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[Fanfic] Les Clés de la Divinité

 
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Séraphya
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MessagePosté le: Ven 04 Aoû 2017, 12:57    Sujet du message: [Fanfic] Les Clés de la Divinité Répondre en citant

Bonjour ! Ceci est la première fanfiction que je publie sur un forum (champagne !). Comme elle est loin d'être finie, je vous laisse avec un petit résumé et peut-être aussi le premier chapitre. Je posterais les autres (j'en suis au cinquième) petit à petit. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, en bien ou en mal !

Cette histoire débute après les événements de Tomb Raider Underworld.


Après avoir sauvé le monde de la menace du Septième Age, Lara a tout perdu. Hébergée par Zip, elle tente de faire le point sur sa vie et les conséquences de ses choix. Jusqu’au jour où elle est contactée par le mystérieux Alexandre qui lui demande de l’aide : il soupçonne l’Olympe, une organisation secrète, d’avoir mis la main sur une partie de l’Ambroisie, qui selon les légendes apporterait jeunesse et immortalité. A première vue, encore une relique trop puissante capable, si utilisée avec de mauvaises intentions, de causer mort et destruction. Mais pour Lara, il s’agit de bien plus que cela : grâce à cette quête, peut-être arrivera-t-elle enfin à trouver des réponses à ses questions, et par conséquent la paix qu’elle recherche depuis tant d’années.
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Séraphya
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MessagePosté le: Ven 04 Aoû 2017, 13:33    Sujet du message: [Fanfic] Les Clés de la Divinité Répondre en citant

Chapitre I

Le signal




« Cette île n’est qu’un vestige de l’Atlantide. J’en trouverais un autre. Mais toi, Lara, toi, tu as tout perdu. »

Les derniers mots de Jacqueline Natla lors de leur premier combat reviennent en mémoire à Lara, alors qu’elle parcoure des yeux l’ancien domaine des Croft à présent en ruines. Les paroles de la déesse que l’on pourrait aujourd’hui presque qualifier de prophétiques sonnent le glas de son existence. Elle a perdu sa maison, ses parents, et presque tous ses amis. Natla était définitivement vaincue. Ça, elle s’en était personnellement assurée par l’intermédiaire de son doppelganger. Mais elle a beau avoir une nouvelle fois sauvé le monde d’un danger mortel et détruit son ennemie de toujours, elle ne ressent pas la moindre émotion positive. Est-ce que tout cela en valait la peine ? Dans d’autres circonstances, sans le meurtre d’Alister, peut-être aurait-elle dit oui sans hésitation. Mais maintenant, elle ne sait plus quoi penser. Il lui faudra du temps pour digérer tout ce qui est arrivé, notamment les révélations qui lui ont été faites à Helheim. Les réponses qu’elle avait cherchées toute sa vie lui avaient enfin été données, mais elle aurait finalement préféré rester dans l’ignorance. L’aventurière espère apaiser sa conscience en se persuadant que sa mère n’avait plus une once d’humanité lorsqu’elle s’est présentée à elle sous l’apparence d’un Thrall. Ce fut l’une des plus terribles décisions de sa vie lorsqu’elle elle a choisi de pointer ses pistolets sur celle qui l’a mise au monde, et lui a tiré dessus, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle chute dans le vide. Quant à son père, Lord Richard Croft, jamais elle n’aurait pu se douter qu’il avait été assassiné par Natla. Au moins, elle aura réussi à le venger. Mais en ce qui concerne sa mère… qui est le véritable coupable ? C’est Amanda Evert qui lui a ordonné de retirer l’épée du socle. Mais c’est Lara qui, à neuf ans, a actionné le mécanisme en premier. La Lara adulte avait tenté de prévenir sa mère du danger, mais cela avait été vain. Si l’avion ne s’était pas crashé, rien de tout cela ne serait arrivé. Mais qui aurait pu le prévoir ? Lara ? Certainement pas. Lady Amélia ? Encore moins. Les pilotes ? S’ils avaient su qu’il y avait un problème quelque part, jamais ils n’auraient pris le risque de décoller. Il faut se rendre à l’évidence : il n’y a aucun coupable. Cela laisse un arrière-goût de non-achevé dans la gorge de l’archéologue en proie au doute. Soudain, telle une illumination alors qu’elle ne pensait plus à rien, une question surgit de nulle part dans son esprit : que diable allaient-elles faire ce jour là ? Pourquoi ont-elles survolé l’Himalaya ? Lara se rend compte qu’en plus de ne jamais se l’être demandé, elle ne connaît pas la réponse.

- Miss Croft ? Êtes-vous prête ? demande une voix derrière elle.

Lara se retourne et hoche la tête en signe d’acquiescement à son fidèle Winston. Il leur fallait trouver un nouveau logement et Zip, qui possédait déjà un appartement avant de s’installer au manoir, a proposé de les héberger aussi longtemps qu’il le faudra. Le vieux majordome s’empare des valises de la jeune femme et les transporte à la voiture. Celle-ci jette un dernier regard aux vestiges de son passé, avant de leur tourner une dernière fois le dos.

***

Zip observe du coin de l’œil l’horloge de la cuisine : 18 heures 30. Ses futurs colocataires vont arriver dans moins d’une vingtaine de minutes.

- C’est bon, j’ai encore le temps, se dit-il en remuant les spaghettis dans la cocotte minute.

Certes, ce n’est pas aussi, disons, haut de gamme que ce que lui et les autres avaient l’habitude de manger au manoir. Mais pour une fois qu’il peut rendre service à Winston ET dévoiler au grand jour son incomparable talent pour la préparation des spaghettis façon Zip, il s’atèle ardemment à la tâche. Il éteint le feu sous la grande poêle où mijote depuis un bon quart d’heure la sauce délicieusement bourrée de fromage et de dés de poulet, à laquelle il ajoute son ingrédient secret final. L’homme jubile en imaginant sa patronne essayer en vain de découvrir ce petit je ne sais quoi qui fait toute la différence et confère au plat ce goût exquis, presque inédit pour celle dont le palais expert a déjà reçu des centaines de mets issus des quatre coins du monde. Madame aime l’aventure, et l’aventure culinaire ne l’a jamais déçue. Zip espère que cela lui permettra, ne serait ce que momentanément, de lui remonter un peu le moral et lui faire oublier les précédents événements. Ils avaient tous besoin d’oublier. Bien qu’il sache que cela n’arrivera jamais. Comment oublier ces iris d’or, cette chevelure aux reflets enflammés, celle qui ressemble comme une jumelle à Lara, celle qui a assassiné son meilleur ami ? Zip reprend brusquement ses esprits. Un peu plus et il laissait les pâtes cuire trop longtemps ! Il éteint le feu et verse le contenu de la cocotte minute dans une passoire qu’il avait préalablement posée dans l’évier. Il se dirige ensuite vers le salon et commence à mettre la table. Quelques heures plus tôt, il avait préparé les chambres pour ses amis. Son modeste appartement n’est pas très grand, mais il y a une jolie salle de bain et une chambre d’amis. Zip prendra le canapé, préférant laisser sa chambre à Winston. Ça ne le dérange pas. Alors qu’il termine les préparatifs avec satisfaction, il entend sonner à sa porte, signe que Lara et Winston sont arrivés.

***

La soirée avait plutôt bien commencé. Zip avait chaleureusement accueilli ses amis et avait déposé leurs affaires dans leurs nouvelles chambres, tandis que ces derniers s’étaient installés dans le salon. Le repas était succulent et le jeune homme a reçu de grandes félicitations, et comme il l’avait imaginé, Lara a cherché en vain dans sa mémoire gustative le goût de ce mystérieux ingrédient secret. Ce fut Winston qui alla se coucher le premier, après en avoir poliment demandé l’autorisation à son employeuse. De toute façon il n’avait plus rien à faire car Zip avait insisté pour faire la vaisselle. A peine arrivé, ce pauvre vieillard allait déjà se taper les corvées ?

« Hors de question, avait répété l’informaticien, vous êtes chez moi, et ici, c’est moi qui fait tout. Sauf laver le linge, ça, ça file au pressing en bas de la rue. »

Les garçons sont au lit depuis longtemps quand Lara, ne trouvant pas le sommeil, regarde à travers la fenêtre qui donne sur la rue. La ville est calme, endormie dans l’obscurité. Quelques lampadaires sillonnent les trottoirs ; l’ampoule de l’un d’eux doit impérativement être changée car la lumière s’éteint et se rallume toute seule par intermittence. Alors qu’elle observe ce spectacle anodin, elle se sent prise d’une étrange impression. Quelque chose cloche, mais elle n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Ce n’est pas quelqu’un qui l’observe, s’approchant derrière elle, prêt à l’attaquer par surprise. Elle a ressenti cette sensation suffisamment de fois pour pouvoir écarter cette théorie. Elle ne prend même pas la peine de se retourner pour vérifier sa pensée. Non, ça vient de dehors, elle en est sûre. Le silence pesant accroit la concentration de l’aventurière qui scrute les environs, toujours avec cette impression au cœur. Tout à coup, la solution vient à elle : c’est le lampadaire. Et plus précisément, les fréquences des extinctions de la lumière. Elles ne sont pas dues au hasard : c’est du morse. Quelqu’un tente de la contacter.
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Séraphya
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MessagePosté le: Ven 04 Aoû 2017, 14:12    Sujet du message: [Fanfic] Les Clés de la Divinité Répondre en citant

Chapitre II

Rendez-vous




L’homme continue inlassablement son manège depuis au moins quinze minutes. Commander à distance la lumière d’un lampadaire est chose facile, attirer l’attention de la célèbre Lara Croft, en revanche, est d’une difficulté plus laborieuse. Grâce à la caméra qu’il avait installée sur le lampadaire quelques jours plus tôt, dans l’hypothèse désormais confirmée qu’elle trouverait refuge chez son ami, il a pu voir à quel moment la jeune femme est apparue à la fenêtre. Maintenant, il espère qu’elle se montrera à la hauteur de sa réputation et des nombreuses qualités dont on lui a vanté les mérites. Depuis un quart d’heure, il répète en boucle son message : « Rejoignez-moi derrière le pressing demain à minuit. Venez seule. Je ne vous veux aucun mal. » Il avait rajouté cette phrase au dernier moment, sans trop savoir pourquoi. C’est un peu idiot. Elle pourrait même le rendre suspect aux yeux de Croft plutôt qu’affirmer sa sincérité. L’aventurière s’éloigne de la fenêtre. Il semblerait qu’elle n’ait rien remarqué. Flute ! Mais elle revient quelques secondes plus tard, avec un objet dans la main. Une lampe torche. Bingo ! Elle a compris ! Elle tente à son tour d’envoyer un message à son mystérieux contact.

- Qui êtes-vous ? Qu’attendez-vous de moi et pourquoi devrais-je vous faire confiance ? énonce l’homme en déchiffrant les « paroles » de l’archéologue.

Il réfléchit quelques instants puis se met à jouer avec son clavier pour lui répondre :

- Vous saurez tout quand vous me retrouverez, mais il est trop dangereux de faire cela ici. Soyez à l’heure, je risque ma vie en ce moment même.

Lara abaisse sa lampe torche, voyant que le lampadaire éclaire à nouveau normalement. Elle n’était pas sûre que son message serait vu, mais elle devait tenter le coup. Cet échange surprise la laisse perplexe. Qui donc l’a contactée et pourquoi ? C’est décidé, elle ira au rendez-vous. Mais comme on n’est jamais trop prudent, elle sera accompagnée de ses inséparables jumeaux de fer cracheurs de balles. Peut-être que ça lui permettra au moins d’éviter les journalistes qui ont eu vent de l’explosion de son manoir. Elle n’a certainement pas envie de répondre à leurs questions ; elles ne feraient que raviver d’un peu trop près le souvenir de cette horrible nuit où, après avoir trouvé le deuxième gantelet de Thor, elle a été passée à tabac par son sosie et a assisté à la mort d’Alister, l’un de ses plus fidèles amis. Elle a dû elle-même transporter son corps à l’extérieur du manoir pour éviter qu’il ne soit consumé par les flammes. « On se reverra à Avalon », lui avait-il dit avant de rendre son dernier souffle. Et dans un sens, elle est soulagée de ne pas l’y avoir croisé. Car Avalon, ou plutôt Helheim, abrite les créatures les plus dangereuses qu’il lui eut été donné d’affronter : les Thralls. Imaginer Alister sous une telle forme lui donne des haut-le-cœur. Au moins, la dernière image qu’elle aura eue de lui est celle d’un homme intact. En quelque sorte. On ne peut malheureusement pas en dire autant de Lady Amélia. A chaque fois qu’elle pense à sa mère, ou à un souvenir l’impliquant, même le plus beau, elle ne voit plus que ce visage défiguré, cette peau décomposée à l’aspect poisseux, cette apparence hideuse mi-humaine, mi-squelettique, celle d’un Thrall. Digne d’un véritable cauchemar. La seule chose que Lara espère, c’est que sa mère adorée n’a pas souffert au moment de son trépas. Sentant pour la première fois depuis un bon bout de temps la fatigue la gagner, elle se rend à pas de loup dans sa chambre et s’effondre sur le lit, prête à s’endormir.

***

Le lendemain, Lara se réveille tardivement. Etirant ses muscles jusqu’à faire craquer ses os, elle ne remarque pas tout de suite le plateau repas posé sur la table de chevet. Un sourire se dessine sur son visage ; le petit-déjeuner au lit, quelle gentille attention de Zip ! Comment pouvait-elle savoir qu’il s’agissait de lui ? Tout simplement par le petit mot où il est écrit que lui et Winston sont partis faire des courses. L’écriture de Zip est reconnaissable entre mille. On voit bien qu’il n’a pas reçu la même éducation que Winston en matière de calligraphie. Cette différence se voit au post-scriptum, rédigé à la hâte dans une seconde écriture, fine et soignée, qui stipule que l’informaticien a insisté jusqu’à la limite du supportable pour préparer lui-même le petit déjeuner. Lara savoure les croissants encore chauds jusqu’à la dernière bouchée et le café au lait demi écrémé jusqu’à la dernière gorgée. Il fait un temps nuageux dehors. Peut-être même qu’il va pleuvoir.

- Prévoir un parapluie, se dit Lara en écrivant dans sa tête la liste de ce qu’elle doit préparer pour son rendez-vous.

Elle se pose ensuite dans le canapé et allume la télévision. Il faut dire que quand elle n’est pas en expédition dans un lieu isolé dangereux abritant une ancienne relique potentiellement toute aussi dangereuse, l’ennui la gagne vite. Elle tombe par hasard sur une chaine de coaching sportif. Allez, pourquoi pas, ça fera passer le temps et en plus ça fera brûler des calories. Faudrait pas commencer à se laisser aller ! Vous imaginez une Tomb Raider obèse ? C’est un hamburger pour T-Rex ! Bon, Lara est très loin d’avoir atteint ce stade, mais il faut bien prendre soin de son corps. Et puis, ça lui permettra de penser à autre chose. Une petite heure d’entrainement plus tard, un bruit de claquement de porte se fait entendre, ainsi que la voix de Zip qui, entendant le son de la télé, a compris que Lara était debout. Enfin, pas exactement. Sauf si on considère que faire des pompes en position du poirier rentre dans la catégorie « debout ».

- Salut… Zip… tu… as… bien … dormi ? demande Lara entre deux pompes.
- Comme un bébé ! Fais gaffe à la table, je ne voudrais pas que tu la brises en tombant dessus, toi et les 100 kilos que tu as pris hier soir.
- Très… drôle !

Winston l’interrompt, un petit air triste sur le visage.

- Nous avons croisé Mr et Mrs Fletcher. Ils nous ont déclaré que l’enterrement d’Alister aura lieu dans deux jours.

Lara s'arrête, lui répondant par un regard dans lequel se mêlent tristesse et culpabilité. Elle abandonne son activité, éteint la télévision et détourne la tête, sans oublier de remercier son majordome au passage. Zip, qui est en train de déballer les courses dans la pièce d’à côté, sent qu’il vaut mieux la laisser seule. Le reste de la journée est plutôt banal, et passe plus lentement que Lara ne le voudrait, à son grand dam. Mais la nuit finit enfin par tomber. Une vingtaine de minutes avant l’heure prévue, l’aventurière se faufile discrètement devant la porte d’entrée, profitant du sommeil général. Une Lady se doit d’être ponctuelle. Se souvenant des indications évoquées innocemment par Zip la veille, elle se rend au pressing sans plus tarder. Cela fait près de cinq minutes qu’elle patiente, les doigts effleurant de temps à autre les crosses de ses pistolets. Après tout, on ne sait jamais sur quoi on va tomber, surtout dans une ruelle sombre au beau milieu de la nuit dans une ville endormie. Ça rappellerait presque les rues de Paris… Lara chasse immédiatement cette idée pour éviter à de mauvais souvenirs et à d’autres visages de lui revenir en mémoire. Celui de Werner Von Croy, entre autres. Trop tard, elle y a pensé. Décidément, la vie ne cessera jamais de lui enlever ceux qu’elle aime. Il faut qu’elle arrête immédiatement d’y songer, ou les visages de tous ceux qu’elle a vu mourir, que ce soit ou non de sa main, lui reviendront en boucle jusqu’à la rendre folle. Elle s’accorde un instant pour se vider l’esprit et prendre une profonde inspiration. Voilà, elle s’est calmée. Des bruits de pas attirent soudain son attention. Ils semblent se rapprocher. Le mystérieux contact serait-il sur le point d’arriver ?

***

L’homme rassemble son ordinateur portable et quelques feuilles et les range à la va-vite dans son sac. Dans quelques instants, il allait retrouver Lara Croft et lui faire part de la mission qui lui incombe, mission dont il ne pourra trouver l’issue sans elle. Son téléphone se met à vibrer dans sa poche. Il regarde l’écran, et reconnaît le numéro.

- Du nouveau ? demande l’homme sur le départ.
- Oui, répond la voix masculine à l’autre bout, j’ai trouvé où ils se cachent. J’ai piraté les caméras de la ville, je vous ai tous les deux en visuel derrière le pressing. Tu devrais partir tout de suite avec Croft pendant qu’elle est encore avec toi.

Il stoppe soudain tout mouvement, le souffle coupé, son cerveau assimilant ce qu’il venait d’entendre.

- Qu’est ce que tu racontes ? Je ne suis pas encore allé la rejoindre.
- Mais alors, murmure son ami d’une voix tremblante, qui est avec elle ?


Dernière édition par Séraphya le Sam 05 Aoû 2017, 16:24; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 04 Aoû 2017, 14:45    Sujet du message: [Fanfic] Les Clés de la Divinité Répondre en citant

Chapitre III

Une nouvelle menace




PAN ! Le coup de feu résonne à travers les rues désertes. Si Lara n’avait pas eu le réflexe d’esquiver in extremis, sa tête serait à l’heure qu’il est éparpillée sur les murs. A l’allure colossale de son opposant, camouflé sous un épais manteau noir, mieux vaut ne pas tenter un affrontement au corps à corps qu’elle perdrait à n’en point douter. Elle effectue une roulade sur le côté et dégaine ses fidèles compagnons. Sans laisser à l’homme le temps de viser, elle lui tire dans la main, le forçant à lâcher son arme. A sa grande surprise, il n’émet pas le moindre gémissement malgré le trou sanguinolent qui orne sa main gauche. Il ramasse son arme avec la droite, dans laquelle Lara n’hésite pas non plus à tirer. Il se redresse sans même broncher.

- Là, il va falloir qu’on m’explique… se dit-elle complètement abasourdie.

Le colosse qui la surplombe largement du haut de son mètre 90 s’avance d’un pas lourd, lent et menaçant. Déstabilisée, car c’est une chose qu’elle n’a jamais vue chez un humain, Lara recule, jusqu’à taper contre le mur. Dans un vif élan de lucidité, elle tire dans le genou de son adversaire, ce qui a heureusement l’effet escompté de le ralentir et le forcer à s’agenouiller. S’ensuit un splendide saut de l’ange pour ce qui semble être la plus palpitante des parties de saute mouton. L’archéologue avait bel et bien eu raison de se méfier. Mais quelque chose cloche. Tout ce stratagème pour l’éliminer ? Un tueur à gages envoyé la liquider dans son sommeil aurait été plus efficace. Tout ça n’est pas logique, il lui manque forcément une partie du puzzle. Mais pour le moment, il y a plus urgent à faire, comme par exemple fuir ce titan qui s’est relevé pour lui courir après sans grand mal. Il faut trouver un moyen de le semer. Au détour d’une rue, elle aperçoit au loin une enseigne de pharmacie qui commence à grésiller. Après quelques secondes d’attention, elle comprend qu’il s’agit là aussi de morse. « A gauche, maintenant » disait le message. Sans vraiment savoir pourquoi, Lara obéit et se retrouve dans une ruelle où s’amassent les ordures. Une plaque d’égouts se soulève brusquement, laissant sortir un homme qui enjoint la jeune femme à descendre. Une fois sous terre, il lui demande le silence, puis après un moment, convaincu qu’ils sont saufs, finit par prendre la parole.

- Je suis désolé de ce qui vient d’arriver. Je ne pensais pas que vous seriez prise pour cible immédiatement.

Ce qu’il ignore et l’inquiète plus précisément, c’est comment ses ennemis ont été mis au courant de leur rendez-vous.

- Vous allez m’expliquer ce qui se passe, et tout de suite, je n’aime pas être victime d’une tentative de meurtre sans en connaître la raison, ordonne Lara d’une voix qu’elle veut calme mais qui au contraire démontre son agacement.

Visiblement intimidé, l’homme prend quelques secondes, choisissant soigneusement ses mots, avant de répondre.

- Très bien. Je m’appelle Alexandre, je travaille pour une organisation secrète dont le but est d’empêcher des reliques puissantes de tomber entre de mauvaises mains.
- Et si vous faites appel à moi, c’est que ça s’est produit, ou que c’est imminent, devine l’archéologue.
- Oui. Nous combattons dans l’ombre une autre organisation répondant au nom de l’Olympe.
- Quelle modestie, se moque presque Lara.

Là-dessus, il est tout à fait d’accord. C’est même exactement ce qu’il a pensé la première fois qu’il a vu ce nom.

- Nous n’en connaissons pratiquement aucun membre. Ceux que nous avons croisés ne sont que des sous-fifres qui ont, semble-t-il, perdu toute humanité et méprisent désormais toute sensation, en particulier la douleur. L’homme à qui vous avez fait face en fait partie. Nous avons découvert, grâce à un agent infiltré, que ces gens sont sous l’emprise d’une sorte de drogue, la plus puissante qui existe à ce jour, que les dirigeants de l’Olympe ont appelée Ambroisie.
- Le Nectar des Dieux, se souvient Lara en experte des mythologies. Selon la légende, les divinités s’en recouvraient le corps pour le préserver, lui conférer immortalité et invulnérabilité comme ce fut le cas du héros Achille. Vous pensez donc que cette organisation aurait créé, ou trouvé, une sorte de Fontaine de Jouvence dont elle se sert pour rendre ses soldats surpuissants ?
- C’est notre théorie, en effet. Mais l’Ambroisie n’est que le sommet de l’iceberg.
- Que voulez-vous dire ?
- Nous pensons qu’elle n’est pas complète, qu’elle fait partie d’une relique aux pouvoirs plus puissants encore. Si l’Olympe venait à mettre la main dessus, l’Ambroisie pourrait devenir le fléau de l’Humanité.

Lara pousse un léger soupir en passant sa main dans ses cheveux. Elle avait très envie de dire « comme d’habitude », mais elle n’était pas d’humeur à plaisanter. Sans ajouter un mot, elle reçoit dans les mains quelques feuilles qui constituent les rapports de ce fameux agent infiltré. Très courts, ils se réduisent à moins de cinq lignes pour la plupart. Le temps, les occasions et surtout les informations devaient sans doute lui manquer souvent. Selon lui, personne excepté les plus hauts placés n’aurait vu les visages des grands patrons. Mais il semble y avoir une hiérarchie entre eux, et cela se voit rien qu’à leurs noms. Du moins, ceux qu’ils empruntent, car il semble tout à fait évident, à moins qu’il ne s’agisse de la plus grosse coïncidence au monde, que ce ne sont pas leurs véritables identités : Héra, Héphaïstos, Hermès, Dionysos, Athéna, Artémis, Apollon, Déméter, Arès, Aphrodite, Perséphone et Hestia constituent le Conseil des Douze. Il est à la fois craint et respecté des autres membres. Son pouvoir est très important et ses décisions sont respectées à la lettre. Il est lui-même commandé par les Trois, nommés Zeus, Hadès et Poséidon. Rien que ça. Ces types semblent vraiment se prendre pour des dieux. Lara en est presque dégoûtée. Natla, bien que totalement psychotique, était une véritable déesse, elle.

- Et dites-moi, quel est le nom de votre organisation ? demande-t-elle en levant les yeux vers Alexandre.
- Désolé, on m’a expressément ordonné de ne pas vous le dire.

Elle lève un sourcil, visiblement intriguée.

- Ah oui ? Et pourquoi ça ?
- Je ne peux pas vous répondre, affirme-t-il avec anxiété, l’ordre vient d’en haut.

Le regard de Lara se fait insistant. Elle déteste qu’on lui cache des choses. Que ce genre de communauté souhaite conserver l’anonymat, elle peut le comprendre. Cela peut constituer un avantage stratégique important face aux adversaires. Mais elle est censée être une alliée, non ? Elle n’est pas un de ces mercenaires sans cervelle tout juste bons à obéir aux ordres sans se poser de questions ! Non, elle doit toujours en savoir plus, ne serait ce que pour avoir plus de chances d’éviter de se faire doubler, comme ce fut le cas un certain nombre de fois. Car il faut dire que Lara a horreur de se faire doubler.

- Je vais être claire. Soit vous me dites tout maintenant, soit je vais commencer à m’énerver et vous risquez de le sentir passer. Car je ne suis pas née de la dernière pluie, des sociétés, j’en ai connu des tas, la plupart de celles qui m’ont engagée se sont retournées contre moi et manqué de détruire le monde ; alors je laisse parler mon expérience en vous demandant une dernière fois le nom de la vôtre, pourquoi m’avoir contactée moi, et de ce fait pourquoi je devrais me fier à vous.

Elle dégaine son arme et la pointe sur la tête du jeune homme, qui malgré sa carrure similaire à celle de l’agresseur du pressing, ne semble pas vouloir riposter.

- Ecoutez, je ne peux vraiment pas vous le dire, je vous le jure. Je comprends votre méfiance. Mais moi, j’ai confiance en vous, vous êtes la meilleure, et de loin. Et vous étiez… l’amie de mon frère.
- Votre frère ?
- Alister.

Lara baisse peu à peu son arme, l’évocation du défunt la faisant, il faut l’avouer, un peu défaillir. Elle ne l’avait pas remarqué avant parce que la luminosité laisse franchement à désirer, à peine de quoi réussir à lire, mais en y regardant vraiment de plus près, il y a en effet des similitudes entre Alexandre et Alister. La même couleur de cheveux, les mêmes yeux, la voix est également ressemblante. Quoiqu’un peu plus aigue.

- Il ne m’a jamais dit qu’il avait un frère.
- Parce qu’il n’était pas au courant. Nous n’avons pas la même mère.

Elle commence à comprendre. Le père d’Alister aura été fricoter avec une autre femme. D’où l’accent français qu’elle décèle dans la voix du jeune homme.

- Mais vous, vous le saviez ?
- Oui. Ma mère m’a tout raconté sur son lit de mort il y a deux ans. Cependant, la famille d’Alister m’a interdit de le contacter.

Evidemment. Ce n’est pas le genre de choses que l’on crie sur tous les toits, surtout en ce qui concerne la famille. Aucun doute qu’un tel scandale l’aurait déchirée.

- Ce que je regrette profondément, avoue-t-il.

Lara comprend à la tristesse dans ses yeux qu’il est sincère. Tous deux se regardent sans parler, ni bouger. En fait, maintenant qu’elle sait, l’archéologue a l’impression de voir le fantôme de son ami. C’est extrêmement… troublant. S’avouant vaincue, elle rengaine son arme qu’elle avait toujours en main, pointée sur le sol, tout en gardant une expression figée de semi-méfiance. Mais c’est surtout par fierté : après tout, elle est Lara Croft, celle que les gens surnomment Tomb Raider. Elle doit rester forte ne serait ce que d’apparence, ne pas montrer qu’elle peut, comme tous les êtres humains, flancher sous le poids lourd des responsabilités et de la culpabilité. Elle ose un léger signe de tête courageusement, d’une manière faussement arrogante qui signifie « je vous crois, on en reste là, pour le moment ». Elle découvrira tôt ou tard qui l’emploie de toute façon.

- Nous devons y aller, annonce Alexandre en coupant court au silence.
- Où ?
- Juste avant que je parte vous retrouver, un de mes collègues m’a appelé. Il a localisé une cache de l’Olympe qui n’est pas loin de notre position. Selon lui, plusieurs personnes s’y trouvent déjà. C’est souvent le signe d’une réunion secrète des Douze. Nous devons découvrir ce qu’ils trament.


Dernière édition par Séraphya le Lun 04 Sep 2017, 11:56; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 04 Aoû 2017, 16:02    Sujet du message: [Fanfic] Les Clés de la Divinité Répondre en citant

Chapitre IV

Conflit




Les deux alliés remontent à la surface, après s’être assurés de la disparition du poursuivant de Lara. La jeune femme regarde Alexandre s’affubler d’un chapeau sombre, de grosses lunettes noires et remonter bien haut le col de son manteau. Il parait évident qu’il cherche à dissimuler son identité au monde extérieur. On dirait un type louche de dessin animé. C’en est presque grotesque.

- Où allons-nous ? demande Lara à son nouveau compagnon d’aventure.
- A trois kilomètres d’ici, il y a un vieux bâtiment désaffecté. C’est une chance, car nous n’arrivons pas souvent à repérer les lieux utilisés par les Douze de l’Olympe. Et encore moins à espionner leurs réunions.
- Et votre agent infiltré ?
- Tout le monde ne peut pas y assister. Cela ne se déroule qu’en petit comité. Une élite, en quelque sorte. Et lui, aux dernières nouvelles, n’en fait malheureusement pas encore partie.

Après avoir franchi la sortie de la ville, ils parviennent au bout d’une vingtaine de minutes à la bordure d’une forêt, où l’on peut voir dépasser de la cime des arbres une partie du fameux bâtiment. Mais une fois arrivés à proximité, environs une centaine de mètres, une vive sensation de brûlure s’empare de la main de Lara, qu’elle avait innocemment posée sur l’arbre devant elle. Alexandre se précipite vers elle pour voir ce qui se passe, mais se fait à son tour brûler au niveau du dos, et se rend compte avec stupeur que son manteau prend feu. Il l’enlève à la vitesse de l’éclair sous les yeux effarés de Croft, et le jette au sol pour éteindre les flammes. Ils regardent autour d’eux, stupéfaits, pour essayer de comprendre ce qui a entraîné cela ; mais il n’y a rien, pas de garde, pas de système de sécurité, ni caméra ni arme visible. La main droite rougie par la brûlure, Lara s’empare avec la gauche d’une branche tombée au sol et la tend devant elle, dans le vide. Après un seul pas, elle manque de lâcher la branche qui vient subitement de prendre feu. Après l’avoir éteinte, elle réitère l’expérience quelques mètres à côté : même résultat. Elle recommence plus loin : pareil. Elle retourne auprès d’Alexandre, aucun des deux ne comprenant ce qui se passe.

***

Des bruits de pas dans le couloir. Des chandeliers posés de manière strictement symétrique un peu partout. Un silence monstre parmi les personnes présentes qui semble indiquer une profonde tension. Un homme entre dans la pièce où trône en plein centre une table plus longue qu’une file d’attente à La Poste. Barraqué, lunettes de soleil (dont l'utilité à cette heure laisse à désirer), vêtu de noir, un joli calibre dans un holster, il ressemble au type classique du garde du corps/mercenaire/les deux à la fois. Il s’approche de celui qui semble être son supérieur, un quadragénaire déjà atteint par la calvitie et les cheveux blancs. Sans même lui adresser un regard, ce dernier lui fait comprendre d’un simple et léger signe de la main qu’il peut prendre la parole.

- C’est fait, Monsieur. Icare est en place.

A ces mots, Héphaïstos, d’une voix calme et autoritaire, annonce que la réunion secrète du Conseil des Douze peut commencer. Chacun commence alors, toujours dans le silence, à prendre place.

- Comme vous le savez, débute Héphaïstos, le projet avance à grands pas. Mais si je vous ai réunis aujourd’hui, c’est pour discuter d’un problème grave que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer, et si vous êtes venus, c’est bien parce que vous convenez avec moi de son importance.
- Mais nous devons nous montrer prudents, annonce une femme aux traits sévères, les Trois ne sont pas dupes, ils finiront par découvrir ce que nous faisons. Ils seraient bien capables de prendre nos réunions secrètes pour une trahison.
- N’est ce pas le cas ? demande sa voisine de manière rhétorique.
- Les Trois sont nos maîtres, s’insurge un homme en bout de table, évitez de leur manquer de respect même en ces instants !
- Venant de vous, crache un autre congénère, cela me fait rire. Nous sommes tous ici pour les mêmes raisons et les mêmes inquiétudes. Si les Trois avaient vraiment eu le moyen de nous espionner, nous serions tous morts depuis longtemps. A moins, bien sûr, que l’un de vous…
- Il suffit !

La voix forte de la femme sévère résonne à travers la pièce et impose le calme général. Héphaïstos remercie Héra et reprend là où il avait été interrompu.

- Les Trois veulent des résultats. Ils en auront. Mais pas ceux qu’ils espéraient. L’Ambroisie ne sera pas leur arme, elle sera notre accès à l’immortalité et à la domination du monde. Nous créerons un nouveau Mont Olympe et règnerons ensemble tels des dieux. Voilà notre but depuis le début. Mais je crains que les Trois ne soient devenus déviants. En s’octroyant les pleins pouvoirs, en se plaçant au-dessus de tous, ils ont laissé leur soif de puissance les envahir et maintenant, ils commettent des erreurs. Nous ne devons pas les laisser continuer à piétiner notre œuvre.
- Les Trois ont abusé de l’Ambroisie. Nous n’avons vu qu’une infime partie de ce dont ils sont capables. Que pourrions-nous faire contre eux ? s’inquiète l’homme qui avait émit l’hypothèse d’un traître quelques instants plus tôt.
- Hermès a raison, renchérit Perséphone. Ils ont fait de l’Ambroisie une abomination qui en engendre d’autres. Qui sait jusqu’où ils iront ? Ils sont les seuls à avoir pu jouir de l’Ambroisie pure. Nous aurions pu en profiter, mais les Trois ont choisi de corrompre cette unique source sacrée.
- Je ne reconnais plus Zeus, confie Apollon, son but était tout autre avant qu’il touche à l’Ambroisie. Il faut le raisonner au plus vite, peu importe la manière.
- Vous êtes tous fous ! s’écrie Arès qui s’était déjà fait remarquer. Les Trois vous puniront s’ils apprennent vos intentions ! Oui, ils ont changé, mais leur but ne diffère pas pour autant. Nous devons leur rester fidèles !

Héphaïstos tourne son regard vers une autre femme, dont le visage exprime un tempérament plus posé que les autres.

- Athéna, vous qui n’avez pas encore dit un mot, je m’en remets à votre sagesse. Qu’en pensez-vous ?

Les regards fusent aussitôt sur la « déesse de la guerre », pendus à ses lèvres, comme si chaque mot qui en sortait reflétait la vérité pure.

- Les Trois sont différents. Mais nous avons fait le serment de les servir. L’Ambroisie a été corrompue. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne soit à nouveau purifiée. Les intentions des Trois ont dévié. Mais mieux vaut être de leur côté le jour où ils atteindront la Divinité. Nous ne le comprenons pas en ces temps présents, mais nous devons garder confiance. Rappelez-vous pourquoi nous sommes là. Qui nous sommes. Qui ils sont. Nous avons les mêmes objectifs. Ceci n’est qu’une épreuve sur le chemin du nouvel Olympe.

Dans les yeux de certains se reflète l’admiration, dans ceux des autres la réticence. De toute évidence, cette réunion n’a pas seulement pour but de déblatérer sur d’éventuelles opérations ou pensées dont les Trois ne doivent pas être tenus au courant. Héphaïstos observe attentivement les réactions des uns et des autres. S’ils ne sont pas idiots, ce qu’ils ne sont pas, ils comprendront très vite ce qui se trame et cela pourrait dégénérer, bien plus que l’on ne puisse imaginer. Pour y pallier, il doit avoir la certitude d’avoir parfaitement discerné qui est de son côté et qui est de celui des Trois. Il semblerait qu’il puisse compter sur le soutien d’Apollon, d’Hermès et de Perséphone. En revanche, Arès est farouchement opposé à toute rébellion et même Athéna le suit dans cette voie. Héra n’a pas non plus totalement l’air digne de confiance. Les autres, qui n’ont pas prononcé un mot, peuvent encore influer sur la balance. Le garde du corps, en retrait depuis le début de la réunion, s’approche doucement d’Héphaïstos et se penche à son oreille. Le visage du faux dieu reflète l’impassibilité, mais ce qu’il vient d’entendre se rapproche plus ou moins d’une mauvaise nouvelle. A moins qu’il ne s’agisse d’un signe de la destinée qu’il pourrait tourner à son avantage…

- Des intrus ont été repérés par Icare, annonce-t-il tout haut. Il pourrait s’agir d’espions. Nous ne pouvons nous permettre de les laisser repartir. Mes frères et mes sœurs, que devrions nous décider ?
- Tuons les, s’écrie Arès fidèle à lui-même, et nous n’aurons plus à nous soucier d’eux !
- Je préconise une capture, propose calmement Athéna, s’il s’agit d’espions comme le craint notre frère, les garder en vie pourrait nous être utile.

Les avis se rangent progressivement du côté de la femme, ce qu’espérait Héphaïstos. Il se tourne vers son garde du corps, prêt à tout instant à recevoir des ordres.

- Laissez-les entrer, qu’ils investissent donc les lieux, et verrouillez les sorties. Qu’ils le veuillent ou non, ils viendront d’eux-mêmes jusqu’à nous.


Dernière édition par Séraphya le Mer 09 Aoû 2017, 11:11; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam 05 Aoû 2017, 17:49    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre V

Imprévu




- On dirait que ça ne fonctionne pas ici, remarque Lara en regardant son bâton intact.

Elle réessaie une fois, deux fois… Quelle que soit cette espèce de « protection » autour de la zone, il semblerait qu’il y ait une brèche. Quelle chance ! Ils étaient à ça de rebrousser chemin. L’aventurière s’assure que le passage est suffisamment grand, et ne rencontrant aucun problème, elle décide de franchir la limite, suivie d’un Alexandre soucieux :

- Comment saurons-nous par où repartir si jamais il nous faut fuir en vitesse ? Je doute que nous ayons le temps de tester à nouveau chaque centimètre de ce truc.
- Vous avez raison, nous devons laisser une marque qu’il nous sera facile de repérer. Comme il fait nuit, je pense que ceci fera l’affaire.

Elle sort de sa poche un stylo à l’encre fluorescente. Elle l’avait emprunté à Zip une heure plus tôt pour pouvoir écrire un mot sans avoir à allumer la lumière, pour éviter de le réveiller. Juste au cas où les choses tourneraient mal. Ce qui est en quelque sorte arrivé. Elle ignore pourquoi elle l’a gardé, mais se réjouit intérieurement de ne pas l’avoir reposé. Elle trace d’abord une croix par terre en se basant sur ses empreintes, puis en trace une autre sur le tronc d’un arbre et continue son chemin, recommençant autant de fois que nécessaire. Il aura suffit de quelques dizaines de mètres de randonnée nocturne pour que les murs du bâtiment se tiennent enfin face à elle, inébranlables. Elle fait rapidement le tour pour se retrouver devant deux grandes portes de bois un peu effritées. La main sur un pistolet, par prudence, elle entrouvre doucement la porte et jette un long coup d’œil à l’intérieur. Personne. Elle fait signe à Alexandre, un peu plus loin en arrière, de la rejoindre. Des voix portées par l’écho lui parviennent depuis un couloir. Marchant lentement, elle s’y dirige, tentant par la même occasion de comprendre les différentes phrases qu’elle entend. Le couloir débouche sur une grande salle vide, si ce n’est de plusieurs escaliers longeant les murs. Chacun mène à une porte différente. Au total, six. Réparties sur trois étages à la manière d'un jeu vidéo. Comme par hasard, les voix cessent, privant Lara et Alexandre de leur seul repère. L’idée semble très mauvaise dans l’esprit de la jeune femme, et elle est prête à parier qu’elle sonnera bien pire quand elle en fera part à son compagnon, mais il n’y a pas d’autre choix.

- On va se séparer, et le premier qui trouvera le bon chemin reviendra prévenir l’autre.
- Je n’aime vraiment pas ça, mais c’est d’accord, on se retrouve ici dans dix minutes.

Ainsi, chacun part de son côté, sans remarquer la silhouette masculine dissimulée dans l’ombre qui verrouille discrètement la seule sortie de la salle. Il se retourne et observe les escaliers choisis par les intrus. Aucun n’a pris le bon. En soi, c’est une bonne nouvelle. Après un instant de réflexion, il prend la même direction que Lara. Si cette femme est bel et bien la célèbre archéologue, qu’il est certain d’avoir reconnue quelques instants plus tôt, alors elle représente une bien plus grande menace que l’homme qui l’accompagnait. Elle ne doit en aucun cas approcher les Douze, du moins pas en position de force. Il ne connaît pas très bien les lieux, mais il a une petite idée de celui où elle se rend. Et ça, c’est une très bonne nouvelle.

***

S’il y a bien une chose qu’Alexandre déteste, c’est la solitude. Sa mission l’oblige à s’y habituer, mais jamais il ne pourra apprécier d’être seul. Au moins, il a l’appui de Croft, et c’est tout ce qu’il espérait. Mais il doit bien avouer que sa présence à ses côtés était de loin la meilleure sensation qu’il ait eue ces derniers temps. Et maintenant, il est tout seul. Encore.

- Aie confiance, c’est une professionnelle, elle sait ce qu’elle fait, se dit-il afin de se rassurer.

Avoir quelqu’un au téléphone, c’est une chose. Lui parler en face, c’en est une autre. Et lui qui espérait impressionner son alliée, a finalement l’impression d’avoir complètement foiré sa présentation, comme un étudiant après avoir raté un exposé devant toute la classe. Autant dire que son ego, bien que peu présent, en a prit un coup. Enfin, ce qui est fait est fait, et le plus important est qu’il a réussi la première partie du plan. La deuxième sera cependant bien plus difficile à entreprendre. Mais s’il réussit, ce sera une avancée majeure pour lui et ses camarades.

- Voyons où ils se cachent…

Le couloir sombre et grisâtre débouche sur une petite pièce délabrée où s’amasse la poussière. Pas besoin d’être un génie pour comprendre que les Douze, avec leur ego divin, ne se seraient jamais laissés souiller par la crasse de cette pièce. Ils l’auraient fait nettoyer en profondeur avant d’y poser le pied. Alexandre décide donc de rebrousser chemin. Mais un bruit, à peine audible, attire son attention. S’arrêtant un instant, il tend l’oreille, les muscles tendus, prêt à fuir le danger. Le bruit recommence, et cette fois il l’a très bien entendu. Un petit TINK métallique. Bien trop petit pour être provoqué par une lame. En fait, il semble légèrement différent du premier bruit. Presque musical. Le jeune homme recule doucement, se laissant guider par le son devenant répétitif.

- On dirait que ça vient de derrière ce pilier…

L’énorme poutre de béton est pour ainsi dire le seul « meuble » de la pièce. Aucune idée de ce à quoi elle a pu servir par le passé. Alexandre se colle au pilier, désormais certain que le bruit provient de là. Il glisse lentement sur les parois, les sens en alerte. TINK ! C’est juste là ! Il lance un petit coup d’œil de l’autre côté du pilier, prudent. Son regard change subitement, laissant place à la surprise : assis par terre, un petit garçon joue avec une tige de métal. Mais que fait-il ici ? Intrigué, Alexandre s’assied à son tour et tente d’engager la conversation. Loin d’être effrayé, l’enfant lui répond avec calme et insouciance, expliquant qu’il vient souvent dans cette pièce pour jouer avec son xylophone. Intérieurement, Alexandre se réjouit qu’il n’ait pas été trouvé par les Douze ou leurs sous-fifres. Qui sait ce qu’ils auraient pu lui faire subir ! D’une voix douce et rassurante, il lui demande de l’accompagner.

- Cet endroit est trop dangereux pour un enfant, affirme-t-il.

Le petit obéit sans broncher, curieux de voir où cet homme va l’emmener. Serrant son précieux xylophone contre son cœur, il lui prend la main et le suit dans le calme. Il est vrai qu’il entendait des voix depuis tout à l’heure, et elles ne lui semblaient pas très amicales.

- Et tu as une idée d’où elles pouvaient provenir ? demande gentiment Alexandre.
- Non, elles résonnaient trop, répond l’enfant en secouant la tête.
- Comment t’appelles-tu ?
- Kal.
- Tu vas rester avec moi. Nous allons chercher mon amie, puis nous te ramènerons chez tes parents.
- Je n’en ai pas, avoue Kal en serrant encore plus fort son jouet.

La présence d’autrui aurait-elle tant manqué à Alexandre pour qu’il s’attache déjà à cet enfant ? De mieux en mieux. Mais il n’allait pas le laisser ici, prêt à tomber aux mains de l’Olympe ! Il n’aura qu’à demander à Croft de l’héberger chez son ami. Oui, c’est la meilleure chose à faire. D’abord, il cachera Kal dans la forêt, tout prêt de leur point de départ, et lui demandera de ne pas bouger. Ensuite, il ira retrouver l’archéologue. Avec de la chance, elle aura trouvé des informations sur leurs ennemis. Mais ils ne peuvent pas rester ici plus longtemps, il ne peut pas se permettre de mettre en danger la vie d’un petit garçon. Tant pis s’il faudra à nouveau attendre plusieurs jours avant que ce genre d’opportunité se reproduise ! Comment peut-il espérer protéger le monde s’il n’est pas capable de sauver une vie ? Quelques pas plus loin, le voilà de retour dans ce qui fait office de hall principal. Mais il y a quelque chose de différent. Un parfum dans l’air. Alexandre est certain de n’avoir rien senti à leur arrivée. Pris d’un doute, il s’empresse de rejoindre les grandes portes menant à l’extérieur.

- C’est pas vrai ! s’écrie-t-il avec stupeur.

Fermées ! Elles ont été fermées après leur intrusion ! Quelqu’un a su qu’ils venaient, mais comment ? Et maintenant, les voilà pris au piège.

- Croft… réalise-t-il soudain.

Elle ne sait sans doute pas ce qui se passe ! Alexandre parvient à cacher Kal dans une caisse vide et retourne dans le hall. Il doit impérativement la retrouver avant qu’ils ne soient tous capturés !
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MessagePosté le: Mer 09 Aoû 2017, 11:22    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour à tous ! Une petite parenthèse entre pour vous dire que n'ayant pas mon ordinateur sous la main (mes parents et moi sommes dans l'obligation de nous le partager et ils en ont grand besoin pour le moment), il est normal que je ne poste pas d'autres chapitres (parce que sur mon téléphone c'est beaucoup plus dur, j'ai déjà essayé et ça a foiré). Mais ne vous en faites pas, le sixième est en préparation et devrait bientôt arriver ^_^
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MessagePosté le: Dim 13 Aoû 2017, 18:14    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre VI

Icare




« Je n’aime vraiment pas ça, mais c’est d’accord, on se retrouve ici dans dix minutes. »

Après un dernier regard approbateur, Lara se tourne vers les escaliers de gauche tandis qu’Alexandre se dirige vers ceux de droite. A eux deux, ils auront tôt fait d’inspecter chaque recoin du bâtiment. Habituée aux incessants allers-retours au sein d’immenses labyrinthes, qu’ils soient faits de haies, de briques ou de pierres, elle sait allier découverte, persévérance et discrétion. La logique voudrait qu’elle ouvre la première porte qui s’offre à elle, mais son instinct lui dicte au contraire de se rendre aux étages supérieurs. Ce qui, finalement, parait plus crédible compte tenu de l’ego surdimensionné de ses ennemis.

- Après tout, ils portent des noms de dieux et leur organisation celui du lieu le plus sacré de la mythologie grecque. Si j’étais à leur place, je m’élèverais au plus près des cieux pour m’enorgueillir de la dignité que me confère mon rang, se dit Lara à voix haute.

C’est donc d’un pas discret mais assuré qu’elle gravit les marches et passe les deux premiers étages sans s’y arrêter. Seule la lueur des quelques chandeliers posés ça et là lui permet de distinguer le plus clairement possible où poser le pied. Non pas que l’obscurité l’aurait gênée, mais on ne dit jamais non à un peu de lumière. La voilà maintenant face à son objectif. Sortant délicatement un pistolet de son étui, prête à réagir au moindre danger, elle tourne doucement la poignée de porte. Qui s’avère être fermée.

- Il semblerait qu’elle ait été verrouillée de l’intérieur. Ça pourrait être la preuve que les Douze se trouvent derrière. Mais je ne peux pas enfoncer la porte, je ne ferais qu’attirer une attention indésirable. Il y a sûrement un autre moyen d’entrer.

Résignée, Lara tourne les talons et descend d’un étage. Cette fois, le passage est accessible. Ce bâtiment a de nombreuses années au compteur, aussi y a t-il une chance que les surfaces se soient fragilisées avec le temps. Sur le point d’entrer, l’archéologue se retourne brusquement. L’espace d’un instant, elle a eu l’impression d’être observée. Mais ce n’est pas tout, il y a également ce parfum dans l’air. Lara jurerait qu’il n’y en avait pas il y a encore deux minutes. Elle scrute la pièce de son regard perçant, analysant chaque recoin avant d’abandonner en soupirant. Le parfum a disparu. C’était sûrement le fruit de son imagination. Toujours sur ses gardes, elle franchit la porte et la referme soigneusement derrière elle. Il lui reste moins de dix minutes avant de retrouver Alexandre, et même si l’envie de dépasser ce délai la démange, elle préfère laisser sa raison guider sa volonté. Les couloirs sombres et silencieux ne portent pour seule compagnie à Lara que l’écho de ses propres pas, pas qui la conduisent à l’intérieur d’une immense salle anormalement illuminée. A vrai dire, ce ne serait pas si dérangeant s’il n’y avait pas cette chaleur grandissante, presque étouffante. Forcée de détourner les yeux, la jeune femme regrette aussitôt de ne pas avoir apporté ses lunettes de soleil. La luminosité et la chaleur semblent se faire plus importantes au centre de la pièce, aussi Lara en déduit-elle qu’il s’y trouve quelque chose. Ce que c’est, elle l’ignore, mais c’est là pour une bonne raison. Le vrai problème, c’est qu’elle n’arrive pas à distinguer quoi que ce soit par delà cette barrière de lumière et la regarder d’un peu trop près signerait la fin de son sens oculaire. De plus, la température élevée lui brûle presque la peau, au point de se croire en pleine canicule estivale. Commençant à reculer, le pied de Lara bute sur quelque chose et la jeune femme tombe à la renverse. Ce n’est qu’à cet instant qu’elle aperçoit le corps, totalement carbonisé. Ses bras et une partie de son visage sont à moitié réduits en cendres. Mais le plus étrange, c’est que la partie encore visible du visage n’est pas figée dans une expression de douleur comme cela devrait normalement être le cas.

- Qui es-tu ? Et qu’est ce que tu faisais là ? s’interroge Lara à voix haute.

A la fois intriguée et, il faut bien l’avouer, effrayée, elle se relève lentement et recule de nouveau, sans quitter des yeux le cadavre noirci. Une odeur attire soudain l’attention de ses narines. Un parfum, qui lui semble familier. Réalisant qu’il s’agit de la même senteur que celle qu’elle a détectée dans le hall, elle s’empare de ses deux armes et, d’un mouvement vif, se retourne pour les pointer vers son propriétaire. Pas le moins du monde intimidé, l’homme ne bouge pas. Pire encore : il avance jusqu’à se trouver à seulement quelques centimètres des pistolets. Soit il veut se suicider, soit il a une très, très grande confiance en lui. Nullement gêné par la lumière grâce à ses lunettes de soleil, il toise silencieusement l’aventurière, peu encline à ce genre de présentations.

- Qui êtes-vous ? finit-elle par demander.
- Mon nom n’a aucune importance. Je suis le garde du corps du Seigneur Héphaïstos, et mon devoir est de veiller à ce que nul ne vienne interférer dans ses plans.
- Serait-ce une manière plus délicate de m’annoncer que je ne repartirais pas vivante de cet endroit ?

Un sourire narquois s’affiche sur les lèvres de l’homme :

- Tout à fait, Miss Croft. Oui, je sais qui vous êtes, et votre identité est une raison suffisante pour vous empêcher de nuire à mon maître. Vous, en revanche, serez incapable de me tuer tant que vous n’aurez pas eu de réponse à vos questions.

Et il a raison. Si Lara avait voulu le tuer, elle n’aurait eu qu’à appuyer sur la détente. La vérité est qu’il est peut-être sa seule chance d’en savoir plus sur toute cette histoire.

- Puisque, comme vous le dites si bien, je vais bientôt mourir, vous ne verrez donc pas d’inconvénient à m’expliquer ce que c’est ? lui dit-elle en désignant d’un signe de tête l’incandescente lumière.
- Ceci, commence-t-il d’un air amusé, est un… système de sécurité. Lorsque les Douze doivent se réunir en un lieu extérieur, nous l’emportons par mesure de précaution. Une fois activé, il génère un puissant champ protecteur autour dudit lieu.
- Laissez-moi deviner : cette barrière est invisible et brûle tout ce qui la touche ?

Elle a immédiatement repensé à l’étrange expérience vécue à la lisière du bois. Tout devient parfaitement clair maintenant : si elle n’avait repéré aucun système de sécurité externe, ce n’est pas parce qu’il n’y en avait pas. Il était là, mais il n’était pas possible de le discerner à l’œil nu.

- C’est exact, continue l’homme, et tel Icare se brûlant les ailes en approchant le soleil, les imprudents sont châtiés par le feu. C’est un mécanisme impénétrable, sauf volonté de son gardien.

Les sourcils de Lara se froncent tandis qu’elle comprend que la brèche qu’elle a trouvée n’en était pas une : on les a laissé entrer volontairement. Ce qui signifie que les marques qu’elle a tracées ne serviront à rien. Tant que le système sera en place, il sera impossible de repartir. C’était un piège, et ils se sont fait prendre comme des bleus. Bon sang, même elle aurait dû s’en rendre compte ! Ruminant intérieurement sa frustration, elle tente de se concentrer sur chaque parole de son opposant. Un gardien, a-t-il dit. Celui qui tient le gros bouton rouge.

- Et je présume que c’est vous ?
- Oui, le Seigneur Héphaïstos m’a jugé digne de cet honneur. Cependant, l’activation d’Icare présente… certains risques.

Le regard de l’archéologue se tourne alors vers le cadavre calciné. Les réponses lui viennent alors telle une illumination :

- Celui qui met en marche Icare se brûle lui-même les ailes. Qui serait assez fou pour se sacrifier juste pour une entrevue ? A moins qu’il ne s’agisse d’un de vos esclaves drogués, n’est ce pas ?

Le silence du gardien, loin de poser le doute, confirme les dires de l’archéologue. Une expression de dégoût apparaît sur le visage de cette dernière.

- Combien sont morts pour la paranoïa de vos supérieurs ?

L’homme avance lentement, forçant inconsciemment Lara à reculer.

- Autant que nécessaire. Et nous continuerons ainsi. Pour être mis en route, le soleil d’Icare a simplement besoin d’un petit sacrifice. C’est un grand honneur pour eux, même s’ils ne sont que des esclaves. Des cobayes sans importance. Des expériences ratées.
- Que voulez-vous dire ? L’Ambroisie les a rendus dociles à votre volonté. Ils ne ressentent ni émotion ni douleur. Ils forment de parfaits soldats. Que voulez-vous de plus ?
- Que savez-vous de l’Ambroisie ?

Le visage du garde du corps s’est assombri. Son sourire a disparu.

- Que savez-vous RÉELLEMENT ?

La chaleur commence à flageller violemment le dos de Lara, prenant enfin conscience du danger. Elle baisse brusquement son bras gauche pour viser le pied de l’homme, mais celui-ci, comprenant la manœuvre, effectue un coup de pied circulaire qui parvient à la désarmer. Sans lui laisser le temps de réagir, il s’empare ensuite de son autre bras et, d’un puissant coup de coude, l’oblige à lâcher son pistolet. Désormais sans défense, la jeune femme n’a plus la possibilité de fuir.

- La menace que vous représentez est trop grande. Si vous avez eu vent de l’existence de l’Ambroisie, c’est qu’il y a une taupe au sein de l’Olympe. Je ne vous permettrais pas d’approcher les Douze. Même si votre ami devait réussir à les atteindre, il ne repartira pas vivant d’ici lui non plus. Quant à vous, je vais vous sacrifier au soleil. Vous devriez être fière, c’est un honneur de tomber par la volonté des dieux !
- Croft !

Surgissant de l’ombre, Alexandre se jette sur le gardien, qui ne l’avait pas entendu arriver. Les deux hommes luttent un court instant, chacun tentant de prendre le dessus sur l’autre, avant qu’Alexandre, avantagé par l’effet de surprise encore vivace, ne parvienne à l’assommer en le projetant contre un mur. Il s’écroule tête la première, pas près de se réveiller avant un bout de temps.

Lara récupère ses armes et s’éloigne enfin de la morsure du feu. Après s’être mutuellement informés de leurs découvertes, ils conviennent tous deux d’une chose : s’ils veulent s’échapper, ils devront d’abord désactiver Icare. Munie des lunettes de soleil du gardien, Lara, maintenant capable de regarder autour d’elle sans se brûler les yeux, vise au cœur de la lumière et tire trois fois. Malheureusement, cela n’a aucun effet.

- Ce type a dit qu’il pouvait le contrôler, non ? On n’a qu’à attendre qu’il se réveille pour le forcer à nous ouvrir la voie, propose Alexandre.
- Bonne idée, acquiesce Lara, tant que nous n’en saurons pas plus sur cet engin, nous aurons besoin de lui. Et maintenant, il est grand temps de rendre une petite visite aux Douze.
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MessagePosté le: Mer 16 Aoû 2017, 00:00    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre VII

Détresse



- Lara ?

C’est la troisième fois qu’il appelle son nom. Mais la seule réponse qui lui parvient est une fois de plus le murmure du silence. Depuis l’instant où ses yeux se sont ouverts, il est habité par cet étrange sentiment. Celui qui vous prend quand quelque chose de grave est sur le point d’arriver. Se décidant à se lever, il traverse en quelques pas la salle plongée dans l’obscurité et se retrouve face à la porte d’entrée. D’une main bien trop tremblante à son goût, il tourne la poignée qui, comme pour le punir du sacrilège de la déranger à deux heures du matin, lui lacère les tympans d’effroyables crissements aigues. La porte elle-même se met à grincer comme si elle n’avait pas été entretenue depuis des siècles.

- Non ! lui crie en écho une voix perdue dans le lointain.

Il s’arrête un instant, regardant autour de lui pour essayer de discerner d’où elle pourrait provenir, avant de se rappeler qu’il est seul. Il a toujours été seul. Ce qu’il entend n’a donc aucun sens.

- Tu ne dois pas faire ça ! reprend la voix mystérieuse.

La main toujours posée sur la poignée, il semble plutôt persuadé du contraire. Ce n’est pas qu’un sentiment ou une intuition. Non, il s’agit de bien plus que ça. C’est une certitude.

- Tu vas nous tuer tous les deux ! le supplie à nouveau l’indescriptible voix.

Mais il ne l’écoutera pas. Pas cette fois. Plus jamais. Combien de fois a-t-elle retenu son bras ? Combien de temps encore bridera-t-elle sa détermination ? Non, il ne restera pas les bras croisés alors que tout s’effondre autour de lui ! Alors qu’il a ressenti SA présence ! Ce n’était pas une création de son esprit. Jamais son corps, jamais son âme n’avaient vibré à ce point avant cet instant.

- Tu fais une terrible erreur, et tu le sais !

La voix s’est faite plus forte, presque grondante. Est-ce une menace ou une mise en garde ? Qu’importe. Il ne changera pas d’avis. Les crissements dégagés par la poignée de porte gagnent subitement en intensité, presque semblables aux hurlements stridents d’une foule où se mêlent peur et désapprobation. Oui, elle refuse qu’il parte. Et pour l’en empêcher, elle criblera son esprit des pires douleurs jusqu’à ce qu’il abandonne. Mais il n’en n’a que faire.

- Je redeviens le maître de mon destin.

Et pour la première fois, il ouvre la porte. Les bruits ont cessé. La voix a disparu. De même que la porte. Ainsi que la pièce. Le voilà au beau milieu d’un lieu qu’il ne connaît pas. D’immenses colonnes de pierre, entourant un autel baigné de la lumière du soleil… Non, il n’est jamais venu ici. Comment est-il arrivé dans ce qu’il semble être un temple antique ? C’est alors qu’il la voit. Vêtue d’une robe d’or et d’argent, resplendissant sous les doux rayons solaires. Debout sur l’autel. Ou plutôt, en lévitation. Son regard se pose sur lui, empli de tristesse et d’incompréhension :

- Pourquoi as-tu fais ça ?

Il s’avance vers elle, les yeux plongés dans les siens, le cœur battant à tout rompre.

- Pourquoi nous as-tu tués ?

Sa robe se pare soudain de la couleur du sang, tandis que la lumière fait place à l’ombre. Le temple autrefois majestueux se transforme en champ de ruines. Une énorme fissure, d’où s’échappent d’infimes flots rouges, sépare désormais l’autel en deux. Ses yeux, ternis par la déception, se referment. Elle tombe. Et il ne peut qu’assister à sa chute dans les limbes de l’éternité.

- Lara !

Il se redresse d’un coup, en sueur. Sa respiration haletante met un temps avant de se calmer. Revenu à la raison, il regarde autour de lui en soupirant. Encore un cauchemar. Ils sont de plus en plus fréquents ces temps-ci. Mais celui-là était différent des autres. Il ne saurait comment l’expliquer. Il s’adosse contre le mur, le regard rivé sur le plafond. Elle était là. Même en ces jours troublés, elle arrive encore à s’immiscer dans ses pensées. L’image d’elle couverte de sang, perdue dans les ténèbres, le fait trembler sans lui accorder le moindre contrôle de son corps. Ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti, tout ça lui semblait si réel. C’est toujours ce qu’on dit d’un mauvais rêve, mais il y avait autre chose. Quelque chose de malsain, un poids impérieux qu’il est incapable de décrire. Son champ de vision dévie jusqu’à atteindre la porte. Que peut-elle hanter ses rêves ! A la fois sauveuse et geôlière, elle veille sur lui jour et nuit. Lorsqu’il veut rester, elle lui rappelle la liberté dont il se prive. Lorsqu’il veut partir, elle lui rappelle la raison de son retrait. Mais qu’il reste ou qu’il parte, son état reste le même. Le danger qui le menace reste le même. Qu’il reste ou qu’il parte, il sera retrouvé un jour ou l’autre. Pour l’avenir de l’Humanité, il doit rester caché. Le plus longtemps possible. Pour l’avenir de l’Humanité, Lara Croft doit le sauver.
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MessagePosté le: Jeu 17 Aoû 2017, 20:23    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre VIII

Confrontation




- Aucun réseau. Tant pis.

Une pointe de déception dans la voix, Alexandre range son portable dans la poche de son pantalon. Il aurait dû s’en douter, Icare doit sûrement provoquer des interférences. Lui qui voulait faire part à son ami de ses récentes découvertes, il devra remettre ça à plus tard.

- L’Olympe dispose d’outils vraiment très sophistiqués, ronchonne-t-il.
- Oui. Et on peut se demander combien d’autres surprises ils ont en réserve.

Lara termine de ligoter le garde du corps. Il lui aura fallu dire adieu à ses lacets de chaussures, mais il n’allait pas rester allongé près de sa machine infernale. Elle l’attache ensuite à la rambarde d’escalier du hall, histoire d’être sûre qu’il ne se serve pas de la chaleur d’Icare pour brûler ses liens. C’est le seul moyen de le garder sous la main lorsqu’ils voudront partir.

- Tenez, prenez ça, lance-elle à son compagnon en lui tendant l’arme du saucissonné.

Inutile de dire qu’elle est soulagée que son agresseur n’ait pas eu l’idée de s’en servir. La trop grande assurance de ses adversaires les perdra toujours. Néanmoins, elle a bien failli ne pas s’en sortir cette fois-ci, et sans l’intervention d’Alexandre, elle ne serait plus qu’un cadavre rôti à l’heure qu’il est. Jamais elle ne se serait retrouvée dans pareille situation autrefois. Elle ne s’est toujours pas remise des précédents événements et cela la rend bien trop vulnérable. Elle doit impérativement se reprendre. Sinon, la chance finira par tourner et son manque de discernement causera immanquablement sa perte, et peut-être même celle du frère de son défunt ami. Et ça, elle ne peut se le permettre.

- Qu’est ce qu’on cherche, exactement ? demande-t-elle.
- N’importe quoi qui puisse nous renseigner sur les intentions de l’Olympe. Si nous parvenons à espionner la réunion des Douze, peut-être que nous trouverons des informations capitales.
- Et vous ne pensez pas qu’ils puissent être au courant de notre venue ? Si le sous-fifre l’a su, il y a de grandes chances qu’il en soit de même pour le supérieur. Et même armés, nous sommes en infériorité numérique. Deux contre douze voire plus, j’imagine assez mal notre victoire.
- C’est un risque, en effet. C’est pourquoi j’ai amené ceci.

Il sort d’une autre poche un petit objet ovale, tenant dans la paume de la main.

- Une invention de mon cher collègue. Une fois jeté au sol, ça libère un gaz paralysant. Il y en a juste assez pour un lancer. Je l’ai gardé spécialement pour le jour où je me trouverais face aux Douze.
- On aura combien de temps avant que les effets ne s’estompent ?
- Une dizaine de minutes, tout au plus. J’espère que ce sera suffisant pour récolter des informations.
- Et moi, j’espère que nous n’aurons pas à nous en servir.

Trois pièces sont éliminées de l’équation. Celle du premier étage à droite ne mène nulle part, celle du deuxième étage à gauche renferme Icare, et celle du troisième étage de ce même côté étant fermée de l’intérieur, le gardien ne peut donc pas en venir. Il aurait pu, mais comme il s’est présenté en tant que garde du corps de l’un des Douze, il devrait normalement se trouver auprès de son maître ; et une porte verrouillée annihile sa capacité d’agir rapidement pour la protection de ce dernier. Pour Lara, cela confirme l’hypothèse que tout le bâtiment sait qu’ils sont là. Trois pièces font donc encore partie de la liste des suspects. Priant intérieurement pour qu’ils ne soient pas en train de commettre une terrible erreur, elle commence à descendre les marches, suivant de près Alexandre. C’est alors qu’un petit bruit métallique, porté en écho, lui parvient aux oreilles. Intriguée, elle relève la tête et scrute l’autre côté du hall. Alexandre s’est arrêté ; lui aussi a entendu, et ça n’indique rien de bon. Tous deux aperçoivent alors un enfant, en face, près de la porte du troisième étage. Dans ses mains, un xylophone.

- Kal ! appelle le plus discrètement possible le jeune homme.

Pourquoi est-il sorti de sa cachette ? Il ne devait pas bouger avant que Croft et lui ne reviennent !

- Ne reste pas là, c’est trop dangereux !

Mais l’enfant ne l’écoute pas. Sans dire un mot, il ouvre la porte et disparaît dans l’obscurité.

- Kal, non ! Attends ! C’est pas vrai !

Alexandre se précipite à la poursuite du petit garçon, talonné par Lara qui réalise que les ennuis vont arriver plus vite que prévu. Ils gravissent les marches à la vitesse de l’éclair et s’engouffrent tout aussi vite dans le passage resté ouvert. Alors qu’elle ralentit par prudence, il continue sa course effrénée. Quelle importance, puisqu’ils sont déjà repérés ? Autant éviter les dégâts collatéraux pendant qu’il en est encore temps. Lara, quant à elle, remarque que le couloir qu’ils sont en train de traverser est très différent des autres. Pas un seul millimètre de poussière, des chandeliers bien alignés… aucun doute, si les Douze ont pu passer quelque part, c’est bien par ici. Un mauvais pressentiment l’assaille soudainement. Qu’est ce que qu’elle peut détester cette sensation ! Mais puisque nul retour en arrière n’est désormais possible, elle ne peut plus que plonger tête la première dans la gueule du loup. Ou, techniquement, dans le passage que dévoile la porte ouverte droit devant. Alexandre est déjà sur place, immobile. Lara allait lui en demander la raison lorsqu’un bref coup d’œil à travers la pièce lui fournit la réponse. Tranquillement assis à une table, douze hommes et femmes dévisagent les intrus. Certains semblent les juger, d’autres les foudroient du regard, et la tension ressentie par le pesant silence perdure jusqu’à ce que l’un d’eux prenne la parole.

- Je me dois de vous féliciter. Aucun étranger n’avait réussi jusqu’à présent à parvenir jusqu’à nous. Bien que c’eut été notre but en ce qui vous concerne. Je suis Héphaïstos, Aîné du Conseil des Douze. Et votre manque de réaction me confirme que vous savez déjà des choses à notre sujet.

Ça aurait pu être un bon moment pour lancer cette fameuse grenade paralysante, mais Alexandre est, comble de l’ironie, lui-même totalement pétrifié.

- Mais que je me sois trompé ou non sur votre compte, les choses reviennent au même : nous ne tolérons aucune interférence. Tous ceux qui ont le malheur de croiser notre chemin sont liés par le même destin.

Voilà qui ressemble à s’y méprendre au moment où le méchant annonce qu’il va tuer le gentil et que seul un miracle pourrait le sauver. Loin de se trouver dans le même état que son compagnon, Lara s’empare de ses pistolets et les pointe sur le faux dieu.

- Je suis seule juge de mon destin, et je refuse que l’on choisisse les tournants de ma vie à ma place !

Mais quelque chose cloche. Les comparses d’Héphaïstos ne semblent pas le moins du monde effrayés. C’est peu dire s’ils n’ont pas levé un sourcil. A vrai dire, de l’amusement peut se lire dans les yeux de certains. C’est le genre de regard qui vous défie d’agir tout en vous disant « Pauvre imbécile, contre qui crois-tu commettre un tel sacrilège ? » d’un air à la fois noble et prétentieux. Héphaïstos se lève, le visage fier, et continue son monologue comme si de rien n’était.

- Votre apparition aurait pu passer aussi inaperçue qu’une fourmi sous le pied d’un Titan. Mais en ces temps présents, après tant d’avancées, je doute que cela soit une coïncidence. Votre arrivée est un présage. Bon ou mauvais, vous seuls pourrez me le dire. Vous préférez taire votre langue ? Fort heureusement pour nous, votre volonté n’est pas nécessaire.

Quelque chose tombe soudain au sol. Prise de vertiges, Lara lâche malencontreusement ses armes, incapable de les retenir. Peu à peu, la vision se trouble, les visages se voilent, les voix s’entremêlent, puis tout redevient clair. L’archéologue est parfaitement consciente, mais son corps refuse de lui obéir. A ses côtés, Alexandre, subissant le même sort. Et entre les deux, la grenade paralysante, ouverte. Qui l’a prise et l’a jetée au nez et à la barbe de tous, c’est sans importance. Car ils sont désormais prisonniers.
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MessagePosté le: Ven 25 Aoû 2017, 18:08    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre IX

L’interrogatoire




D’un claquement de doigt, deux hommes apparaissent dans la pièce. Leurs visages inexpressifs indiquent qu’ils sont probablement sous Ambroisie. Sans un mot, chacun s’empare de l’un des corps à leurs pieds et l’emporte façon sac à patate après l’avoir débarrassé de ses armes pour la dame et de son sac pour le monsieur. Trop aimable. Même en sachant que la lutte est vaine, Lara tente de reprendre le contrôle de ses membres en usant de toute sa force mentale. Chaque échec la fait à la fois bouillonner de rage et désespérer de son incompétence. Le parquet défile sous ses yeux résignés. Elle restera dix minutes dans cet état, et quoi que les Douze aient décidé de lui faire subir, ils auront largement le temps de le faire. Héphaïstos, ou quel que soit son véritable nom, a clairement fait comprendre qu’il les interrogerait. Pourquoi faut-il toujours que chaque parti ait la même idée ? Lara sait que les Douze ne tireront rien d’elle : Alexandre a bien fait de ne rien lui dévoiler sur son organisation. Ce dernier, en revanche, sera très rapidement ciblé une fois qu’ils auront compris qui a engagé l’autre. Les informations qu’il détient, indépendamment de son rang hiérarchique, pourraient compromettre toute l’opération s’il venait à parler. Alexandre est un homme doux qui n’utilise la force qu’en dernier recours. A-t-il seulement déjà été soumis à la torture, au chantage ou aux interrogatoires musclés ? Hélas, aucun des deux ne peut tenter quoi que ce soit pour s’en tirer. Leurs porteurs descendent l’escalier du hall puis se dirigent vers son jumeau avant de s’arrêter devant la première porte. Arrive alors le gardien d’Icare, fraîchement libéré, son arme tout juste récupérée à la main. Ses yeux, d’un bleu électrique, fixent l’archéologue d’un air sadique. Un sourire en coin, il ouvre la porte, dévoilant un nouvel escalier.

- Nous avons aménagé le sous-sol assez récemment, confie-t-il à voix haute, j’espère que la décoration sera à votre goût.

Les capturés voient, lentement, la lumière du hall disparaître au fur et à mesure de leur descente vers leur future prison. Ils sont ensuite allongés sur ce qui semble être des tables d’opération. Du sol, les yeux sont maintenant rivés sur le plafond. Héphaïstos apparaît dans le champ de vision de Lara ; la lueur dans le regard qu’il lui lance ne présage rien de bon.

- Allez me chercher deux petites doses, ordonne-t-il sans quitter des yeux son imminente cobaye.

L’un des deux soldats, d’un pas aussi lourd que grotesque, tourne les talons et quitte la pièce. L’Aîné des Douze se détourne alors de sa proie pour s’adresser à ses collègues, qui l’avaient tous suivi jusqu’ici :

- Dans quelques instants, mes frères et mes sœurs, nous saurons si notre prévoyance était juste.

Personne ne prête attention au « humpf » dédaigneux d’Arès, qui aurait préféré comme à son habitude voir le sang couler. Il se voit cependant fusillé du regard par Héra, visiblement dérangée par un tel manque de tenue.

- Votre attitude est indigne d’une divinité, lui reproche-t-elle, le Conseil a pris cette décision que vous le vouliez ou non. Tâchez de vous en montrer respectueux. Ne salissez pas l’honneur de notre ordre par votre orgueil.

Quelques sourires satisfaits de voir le dieu de la guerre remis à sa place s’affichent sans la moindre dissimulation. Héphaïstos se tourne ensuite vers son garde du corps.

- J’ai été surpris de constater que mes ordres n’avaient pas été suivis à la lettre. Attenter à la vie de cette intruse ne faisait pas partie du plan.
- Cette femme me semblait trop dangereuse pour vous approcher. Je n’ai fais que ce qu’il me paraissait nécessaire pour la sûreté de l’Olympe, assure l’homme d’un ton neutre.
- Et c’est pour cette raison que je fermerais les yeux sur ton initiative. Tes prédécesseurs n’ont pas tous eu droit à cette chance, et seule ta loyauté m’a poussé à te l’accorder. Ne sois plus jamais la cause de mon désappointement.
- Je vous promets que je ne vous décevrais plus, Monsieur.

Le gardien se penche sur Lara, la dévisageant sans la moindre délicatesse, et lui reprend ses lunettes de soleil. Le regard à nouveau caché derrière les verres ténébreux, il retourne sur ordre de son maître auprès de son infernal mécanisme. Au même moment, le soldat fait son retour, une seringue dans chaque main. Sentant son cœur s’accélérer sous la panique, Lara tente de calculer combien de temps encore elle sera sous l’effet de la paralysie. Cinq minutes, tout au plus. Mais, dans ce genre de situation, cinq petites minutes peuvent paraître les plus longues au monde. L’aventurière est la première à proximité, aussi les occupera-t-elle peut-être une ou deux minutes. Mais quand ils constateront son ignorance, ils se tourneront vite vers Alexandre. Elle peut entendre les respirations saccadées et paniquées de ce dernier, preuve qu’il s’agit de son premier interrogatoire. Elle aimerait pouvoir détourner la tête, tout simplement, ne serait-ce que pour le voir, le rassurer d’un regard fort et brave comme elle sait les faire. Ils sont si proches, et pourtant si loin l’un de l’autre. Le soldat s’approche et confie les seringues à Héphaïstos, qui affiche un sourire triomphant.

- Ce que vous voyez, commence-t-il, est une synthétisation d’un fluide antique nommé Ambroisie. Elle n’a jamais eu les effets originaux qu’on lui escomptait, mais son pouvoir sur les Hommes est fascinant. Elle peut rendre n’importe quel belliqueux plus docile qu’un chien. Sa conscience est écrasée et ses capacités renforcées. Mais ne vous inquiétez pas : la dose que je vais vous injecter est bien trop faible pour vous plonger dans cet état. Nous avons besoin de votre mémoire et de votre langue. Quoi que je veuille savoir, vous me répondrez : toute lutte est vaine.

L’aiguille perce la peau de l’archéologue qui, à première vue, ne constate aucun changement.

- Je vais commencer par une question simple. Quel est votre nom ?

Mais, à sa grande surprise, aucun mot ne sort de la bouche de la femme. Elle ne semble même pas lutter. Pourtant, cette dose est plus que suffisante pour faire parler le plus entraîné des espions.

- Je répète, quel est votre nom ?

Là encore, aucune réponse. Lara elle-même est surprise de ne ressentir aucun effet, et il semblerait, à la vue du regard déstabilisé d’Héphaïstos et à l’écoute des nombreux murmures alentours, que ce soit la première fois qu’une telle chose se produit. Mais pour une fois, elle aurait préféré ne pas être l’exception à la règle : conscient qu’il ne tirera rien d’elle, le maître des lieux se dirige d’un pas dramatique vers sa prochaine victime, et lui injecte à son tour l’infime échantillon d’Ambroisie.

- Quel est votre nom ? demande-t-il à nouveau mais cette fois en s’adressant au jeune homme.
- Alexandre Aumontier.

Les yeux du français s’écarquillent de stupeur. Ses paroles sont sorties toutes seules, contrant sa volonté même, et ce à une vitesse fulgurante. A faible dose, l’Ambroisie est un redoutable sérum de vérité et Alexandre vient d’en faire l’expérience.

- Pourquoi vous être introduits dans ce bâtiment ?
- Nous voulions espionner la réunion des Douze en espérant récolter des informations.
- Quel genre d’informations cherchiez-vous ?
- Vos intentions envers l’Humanité ainsi que la vraie nature de l’Ambroisie.

Lara n’en revient pas. Alexandre est devenu un véritable moulin à paroles prêt à dévoiler tout ce qu’il sait.

- Quels sont vos liens avec cette femme ?
- J’ai engagé Miss Croft il y a quelques heures pour m’aider à combattre l’Olympe.
- Croft…

Les yeux d’Héphaïstos se posent à nouveau sur Lara, la fixant intensément, ce qui met très mal à l’aise cette dernière. Ce n’est pas le genre de regard que l’on adresse à une personne inconnue. Aurait-elle déjà rencontré cet homme dans le passé ? Non, elle s’en souviendrait forcément. Après quelques secondes, il détourne les yeux et continue son interrogatoire.

- On m’a fait part de l’éventualité d’un agent double dans nos rangs. Est-ce vrai ?
- Oui.
- Quel est son…

Au moment où Héphaïstos allait terminer sa phrase, Hermès l’interrompt subitement : le Conseil des Douze est demandé face aux Trois. Immédiatement. Le quadragénaire ravale sa frustration et autorise l’assemblée à quitter les lieux. Avant de disparaître à son tour, il observe une dernière fois le visage de Lara.

- Vous lui ressemblez beaucoup.

L’écho du claquement de la porte signe la fin définitive de la conversation. Ce n’est qu’à cet instant précis que les effets de la grenade paralysante s’estompent enfin, permettant aux deux compagnons de se relever.

- C’était moins une, souffle Alexandre, un peu plus et je trahissais ma cause.
- Vous n’y étiez pour rien, le rassure Lara, et nous sommes maintenant prévenus.

Vue sous de nouveaux angles, la pièce prend de l’ampleur. Lara remarque ainsi, alignée sur les murs, une dizaine de caissons métalliques. Poussée par la curiosité, elle s’en approche afin de mieux les observer. Elle laisse soudain échapper une exclamation stupéfaite : dans le premier caisson se trouve un homme. Guidée par un mauvais pressentiment, elle vérifie les caissons l’un après l’autre : tous contiennent un être humain. Elle reconnaît, dans le dernier, l’homme qui l’a agressée derrière le pressing.

- On dirait qu’ils sont en état de stase, constate-t-elle encore sous la surprise.
- Les Douze utilisent certainement cet endroit pour stocker quelques uns de leurs soldats. C’est pour ça que celui-là vous a retrouvée aussi vite.
- Ne restons pas là.

Alexandre acquiesce avant de se diriger vers la sortie. Fermée, évidemment. Un gros coup contre la porte le fait vivement reculer.

- Ils ont laissé le comité d’accueil, soupire-t-il.
- Vous ne pensiez quand même pas que ce serait si facile ?
- Qu’est ce qu’on fait, maintenant ? On enfonce la porte et on se la joue Matrix ?

Lara ne peut s’empêcher d’émettre un rire tandis que de loufoques images traversent son esprit. Mais Alexandre marque un point : leurs geôliers ont leurs armes, et sans elles, que peuvent-ils faire contre eux ? Et même s’ils venaient à les récupérer, elles ne serviraient à rien d’autre qu’à gaspiller des balles. Le souvenir de son agresseur imperturbable aux mains en miettes lui provoque des frissons. Comment battre des ennemis apparemment invincibles ? Toc toc ! Surpris, les prisonniers tournent la tête en direction de la porte. A moins qu’il n’en fasse exprès, le frappeur est très loin de posséder la force des soldats. Toc toc !

- Kal ? appelle le jeune homme dans le doute.
- Monsieur Alexandre ? répond la voix douce et inquiète de l’enfant.
- Bon sang, où étais-tu passé ?
- Je suis désolé, pleure-t-il presque, j’ai vu tous ces gens et j’ai eu très peur, alors je me suis caché !
- Petit, tente Lara, est ce qu’il y a quelqu’un avec toi ? Tu ne vois pas un homme quelque part dans le hall ?
- Non, je suis tout seul, vérifie l’enfant.
- Etrange, se dit-elle avant de reprendre à voix haute, écarte toi, nous allons enfoncer la porte !

Les deux compagnons se retrouvent par terre après avoir usé de leurs épaules plus qu’il ne le fallait. Se relevant vite, au cas où le bruit attirerait un éventuel assaillant, ils remarquent avec stupeur le sac d’Alexandre, posé le plus naturellement du monde au pied du mur. A l’intérieur, toutes ses affaires. Rien ne semble avoir été volé. Et, tout au fond, les armes de Lara. La jeune femme les récupère presque avec joie et les range dans ses holsters. Le bâtiment semble définitivement désert et les trois dernières âmes en profitent pour s’échapper. Cette expérience aura apporté son lot d’éléments étranges à Lara, qui se demande encore pourquoi leur garde est parti. Sans doute sur ordre de son maître qui pensait qu’ils ne pourraient pas s’enfuir ? Peut-être. Les dernières paroles d’Héphaïstos lui reviennent alors en tête. A qui faisait-il allusion en la fixant si bizarrement ? Et surtout, pourquoi l'Ambroisie s'est-elle révélée inefficace contre elle ? Encore un mystère, et de ceux dont elle sait qu’elle n’aimera pas la réponse. Le trio suit les croix que Lara avait précédemment tracées et sort sans encombre du bois. Le soleil débute sa montée dans le ciel, les premiers rayons de la journée illuminant tel un joyau la rosée du matin. Très vite, l’herbe fait place au trottoir, puis aux marches d’un immeuble. Lara ouvre doucement la porte de l’appartement, et n’est qu’à moitié surprise de trouver Zip, bien réveillé, assis dans le fauteuil, brandissant le mot fluorescent et dévisageant Alexandre d’un œil méfiant.

- Je vais tout expliquer, lui annonce-t-elle.
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MessagePosté le: Mar 05 Sep 2017, 15:44    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre X

Craintes




Cela fait dix minutes que les Douze patientent, cloîtrés dans cette salle qu’ils connaissent si bien. Ces derniers temps, les Trois se sont faits discrets, n’apparaissant que rarement en public. En ce qui concerne le Seigneur Zeus, c’est une attitude tout à fait habituelle, ayant selon toute vraisemblance toujours apprécié la solitude. Mais pour les autres, cela devient intriguant. Héphaïstos ne se rappelle encore que trop bien de leurs interventions. Ils venaient aux nouvelles au moins deux fois par jour, s’enquérant des avancées des recherches et du gonflement des troupes. Ils assistaient à chaque test de l’Ambroisie sur un cobaye hasardeux, n’hésitaient pas à s’inviter aux réunions officielles, et parfois descendaient de leur demeure pour confier en personne une mission à l’un des Douze. Et maintenant, plus rien. D’aussi loin que l’Aîné se souvienne, les réunions totales, regroupant les Douze et les Trois au complet, se comptent sur les doigts d’une main. Et lorsque c’était le cas, ladite réunion prenait une importance capitale. Jamais les Trois n’ont pris la parole au hasard, et encore moins celui que tous vénèrent. Et si les trois plus grands parmi les plus grands ont demandé une telle assemblée, c’est que quelque chose se prépare. Fidèle à ses habitudes, Héphaïstos observe d’un œil discret les différentes expressions qu’arborent les visages de ses camarades. Héra se maintient droite et fière, mais ses lèvres légèrement pincées trahissent son inquiétude. Assise sur l’un des trois divans de marbre placés stratégiquement dans la pièce, Déméter discute à voix basse avec Hermès, agrippant de sa main gauche ses cheveux roux tressés en signe d’appréhension. Le regard faussement vide de Perséphone, adossée contre un mur, ne cesse de passer de la porte à ses mains gantées. Même Arès, si confiant et « fidèle » à ses supérieurs, ne peut empêcher son pied de taper anxieusement le carrelage blanchâtre. Quelles que soient les pensées et convictions de chacun, le sentiment présent est unanime : tous craignent les Trois. N’importe qui pourrait facilement le dissimuler et le faire interpréter comme une forme de respect, par ailleurs n’importe qui pourrait être disposé à le croire, mais il n’en est rien. Ce n’est pas tant la crainte de la mort ou du jugement qui les anime, que celle de la redevance. Sans les Trois, sans l’Olympe, les Douze ne seraient rien. Avant d’accéder à cette place dont ils sont si fiers, cette place qui, malgré l’apparente situation, comble le vide qui autrefois oppressait leur cœur, ils n’étaient que douze cloportes parmi les 6 milliards qui grouillent sur cette planète. Oui, les Trois leur ont tout donné, et mieux vaut ne jamais leur offrir l’occasion de le leur rappeler. Son prédécesseur en ayant pâti par le passé, Héphaïstos est déterminé à ne pas commettre la même erreur. Indéfiniment, son visage reflètera calme et sérénité. Indéfiniment, ses mots ne sortiront de sa bouche qu’après une heure de réflexion. Son âme brûle d’une toute autre flamme, mais si c’est le prix à payer pour avoir un jour une chance d’atteindre la Divinité, ainsi soit-il. Néanmoins, nul n’est à l’abri du jugement des Trois, et au vu des récents événements, il y a peut-être de quoi s’inquiéter. Un bruit dans le fond de la pièce attire soudain son attention. Un grincement. Son regard se lève aussitôt sur la grande porte de bois sculpté, sur le point de s’ouvrir. Les autres l’imitent, retenant leur souffle. La porte est désormais grande ouverte, dévoilant un homme d’une éclatante pâleur et aux longs cheveux noirs. Ses yeux, d’un vert particulièrement intense, inspectent chaque visage, presque comme pour sonder les âmes s’y cachant. Une sensation si désagréable pour autrui, mais si jouissive pour lui. Il s’avance, lentement, arborant comme toujours son rictus si reconnaissable. Le genre que peu apprécient, car on ne sait jamais ce qu’il signifie réellement. Il referme soigneusement la porte puis se tourne vers Héphaïstos, comme s’il savait qu’il était sur le point de prendre la parole.

- Vous nous avez demandé, Seigneur Hadès.
- C’est exact, confirme ce dernier.

D’un geste de la main, le « dieu des Enfers » convie l’assemblée à s’asseoir, ce qu’elle fait dans le plus grand silence.

- Où sont les Seigneurs Zeus et Poséidon ? ose Dionysos, intrigué de ne pas voir les Trois arriver en même temps comme ce fut toujours le cas.
- Je vous prie d’excuser mes confrères. Ils ne pourront être des nôtres aujourd’hui.

Les Douze se jettent mutuellement des regards, chacun constatant l’incompréhension des autres. Jamais les Trois n’avaient agi de la sorte auparavant. Lorsqu’ils annoncent une réunion, ils viennent tous. En particulier quand la demande émane de Zeus lui-même. Hermès avait été surpris d’entendre à nouveau sa voix dans sa tête, un son qui ne l’avait plus effleuré depuis un moment. Héphaïstos était sur le point d’arracher une information de grande importance au prisonnier, mais l’autorité de Zeus importe plus. Et les voilà, avec pour seule compagnie le plus jeune des Trois annonçant que les autres ne tiendront pas leur engagement pour la toute première fois.

- Ce qui, je dois l’avouer, m’arrange quelque peu. Allons, levez la tête, que j’admire encore ces visages que je n’ai pas vus depuis si longtemps.

Tous obéissent dans la seconde qui suit, cette fois guidés par l’habitude plus que par la crainte. Si Héphaïstos n’avait pas le contrôle de chaque muscle de sa figure, ses sourcils se seraient froncés à ce commentaire. En quoi l’absence de deux des Trois pourrait bien avantager Hadès ? Ce dernier semble le fixer plus que d’ordinaire ; peut-être est-ce dû à la paranoïa qui commence à le gagner mais il est certain qu’il décèle la vérité derrière son masque d’impassibilité.

- Voilà bien des semaines que je n’honore plus ce cher Conseil que vous formez de ma présence. Il est vrai, comme vous le savez tous, que nous nous impatientons. Que les résultats obtenus jusqu’à présent n’ont jamais égalé nos espérances. Néanmoins, vous avez habilement su tirer profit de chaque échec pour le transformer en semi victoire. Et ces progrès, bien que fort lointains de ceux que nous attendions, se sont avérés d’une surprenante utilité. Vous savez comment est Zeus, à toujours détester les contretemps et les imprévus. Mais moi, je vois ce qu’il refuse d’accepter. Je discerne parfaitement le potentiel de l’Ambroisie actuelle. Et je suis certain qu’avec le temps et la motivation nécessaire, elle sera à même de nous mener à ce que nous cherchons.
- Mais sans les Clés, intervient Apollon, nous n’avons aucune chance de rétablir l’équilibre.

Hadès tourne les yeux vers son interlocuteur, qui regrette presque d’avoir pris la parole. Mais il se détourne ensuite de lui, comme si de rien n’était.

- C’est précisément pour cela que je vous ai convoqué. Nous avons commis l’erreur de goûter à l’Ambroisie sans les clés la pourvoyant de son véritable pouvoir. Depuis, nous les recherchons sans relâche. Nous avons déjà en notre possession la première Clé. La deuxième nous a hélas échappé il y a longtemps. Quant à la troisième…
- Vous l’avez trouvée ? interroge Perséphone après un instant de silence.
- Nous l’avons trouvée, réplique-t-il dans un long sourire.

***

- Et c’est à peu près tout ce qui s’est passé.

Zip et Winston ont écouté pendant vingt minutes le récit des dernières aventures de Lara Croft, toujours prête à se mettre dans de beaux draps. L’informaticien, profondément affalé dans son fauteuil, a longuement hésité entre la sermonner sur son imprudence, sur le fait de ne pas l’avoir prévenu en face – parce que non, un mot ce n’est pas pareil que la voix d’une personne – ou encore sur son inévitable penchant pour les combats perdus d’avance, mais il a finalement choisi de taire sa langue. Après tout, elle est revenue en un seul morceau, ce qui est déjà pas mal la connaissant.

- Je vois, soupire-t-il en posant son regard sur Alexandre.

Si Alister avait su qu’il avait un frère, il aurait sans doute sauté de joie après s’être posé mille et une questions. Il se souvient encore de cette conversation il y a deux mois, quand il lui avait demandé pour rire s’il comptait sortir un jour de sa bibliothèque et rencontrer de jolies filles. Et sans qu’il ne s’en rende compte, la discussion est vite partie sur le thème de la famille, où l’historien avait alors fait part de son regret d’être né fils unique. Et voilà qu’une semaine après sa mort, un frère caché débarque avec une histoire de secte divine et de drogue mythologique. Au début, il en aurait sans doute été effrayé, mais qu’est ce que ça lui aurait plu par la suite ! En temps normal, Zip se serait méfié de cet homme, lui aurait demandé des preuves de la véracité de ses propos, et même après les avoir reçues serait resté sceptique un bon moment avant d’accepter la vérité. Mais pour une fois, il en est incapable. Une part de lui restera toujours aux aguets, mais pour une fois, il est disposé à croire sur parole. De telles similitudes physiques ne peuvent se trouver qu’entre les membres d’une même famille. Il est certes plus grand et un peu plus baraqué, mais Alister aurait sûrement eu une carrure similaire en allant à la salle de sport. Zip détourne le regard, le souvenir de son ami l’emportant sur sa vue. Cet ami dont il assistera à l’enterrement demain matin.

- Ecoute, Lara, annonce-t-il en se levant, je… il me faut un peu de temps pour… ça.
- Je comprend, acquiesce-t-elle en le regardant partir vers sa chambre.
- Que faisons-nous, maintenant ? demande Winston jusqu’ici imperturbable.
- Je crains que nous ne soyons plus en sécurité ici, s’inquiète Alexandre, si ce soldat a pu retrouver Croft aussi facilement alors que je ne l’ai contactée qu’une fois, il est probable que ses maîtres sachent où nous sommes en ce moment.
- Si vous avez une idée, suggère l’archéologue, c’est le moment.
- J’ai réussi à contacter mon ami. Nous sommes tous les deux d’accord sur le fait que notre sécurité à tous est compromise. C’est pourquoi je propose ceci : l’Olympe n’est pas la seule à disposer de planques. Nous aussi. Une fois que nous aurons atteint l’une d’elles, nous rejoindrons le QG de mon organisation.

Les yeux de Lara se mettent à briller d’un vif intérêt tandis qu’une intuition émerge dans son esprit. Alexandre, semblant avoir deviné ses pensées, les confirme :

- Il est temps que vous sachiez pour qui vous travaillez.
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MessagePosté le: Lun 11 Sep 2017, 12:43    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre XI

Les fantômes du passé




- Je vous préviens, si je retrouve mon appart en flammes à mon retour, ce sera votre faute à tous les deux !
- On le sait, Zip, on le sait.

La petite troupe réunie derrière la pharmacie s’apprête à entrer – une fois de plus pour certains – dans les égouts. Alexandre les connaît comme sa poche, lui qui a passé des semaines entières à les étudier. Il le faut bien s’il ne veut pas se perdre, il doit connaître les chemins menant aux différentes caches sur le bout des doigts, comme ses collègues. De toutes celles qui sont recensées, seules trois sont reliées aux égouts, et chacune possède une sortie alternative menant au QG. Lara descend la première, arme en main et parée à toute éventualité. Elle jette un rapide coup d’œil aux alentours puis indique que la voie est libre. Le petit Kal est invité à la rejoindre en priorité ; ensuite vient le tour d’un Winston visiblement indisposé par l’odeur ambiante, contrairement à Zip qui le suit sans broncher. Alexandre ferme la marche en s’assurant une dernière fois qu’ils ne sont pas suivis. Il reprend ensuite la tête du groupe, prêt à servir de guide à travers les tunnels labyrinthiques.

- Mon ami va prévenir nos collègues de notre venue. Je vous conseillerais donc de ne pas toucher à vos armes lorsque nous serons arrivés, histoire qu’ils ne se sentent pas trop menacés.
- Je tâcherais de m’en rappeler.

Après une heure de marche et d’innombrables virages et carrefours absolument impossibles à différencier, le groupe s’engouffre dans un cul de sac dont l’un des murs s’avère disposer d’un très joli trou, dévoilant un passage creusé à même la terre.

- J’ai du mal à croire que le personnel d’entretien soit passé à côté de ça, commente Lara.
- L’homme qui s’occupe de ce secteur est l’un des nôtres. Il s’est porté volontaire pour ce travail afin de nous éviter les diverses gênes que pourraient occasionner les visiteurs inopportuns.

Les compères continuent le voyage en silence, jusqu’à arriver au bout du tunnel. Là encore, un cul de sac. Alors que les hommes se demandent comment ils vont sortir, Lara observe attentivement Alexandre glisser sa main sur la paroi terreuse avant d’appuyer sur un bouton parfaitement dissimulé, tout autant que la porte métallique qui vient d’abandonner son camouflage brunâtre. Mais il ne l’ouvre pas. A vrai dire, comment le pourrait-il puisqu’elle ne possède pas de poignée ? Il semblerait qu’elle ne puisse être ouverte que de l’intérieur. Le jeune homme frappe une fois avant de donner quatre petits coups rapides. Il s’agit vraisemblablement d’un code. Une toute petite fenêtre s’ouvre, laissant voir deux grands yeux noirs.

- Mot de passe ?

Les lèvres d’Alexandre bougent, mais il parle bien trop bas pour que ceux ne se trouvant pas à deux centimètres de lui l’entendent. Quelques secondes plus tard, un bruit de poignée se fait entendre, et la porte s’ouvre. Un géant de deux mètres apparaît, autorisant le groupe à entrer dans ce qu’il semble être la cave d’une maison.

- J’ai entendu dire qu’il t’était arrivé de sacrées bricoles.
- Ça, tu peux le dire. Je te raconterais plus tard, je dois amener ces personnes tu sais où.

L’homme acquiesce d’un signe de tête avant de se diriger vers le fond de la pièce. Alexandre lui emboîte le pas, suivi de près par les autres, jusqu’à une étagère remplie de bouteilles de vin.

- Le bon classique, songe Lara, il suffit de déplacer la bonne bouteille pour libérer le passage.

Mais elle se ravise aussitôt face au rituel qui s’offre à elle : ce n’est pas une, mais cinq bouteilles que le garde échange les unes avec les autres dans un ordre précis. Et ce n’est pas un ordre basique du style « la bouteille n°1 prend la place de la bouteille n°2 tandis que la n°3 prend celle de la n°4 ». Non, elles changent toutes continuellement de place pendant vingt secondes. Aux yeux des non initiés, il n’y a aucune logique là dedans, on s’y perd très vite. Mais nul doute que pour les autres, tout est calculé adroitement. La danse de verre s’achève enfin pour faire apparaître un nouveau passage.

- On a déjà changé de code ? fait remarquer Alexandre légèrement surpris.
- Oui, il y a six jours. Tu sais, ça fait presque un mois que tu n’es pas revenu.

Un mois ! Il ne s’était pas rendu compte que le temps avait passé si vite, seul dans les égouts. Heureusement que les gardes des différentes planques connaissent toujours le code qui, par mesure de précaution, change toutes les trois semaines, autrement accéder au QG serait bien plus laborieux pour ceux qui s’absentent longtemps.

- Nous sommes presque arrivés, annonce le jeune homme, j’ai choisi de nous faire passer par cette cache parce qu’elle est la plus proche de notre base.

La troupe reprend son chemin dans un couloir visiblement plus élaboré : des murs en béton, des ampoules bien alimentées en électricité, et surtout un carrelage couvert d’un grand tapis rouge bordeaux. Si ça, ce n’est pas le signe qu’ils approchent de l’arrivée, qu’est ce qui pourrait bien l’être ?

- Nous y sommes.

Deux grandes portes noires s’offrent à leur vision, n’attendant plus que d’être ouvertes.

- Bienvenue au Lux Veritatis.

***

Héphaïstos repose le verre qu’il avait en main après en avoir bu le contenu rougeâtre. Depuis la visite du Seigneur Hadès, ses pensées se mélangent et s’entrechoquent. Tant d’informations à prendre en compte, et si peu de temps pour parfaitement les assimiler et les comprendre. La veille, il s’était levé oppressé d’un étrange pressentiment. Et maintenant, une seule chose l’obsède : elle. Au début, il se refusait à l’admettre. Après tout, son nom n’est pas unique. Elle aurait pu être n’importe qui. Elle aurait pu être une autre. Mais ce visage, ces yeux… cette femme toute entière… Il ne peut plus s’absoudre à l’évidence : ELLE est revenue le hanter. Elle réclame vengeance. Et elle a raison. Lorsqu’il l’a vue pour la toute première fois, il savait, au plus profond de son être, qu’elle serait un modèle pour lui, que son exemple le guiderait pour le reste de ses jours. Puis il a fallu que ÇA arrive. Et le voilà désormais à la tête de ceux qu’autrefois elle commandait.

- Toi seule méritais de porter le nom d’Héra. Toi seule savais comment répondre aux exigences des Trois. L’Ambroisie aurait pu être tienne car de nous tous, tu étais la plus méritante. Puis il a fallu que tu prennes cette décision qui a bouleversé à jamais tout ce que nous étions, tout ce que l’Olympe était.

Il se tourne vers une boite de chêne à dorures sculptées main, et en sort une feuille de papier jauni par le temps. Il y observe le portrait de cette femme, si douce, noble et fière, cette femme qu’autrefois il adulait, et qu’il a lui-même immortalisée dans toute sa splendeur des années plus tôt.

- Amélia Croft.
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MessagePosté le: Mer 13 Sep 2017, 15:37    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre XII

La Clé




- Continuons !

L’homme s’enfonce encore plus profondément dans les ruines. Les Douze l’ont mis à la tête de l’expédition et envoyé dans les profondeurs de cette montagne. Ses lunettes de soleil fétiches remontées sur son crâne chauve, il découvre ces immenses cryptes que personne avant lui ne semble avoir foulées. Personne, exceptés bien sûr ceux qui ont construit ce magnifique panthéon étonnement bien conservé pour son âge. Plus aucun doute n’est permis : la Clé se trouve bel et bien ici. C’est pour elle que l’organisation entière a quitté la Grèce et pris place en Angleterre. C’est ce qu’elle fait à chaque fois qu’elle pense avoir découvert l’emplacement de l’une des Clés, et jamais elle ne s’est trompée. D’après la légende qu’ont rapportée les Trois, il en existe cinq. Ils ont trouvé la première – et la seule qu’ils possèdent – il y a un peu plus de trente ans après de longues fouilles sous le Mont Olympe. Comment ont-ils su qu’elle s’y trouverait, nul ne le sait. La deuxième était cachée en France, et s’ils l’ont eue en leur possession quelques temps, elle a cependant mystérieusement disparu il y a trois ans. Et aujourd’hui, une fois de plus, leurs prédictions les ont menés à l’objet de leur convoitise. Si les Trois eux-mêmes n’en avaient pas été persuadés, le gardien d’Icare aurait abandonné après ces longues heures qu’il a passées à chercher un quelconque indice. Et grâce à son acharnement, il a fini par découvrir l’entrée d’une cavité souterraine bien dissimulée. La montagne est gigantesque, et les chances que les recherches portent si vite leurs fruits étaient vraiment minces, mais cette même chance semble avoir décidé de lui sourire de nombreuses fois ces derniers temps. Inutile de dire qu’il en est ravi. La vue s’offrant à lui est absolument majestueuse : au cœur de cette immense crypte trône fièrement cette somptueuse construction antique, entourée de plusieurs dizaines de piliers enflammés. Le plus époustouflant, c’est la couleur verdoyante des flammes, qui ne peut vraisemblablement être due qu’à l’aura dégagée par un objet divin. Le garde du corps commence à descendre les premières marches de l’escalier menant à cette cour grandiose, tandis que ces étranges flammes jaillissent des nombreuses cavités latérales pour éclairer son chemin et, symboliquement, annoncer sa venue aux esprits du passé qui se sont dévoués à ce lieu. Les six soldats lui servant de comparses le suivent dans le plus grand silence. Ils ne prononcent jamais un mot, si bien qu’il pourrait aisément se croire seul au monde, et tant mieux. Il n’a nullement besoin d’écouter ou de converser avec des expériences ratées. Les Trois ont goûté l’Ambroisie de leur vivant, aussi se demande-t-il encore aujourd’hui pourquoi le Seigneur Zeus tient absolument à ce que les tests ne soient produits que sur des morts. Il n’est pas étonnant qu’ils ne soient plus doués de parole. Son prédécesseur lui-même ne semblait pas en savoir plus ; il lui est alors apparu inutile de chercher des réponses à des questions qui ne lui en apporteront sans doute jamais. Il suffit simplement de se dire que les Trois savent ce qu’ils font. Mais même en pensant ainsi, il peut arriver que ce mystère s’invite inopinément dans ses réflexions.

- Allons, reprends-toi, se dit-il avec une telle vivacité qu’il se fait sursauter lui-même, tu as une mission à accomplir, ce n’est pas le moment de tergiverser !

A nouveau pleinement concentré sur son objectif, il ne quitte plus des yeux l’immense panthéon qui se rapproche de lui au fur et à mesure de son avancée. Les flammes sont si proches de lui, pourtant il ne ressent pas le moindre changement de température. Du feu qui ne brûle pas n’est définitivement pas le fruit des lois de la Nature. Il ne reste plus que quelques centaines de mètres à parcourir que son cœur commence à palpiter de manière significative. Il parvient déjà à distinguer une gravure sur la façade supérieure, mais il est encore trop loin pour la voir parfaitement. Alors que ses pieds quittent la dernière marche, son attirance pour l’aura que dégage le cœur du panthéon s’accroît exponentiellement. Le voilà enfin, au milieu d’une cour cernée d’immenses flammes vertes, face à l’antique architecture qui l’appelle à s’approcher. Il lève les yeux vers la gravure qu’il avait aperçue plus tôt : il s’agit de mots en grec ancien.

- Le Maître du Soleil, traduit-il neutralement avant d’être envahi d’un étrange sentiment.

Absorbé par cet instant, il n’a pas le temps de réagir quand l’un des soldats s’empare soudainement du mécanisme solaire, qu’il avait emporté sur ordre de son maître Héphaïstos. Il le pose à terre et l’enclenche, libérant Icare et mourrant aussi silencieusement qu’il est venu. Le champ de force s’avère être aux mêmes dimensions que la cour et se mélange aux flammes qui s’élèvent de plus en plus haut jusqu’à devenir un véritable dôme vert et brûlant. Une lumière jaillit alors de l’intérieur du panthéon, comme si ce qui venait de se passer l’avait activée. Encore sous le choc, le gardien se tourne vers les autres soldats et sort lentement son arme. Jamais ce genre de choses n’était arrivé auparavant. Il commence maintenant à profondément se méfier de ceux qu’il ignorait totalement jusqu’à présent. Mais il sait que son pistolet est inutile face à eux, et il manquera très vite de munitions s’il décide de s’en servir. Ils étaient pourtant tous censés lui obéir au doigt et à l’œil ! Pourquoi une telle trahison ?

- N’aie pas peur, intervient une voix douce et féminine.
- Quelle est cette voix dans ma tête ? s’affole-t-il déboussolé.
- Tu n’as rien à craindre, approche.

La lumière se met à briller intensément, comme pour lui faire signe d’aller dans sa direction. Sous les encouragements rassurants de cette mystérieuse voix, il s’y dirige d’un pas qu’il ne peut décrire, comme s’il ne lui appartenait plus sans pour autant être contrôlé par quelqu’un d’autre. Il gravit les dernières marches menant à l’intérieur du panthéon et s’avance vers la lumière qui, près de le faire passer pour un fou, semble s’agiter, prendre vie devant lui.

- Ton destin est écrit depuis la nuit des temps, Maître du Soleil, murmure la voix, et tu vas maintenant en accomplir les prémices. Tu vas comprendre, comme les autres élus avant toi, ce que sont véritablement les Clés de la Divinité.

Une explosion de lumière aveuglante envahit la crypte entière tandis que retentit en un écho infini le hurlement du gardien.
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MessagePosté le: Mar 31 Oct 2017, 21:01    Sujet du message: Répondre en citant

Grande nouvelle : je me suis remise à l'écriture de cette fanfiction (ça ne se voyait absolument pas que j'avais arrêté). Alors au lieu de me maudire (en fait, faites le ou pas, ça ne changera rien) de vous avoir empli le cœur de faux espoirs après avoir vu le petit rectangle orange que vous attendiez tant, mes chers lecteurs (ou pas, je ne sais plus à quoi me fier depuis le peut-être passage en masse de bots), soyez patients : le chapitre 13 sera bientôt offert à vos petites prunelles !
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