10 s’est levé trois heures après sa création. Décès suite à une crise cardiaque après quelques pas. Je suis heureux de constater que mes créations vivent de plus en plus longtemps. Toucherais-je au but ? Je l’espère, car une fatigue évidente commence à me ronger. Depuis le départ je possède la désagréable impression qu’utiliser mon pouvoir demande un sacrifice de ma force physique et morale. Mais je suis prêt à tout. »
« L’exécution des exercices de N°13 est très concluante. Le spécimen est capable de marcher, de courir et de saisir des objets. Sa capacité d’écoute et de compréhension est en hausse : j’ai pu échanger quelques mots avec lui jusqu’à démarrer une véritable conversation. Cette progression me remplit de joie. »
« N°14 est décédé suite à une crise cardiaque, 48h après sa création. Son autopsie m’a permis de découvrir un problème certain au niveau des poumons, dont la taille moindre l’empêchait de respirer correctement. Néanmoins, c’est l’expérience la plus concluante que j’aie pu faire jusqu’à présent. Avant son décès, N°14 arrivait à s’exprimer parfaitement et à suivre des conversations aux sujets complexes. Sa faculté d’apprentissage dépasse celle de N°13. J’ai l’intime conviction que ma prochaine expérience sera une réussite totale. »

Lara remarqua qu’à partir de la note « Transfert du labo. Réinitialisation des expériences. » Braik développait bien plus ses analyses avec une écriture très personnelle, comme s’il se confiait dans un journal intime.
Le cœur de l’aventurière recommença à battre la chamade. Lara se doutait que la page suivante aborderait le cas de Quinze et elle angoissa à l’idée de lire les analyses et commentaires de Braik à son sujet. Ses doigts tremblaient, n’osant pas aller plus loin, le visage et le sourire de l’assassin réapparaissant dans son esprit. « J’aime cette mélodie. La mélodie de ton bras en train de casser. » : en repensant à la menace, Lara tourna brutalement la feuille, comme pour prouver son courage et sa détermination. Elle tomba alors face à une double page en partie déchirée, froissée et pleine de sang séché. La violence qu’elle dégageait la fit reculer, comme si on l’agressait, que Quinze venait de sortir sa main du livre pour la saisir à la gorge. Les nombreuses taches et trous rendaient les bilans peu lisibles et Lara peina à les déchiffrer.
« Je suis dans un tel état de fatigue que je peine à écrire ces mots, mais je n’arrive pas à attendre. J’en étais persuadé et j’ai eu raison : N°15 est une réussite. Dès qu’il eut ouvert les yeux, il m’a demandé « Où suis-je ? » puis « Qui êtes vous ? » de manière tout à fait claire malgré sa voix abominable. Quelques secondes après, il s’est levé pour marcher normalement, avec maîtrise et assurance. Ses facultés et capacités semblent cent fois supérieures aux spécimens précédents. On dirait que j’ai enfin passé un cap. »
Lara n’avait pu en lire plus, car John était revenu à cet instant, la forçant à ranger le journal et à remettre sa lecture à plus tard. Tout cela venait de faire ressurgir ses démons, qu’elle tenta de chasser dans la seconde. En ce qui concernait Quinze, une chose était désormais sûre : il avait tué son « père », Braik, scientifique qui essayait de créer des êtres humains grâce à son pouvoir de la Création. Mais dans le fond, elle savait déjà tout cela. Seul le véritable objectif de Braik restait obscur.

Lara sortit du bain en pensant à cela. Qu’est-ce que Braik cherchait vraiment à accomplir dans ce laboratoire glauque ? Elle ne croyait pas une seconde qu’il avait agi par curiosité. N’importe qui aurait pris peur, mais lui, quelque chose le poussait à continuer, un but qui le prenait aux tripes, au point que ni la fatigue, ni la peur n’arrivaient à le stopper. C’était cet objectif obscur qui effrayait l’aventurière, qui se sécha dans une grande serviette blanche en espérant que ses hypothèses ne seraient jamais confirmées par la lecture du journal, qu’elle regrettait presque d’avoir trouvé.
Elle essaya de ne plus y penser, enfila un peignoir dont l’épaisseur et la douceur lui firent du bien et quitta la salle de bains en séchant ses cheveux grâce à une serviette. Seules les lampes de chevet éclairaient sa chambre, offrant une atmosphère intime et chaleureuse. Lara marcha vers les grandes fenêtres tout en essorant ses cheveux et s’immobilisa devant le paysage nocturne. Au loin, dans l’obscurité, on ne distinguait que les chutes éclairées par des projecteurs lumineux, laissant croire que de l’eau colorée s’écoulait du fleuve. Cela offrait encore une belle vue, intrigante et enivrante. A croire que les cascades, de jour comme de nuit, conservaient une grande beauté. L’aventurière prit un air triste en sachant que, dès demain matin, ils quitteraient tout cela pour replonger dans leur mer de sang. C’était vraiment désagréable d’y penser et comme pour repousser cette réalité, elle jeta la serviette humide sur le canapé lit, dans un geste vif. A ce moment-là, John frappa à sa porte et elle lui donna la permission d’entrer. Également vêtu d’un peignoir blanc, il la rejoignit face aux fenêtres et ils observèrent tout deux les chutes illuminées, en souriant paisiblement. Après un long silence, John proposa :
- Et si on séchait les cours, demain ?
Lara sourit, retrouvant instantanément le moral et répondit sans que son regard ne quitte les chutes :
- Si on sèche encore, le CPE va nous engueuler et on va s’en prendre plein la tronche au conseil de classe.
- N’empêche, on aurait pu envoyer une petite carte à Guérif « Juste un coucou du Canada. Il fait beau et la piscine est chouette. Bisous. »
Lara rit en imaginant la tête que ferait l’inspecteur s’il recevait un tel mot de leur part. Ses gros yeux de hiboux deviendraient certainement ceux d’un crapaud et il s’agiterait dans tous les sens en hurlant des injures.
- Tu aurais pu lui offrir un petit cadeau, quand même, critiqua Lara avec humour.
- Pour être honnête, j’ai fait le maximum pour ne pas penser à lui.
- Et à quoi tu penses, encore ?
Il sourit en entendant la question, ses yeux observant la nuit avec une certaine tendresse.
- Je pense que je t’aime. Voilà à quoi je pense, répondit-il en se tournant vers elle.
Elle n’eut pas le temps de réagir qu’il l’enlaça en glissant une main derrière sa tête pour rapprocher son visage du sien. Le baiser qu’il lui offrit fut d’une infinie tendresse, transmettant un amour sincère et profond. Au départ, Lara fut surprise, comme emportée par un courant violent et ses yeux grands ouverts reflétèrent son embarras. Mais au bout de quelques secondes, tous ses muscles se détendirent et elle ressentit un soulagement absolu, ainsi qu’un amour impulsif. Elle étreignit John jusqu’à ce que leurs corps soient parfaitement en contact et se laissa emporter. Si au départ, leur baiser ressemblait à celui d’un conte de fées, il devint par la suite plus fougueux et passionné. Ils s’embrassèrent goulûment en se caressant mutuellement, avant de basculer sur l’immense lit. Lara rebondit légèrement sur le matelas, sans pour autant cesser d’enlacer John et de l’embrasser. Celui-ci tendit son bras en arrière, saisit la cheville gauche de la jeune femme avant de caresser sa jambe en remontant jusqu’à sa hanche, passant sous son peignoir. Lara frissonna d’émotion et de plaisir, tandis que John enfouit son visage dans sa chevelure pour l’embrasser dans le cou. Les cheveux de l’aventurière, encore mouillés, dégageaient un enivrant parfum agissant comme une phéromone. Lara agrippa John dans le dos par son peignoir, alors que celui-ci continuait de l’embrasser avec passion, sans que ses mains délicates ne cessent de la couvrir de caresses. Chaque fois que les lèvres du jeune homme l’effleuraient, Lara frissonnait et agrippait John encore plus fort. Même si elle désirait, au plus profond de son âme, le garder ainsi contre elle toute sa vie, elle savait que cela demeurait impossible. Elle ne pourrait le protéger en le gardant emprisonné dans une tour. Cela l’effrayait, la terrorisait au point de la rendre folle et elle l’embrassa encore plus fort, comme si elle culpabilisait et cherchait à lui montrer combien elle tenait à lui, grâce à ses baisers enflammés. Elle se redressa subitement en le poussant, tout en passant ses mains sous le tissu afin de caresser son dos. Dans le mouvement, son peignoir glissa et elle, en retirant ses bras, dénuda son buste. Lara se plaqua alors contre John et le serra fort dans ses bras, le visage dans son cou, en l’enlaçant comme si elle ne voulait plus jamais le lâcher.
- Arrête de trembler, fit-il en l’enveloppant doucement de ses bras. Tout ira bien. Tu ne souffriras plus.
Elle le serra plus fort. La peau de John, à son image, était douce et dégageait une odeur naturelle agréable et apaisante, dont le simple contact la réconfortait.
- Il ne nous prendra rien, insista-t-il. Rien du tout.
Ils s’éloignèrent légèrement pour se regarder. Lara avait peur, cela se voyait à ses yeux perdus et inquiets, comparé à ceux de John, toujours lumineux et confiants. Cela suffit à rassurer l’aventurière, qui sourit en levant une main pour effleurer le visage de son ami. Puis, ils recommencèrent à s’embrasser ardemment, en basculant dans les draps, dans lesquels ils disparurent.

* * *

« J’ai peur, Lara. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais à chaque fois que tu t’éloignes de moi, j’ai l’impression de me noyer dans un liquide sombre et de couler sans pouvoir me raccrocher à quoi que ce soit. Tu es telle la mer : tu vas et viens, parce que c’est dans ta nature. Je sais que tu ne le veux pas. Je sais qu’une peur te ronge également, au point de te changer entièrement. Ne laisse pas cette peur nous séparer. Je ne peux pas t’imaginer partir. Je suis sûr que j’en mourrais. J’aimerais que tu sois à moi seul et même quelque chose d’immatériel comme « la peur » je suis prêt à l’anéantir, si ça peut te garder près de moi. Lara, tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis terrifié à l’idée que ta main ne lâche la mienne…Ne me laisse pas. Ne me laisse pas. Ne me laisse pas… »
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