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Dualité par Eléo

 
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Eléo
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MessagePosté le: Jeu 04 Sep 2014, 17:10    Sujet du message: Dualité par Eléo Répondre en citant


(Merci à The Croft Fan Studios pour la couverture - d’autres sont à venir)

Titre : Dualité

Synopsis : Lara Croft, une jeune aristocrate anglaise, a survécu au crash d’avion qui a emporté ses parents et son fiancé. De retour à Londres, la jeune « princesse » pure et naïve qu’elle était a changé. Les épreuves que Lara a affrontées dans les montagnes Himalayennes ont fait d’elle une survivante. Pendant une année Lara n’a cessé de s’entraîner et rencontrer des journalistes, des historiens voire des politiciens pour raconter son périple. Elle est d’ailleurs devenue une véritable vedette grâce à son best-seller où elle raconte son aventure ; non pas pour la gloire, mais parce que Cain lui a transmis sa passion de faire vivre l’Histoire à travers les mots. Lara n’a plus qu’un objectif : étancher sa soif de connaissance en parcourant le monde pour dénicher ses secrets et les faire partager. Mais ses proches voient davantage cela comme une façon de fuir ce qu’elle est réellement : une jeune fille fragile. Afin de prouver ses ambitions de découvrir les Légendes que Caïn lui a contées, et poussée par une étrange rencontre, Lara débutera une aventure dont les secrets enfouis pourraient faire basculer le destin de l’humanité et le sien ; en la hissant du statut de « survivante » à celui « d’héroïne » et de « légende ».

Trailer texte

- Ses fouilles à Angkor Vat progressent et visiblement elle approche du but.
- Ce ne sont que des os, Werner. Ça ne mord pas. Enfin... pas trop.
- Non. J’ai trouvé mieux.
- Qui ?
- Lara Croft.
- Qu’attendiez-vous, Miss Croft ? Des remerciements ? Cet escroc s’est servi de vous. Vous êtes trop naïve.
- Des créatures ancestrales pour qui leurs prétendants ont fait forger des artefacts de grande puissance.
- Tu es futée, mon chaton, et passionnée. J’aime ça.
- La sécurité de ce manoir laisse à désirer.
- Ça me passionne. C’est pour ça que j’aime autant votre roman. Vous faites vraiment vivre l’Histoire.
- J’en prends la responsabilité et à partir de maintenant, Lara Croft est sous ma surveillance.
- Peut-être en êtes-vous capable.
- Capable de quoi ?
- Protéger mon fils... et le monde.


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Chronologie de mes fanfictions : Origines - Dualité - Lux Apocalypsis - Création Ingrate DC

Il est donc conseillé de lire Origines avant de débuter Dualité, même si cela ne vous empêchera pas d’apprécier la lecture de Dualité et de comprendre son histoire - j’espère.
Cette fanfic se base sur certains éléments et personnages du jeu (époque Core) que je me suis permise d’interpréter à ma manière pour façonner mon propre univers Tomb Raider. En espérant que cela vous plaira.

Vous pouvez télécharger la fic dans son intégralité sur cette page


N’hésitez pas à poster un commentaire dans ce topic pour me donner votre avis.

A bientôt j’espère Very Happy
_________________
Fanfics :Origines - Dualité - Lux Apocalypsis - Création Ingrate DC


Dernière édition par Eléo le Jeu 27 Nov 2014, 12:48; édité 2 fois
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Eléo
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MessagePosté le: Jeu 04 Sep 2014, 17:11    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 1

La pelleteuse enfonça son énorme main d’acier dans la terre. Elle força le chemin entre les fleurs de jade qui se plièrent sous le métal. Puis la pelle souleva le parterre de fleurs et l’arracha sans ménagement, provoquant un frisson le long de la colonne vertébrale de Winston qui observait cette scène d’une fenêtre du manoir. Des fleurs d’une rareté hors norme, dont la pousse avait demandé de la patience et de la rigueur pendant des années. Tout cela réduit à néant en quelques secondes par des engins de chantier destructeurs et irrespectueux.
Winston soupira et repoussa le rideau pour chasser ce spectacle de sa vue. Des jours et des nuits que les travaux détruisaient le jardin Croft au profit de blocs, gouffres et autres nivellements de terrain. Le projet se nommait « Parcours d’entraînement » : une des dernières lubies de Miss Croft qui depuis un an déferlait ses idées et projets loufoques comme une vague tempétueuse. Ingérable comme elle était, le majordome peinait parfois à la suivre ou approuver ses désirs qui avaient entraîné des changements radicaux dans leur vie à tous les deux. Si le jardin Croft continuait de rayonner sur les parcelles nord du manoir, Winston restait très vexé et nostalgique de le voir ainsi en partie disparaître, comme si la pelleteuse s’enfonçait dans sa chair pour lui arracher une partie de son âme. Le majordome soupira et tourna les talons. Il marcha à vive allure vers un bureau où la sonnerie du téléphone résonnait avec insistance, comme souvent depuis le retour de Lara des montagnes himalayennes. Sûrement un autre journaliste désireux d’écrire un nouvel article sur « la survivante », ou « la miraculée ». C’est avec une certaine lassitude que la majordome décrocha.
-  Manoir Croft.
- Monsieur Smith, Simon Jenkins à l’appareil. Comment allez-vous ?
Il s’agissait bien d’un journaliste mais pas n’importe lequel. Simon Jenkins s’affirmait dans les locaux du Times en tant que rédacteur en chef. Ami de Winston et des Croft, il soutenait Lara grâce à des articles élogieux totalement opposés aux cancans ou torchons que d’autres crachaient dans leurs journaux.
- Je vais bien, merci, Simon .
- Je m’excuse, mais avez-vous des nouvelles de Miss Croft ?
- Toujours à Angkor Vat et d’après elle, proche du but.

* * *

L’explorateur grisonnant entra prudemment dans le couloir obscur et illumina les parois de sa torche enflammée. Les inscriptions et motifs se dessinèrent sous les teintes vespérales, contant l’histoire cachée du temple. Un sourire satisfait incurva les lèvres de l’archéologue. De son index libre, il remonta ses grosses lunettes rondes sur son nez avant de pivoter pour faire face au corridor : un boyau de ténèbres, étroit et menaçant. Il avança prudemment à pas de loup. Les crépitements réguliers de sa torche renforçaient l’ambiance angoissante. Les dessous d’Angkor Vat, un endroit inexploré dont il était le seul à fouler le sol depuis des centaines d’années. Enfin, lui et elle. D’ailleurs que faisait-elle ? Encore à traîner en retrait derrière lui, observant et farfouillant partout comme une touriste en excursion. Débutante. Mais force est d’admettre qu’il se trouvait ici grâce à sa proposition. Il garderait donc ses reproches et son mépris dans un coin de sa tête.
Il progressa dans le noir pendant presque cinq minutes, avec cette impression désagréable de s’enfoncer dans les entrailles de la Terre. La chaleur se faisait étouffante. L’explorateur saisit son chapeau de sa main libre, dévoilant sa calvitie, et épongea son front emperlé de sueur. Quelques pas plus loin, sa torche éclaira le fond du couloir : une paroi finement taillée de symboles et d’inscriptions. L’explorateur s’approcha, excité de toucher au but. Il reconnut sans mal les formes arrondies de la relique gravées dans la roche. Il était là, l’artefact, si proche... De part et d’autre on avait creusé des cavités dans la pierre, comme de grosses serrures. L’archéologue en suivit les bords, mais son inspection fut de courte durée. Le sol et les murs se mirent à trembler légèrement. Un nuage de poussière s’effondra, salissant le costume immaculé de l’explorateur qui recula. Quand des mains osseuses jaillirent soudainement du sol, l’archéologue poussa un cri de surprise. Il balaya l’obscurité de sa torche, illuminant aléatoirement les trois squelettes qui s’extirpaient du sable. Pas de chair, de muscle ou de tendon : juste des os parfaitement soudés entre eux par une magie inconnue, qui permettait à ces êtres maléfiques de se dresser. Ils brandissaient un bouclier et une épée rouillés, mais assez tranchants pour faire de gros dégâts dans une chair bien vivante comme la sienne. L’explorateur resta calme malgré la peur qui compressait son bas ventre. Il agita la torche vers les squelettes pour les effrayer - si tant est que ces créatures puissent être effrayées - illuminant leurs orbites creuses et leurs dents crasseuses. Inutile. Les spectres coururent vers lui, déterminés à le pourfendre. L’explorateur pivota pour prendre ses jambes à son cou, mais un coup de tonnerre résonna soudainement dans le couloir, précédant une lueur vive. Le crâne d’un des spectres explosa dans une myriade de cristaux osseux et son corps s’effondra dans le sable. Ces deux compagnons n’eurent pas le temps d’interpréter la situation que leurs têtes éclatèrent à leur tour, suite à deux tirs fatalement précis. L’explorateur, recroquevillé, sortit son visage de ses mains et détailla la silhouette élancée qui s’avançait vers lui. La jeune femme marchait posément, les bras le long de son corps, ses deux 9mm encore fumant. La lueur crépusculaire de la torche caressait ses courbes et lignes parfaites, des galbes des mollets fuselés serrés dans des bottes à boucles, jusqu’au creux des reins, aux épaules fortes et au visage d’une rare finesse. La jeune femme rengaina les deux pistolets dans les holsters attachés de part et d’autre de ses cuisses et s’immobilisa à côté de l’explorateur toujours à genoux dans le sable.
- Ce ne sont que des os, Werner, dit-elle en lui tendant la main. Ça ne mord pas. Enfin... pas trop.
Von Croy jugea un instant cette main avec un profond mépris. Son regard passa de la paume ouverte aux yeux de Lara Croft : deux noisettes malicieuses illuminées par les flammes. Un regard de feu qui l’électrisa - tout autant que l’opulente poitrine penchée vers lui et serrée dans le débardeur bleu. La vue ne lui déplaisait pas, mais il saisit tout de même cette main qui l’aida à se remettre sur pieds. Le quinquagénaire épousseta ses vêtements. Lara repoussa sa longue tresse brune dans son dos et le distança pour s’approcher de la paroi, ce qui lui offrit l’opportunité d’admirer les fesses parfaites de l’aventurière, moulées dans son short délicieusement court. Cette fille possédait d’avantage une place dans les défilés qu’au fond d’un temple. Elle commença à étudier le mur et les serrures. Werner s’empressa de la rejoindre.
- L’ouverture de cette paroi nécessite trois clés, expliqua-t-il. Il faut faire demi-tour.
Pour réponse, Lara bascula son petit sac à dos en cuir de ses épaules, l’ouvrit et en dégagea un crâne en or massif. Werner ouvrit des yeux ahuris, d’autant que deux autres crânes patientaient au fond du sac, tous les trois de forme et de taille adaptées aux serrures.
- Où les avez-vous trouvés ? questionna Werner en saisissant la relique.
- Là où vous ne vous êtes pas assez attardé.
Pour qui cette peste se prenait-elle ? D’accord, elle avait raison, mais quand même : blesser ainsi l’égo de Werner Von Croy, il fallait posséder un sacré culot et Miss Croft semblait en être fort bien équipée. Lors de ses interventions dans les médias à son retour des montagnes himalayennes, la jeune femme paraissait en effet bien enracinée sur ses deux pieds, avec un caractère fort et une grande confiance en elle : mais les journalistes savaient très bien valoriser les images et les gens. Faire passer une gamine aristocrate aux ongles manucurés pour une exploratrice intrépide était un jeu d’enfant pour eux. Quand cette dite gamine lui avait proposé une expédition à Angkor Vat en tant que professeur particulier, Werner s’attendait donc à supporter une jeune femme fragile et finalement peu assurée, qu’il traînerait sur le terrain comme un boulet enchaîné à ses chevilles. Mais force était d’admettre qu’elle était plus débrouillarde que prévu et correspondait tout à fait à la « survivante » ou la « miraculée » que présentaient les médias.
Quand les trois crânes en or se nichèrent parfaitement dans les cavités, la paroi se souleva pour dévoiler une vaste salle brièvement éclairée par une magie ancestrale. Lara et Werner avancèrent respectueusement. Bâtie en cercle, la caverne, haute de plafond, présentait en son centre un globe énorme représentant la Terre. Le globe tournait sur lui-même avec un bruit rocheux, mais restait inaccessible en raison du gouffre profond et large qui le séparait du contour dallé de la salle, où se trouvaient les deux explorateurs. Werner détailla la caverne avec fascination, pendant que Lara s’avançait vers un socle en pierre au bord du gouffre. Les inscriptions taillées dans la roche lui demandèrent une petite minute de réflexion pour être décodées.
- Je dois admettre que votre travail est exemplaire, Miss Croft, la félicita Werner. Vous avez presque dépassé le maître.
- « Presque » ? répéta Lara en continuant de déchiffrer les inscriptions.
Werner commençait à prendre goût à l’ironie de son élève. Quelle provocation exquise. Ses vieux os de cinquante ans semblaient retrouver leur vigueur de jeune homme.
- L’Iris sera une belle récompense, affirma-t-il.
Lara se releva, les sourcils froncés, visiblement peu convaincue par cette proposition.
- Les écritures sur le socle promettent le châtiment à quiconque veut s’en emparer. L’Iris est certainement piégé.
Elle parla dans le vide : Werner s’éloignait d’elle en ignorant ses conseils, trop obnubilé par un levier à l’est de la salle, jumeau d’un autre symétriquement opposé à l’ouest.
- Ce sont des balivernes, cracha-t-il méprisant (donc il l’avait très bien entendue). Venez donc m’aider.
- Mon expérience m’a appris à respecter les menaces anciennes, Professeur. Je suis sûre que...
- Votre « expérience » ? accentua Werner en haussant le ton. Vous croyez qu’une petite escapade dans les montagnes fait de vous une archéologue expérimentée ? (Lara frissonna de rage sous le mot « escapade ») Votre découverte est peut-être intéressante mais ça ne fait pas de vous une grande archéologue. J’AI découvert de nombreux lieux et reliques avant même votre conception. JE suis un homme de terrain et d’expérience. JE suis un archéologue et explorateur de réputation mondiale. Pas vous.
- Ma réputation est également mondiale, Professeur.
- Ha ! Vous parlez de votre best-seller ? J’ai fait éditer pas moins de dix ouvrages sur mes découvertes.
- Mais aucun ne sont des best-sellers.
Silence.
Werner fulminait et Lara prit conscience de son insolence. Elle décida de faire redescendre la tension. Après tout, elle restait l’élève et l’invitée de Werner.
- Pardonnez-moi, Professeur. Je vous manque de respect et je m’en excuse.
- Mettons cela sur la fougue de votre jeunesse.
- Je reste persuadée qu’actionner ces leviers est une très mauvaise idée.
- Encore à discuter ?
Lara soupira. Peine perdue d’argumenter face à un tel entêté. Werner ne lui semblait pas spécialement reconnaissant. Pourtant il se trouvait à deux doigts de l’Iris grâce à elle. Lara avait débuté des recherches sur cette relique mentionnée dans le carnet de Cain il y a un peu plus d’un mois. En se documentant à son sujet, le nom de Werner Von Croy revenait régulièrement : l’archéologue recherchait l’Iris depuis des années sans succès. En approfondissant ses études, Lara avait rassemblé de nouvelles informations cohérentes. Elle mit peu de temps à contacter Werner pour lui proposer de l’épauler comme professeur particulier, afin d’enrichir ses connaissances et compétences en archéologie. Donnant, donnant : il la formait et elle lui redonnait une chance de trouver l’Iris, avec en bonus une grosse somme d’argent pour le « motiver » d’avantage. Bien qu’elle restait son élève et lui son professeur, il pourrait davantage prendre son avis en considération. Mais il la voyait comme une enfant et surtout une débutante. Rien de très glorieux.
En même temps que Werner, Lara activa son levier non sans être franchement déçue voire vexée. Malgré le poids des années, le mécanisme de la salle s’enclencha dans un concert de rouages et de bois qui craque. Le globe au centre de la salle cessa sa rotation et s’ouvrit en plusieurs quartiers, dévoilant l’Iris.
Werner sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine avec une excitation sans pareille. Il emprunta le pont qui venait de se déplier grâce au mécanisme et rejoignit la plate-forme centrale où patientait l’Iris. La relique planait en lévitation au-dessus d’un socle en pierre. Elle représentait le noyau de la Terre, lumineux et brûlant, encerclé de plusieurs couches terrestres qui tournoyaient dans des rotations opposées. De la taille d’un ballon de basket, l’Iris lui tendait enfin les bras après toutes ces années de recherches. Werner jeta un bref coup d’oeil à Lara restée en retrait. Elle observait la scène d’un regard inquiet, les jambes fléchies prêtes à bondir pour esquiver des flèches empoisonnées, une faux tombée du plafond et autres pièges extravagants sortis des films Indiana Jones.
- Rassurez-vous, Miss Croft, ricana-t-il en avançant ses mains vers la relique. Faites-moi confiance.
Ses paumes s’approchèrent de l’Iris qui dégageait une brève chaleur, comme un être vivant. Il n’eut pas le temps de l’effleurer. Le sol se mit à trembler, suivi des murs et du plafond. Cela commença par de légères vibrations, jusqu’à des secousses terribles comme si toute la caverne souffrait de convulsions. Werner perdit l’équilibre. Le monde bascula devant ses yeux et l’Iris disparut de sa vue. Il chancela sur le côté, roula sur la petite plate-forme avant de tomber vers le gouffre. Il poussa machinalement un cri mais s’arrêta presque instantanément. Un nouveau cri, de douleur cette fois. Sa cheville venait de se bloquer entre les roches, le sauvant de la chute mais brisant sa jambe. Suspendu au-dessus du vide, Werner se retrouva incapable de se redresser ou de se libérer. Un désespoir total le submergea ainsi qu’un sentiment terrible : la peur. La peur de mourir. Il commença alors à implorer la seule personne, méprisée jusqu’alors, qui pouvait le secourir : Lara.
- Ma jambe est coincée ! hurla-t-il. Aidez-moi, Lara. Aidez-moi !
Il n’eut pour réponse que les menaces de la pierre tremblante. La jeune femme venait certainement de se carapater. Il enragea mais après tout, il n’aurait pas hésité une seule seconde à s’enfuir également pour sauver sa peau.
Les quartiers du globe s’agitèrent à leur tour. Ils commencèrent à se redresser, lentement, pour bien que Werner prenne conscience de son sort. Le globe se refermait. Alors voilà sa fin : mourir enfermé ici, avec l’Iris, sa jambe brisée et le sang affluant à ses tempes jusqu’à le rendre fou. La poussière se déversait en vague sur son corps et Werner toussa, incapable de continuer à hurler. Dans le capharnaüm de tremblement, chute de pierres et de sable, il perçut à peine le bruit léger et aigu d’un câble qui se déroule : à moins qu’il ne s’agisse d’une hallucination auditive ? Certainement. Pourtant, quelques secondes après ce fantasme, deux mains bien réelles agrippèrent les pans de son costume pour le remonter. Werner poussa un hurlement de souffrance quand sa cheville rompue et fracturée fut libérée de la pierre et il agrippa machinalement les vêtements de Lara comme pour brouiller cette douleur qui l’envahissait. Lara... Il n’en revenait pas. Elle volait à son secours et le souleva pour le hisser sur ses épaules comme un sac. Effarante qu’une jeune femme si svelte arrive ainsi à le charger sur son dos avec tant de facilité. Elle bondit entre les quartiers à deux doigts de les dévorer pour s’envoler au-dessus du gouffre. Son lance grappin lui permit de se balancer à une vitesse qui effraya Werner. Elle traversa la caverne de part en part et détacha son grappin au dernier moment. Le duo fut expulsé violemment vers la sortie de la caverne, passant la porte avant que celle-ci ne soit bloquée à la seconde près par un éboulement de grosses roches. Ils débutèrent ensuite un roulé boulé vertigineux sur une pente sableuse fortement inclinée. Ce vertige de peur et de douleur s’éternisa pendant presque une vingtaine de secondes, avant que la lumière du jour n’agresse les yeux larmoyants de Werner. L’explorateur s’immobilisa comme une poupée désarticulée sur un tapis de feuilles épaisses. Haletant, couvert de sueur et de crasse, il laissa Lara le basculer sur le dos et chasser les débris de ses lunettes brisées qui lacéraient son visage. La jeune femme couverte de poussière et de plaies le soigna avec une détermination et une assurance déconcertante, comme un vrai médecin. Elle sortit une trousse de secours de son sac à dos, lui administra des antidouleurs puissants avant d’immobiliser sa jambe fracturée à l’aide de bandages. Ses gestes étaient précis, sans l’ombre de doute ou de peur. Elle savait ce qu’elle faisait et Werner ne broncha pas. Les premiers soins prescris, Lara s’immobilisa un instant, un peu essoufflée. Pas un bruit excepté leur respiration souffrante, les chants discrets des oiseaux et des mugissements du vent. Pas de touristes pour leur bondir dessus et les mitrailler de flash, alors qu’Angkor Vat en était habituellement envahi : où avaient-ils atterri ? Peut importe, Werner savoura ce retour à l’air frais et au calme.
- L’Iris... nomma l’explorateur d’une voix torve. Avez-vous pris l’Iris ?
- Non, répondit Lara sèchement en nettoyant ses propres plaies.
Werner grimaça.
- Pourquoi ?
- Pour vous sauver la vie, professeur.
- Vous m’avez choisi à la place de l’Iris ?
- Évidemment ! (elle semblait choquée par la question) Vous auriez fait de même pour moi, non ?
Non.
- Bien sûr, Miss Croft.

En retrait de la scène, dissimulée derrière un tronc assez large pour la cacher entièrement, Jess sourit en percevant ce mensonge. Werner restait décidément un connard fini et Croft gobait ses mensonges à pleine bouche, comme on donnerait un bonbon empoisonné à un chiot. Sa candeur lui donnait un charme fou. Sa peau crasseuse de terre et emperlée de sueur où zigzaguait des filets de sang lui moulait un corps d’aventurière courageuse et pourtant, son esprit paraissait encore celui d’une jeune fille douce. Un contraste excitant pour Jess qui mordit sa lèvre inférieure en s’éloignant, satisfaite : elle n’avait pas attendu des heures à la sortie du tunnel pour rien. Les talons de ses hautes bottes noires en daim meurtrirent la terre grasse pendant sa marche où son corps d’une rare perfection serpentait telle une vipère sensuelle et agile à travers la végétation.
Plusieurs minutes après, elle rejoignit ses compagnons : trois colosses aux airs de militaires bornés qui l’attendaient patiemment. De deux claquements de doigts autoritaires, elle les fit bondir des rochers sur lesquels ils étaient assis et remballer le campement de fortune. Tout cela sans un mot. Elle se hâta d’utiliser une dernière fois le matériel de communication. Durant les sonneries, elle joua avec une longue mèche de ses cheveux. Le reste de sa chevelure digne d’un conte tombait jusqu’à ses mollets : un rideau roux précieux, voile groseille, fin et doux comme de la soie et parfumé au Chanel Numéro 5.
- Jess, répondit une voix masculine, je n’attendais pas ton appel si tôt.
- Tu me manquais. (un sourire gourmand incurva les lèvres de la Vipère) Et ils ont été plus rapides que prévu.
- Ils ont l’Iris ?
- Non, pas assez rapides pour ça.
- Et Werner ?
- Werner est un con doublé d’un obsédé sexuel. Il ne m’intéresse plus. (Elle l’entendit soupirer) Tu es déçu ?
- Nous le suivons depuis plus de dix ans. C’est un bon candidat.
- Non. J’ai trouvé mieux.
- Qui ?
- Lara Croft.
Son sourire gourmand s’accentua de plus belle, jusqu’à devenir d’un sadisme effrayant.
Pour elle plus de doute : ça allait enfin commencer et Lara Croft était parfaite pour réaliser leurs projets.
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MessagePosté le: Jeu 25 Sep 2014, 17:59    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 2

Winston parcourait le manoir avec un plateau d’argent massif dans les mains. L’argenterie fredonnait une douce mélodie due aux chocs, ce qui ravissait le majordome. Il ne supportait plus les bruits grossiers des travaux - heureusement maintenant en phase finale et stoppés pour la nuit - et chérissait donc le mois de novembre qui laissait le soleil se coucher tôt. Il pénétra dans la salle de gymnastique flambant neuve. Un tiers de la gigantesque salle de bal avait subi ces travaux pour être transformé en salle d’entraînement remplie de barres parallèles, d’épais tapis, d’échelles horizontales et verticales, de cordes et de blocs. Winston suivit la respiration puissante et uniforme jusqu’à trouver Miss Croft en plein entraînement. L’aventurière enchaînait des pompes à un rythme soutenu depuis plusieurs minutes déjà, avec la ferme attention de se surpasser. Winston resta discret, ne voulant pas troubler la concentration de la jeune femme. Il observa un instant le corps moulé dans un mini short et une brassière de sport framboise, qui libéraient les muscles gonflés par l’effort. La sueur ruisselait sur la peau dénuée d’imperfection, serpentant à l’intérieur des cuisses fermes et zigzagant entre les abdominaux comme sculpté dans le cristal. Le corps de Lara avait changé de façon radicale en un an. Elle avait toujours été une enfant et jeune fille d’une beauté incroyable, mais aujourd’hui une sensualité sans pareille dessinait ses formes. Winston s’inquiétait que ce corps si parfait n’attire des regards concupiscents , mais heureusement Lara possédait aujourd’hui les compétences et réflexes physiques suffisants pour se défendre. Le chronomètre informa de la fin de la session et Lara se redressa dans une dernière expiration. Le sourire radieux qui incurvait ses lèvres sous-entendait que son record précédent venait d’être battu. Winston lui servit un verre d’eau pendant qu’elle épongeait la sueur de son cou.
- Le repas sera prêt avant 21h, Milady, l’informa-t-il en récupérant la serviette humide.
- Merci, Winston. Un dîner pique-nique ?
Winston approuva avec un sourire à l’écoute du nom « dîner pique-nique » : petit surnom donné par Miss Croft à son buffet gastronomique. Une spécialité que sa Lady appréciait particulièrement quand elle écrivait le soir. Son premier roman « Perce-Neige Carmin », best-seller acclamé par la critique et le public malgré son titre peu évocateur, ornait toujours les devantures des librairies. Winston repensait à sa petite Lara, belle fleur perdue dans les montagnes himalayennes, n’ayant d’autre choix que de s’y épanouir dans la neige et le sang. La lecture de ce roman, récit du périple et de la douleur de la jeune femme et narré avec une passion déchirante, avait ému le monde entier et bouleversé Winston jusqu’au plus profond de son âme, lui arrachant des larmes pendant plusieurs nuits. Néanmoins il se demandait ce que Lara pouvait écrire d’autre. Il lui demanda donc si elle comptait narrer sa récente aventure avec Werner et l’Iris.
- Oui, affirma-t-elle en se dirigeant vers la sortie. Une courte nouvelle. Les dessous d’Angkor Vat sont surprenants et méritent d’être découverts d’une façon ou d’une autre.
Winston approuva d’un hochement de tête et l’observa quitter la salle. Ils traversèrent le manoir pour pénétrer dans le petit salon. Une modeste pièce très intime où Lara recevait les journalistes et autres invités en tête à tête. La jeune femme se laissa tomber négligemment sur le canapé en cuir au centre de la pièce et alluma la télévision. Elle aimait reprendre ainsi son souffle après l’entraînement et, le regard dans le vague, zappa sur différentes chaînes sans réellement s’intéresser aux émissions diffusées.
- Dois-je vous préparer un bain, Milady ? demanda Winston en lui servant un nouveau verre d’eau.
Aucune réponse. Il remarqua le regard de Lara suspendu à l’écran et ses mains crispées sur la télécommande. Le majordome haussa un sourcil interrogateur et s’intéressa à l’émission diffusée. L’image de Werner Von Croy serré dans son costume blanc et appuyé sur une canne se dessinait dans le gros poste. L’archéologue souriait - un peu trop - à la journaliste gênée qui l’interviewait sur sa plus récente expédition.
- La découverte de l’Iris est une récompense exceptionnelle, fruit de plusieurs années de recherches, expliquait-il.
- Quels étaient les dangers d’une telle expédition ?
- Ma longue expérience m’a appris à me méfier des pièges protégeant les reliques de grand pouvoir. J’ai préféré anticiper et monter une équipe compétente afin de limiter les risques. Et je ne m’étais pas trompé : l’Iris était en effet piégé mais mon sens de l’anticipation m’a permis de le récupérer sans mal.
- Vous n’avez donné nulle information sur votre hospitalisation il y a un mois pour votre blessure à la jambe. Est-ce une séquelle d’une expédition plus ancienne ?
- Peut-on considérer un accident domestique comme une expédition ? Je n’ai jamais été très adroit sur les échelles.
La journaliste gloussa et Werner s’esclaffa. Winston n’eut pas le temps de réagir que Lara explosa de rage.
- Quel misérable connard ! hurla-t-elle au grand dam de son majordome.
- Milady, retenez-vous ! Ne soyez pas aussi vulgaire. Même si la raison me semble justifiée.
- Vous semble ? Winston... c’est un menteur. Il m’a volée.
- Pas au sens propre du terme. « Flouée » est plus approprié.
- C’est grâce à mes recherches qu’il a trouvé l’Iris. Et je lui ai sauvé la vie.
- Qu’attendiez-vous, Milady ? Des remerciements ? Cet escroc s’est servi de vous. Vous êtes trop naïve.
Winston regretta immédiatement ses paroles. Il vit les traits jusqu’à alors tendus et coléreux de Lara s’affaisser tel un ballon qui se dégonfle et les prunelles noisette se voiler de larmes. La jeune femme détourna le regard et éteignit la télévision sans un mot. Il venait de la blesser.
- Pardon, Milady, se confonda-t-il en excuses, je ne voulais pas...
- Vous n’avez pas à vous excuser, Winston, le coupa-t-elle. Vous avez raison. J’ai été stupide.
Winston n’insista pas et détourna le regard tandis que celui de Lara se perdait au-delà d’une fenêtre du petit salon. Le soleil se couchait, déversant sa clarté vespérale sur les meubles et les tapis pour les faire rougir de teintes carmin et orangées.
- Je vais sur le parcours d’entraînement, déclara Lara en marchant promptement vers la sortie.
Cette idée provoqua chez Winston une montée d’adrénaline et son sang ne fit qu’un tour.
- Qu... quoi ? bafouilla-t-il en la rattrapant. Vous n’y pensez pas, Lara ? Le parcours n’est pas terminé.
- Ça m’est égal. Je veux le tester.
- C’est dangereux ! Vous avez fait appel aux généraux et entraîneurs militaires les plus expérimentés pour concevoir ce parcours. Ils ont bien précisé qu’en premier lieu vous deviez être suivie et coachée pour vous entraîner au risque de mettre votre vie en jeu. Ne faites pas l’enfant, Lara !
La jeune femme se retourna soudainement pour affronter son majordome les yeux dans les yeux. Winston resta stoïque, les yeux sombres emplis de reproches et d’inquiétude. Quand Lara sourit de manière espiègle, il anticipa ce qu’elle allait lui répondre et sentit son sang bouillir dans ses veines.
- Je fais ce que je veux, Winston, dit-elle avec un sourire au coin avant de s’en retourner.
La main du majordome le démangea. Au grand jamais il ne frapperait Lara, mais cette réplique provocatrice et isolante qu’elle lui répondait depuis l’enfance lui demandait parfois un sacré contrôle. Déjà toute petite, Lara se révélait être une enfant espiègle débordante d’énergie qui enchaînait facilement les bêtises. Quand il lui interdisait quelque chose, elle le regardait, ses prunelles noisette pétillant de malice et contestait « Je fais ce que je veux, Winston » ; se produisait ensuite la dite bêtise avec son assortiment de peur et de blessures et le majordome réceptionnait la petite lady avec un « C’est bien fait pour vous, Lara ». Depuis ce temps, Lara avait grandi et cette réplique du passé revenait comme un jeu, un lien qui les unissait et démontrait leur complicité. Mais à cet instant, si la jeune femme en jouait de nouveau - sans aucunement manquer de respect à son majordome - Winston ne pouvait s’empêcher d’éprouver une forte inquiétude : aller sur le parcours d’entraînement maintenant représentait un risque pour sa santé. Il resta sur les talons de Lara sans réussir à la raisonner. Une fois dehors, le froid glacial du mois de novembre le transperça de toute part. Il frictionna ses bras en se demandant comment Lara pouvait tolérer le vent violent qui mordait ses épaules, son nombril et ses jambes dénudés. La jeune femme se hissa sur le bloc au départ du parcours : un gros coffre d’un mètre cinquante de haut sur quatre mètres de large. Sa silhouette sombre se dessina sur le ciel crépusculaire, dévoilant une image d’une rare sensualité.
- Préparez-vous à chronométrer, Winston, lui intima-t-elle en s’étirant.
Le majordome approuva et libéra sa montre de l’écrin de tissus, en repoussant la manche de son costume noir. Son cœur percutait sa poitrine tel un gong, avec violence et anxiété. Un stress sans borne le fixait au sol comme un vieil arbre bien enraciné, en pleine lutte contre les intempéries. Quand Lara s’élança, tous ses organes se crispèrent et il déclencha le chronomètre. Il vit la jeune femme bondir dans un large saut pour se réceptionner sur un nouveau bloc. Sans cesser sa course, elle déclencha un autre bond particulièrement maîtrisé et atterrit sur ses deux pieds sur un coffre construit en escalier. Elle plia les genoux et se propulsa à la verticale, bras en l’air, pour escalader le bord qui surplombait le bloc et qui lui permis de se hisser à plus de dix mètres de haut. Winston dut lever les yeux pour continuer de la suivre, le cœur palpitant comme un animal affolé. L’ombre parfaite et athlétique de Lara décolla dans les airs, fantôme ténébreux planant sur la toile orangée ou se diluait un rouge vif. La jeune femme vola dans un saut de six mètres somptueux, mais bien loin du bloc suivant. Elle s’allongea de tout son long, bras en avant et s’accrocha de justesse au bord en se balançant, alors que Winston se cachait les yeux comme un enfant apeuré. Après une forte expiration qui traduisait sa fatigue et le gros effort demandé à se soulever, Lara se remit debout et observa un instant l’enchaînement suivant. Une succession de tiges, fines et espacées d’environ trois mètres, avec juste assez d’espace pour poser un seul pied. La jeune femme essoufflée attendit, hésitante et emplie de doute. L’enchaînement demandait une parfaite maîtrise de l’équilibre et de la force des sauts. Lara sentait tous ses muscles hurler, épuisés par son précédent entraînement et la maltraitance de ce parcours trop difficile. En contrebas, elle entendait la voix paniquée de Winston qui lui ordonnait de cesser cette folie et de descendre. Mais sa volonté surpassait sa raison. L’aventurière redoubla de concentration, mémorisa ses sauts et s’élança. Elle se réceptionna à cloche pied sur la première tige, bras à l’horizontale, secouée par le vent et la perte d’équilibre. Il lui fallut quelques secondes pour se stabiliser et déclencher un saut latéral vers la gauche. Dans les airs, Lara savait qu’elle venait de rater son départ et elle le paya en atterrissant de façon maladroite. Elle tangua dangereusement, déséquilibrée et incapable de se stabiliser pour au final basculer comme une poupée qui s’effondre d’une étagère. Elle se rattrapa in-extremis. La douleur de sa peau écorchée lui arracha un cri. Ça restait insuffisant pour l’arrêter. Suspendue, Lara pivota jusqu’à se retrouver dos à la tige suivante. Elle plia les genoux et poussa sur ses pieds pour s’élancer. En vol, elle se retourna et s’accrocha au bord de la tige de réception. Ses enchaînements lui permirent d’aller de tige en tige jusqu’à rejoindre un nouveau bloc sur lequel elle se hissa difficilement. Un gouffre atrocement large la séparait d’une façade équipée d’un filet. Dix mètres plus bas, du sable. Lara jugea cette difficulté avec des yeux apeurés. Le saut devait être assez long pour se rattraper au filet et escalader la façade. Arriverait-elle jusque là ? Elle en doutait sérieusement. Quand elle fléchit les jambes, ses muscles tremblèrent. Lara déglutit avec difficulté. Ses yeux larmoyants fixaient le filet avec détermination. Elle s’élança, de toutes ses forces. Quelques foulées de course, puis un bond. L’aventurière s’étira, fort, très fort, au point de sentir sa peau la brûler. Ses doigts n’effleurèrent même pas le filet. Elle vit le monde s’effondrer devant ses yeux. Un cri s’échappa de ses lèvres par réflexe et elle tomba. Bien que la dune de sable à terre ressemblait à un gros coussin, le choc fut rude. Lara heurta le sol avec un cri étouffé. Suffocante, elle resta un instant à terre, Winston se précipitant vers elle.
- Grand dieu, Lara, avez-vous mal quelque part ?
Il l’aida à se redresser et elle lui montra ses paumes écorchées suintant de sang. Le majordome les observa avec un air peiné mais rassuré : une chute aussi haute, elle aurait pu tout simplement mourir, le cou brisé. Néanmoins cette blessure demandait des soins immédiats. Le majordome observa un instant le visage de la jeune femme. Il reflétait une souffrance terrible. Lara semblait au bout du rouleau, vexée telle une enfant qui vient de s’écorcher le genou dans la cour de l’école. Non pire que ça. Il savait pertinemment que tous ces entraînements lui servaient de prétexte pour changer de vie et oublier Cain. Miss Croft ne se sentait plus à sa place et un tel échec remettait le doute sur son avenir et ses envies. Winston sentit ses yeux le piquer. Il prit le visage de Lara dans ses mains pour qu’elle le regarde en face et dit :
- C’est bien fait pour vous, Lara.
La jeune femme réussit à sourire. Puis, tous ses traits s’effondrèrent. Son visage se crispa et elle fondit désespérément en larmes dans les bras de Winston.

* * *

Quand Lara sortit de la salle de bains, son visage offrait une image plus détendue mais toujours empreint d’une certaine mélancolie. La grande horloge du hall d’entrée affichait vingt-et-une heures passées et la jeune femme s’engouffra dans la bibliothèque où Winston lui servait de part et d’autre de ses cahiers divers petits plats gourmands. Cette image lui redonna le sourire et la jeune femme s’installa à table.
- Merci, Winston, fit-elle en détaillant les plats. Ça a l’air délicieux.
Le majordome la remercia avant de laisser flâner son regard dans la pièce. Les Croft possédaient depuis plusieurs générations des ouvrages rares enviés par beaucoup de collectionneurs mais dont les sujets n’intéressaient aujourd’hui guère Miss Croft. Aussi avait-elle fait don de la majorité de ces ouvrages pour investir dans des livres qui la concernait d’avantage : Histoire, culture, langues et surtout mythologies et légendes du monde. Il planait dans la bibliothèque de bois vernis une odeur de vieux livres agréable. Le feu de cheminée y crépitait, intensifiant cette ambiance savoureuse propice à la réflexion et aux recherches. Un endroit que la jeune femme affectionnait particulièrement pour se ressourcer. Depuis un an, cette bibliothèque lui servait presque de seconde chambre : d’ailleurs il lui arrivait de s’endormir sur ses brouillons telle une étudiante trop studieuse.
- Désirez-vous autre chose, Lara?
Lara remercia encore une fois son majordome avant que celui-ci ne quitte la bibliothèque. L’aventurière porta un mini toast de foie gras à sa bouche qu’elle savoura avant de saisir son crayon à papier. La musique de la mine glissant sur la feuille allégea la tristesse et la colère qui la submergeait. Elle raconta en détails et subtilités les secrets d’Angkor Vat : ses couloirs sombres et étroits, ses odeurs chaudes et épicées, ses gardiens agiles, ses pièges mortels et surtout sa beauté ancestrale qui l’émerveillait tel un sortilège. Ces souvenirs lui redonnèrent le sourire et elle espérait qu’à la lecture de cette nouvelle aventure, ses admirateurs et fans éprouveraient à nouveau de la curiosité et du respect pour l’Histoire.
L’aventurière se retourna un bref instant vers la cheminée et en observa l’âtre. Cette image lui remémora un souvenir lointain aussi beau que douloureux. Elle vit sa silhouette se dessiner face à la cheminée. Une silhouette pure et fragile, assise sur l’épais tapis et nappée d’une robe chic et parfumée. Et ses yeux s’inondèrent quand l’image de Cain apparut à son tour. Ses traits fins, son élégance, sa voix chaude et mystérieuse. Le feu peignait des reflets dans ses cheveux corbeau et illuminait ses yeux émeraude comme deux pierres précieuses. Il lui souriait... ce sourire : Lara l’avait embrassé combien de fois jusqu’à ne plus pouvoir respirer ? Des lèvres d’une douceur incomparable qui lui avaient transmis la passion de découvrir et de conter les Légendes les plus extraordinaires. Et à cet instant, elle revoyait ce moment où, assis face à la cheminée, Cain lui racontait une nouvelle épopée et elle buvait ses mots comme le plus délectable des breuvages. Jusqu’à ne plus pouvoir se contenir, débordante d’amour et de désir. Elle se redressa, chassa le livre à l’épaisse couverture en cuir qu’il tenait et l’enlaça pour poser ses lèvres sur les siennes. Chacun de ses creux et galbes se logèrent parfaitement dans les formes de Cain, ses doigts s’enfonçant dans ses cheveux noirs et caressant sa nuque. Ils roulèrent sur le tapis sans cesser de s’embrasser et Lara essuya les larmes qui encerclaient ses joues, à deux doigts de pleurer...encore...
- Tu es triste... petite princesse ?
La voix fit bondir Lara de sa chaise. La jeune femme fit volte face pour mettre un visage sur cette voix féminine surgissant de nulle part. Se matérialisèrent, dans le fond de la bibliothèque et dans l’ombre, les formes sensuelles d’une femme. L’inconnue avança lentement pour pénétrer dans la lumière, les flammes rougissant ses formes parfaites et fuselées, moulées dans une combinaison en latex noire. La première chose que Lara admira fut cette impressionnante chevelure rousse comme un filet de sang qui tombait jusqu’aux mollets de l’intruse. Ensuite elle détailla la perfection de son visage, de ses lèvres rouges pulpeuses à ses yeux marron expressifs et fourbes. Après quelques pas sur ses hautes bottes à talons aiguilles qui lui permettaient de dépasser Lara d’une tête, elle s’immobilisa à quelques mètres et reprit :
- Tu a besoin de réconfort ?
Le sourire gourmand qu’elle lui offrait mettait Lara terriblement mal à l’aise. Il se dégageait de cette femme une aura malsaine et menaçante qui plaça immédiatement Lara sur la défensive.
- Qui êtes-vous ? questionna-t-elle en essayant de dissimuler les tremblements dans sa voix. Et que faites-vous chez moi ?
- Je m’appelle Jess et je suis venue voler l’Iris.
Seule son assurance surpassait son physique. Cette inconnue ne prenait même pas la peine de mentir. Peu à peu, elle réduisait la distance qui la séparait de Lara. La jeune aventurière reculait, comme effrayée.
- Je n’ai pas l’Iris, se défendit Lara. Vous ne regardez jamais la télévision ?
- Non, ricana Jess en suivant doucement les contours de la table de ses beaux et longs doigts fins, je devrais ?
- Ça vous mettrait à la page.
- Ha ha, car... ?
- Car je n’ai pas l’Iris. C’est Werner qui le possède.
Lara se surprit elle-même : pourquoi se défendait-elle ainsi ? Pourquoi révéler des informations avec autant de précision. Est-ce que...
- Je te fais peur, mon chaton ? ricana Jess.
Lara se retrouva rapidement acculée contre l’une des bibliothèques. Plongée dans le regard de cette voleuse, elle semblait totalement hypnotisée et incapable de réagir. Jess en profita alors pour l’enfermer dans une sorte de cage en plaçant ses bras de part et d’autre de son visage. Lara sentit alors le parfum intense qu’elle dégageait : du Chanel, assurément. Cette effluve et l’atmosphère de la pièce lui tournait la tête comme un poison. Ce parfum... il y avait quelque chose d’autre dans ce parfum... Des vertiges submergèrent l’aventurière de toute part, la rendant particulièrement docile.
Le sourire de Jess s’accentua en voyant Lara défaillir. La Vipère libéra ses mains et s’amusa avec les longs cheveux détachés de l’aventurière. Elle enfouit un instant son visage dans le rideau brun pour en inspirer le parfum et dit :
- Tu sens si bon, petite princesse. Alors, comme ça, Werner a récupéré l’Iris ? (Elle saisit doucement les épaules de Lara avant de descendre pour caresser ses bras dénudés, faisant naître des frissons dans le sillage de ses paumes). Tu sais que cette relique est la plus faible des Quatre Soeurs ?
Lara poussa un gémissement quand les mains de la Vipère creusèrent ses reins en les massant, faisant vibrer son corps meurtri par les courbatures. Ses muscles tendus réagissaient instantanément aux mains habiles de la Vipère et sa peau à vif, cherchait le contact des caresses.
- Les Quatre Soeurs ? répéta Lara plaintivement. J’ignore qui elles sont.
- Des créatures ancestrales pour qui leurs prétendants ont fait forger des artefacts de grande puissance.
La voix de Jess semblait un ronronnement et Lara se laissait totalement aller au rythme de ses bourdonnement qui envahissaient sa tête. Son corps entier s’enflammait sous des pulsions de désir et le monde tournait toujours plus vite devant ses yeux.
- Récupérer ces quatre présents offre une puissance et des secrets fabuleux à ceux qui les possèdent, continua Jess en descendant ses mains.
Les paumes suivirent les galbes des cuisses. D’abord à l’extérieur, puis à l’intérieur. Lara poussa un soupir de plaisir et sentit les lèvres de Jess se rapprocher des siennes.
- Et je veux posséder ces objets, repris Jess comme un murmure, tu comprends, mon chaton ?
Les lèvres eurent à peine le temps d’effleurer celles de Lara que l’aventurière percuta la Vipère d’un violent coup de tête. Jess recula de plusieurs pas au point d’heurter la table. L’aventurière vociféra à cause de la douleur en pressant son front, puis elle se remit vite sur pied. Pas le temps de réfléchir : elle bondit sur Jess tel un fauve. Les deux femmes roulèrent dans les bras l’une de l’autre avant de s’immobiliser, Lara à califourchon sur sa rivale. Elle transperça la Vipère d’un regard enflammé, submergée par la colère.
- Assez de comédie, intima-t-elle.
- Tu es futée, mon chaton, et passionnée, j’aime ça.
La Vipère se mouva sous elle avec volupté, accentuant son parfum diabolique. Lara secoua la tête comme pour se remettre les idées en place.
- Arrête de bouger comme ça ! hurla-t-elle.
- Quoi ? Je me mets juste à l’aise.
- Les reliques des Quatre Soeurs, reprit Lara avec acrimonie, pourquoi veux-tu les posséder ?
- Car les réunir permet d’acquérir un secret bien plus grand.
Lara n’eut pas le temps de comprendre que Jess donna un violent coup de bassin et inversa leur place. L’aventurière se retrouva sous elle, coincée sous les cuisses puissantes qui l’enserraient tel un étau, bloquant ses bras. La longue chevelure rousse pleuvait sur elle dans des caresses sournoises et le parfum empoisonné lui donna à nouveau des vertiges.
- Je veux être la femme la plus belle et la plus puissante du monde, déclara Jess en montant une main à la fermeture éclair de sa combinaison.
- Rien qu’un fantasme de mégalomane.
- Mais être bien armé ne suffit pas toujours, n’est-ce-pas ? Encore faut-il mettre à terre ces rivaux ?
Avec un érotisme gênant, la Vipère descendit la fermeture éclair pour dévoiler son décolleté et sortit de sous le latex un petit flacon en cristal, pressé entre ses seins. Jess s’en saisit, remuant le liquide pamplemousse dans la fiole. Elle pressa le bouton poussoir et aspergea le visage de Lara. L’aventurière sentit une brève odeur intense et tomba aussitôt dans le coma.
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Eléo
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MessagePosté le: Mer 29 Oct 2014, 21:00    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 3

- Miss Croft ? l’appela la voix douce et paternelle de Winston.
- Mmmmmmm...
Le majordome leva les yeux au ciel.
- Miss Croft, insista-t-il. La matinée est déjà bien avancée.
- Mmmmmmm... grogna Lara en enfonçant son visage sous les épais oreillers.
- Bon, se résigna Winston en s’éloignant du lit, si vous le prenez ainsi.
Le majordome marcha promptement vers les immenses fenêtres de la chambre. Il les ouvrit en grand. Le vent glacé s’engouffra dans la pièce ainsi que quelques flocons de neige. Le majordome retourna ensuite vers le lit. Il saisit l’épaisse couverture que la jeune femme venait de remonter sur son nez et la tira violemment. Lara - encore seulement vêtue du mini-short et débardeur de la veille - se recroquevilla en position fœtale, sa chair dévorée par le froid, et tâta ses jambes et le matelas d’une main maladroite. Winston patientait les bras croisés, dos aux fenêtres qui déversaient le froid intense par vagues affamées. Il observa Lara s’agiter de plus en plus avec un sourire grandissant aux lèvres. L’aventurière finit par se redresser et hurla d’une voix torve ironique :
- Bon sang, Winston, c’est qui la chef, ici ?
Un vertige.
Lara gémit en pressant ses tempes.
- Vous vous sentez mal, Lara ? questionna Winston maintenant inquiet.
L’aventurière grommela. Elle resta un instant la tête basse et les yeux clos. Le majordome s’empressa de refermer les fenêtres. Il regarda Lara se redresser et réfléchir. Elle essayait de se remémorer sa soirée. Ses mains quittèrent alors son front pour dévoiler un visage rouge et des yeux illuminés par la colère.
- Où est passée cette salope rousse lesbienne ? beugla-t-elle en bondissant de son lit.
Winston fit la moue face à un tel vocabulaire. Il remarqua une nouvelle fois que Lara usait maintenant d’une extrême grossièreté quand elle se mettait en colère. Des séquelles de sa rencontre avec Laura Cruise, certainement.
- Auriez-vous fait un rêve étrange ? demanda le majordome.
- Winston, dans quel état m’avez-vous retrouvée hier soir ?
Le majordome reprit son sérieux. Les yeux de Lara lançaient des éclairs. Elle ne plaisantait pas.
- Endormie, affalée sur la table, répondit-il. Ce n’est pas la première fois.
- Avez-vous vu quelqu’un d’autre ?
- Non.
- La sécurité de ce manoir laisse à désirer.
- Allez-vous enfin m’expliquer, Milady ?
Lara s’empressa de tout lui raconter. Une rage intense enflammait sa voix. Elle crachait son récit comme une adolescente frustrée après une rupture. Winston ne montra aucune émotion, comme à son habitude. Il prenait du recul afin de trouver une explication logique à cette agression, non sans y parvenir.
- Cette femme, reprit-il, vous ne l’aviez jamais rencontrée avant ?
- Jamais. Je m’en serais souvenue.
- Elle ne vous a rien dit d’autre ?
Lara répondit négativement de la tête. Elle bouillait de l’intérieur et ne souhaitait qu’une chose : se venger de cette humiliation.
- Ce n’est que de la pure provocation, conclut Winston.
- C’est ce que je pense aussi.
- Mais pour provoquer quoi ?
- Ça, je l’ignore. Mais je sais par où commencer, enchaîna-t-elle en se précipitant vers la salle de bains.
- Pardon ? s’offusqua Winston. Vous devez « commencer » quelque chose ?
- Me documenter sur les Quatre Soeurs. Je vais à la British Library.

* * *

Victime de sa célébrité, Lara devait parcourir Londres avec discrétion pour éviter les assauts de la foule et des journalistes. Aussi opta-t-elle pour une tenue confortable et discrète : un épais manteau blanc et un gros bonnet de laine immaculé cousu de strass. A la fois élégante et sexy, elle marcha sur le trottoir enneigé, les hauts talons de ses bottes s’enfonçant dans la poudreuse et ses longs cheveux bruns cascadant sur ses épaules. L’hiver – invité rare et précieux sur la capitale - avait bordé Londres d’un épais manteau blanc, l’illuminant d’une ambiance hivernale magnifique. Les enfants, ravis de cette belle surprise si tôt dans l’année, menaient de multiples batailles de boules de neige dans les rues. Leurs éclats de rire embellissaient l’atmosphère et Lara s’amusait à les suivre du regard.
L’aventurière s’engouffra dans la British Library où ses yeux noisette se perdirent dans les innombrables rangées d’ouvrages et le plafond en forme de dôme. Malgré cette beauté et cette richesse de savoir, elle ressentit également un grand désespoir : comment débuter des recherches à partir de quasi rien ?  « Les Quatre Soeurs » : allait-elle réellement trouver des informations grâce à un terme si léger ? Elle ignorait jusqu’à l’origine de cette légende, ce qui rendait les recherches encore plus difficiles. Elle possédait bien un autre indice : l’Iris. D’après Jess, il s’agissait d’une relique des Quatre Soeurs. Seulement Lara avait déjà fait des recherches très approfondies sur cet artefact avant de contacter Werner et jamais, au grand jamais elle n’avait entendu parler des Quatre. Cette constatation la découragea avant même de commencer. Mais elle se lança.
Les heures défilèrent : une heure, deux heures, trois, quatre, cinq jusqu’à ce qu’un mal de tête phénoménal ne l’assiège. Un soupir qui reflétait toute sa déception s’échappa des lèvres de Lara. Des heures qu’elle lisait plusieurs ouvrages différents sur des légendes et mythes de diverses origines et rien... pas une information évoquant les Quatre Soeurs. Lara se releva et, plongée dans le livre qui serait certainement le dernier, marcha pour aller le ranger. Elle traversa la bibliothèque les yeux bas, sans réellement se repérer. C’est alors qu’elle heurta quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Un bruit sourd accompagna la chute d’une grosse douzaine de livres. L’avalanche d’ouvrages assomma un petit garçon qui tomba sur les fesses en gémissant. L’enfant se massait la tête en grognant au milieu du bazar. Lara sourit devant leur maladresse. Elle s’agenouilla pour s’assurer que le petit n’était pas blessé.
- Je suis désolée, s’excusa-t-elle en ramassant un premier livre, j’étais plongée dans mes pensées et je ne t’ai pas vu. Tu ne t’es pas fait mal ?
Le petit garçon releva la tête. Lara tomba immédiatement sous le charme de sa frimousse aux traits fins et aux joues rondes et rosées comme deux fruits croquants. Une bouille d’ange illuminée par deux yeux émeraude malicieux et intelligents qui s’agrandirent comme des soucoupes.
- Han ! inspira exagérément l’enfant. Mais vous êtes...
- Chut ! souffla Lara en pointant son index contre ses lèvres.
Le petit plaqua ses mains contre sa bouche pour étouffer son cri. Il se statufia.
L’aventurière rit discrètement, attendrie. Elle le regarda dégager ses mains et attraper ses beaux cheveux noirs comme s’il voulait les arracher.
- Vous êtes Lara Croft, chuchota-t-il. C’est vraiment vous ?
- Oui, approuva-t-elle, c’est vraiment moi.
Le petit semblait secoué par la foudre. Il bascula son petit sac à dos devant lui et farfouilla à l’intérieur pour en sortir « Perce Neige Carmin » devant une Lara surprise et touchée.
- Je suis un fan inconditionnel de votre roman, révéla-t-il en serrant le livre contre sa poitrine.
- « Inconditionnel » répéta Lara, surprise d’entendre un tel mot dans la bouche d’un si jeune garçon. Pourtant, ce n’est pas un roman pour les enfants.
- S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît pouvez-vous me le dédicacer ? S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît ?
Lara rit encore, totalement amoureuse de ce petit loulou. Elle saisit le roman dont la couverture abîmée et les pages cornées révélaient qu’il avait été lu de nombreuses fois. Elle l’ouvrit à la première page, s’équipa un stylo et demanda :
- Comment tu t’appelles ?
- Johann Chogun.
- Et bien Johann, continua-t-elle, tu traînes bien tard à la bibliothèque. Tu as quel âge ?
- J’ai huit ans et je viens presque tous les jours ici. Aujourd’hui l’école est fermée à cause de la neige.
- Qu’est-ce que tu lis ?
- Ben... des livres.
- Ha ha, je m’en doute, mais quel genre de livre ?
- Des livres sur l’histoire et l’archéologie.
- Tes parents te laissent seul ?
- Papa et maman sont partis en amoureux à Venise. Je me débrouille.
Elle lui montra sa dédicace et Johann ouvrit la bouche si grand qu’on aurait pu y faire rentrer un avion.
- Merci, merci, merci, merci, répéta-t-il à toute vitesse, ému.
- Mais de rien, de rien, de rien, rit Lara.
Elle ramassa les divers ouvrages tombés par terre. Tous traitaient de la mythologie, de légendes du monde ou de contes. Lara ressentit beaucoup d’admiration et de respect : peu d’enfants de huit ans restaient enfermés en bibliothèque pour lire des ouvrages si compliqués un jour de neige – si tant est qu’à cet âge, ils en soient capables.
- Tu aimes les légendes, Johann ? demanda-t-elle en empilant les livres les uns sur les autres.
- Oui. Je trouve ça passionnant. C’est pour ça que j’aime autant votre roman. Vous faites vraiment vivre l’Histoire.
- Merci, ça me touche beaucoup comme compliment, dit Lara en refoulant ses larmes, le sourire de Cain inondant ses pensées.
- Allez-vous bientôt repartir à l’aventure ? enchaîna Johann. Vous cherchez une nouvelle relique ? Vous allez combattre des chimères ? Découvrir des tombeaux cachés ? Parcourir des terres inconnues ? Quand sort votre prochain livre ?
- Oula ! doucement, s’amusa l’aventurière. Pour l’instant je fais juste des recherches. Enfin, j’essaye.
- Des recherches sur une légende ?
- Oui. La légende des Quatre Soeurs.
- Australis, Vespe, Septemtriones et Orientis ?
Lara s’immobilisa et fixa l’enfant avec des yeux globuleux. Le petit Johann venait de citer ces quatre noms dans un latin parfait.
- Qu’est-ce que tu viens de dire ? demanda Lara, incrédule.
- Les Quatre Soeurs, répéta naturellement Johann. Elles s’apellaient Australis, Vespe, Septem triones et Orientis.
- Comment tu le sais ?
- Je l’ai lu.
- Dans quel livre ?
- Je ne sais plus. C’était il y a longtemps.
- Dis-moi, mon petit Johann, ça te plairait de mes m’aider dans mes recherches ?
Les yeux du jeune garçon semblèrent prêts à quitter leurs orbites. Au début, Johann resta paralysé, puis il explosa en bondissant sur ses pieds en hurlant un « Ouuuuuuuaaaaaaiiisss » qui résonna en écho dans toute la bibliothèque silencieuse. Le duo fut tranché de regards réprobateurs.
- Chuuuuut ! fit de nouveau Lara avec son index.
Johan plaqua encore ses mains sur sa bouche, le regard confus. Ils restèrent un instant ainsi à se regarder sans bouger, puis ils explosèrent de rire.

* * *

Il flottait dans la salle une ambiance propice à ce genre de réunion extraordinaire et urgente. Autour de la longue et large table ovale en bois de chêne aux épais pieds pattes de lion se tenaient crispés les membres du Lux Veritatis. Certains patientaient, l’air absent, tandis que d’autres murmuraient leurs hypothèses sur l’objectif de ce rassemblement. Dans ce léger brouhaha amplifié par l’écho de la salle démesurée, le jeune homme brun observait un à un ses collègues avec impartialité. Ses yeux bleus voyaient au-delà du rideau grisâtre fumeux échappé de sa cigarette pour flâner ça et là dans la vaste salle. On le troubla de sa rêverie d’une ferme tape sur l’épaule droite. Une brève œillade lui permis de mettre un visage sur cette interpellation.
- Tu es en retard, Leon, sermonna-t-il son ami sans le regarder.
- Comme ton père, précisa le concerné. Donc je n’ai rien manqué.
Leon chassa les quelques mèches châtains qui piquaient ses yeux clairs et prit place.
- Tu sais pourquoi on est là ? demanda-t-il en s’enfonçant dans son fauteuil en cuir.
- Comment je le saurais ?
- Tu es le fils de...
- Je ne suis pas privilégié pour autant, le coupa-t-il sec. Je ne sais rien. (Leon leva les mains en signe d’apaisement). Mais tout le monde est très tendu.
- Eckhardt a dû sortir de son trou.
Le jeune homme approuva d’un bref hochement de tête peu convaincu. Il suivit le bouc qui taillait son menton des doigts et réfléchit. Si l’Alchimiste Noir restait la principale préoccupation de l’ordre depuis des années, une intuition lui laissait penser que ce rassemblement concernait un tout autre sujet. Soudain, sa cigarette quitta sa main. Il s’apprêta à réprimander Leon mais cessa son geste.
- Tu sais que je n’aime pas ça, fils, critiqua son père en écrasant le mégot. Tu es depuis peu légalement un adulte indépendant, mais ici, ce sont mes règles que tu respectes.
Leon essaya de dissimuler son sourire tandis qu’un silence respectueux s’installait dans la salle. Konstantin s’installa au bout de la table pour présider l’assembler sans s’émouvoir de tous les regards agrippés à lui, excepté celui de son fils qui l’évitait.
- Merci d’avoir tous répondu à ma demande, dit-il posément. Cette réunion n’a rien à voir avec Eckhardt. Il s’agit d’un sujet bien plus grave. (Les yeux devinrent vitreux. Rien ne semblait pouvoir être plus menaçant pour l’ordre que l’Achimiste Noir.) L’équilibre des mondes et l’ouverture de la Porte... reprit Konstantin, sont menacés.
Un terrible brouhaha s’éleva autour de la table que Konstantin apaisa immédiatement en levant les mains.
- J’approuve cette menace, intervint un autre membre de l’ordre en serrant un journal sinistre gravé d’un oeil entre ses mains. Nous devons immédiatement réagir avant que la porte ne soit ouverte.
- Merci, Arthus, le remercia Konstantin. Vous devez absolument poursuivre vos travaux à ce sujet.
- Attendez ! ordonna une femme. Ouvrir la Porte nécessite la réunion compliquée d’énormément d’éléments. C’est impossible que...
- L’Iris a été trouvé, informa Konstantin. (Le silence s’imposa de nouveau dans la salle.) Nous savons tous que les reliques des Quatre Soeurs permettent de trouver l’emplacement de la Coupe du Passager.
- Ce Werner Von Croy recherche tous les artéfacts ? questionna Leon.
- Nous l’ignorons.
- La probabilité pour que ça soit le cas, qu’il trouve toutes les reliques ainsi que la Coupe pour ensuite ouvrir la Porte, est extrêmement mince, rassura un autre membre.
- Mais elle existe, insista Konstantin. Néanmoins, ce n’est pas Werner Von Croy qui m’inquiète. (Il fut dévisagé avec suspense.) C’est Lara Croft qui risque de nous poser problème.
A l’écoute de ce nom, les visages se décontractèrent et les épaules s’affaissèrent.
- Lara Croft n’est qu’une gamine, répliqua un des membres maintenant désintéressé. Comment une gamine pourrait-elle ouvrir la Porte ?
- Il y a des « gamins », insista Konstantin, autour de cette table. Malgré leurs 18 ans, leurs compétences ne sont plus à démontrer, il me semble.
Les regards passèrent de Leon au fils de Konstantin avec respect. Le doute revint alors à l’assaut.
- Lara Croft, reprit Konstantin, a débuté des recherches sur les Quatre Soeurs. Mes sources me l’ont confirmé.
- Elle ne court pas après la gloire ni le pouvoir, reprit-on. Même si elle trouvait la cinquième relique, elle ne chercherait pas forcément à pousser ses recherches plus loin.
- Et si quelqu’un, continua Konstantin, connaissant la Vérité, se servait d’elle pour trouver tous les artefacts et ouvrir la Porte ?
Les murmures percèrent de nouveau le silence. Seul le fils de Konstantin restait d’un incroyable calme et analysait toutes ces informations.
- Il faut surveiller Lara Croft, proposa Konstantin, et agir à la moindre menace. Est-ce que vous êtes d’accord ?
Les membres approuvèrent calmement.
- Cette surveillance est primordiale et demande un investissement total. Qui se porte volontaire ?
Comme il s’y attendait, personne ne se désigna immédiatement. Ce fut la voix grave de son fils qui brisa ce silence pesant.
- Je vais le faire. (A nouveau, les yeux devinrent vitreux.) Si jamais je dois aborder Lara Croft pour une raison ou pour une autre, notre différence d’âge me le permettra plus facilement. Leon a d’avantage de préoccupations personnelles que moi.
Leon n’eut aucune réaction excepté des yeux ahuris comme les autres membres. Seul Konstantin observait son fils avec froideur et rigueur. Il demanda :
- C’est de la plus haute importance, Kurtis. Tu t’en sens vraiment capable ?
- Oui, père, approuva Kurtis. J’en prends la responsabilité et à partir de maintenant, Lara Croft est sous ma surveillance.
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MessagePosté le: Jeu 27 Nov 2014, 12:49    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 4

Winston accueillit sa lady avec un air stupéfait. Elle pénétra dans le manoir cachée sous une montagne d’ouvrages empilés dans ses bras, derrière lesquels elle riait comme une enfant. Mais le plus étonnant venait de la seconde pile de livres qui avançait à ses côtés. Plus petite et instable, elle se déplaçait sur deux petites jambes chancelantes qui finirent par s’écrouler devant Winston en répandant les livres par terre. Le majordome rencontra alors un beau jeune garçon ayant à peine soufflé ses dix bougies. Il se raidit devant la finesse de ses traits, son sourire tendre, ses cheveux corbeaux et ses magnifiques yeux verts.
- Winston, voici Johann, le présenta Lara qui ramassait les livres.
Johann se releva avec maladresse et présenta une main à Winston.
- Bonjour, Monsieur Smith, le salua-t-il. Enchanté de vous rencontrer.
Winston serra la petite main avec respect, mais cette politesse et cette élégance ne firent que croître son inquiétude et sa colère.
- Vous avez cambriolé la British Library ? questionna-t-il en détaillant la quantité de livre qu’ils portaient à deux.
- Il reste encore beaucoup d’ouvrages dans la voiture, précisa Lara. J’ai cherché pendant des heures sans succès et heureusement, Johann en connaissait davantage sur le sujet. Nous avons emprunté beaucoup d’ouvrages qui nous apporteront cette fois les bonnes informations, j’espère.
L’aventurière jeta un bref regard à l’enfant qui flânait dans l’immense hall d’entrée. Les yeux émeuraude émerveillés de Johann se perdaient dans l’immense plafond, les tableaux et les escaliers jumeaux qui lui paraissaient tous gigantesques. L’aventurière sourit avec maternité et amour en l’observant, ce qui déclencha chez Winston un frisson de rage.
- Miss Croft, siffla-t-il, puis-je vous parler un instant ?
Lara fronça les sourcils à l’écoute de la voix emplie de reproches de son majordome. Winston la saisit par le bras et l’entraina un peu à l’écart. L’aventurière remarqua ses traits crispé et ses yeux inquiets plein de colère.
- Etes-vous inconsciente ? la sermonna-t-il à voix basse. Ramener ici un enfant si jeune. Vous voulez être accusée de kidnapping ?
- Ses parents le laissent régulièrement se débrouiller seul et j’ai prévenu un responsable, se défendit Lara. Johann est plus en sécurité avec nous qu’à se promener dans Londres sans surveillance.
- Mais vous...
- Et cet enfant, coupa-t-elle, est un génie passionné par l’archéologie et mes aventures. Il est très intelligent et va m’aider à compléter mes recherches. Vraiment, Winston, sans lui je n’aurais rien trouvé.
- Vous me prenez pour un idiot ? (Le visage de Lara se ferma) Un beau petit garçon souriant et attendrissant, aux cheveux noirs et aux yeux verts lumineux, qui s’intéresse aux Légendes anciennes ? Vous essayez de transférer votre amour sur...
- STOP WINSTON !
Le hurlement de Lara venait de résonner dans tout le hall.
Le petit Johann sursauta et observa le duo avec un air intrigué.
Lara serrait les poings pour contenir une tristesse déferlante tandis que Winston regrettait déjà ses précédentes paroles, les yeux bas et la bouche pincée.
- C’est le hasard, Winston, se défendit Lara d’une voix tremblante. Le hasard. Ne me retirez pas tout, s’il vous plaît.
Le majordome secoua la tête, résigné. Il tourna le regard et posa ses yeux sur Johann qui semblait gêné, comprenant qu’il était certainement la source de cette dispute. La culpabilité envahit Winston.
- Je m’excuse, Miss Croft, fit-il. Mais prenez soin de vous, s’il vous plaît. Cessez de vous mutiler.
La jeune femme tourna les talons et prit Johann par la main.
- Viens, mon petit Chocho, l’invita-t-elle. Je vais te montrer la bibliothèque.
- Chocho ? répéta Johann. Quel drôle de surnom.
- Chogun, Cho, Chocho, expliqua-t-elle.
- Ha, ha ! rit naïvement Johann. C’est stupide !
- Moi, j’aime bien.
Winston les regarda emprunter l’un des escaliers pour monter à l’étage et disparaître. Il décida de les laisser et de préparer le repas. Sa réaction extrême venait de blesser Miss Croft, une fois de plus. Le majordome s’asséna une claque sur le front. A trop vouloir la protéger, il devenait paranoïaque et la peinait sans arrêt. Oui ce petit Johann ressemblait trait pour trait à Cain et possédait la même passion pour l’archéologie, mais peut-être en effet s’agissait-il juste d’une coïncidence. Lara ne se servait pas de cet enfant pour combler sa solitude et son manque affectif, ravagée par la disparition de son fiancé. Ou bien peut-être le faisait-elle inconsciemment, mais à quoi bon l’en empêcher si cela lui permettait de garder la tête hors de l’eau ? Le majordome chassa toutes ses questions de sa tête pour marcher rapidement vers la cuisine. Il s’y enferma et s’amusa à préparer des hamburgers gastronomiques dont il ne fut pas peu fier. Ses plats encore bien chauds, il monta à l’étage à la recherche de Lara et Johann. Il découvrit la bibliothèque vide malgré les innombrables livres sur la table et les feuilles de notes griffonnées. Les sourcils froncés, il parcourut le manoir sans trouver trace des deux amis. C’est fort étonné qu’il sortit pour s’avancer dans la cour enneigée. A peine eut-il mit un pied dehors qu’on le frappa au visage. Le projectile glacé exposa sur son nez, lui arrachant un cri de surprise. Quand il rouvrit les yeux, Winston dévisagea Lara d’un regard haineux. La jeune femme tenait une boule de neige dans une main et pointa Chocho de l’autre d’un air faussement accusateur.
- Hey, non ! se défendit l’enfant en lâchant ses propres munitions. C’est pas moi, c’est elle.
Les yeux coléreux du majordome passèrent de Lara à Johann. Il se dirigea vers l’aventurière à larges foulées en la tranchant d’un regard réprobateur.
- A soixante-six ans, je ne pensais pas vivre autant d’humiliations, cracha-t-il en progressant poings serrés.
- Allons Winston, ce n’est qu’une blague, s’excusa Lara, déçue du manque d’humour de son majordome. Pourquoi est-ce que vous êtes aussi rigou...
Elle s’attendait à ce qu’il la sermonne, mais Winston fut bien plus surprenant. Il saisit Lara par le poignet, lui tordit le bras en accentuant le déséquilibre d’un croche pied et plaqua Lara face dans la neige. Johann, admiratif devant une telle prise, en lâcha ses nouvelles boules en ouvrant une bouche énorme. Le majordome se redressa fièrement et chassa la poudre blanche de ses épaules. Il observa Lara se redresser, la figure pleine de neige et le souffle coupé.
- Je dois bien continuer de vous éduquer, Milady, déclara-t-il en la jaugeant ironiquement (il se baissa et roula une grosse boule de neige dans ses mains avant de dévisager Johann). Les aînés doivent inculquer les valeurs aux jeunes.
Le petit garçon ouvrit des yeux globuleux avant de recevoir le projectile froid en pleine figure. Winston n’eut pas le temps de savourer sa victoire que Lara lui sauta dessus. Le majordome bascula pour s’enfoncer dans la neige.
La bataille dura une heure. Le trio décida de rentrer quand la nuit sans lune enlaça le manoir d’une douce obscurité. Winston s’empressa d’allumer un grand feu dans la cheminée du petit salon où Lara et Johann s’installèrent. Ils riaient toujours quand le majordome servit le repas.
- Génial ! s’exclama Johann en salivant. J’adore les hamburgers.
- Vous m’étonnez, Winston, fit Lara en dévisageant son majordome.
- Un peu réchauffé, s’excusa le cuisinier, mais vous allez m’en dire des nouvelles.
Johann dû ouvrir une grande bouche de serpent pour croquer dans le pain. Les traits de Winston s’attendrirent en observant le petit garçon dévorer son hamburger avec gourmandise, les lèvres pleines de sauce.
- Craquant, n’est-ce pas ? fit Lara à son majordome en observant Johann.
- Craquant, en effet, approuva Winston
- Tv’as patiqua pur lcarïbs ? bafouilla Johann la sauce aux coins des lèvres.
- J’ai rien compris, Johann, lui reprocha Lara. Parle pas la bouche pleine.
L’enfant avala sa bouchée et répéta :
- Tu vas partir quand pour Les Caraïbes ?
- Les Caraïbes ? répéta Winston interloqué. Pourquoi ?
- Johann se souvenait du nom des Quatre Soeurs, expliqua Lara. Australis, Vesper, Septemtriones et Orientis.
- Des noms latins, comprit Winston.
- Tout juste, affirma Lara. Et plus précisément l’origine des quatre points cardinaux. Les Quatre Soeurs sont leur personnification mythologique et chacune possède une relique puissante. Si Australis, Septemtriones et Orientis sont inconnus des archives mythologiques, nous avons réussi à rassembler des bribes d’informations sur Vesper.
- Vesper veut dire « nuit, soirée » en latin, expliqua Johann. Cela provient de la racine sanskrite « vas-ati », du gothique « vasi ». « Vasi » a donné « Vester » en suédois que l’allemand a dérivé en « west » l’origine du mot « ouest ». Nous n’avons trouvé que de brèves informations sur Vesper dont le sanctuaire serait caché dans la mer des Caraïbes... à l’ouest du globe.
Winston reçu toutes ses informations sans rien y comprendre et fixa le petit Johann avec un air choqué.
- Johann, l’interpella-t-il. Tu as quel âge ?
- J’ai huit ans, pourquoi ?
Les yeux pantois du majordome passèrent de l’enfant à Lara. La jeune femme sourit d’un air victorieux et dit :
- Je vous le disais, que c’était un génie.
- Si les Quatre Soeurs, reprit Johann, représentent les quatre points cardinaux, leurs sanctuaires sont respectivement cachés au nord, sud, ouest et est du globe.
- L’Iris trouvé au Cambodge, poursuivit Lara tout excitée, serait donc la relique d’Orientis représentant l’est.
- Et parallèlement au Cambodge se trouve la mer des Caraïbes, poursuivit Johann avec un visage lumineux.
Lara et Johann se frappèrent dans la main pour symboliser leur victoire.
- Certes... approuva Winston peu convaincu et noyé sous toutes ces informations. Il n’y a pas que les Caraïbes à l’ouest du pays. Et les positions peuvent changer en fonction de votre place sur le globe.
- La légende raconte que Vesper adulait la mer et y résidait, précisa Lara. Une mer azurée encerclée par deux pays rivaux dont les rois se disputaient l’amour de Vesper. Une belle métaphore de l’Amérique du Nord et du Sud.
- Très bien, très bien, se résigna Winston en levant les bras en signe d’approbation. Donc vous allez partir aux Caraïbes pour chercher... quoi ?
Lara et Johann fixèrent le majordome avec consternation. Ils ne répondirent rien pendant un moment, échangèrent une œillade complice puis ils éclatèrent de rire.
- Vous ne savez pas quoi chercher ? comprit le majordome consterné.
- Pas précisément, confirma Lara. J’ai juste quelques pistes. Deux expéditions archéologiques ont été menées aux Caraïbes. La première menée par Werner, précisa Lara avec une moue boudeuse. Ce vieux pervers avait encore ses cheveux à l’époque mais serait revenu bredouille – bien fait pour lui. La seconde... (elle marqua un temps d’arrêt, le regard nostalgique), par la tante de Cain.
Winston approuva d’un hochement de tête respectueux. Il encouragea sa lady du regard, conscient de sa mélancolie.
- Le carnet de Cain, reprit Lara, fait mention d’une bataille mythologie entre le soleil et la tempête, amoureux de la mer. Les deux prétendant se battaient pour obtenir les faveurs de leur aimée. Finalement, la mer ne put faire un choix et les accepta tous deux. Le soleil et la tempête forgèrent alors une relique puissante, symbole d’amour et de paix. Ça ne mentionne pas littéralement Vesper, mais les similitudes sont là. La tante de Cain serait également rentrée bredouille, mais les coordonnées du sanctuaire sont lisibles et mènent...
- Aux Caraïbes, conclut Winston.
Lara laissa son majordome digérer toutes ces informations. Il les accepta avec une habituelle expression flegmatique. L’aventurière s’apprêta à reprendre la parole quand on sonna (trop belle, celle-là !) à l’entrée du manoir.
- Vous attendez une visite ? questionna le majordome.
L’aventurière répondit négativement. Elle consulta sa montre et s’étonna qu’on puisse lui rendre visite à une heure si tardive. La sonnerie se montrait insistante, nerveuse. Winston se hâta de rejoindre la porte d’entrée, Lara et Johann dans son sillage. Il ouvrit. Se dessina dans l’obscurité une femme magnifique qui laissa Winston pantois. La lumière d’entrée illumina les cheveux d’un blond mielleux coupés courts et coiffés en arrière, dégageant un visage tendu.
- Je peux vous aider, madame ? demanda le majordome poliment.
L’inconnue ne répondit pas. Ses yeux émeraudes n’accordèrent aucune attention au majordome vexé. Ils s’attardèrent derrière-lui, inquiets et visiblement à la recherche de quelque chose.
- Maman ! s’exclama Johann.
L’enfant lâcha la main de Lara et courut vers la jeune femme blonde. L’aventurière le regarda s’éloigner avec un pincement au cœur. Les bras de l’inconnue s’ouvrirent à la rencontre de l’enfant. Ils l’enlacèrent puis les lèvres de la jeune femme déposèrent un baiser sur les joues de Johann.
- Rejoins papa dans la voiture, Johann, ordonna-t-elle en posant ses yeux bleus sur Lara.
- Mais... maman...
- Dépêche-toi.
Johann s’exécuta sans broncher, mais non sans cacher son expression déçue. Il distança sa mère, agita une petite main pour dire « au revoir » à Lara et Winston, et rejoignit le véhicule dans la cour. L’aventurière distingua une silhouette masculine. Le père de Johann restait invisible, caché par l’obscurité dans le véhicule.
- Merci d’avoir accueilli mon fils, Miss Croft, remercia la jeune femme. Vous êtes une source d’inspiration pour lui.
Ce remerciement surprit l’aventurière autant que Winston. Certes Johann avait prévenu le responsable de la British Library - visiblement ami de la famille - de son départ chez Lara, le message ayant certainement été transmis aux parents, mais Lara ne s’attendait pas à autant de clémence. Elle pensait être sermonnée, voire menacée, mais la jeune mère semblait dénuée d’animosité.
- Je ne voudrais pas me montrer grossière, reprit-elle, mais... Johann pourra-t-il... revenir ici ?
Lara percevait dans la voix douce une pointe de tristesse voire de résignation. Le regard de cette femme cachait quelque chose. Une crainte dévorante, au point de laisser son fils à une inconnue.
- Avec grand plaisir, accepta Lara. Winston pourra préparer des hamburgers (elle adressa un clin d’oeil à son majordome qui approuva poliment).
La mère de Johann se força à sourire. L’idée de la faire entrer, s’asseoir et prendre un thé pour dévoiler ce qui la tourmentait démangeait Lara. Elle n’eut pas cette occasion car la jeune femme tourna les talons.
- Peut-être en êtes-vous capable, murmura-t-elle en avançant dans l’ombre.
- Capable de quoi ? fit Lara.
Elle se retourna un bref instant, un maigre sourire aux lèvres et répondit :
- Protéger mon fils... et le monde.

* * *

Caché dans l’entrebâillement de la porte de la bibliothèque, Kurtis Trent observa Nathalia Chogun quitter le manoir et disparaître dans la cour. La diversion fonctionnait à merveille puisque Lara Croft et son majordome ne se doutaient absolument pas de sa présence. Vêtu de noir des pieds à la tête et le visage bien caché sous une cagoule, Kurtis s’était infiltré dans le manoir presque trop facilement. Les propriétaires des lieux restaient dans le hall à discuter de la rencontre étrange avec Nathalia. Kurtis saisit l’opportunité et retourna dans la bibliothèque pour terminer ce qu’il avait à faire. Il rejoignit la grande table couverte de nombreux livres ouverts et de feuilles griffonnées. Ses mains fortes et assurées saisirent le sac à dos en cuir de Lara posé sur une chaise. Elles l’ouvrirent, attrapèrent une trousse de secours et y cachèrent un mouchard dans une boite de compresses. Kurtis replaça ensuite le sac dans sa position initiale, au détail près. Il contourna la table et s’apprêta à rejoindre la fenêtre ouverte. L’air glacial nocturne s’infiltrait dans la salle et caressait les vieux ouvrages endormis. Avant de s’enfuir, le jeune homme jeta un coup d’œil aux notes. Lara Croft progressait trop rapidement. Ses recherchent allaient la mener aux Caraïbes, en Guadeloupe, vers la première relique des Quatre Soeurs. Kurtis griffonna les coordonnées sur un papier qu’il fourra dans sa poche et s’éclipsa. Il enjamba la fenêtre et s’apprêta à sauter un étage plus bas, dans la neige. Le son d’un automatique bruyamment armé le fit s’arrêter.
- Reviens un peu par là ! ordonna une voix menaçante.
Le jeune homme s’exécuta et descendit de la fenêtre avant de se retourner. Il tomba nez à nez avec Lara Croft qui le tenait en joue, furieuse.
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MessagePosté le: Sam 27 Déc 2014, 12:14    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 5

Kurtis leva les mains au-dessus de sa tête. Menacé par le canon du 9mm, il obtempéra sans sourciller. Une dizaine de mètres le séparait de Lara Croft. La jeune femme le détaillait des pieds à la tête, sans bouger. Elle imagina sous cette tenue de camouflage un homme très jeune - peut-être plus jeune qu’elle - et bien entraîné. Le corps trapu et musclé était habitué aux situations militaires. Un intrus à ne pas sous-estimer.
- Le morceau de papier dans ta poche, précisa-t-elle, montre-le-moi.
Kurtis sortit son post-it avec des gestes lents et le posa sur la table avant de remonter ses mains. Sans le quitter des yeux, Lara s’avança. Elle secoua son 9mm en direction du mur et le jeune homme s’y déplaça. Lara saisit le papier d’une main et elle consulta les notes d’une œillade : les coordonnées du temple.
- Enlève ta cagoule, ordonna-t-elle sèchement.
Kurtis ne bougea pas. Son incroyable maîtrise émotionnelle avait de quoi décontenancer. Lara se raidit. Les yeux bleus de l’intrus, intenses et profonds, la défiaient. L’aventurière s’attendait à un petit voleur docile mais se trompait. La menace de son arme ne suffisait pas. Kurtis comprit qu’elle manquait d’assurance et de sang froid pour user cruellement de la violence. Il lut dans les beaux yeux noisette une grande force troublée par le doute. Ce doute allait lui être profitable. Les mains toujours bien visibles, il recula vers la fenêtre, sous les yeux ahuris de Lara.
- Ne bouge pas ! commanda-t-elle en ajustant son tir.
Le cœur affolé de Lara manqua une pulsation quand le voleur enjamba la fenêtre. Incapable de tirer, Lara se lança à la poursuite de Kurtis. Elle s’attendait à ce qu’il bondisse au rez-de-chaussée, mais Kurtis opta pour une tactique plus sournoise. Il arrêta son geste, se retourna et la frappa au visage de son direct du droit. La puissance du coup fit reculer Lara qui s’effondra à terre en gémissant. Elle pressa le point d’impact pour atténuer la douleur pendant que Kurtis se réceptionnait un étage plus bas. Il courut dans le jardin, escalada le mur d’enceinte et disparut.

* * *

Winston tendit la poche de glace à sa lady. Lara lui arracha des mains. Elle la posa sur sa joue endolorie au-dessus de laquelle trônait un œil gauche gonflé et empourpré d’un somptueux coquard. Le pincement du froid la fit grincer des dents.
- Deux agressions en moins de deux jours, grommela la jeune femme. Que fiche cette entreprise de sécurité ?
- Pourquoi ne pas avoir tiré ? questionna Winston d’une voix emplie de reproches.
- Cet homme ne m’avait rien fait.
- A part s’introduire chez vous, vous voler des informations et vous agresser.
- Question de point de vue.
- Lara, cessez ses sarcasme et mettez un peu à profit cette longue année d’entraînement.
- J’étais incapable de tirer, avoua l’aventurière. Je ne peux pas abattre comme ça un inconnu. C’est trop barbare.
- Une balle dans le genou aurait suffi.
Lara foudroya son majordome d’un air consterné. Elle pressa la poche de glace contre sa joue avec une moue boudeuse et détourna les yeux. Le regard réprobateur de Winston l’agaçait.
- Ça fait une troisième équipe sur l’affaire, conclut-elle.
- Trois ?
- La nôtre, celle de la pétasse rousse et celle du voleur ninja.
Winston leva les yeux au ciel, révolté par un tel vocabulaire. Il proposa une hypothèse :
- Le voleur pourrait être envoyé par cette mystérieuse femme.
- Elle n’a pas hésité à se déplacer en personne et à visage découvert. Ça prouve une grande confiance. Je ne vois pas pourquoi elle changerait radicalement de méthode en employant quelqu’un d’autre et de masqué.
- Que comptez-vous faire ?
- Partir dès que possible. L’Alliance et mes valises ne sont pas encore prêts ?

* * *

L’intrus observa Kurtis Trent disparaître dans l’obscurité. Cet interlude passé, il patienta quelques instants et escalada à son tour le mur d’enceinte. Il traversa le jardin enneigé et s’immobilisa sous la fenêtre de la bibliothèque toujours ouverte. Les voix de Lara Croft et de son majordome glissèrent jusqu’à ses oreilles attentives.
- Ça fait une troisième équipe sur l’affaire, déclara Lara Croft.
- Trois ?
- La nôtre, celle de la pétasse rousse et celle du voleur ninja.
Un sourire goguenard incurva les lèvres de l’intrus.
- Tu peux rajouter une quatrième équipe, murmura-t-il sournoisement. Même si utiliser la « pétasse rousse » ne me déplaît pas pour le moment.
Avec la discrétion et l’agilité d’un félin, il agrippa la gouttière et grimpa jusqu’à la fenêtre. Il jeta une brève œillade à l’intérieur : les silhouettes de Croft et de son majordome quittèrent la pièce. L’intrus se hissa dans le manoir et marcha vers la porte à pas de loup. Lara et Winston se dirigeaient vers la chambre de la lady. Cela lui laissait un peu de temps libre pour vérifier l’avancée des recherches de sa nouvelle candidate. Il ferma discrètement la porte et se rapprocha de la table. Son sourire devint vicieux quand il constata l’essentiel : Croft possédait les coordonnées d’une des reliques. Satisfait, il saisit son téléphone portable et composa le numéro de Jess. Il patienta plusieurs sonneries avant que la jeune femme ne décroche.
- J’attendais ton appel, fit-elle d’une voix essoufflée et sensuelle.
- Je vois que tu as su t’occuper pendant ce temps-là.
- Moi aussi je travaille ! ricana-t-elle. Il faut bien que mon équipe garde le moral.
- Tu as pris ton pied, au moins ?
- Pas autant qu’avec toi, mais il se débrouille plutôt pas mal, le vieux.
- Qu’il soit prêt à décoller demain. Croft est sur le départ pour la Guadeloupe.
- Déjà ? Je savais qu’elle trouverait rapidement. Elle est parfaite, cette petite.
- Tu as bien fait de lui semer des cailloux. Il faut continuer comme ça, mais sans l’effrayer.
- Ne t’inquiète pas, il restera à distance le temps qu’elle trouve le temple pour ne pas attiser les soupçons.
- J’y pense, ajouta-t-il. Le Lux Véritatis suit Croft.
- Un peu de challenge ne fait pas de mal. Je m’en chargerai.
- Bien.
- Dépêche-toi de rentrer... tu me manques.
- Je t’aime énormément, tu le sais.
- Oui. Moi aussi.
Il raccrocha.
Pas besoin de traîner plus longtemps. Il s’apprêta à rejoindre la fenêtre quand des pas se firent entendre derrière la porte. Heureusement il fut assez réactif. Il ne lui manquait plus que d’être chanceux. Une chance sur deux.
Lara Croft pénétra dans la bibliothèque.
Gagné !
- Winston ? le surprit-elle. Qu’est-ce que vous faites dans la bibliothèque ? Je croyais que vous vous occupiez des valises au grenier ?
- J’ai entendu du bruit et j’ai préféré vérifier. A croire que toutes ses intrusions me rendent un petit peu paranoïaque.
Elle approuva et s’approcha.
- Je suis juste venue récupérer mon carnet et les coordonnées, précisa-t-elle. Je vous attends pour commencer les bagages.
- J’arrive tout de suite, Milady.
Et elle quitta la bibliothèque. L’intrus eut un rictus perfide et un rire sardonique. Il reprit sa véritable apparence sur le champ. Puis il enjamba la fenêtre, sauta et disparut dans l’obscurité.

* * *

Le lendemain

Winston stoppa la voiture et Lara en descendit aussitôt. L’air iodé souleva sa tresse brune et caressa son visage. L’aventurière inspira une grande bouffée vivifiante et contempla le port de Londres avec fascination. Elle attrapa ses quelques bagages et – Winston sur ses talons – parcourut le port jusqu’à un yacht grand et luxueux à la poupe orné du nom « Alliance ». Le responsable de la flotte Croft – du moins ce qu’il en restait, les bateaux de plaisance ayant tous été vendus aux enchères au profit du récent yacht - s’avança vers Lara. Ils s’enlacèrent un instant. Michael Hester passa une main suave dans ses cheveux noirs et sourit à la jeune femme.
- Miss Croft vous êtes resplendissante, la complimenta-t-il. Winston, le salua-t-il.
- Merci, Michael, fit Lara. Tout est en ordre ?
- L’Alliance est prêt à prendre le large.
- C’est parfait.
- Des vacances exotiques ? questionna Hester un mince sourire aux lèvres.
- Non. Une exploration extrêmement importante. Je dois être en Guadeloupe le plus vite possible.
- « Le plus vite possible » ? ricana Hester. Miss Croft il vous faudra quasi une semaine à pleine puissance.
- Winston et moi allons nous relayer afin de naviguer jour et nuit.
- Miss Croft, si vous êtes si pressée, pourquoi ne pas tout simplement prendre l’avion ?
Winston trancha Hester d’un regard noir qui le fit immédiatement regretter sa question idiote. Les yeux aussi sombres de Lara foudroyèrent le responsable au point de le frigorifier.
-  Vous ne me ferez plus monter dans ces oiseaux de la Mort, répondit sèchement l’aventurière.
Hester approuva d’un hochement de tête, mal à l’aise. Lara tourna les talons, balança ses bagages sur le pont et les moteurs de l’Alliance ne mirent pas longtemps à rugir. Le yacht quitta le port et longea les côtes britanniques pour s’enfoncer dans le vaste azur de l’océan Atlantique. Lara et Winston alternèrent le pilotage régulièrement pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que se dessinent les lignes exotiques de la Guadeloupe. Lara stoppa les moteurs du yacht dans la lagune de Petite-Terre, perle azurée éclatante et colorée. Ses yeux se perdirent un instant vers la barrière de corail qui séparait la lagune de la vaste mer des Caraïbes. Elle s’étira comme un chat en profitant des rayons chaleureux du soleil qui caressaient sa peau endolorie.
- Bon sang, ce que je donnerai pas pour bronzer, déclara-t-elle en fermant les yeux. Il fait vingt degrés de plus qu’au Surrey.
- Vous avez eu plusieurs jours pour bronzer, cracha Winston en la rejoignant.
Le majordome, vêtu d’un bermuda beige et d’une chemise en coton blanche, déposa un verre de jus de fruit à côté d’un transat.
- Quand je ne naviguais pas, s’énerva Lara, je dormais et vice-versa ! Et ce relooking est pour le moins déconcertant, Winston, le taquina-t-elle.
- Le bikini et le paréo le sont tout autant, enchaîna le majordome. Vous comptez explorer l’île dans cette tenue ?
Lara jugea son superbe bikini noir au bas camouflé par un paréo turquoise dont les pans soulevés par la brise caressaient ses mollets.
- Allez immédiatement vous changer, ordonna le majordome en s’allongeant sur le transat.
- Je peux savoir ce que vous faites, Winston ?
- J’ai également alterné sommeil et navigation pendant une semaine. Je vais maintenant prendre un peu de bon temps. Je garde le yacht en votre absence.
- Qu... quoi ? s’offusqua Lara. Mais c’est injuste.
- Désirez-vous que je vous suive dans le temple, vos 9mm sur un plateau d’argent, Milady ?
Lara sourit en imaginant cette scène ridicule.
- Non, se contenta-t-elle de répondre.
- C’est ce que je pensais, approuva Winston. Dans ce cas, à tout à l’heure.
Il la salua en levant son verre, puis but une grosse gorgée.
Lara tourna les talons en grognant mais Winston remarqua l’ombre d’un sourire qui planait sur ses lèvres faussement boudeuses. Elle ressortit de la cabine quelques minutes plus tard, toujours avec son bas de maillot, le buste serré dans un débardeur bleu et le reste de ses affaires sous le bras. L’eau azurée lui arrivait à la taille quand elle traversa la distance entre le yacht et la plage, son matériel porté au-dessus de sa tête. Ses pieds nus s’enfoncèrent rapidement dans le sable chaud et clair. Lara avança jusqu’à un cocotier et déposa ses affaires au pied du tronc. Il ne fallut que quelques secondes pour que le soleil aride ne sèche l’eau. Lara enfila son short brun, s’équipa de ses 9mm de part et d’autre de ses cuisses dans leurs holsters et chaussa ses grosses bottes à boucles. Elle bascula son sac à dos et consulta la carte tracée par la tante de Cain et les coordonnées du temple. Le tracé bien mémorisé, elle s’enfonça dans les fourrés. Lara avança au coeur de l’île dont la flore luxuriante et épanouie griffait ses bras et ses cuisses. De nombreux gros iguanes prirent la fuite à son approche, disparaissant sous les buissons ou dans les immenses cocotiers. Longtemps plus tard, les épaisses semelles de ses bottes quittèrent le sable fin pour un sol plus rocailleux. Lara déboucha sur la côte est de l’île, peu accessible, et apprécia la caresse rafraîchissante du vent. Elle observa un instant l’immensité de l’océan puis longea les bords de la falaise. Ses yeux scrutèrent la roche à la recherche d’une petite ouverture. Ils finirent par la repérer plusieurs mètres en contrebas. Lara s’assit aux bords de la falaise et prit appui sur ses paumes pour se retourner. Elle glissa le long de la paroi jusqu’à rester suspendue au-dessus du vide. Ses pieds trouvèrent rapidement des prises et la jeune femme commença à descendre. Elle rejoignit l’ouverture après quelques minutes d’escalade. Elle se hissa dans le tunnel juste assez grand pour sa carrure et rampa dans l’obscurité totale. Quand l’air commença à manquer ainsi que la lumière, Lara regretta son manque d’anticipation : être équipée d’une petite torche dans ce genre de situation n’était pas du luxe. L’aventurière stoppa un instant. Ses coudes et ses genoux égratignés la lançaient. La douleur devint rapidement insupportable et un gémissement s’échappa des lèvres pincées de la jeune femme. Lara releva la tête et se cogna. Elle serra les poings et grogna. Son corps s’agitait et rencontrait immédiatement la paroi rocheuse et humide. Prise au piège, l’aventurière se tortilla comme un ver. Elle hurla et suffoqua, prise de panique. Cette crise dura quelques secondes avant que Lara ne s’immobilise d’un coup.
Pendant un instant, elle hésita à reculer. Sans se l’expliquer, elle pensa à Cain. Cela lui donna un peu de courage et avec des gestes lents, Lara reprit sa progression. Sa respiration uniforme l’aida à garder son calme pendant une dizaine de minutes, jusqu’à ce qu’une légère lueur n’éclaire le bout du tunnel. Elle accéléra vers la lumière. Ses mains quittèrent la pierre et Lara s’effondra un mètre plus bas, dans la mousse. Haletante, le dos caressé par le tapis d’herbes souples, elle patienta un instant allongée. Ses yeux se perdirent dans l’immensité de la caverne, dont les fissures des parois laissaient timidement - et de façon inexplicable - pénétrer les rayons du soleil et la pluie. Mais ce qui surprit d’avantage Lara fut... le ciel. Des trous béants dans le plafond de la caverne laissaient entrevoir un ciel orageux aux nuages sombres cracheurs de pluie. Difficile à croire. L’aventurière se trouvait-elle déjà dans La Bordure de ce lieu ? Un espace en dehors du temps qui protégeait la relique des intrus ? C’était la seule explication logique pour expliquer ce ciel menaçant.
Lara se redressa et se déplaça respectueusement dans la caverne.
Ses doigts effleurèrent la pierre froide telle une caresse. Les phalanges épousèrent les fissures et les imperfections de la paroi comme on zigzague entre les muscles d’un amant.
Lara ferma les yeux et inspira. L’air plus frais et humide infiltra ses poumons jusqu’à la rendre ivre ; ivre de cette effluve où se mariaient subtilement les odeurs de la pluie, de la mousse et de la pierre humide.
Par-delà les ruines du temple, l’averse jouait sa mélodie des eaux : clapotis des gouttes, ruissellement des rigoles, murmures et sifflement du vent. Lara, bercée par la musique, laissa la pluie arroser son visage. Elle ressentait un apaisement hors du commun. La sensation d’être lavée de tous ses maux. Ici, seule au monde, au centre de l’Histoire et hors du temps, elle se sentait unique, libérée et heureuse.
C’est avec ce sentiment de quiétude retrouvé qu’elle arpenta la salle circulaire au toit délabré d’où s’infiltrait la pluie. Les ravages du temps et du climat avaient brisé le plafond mystérieux qui s’étalait maintenant sur le sol en gros blocs de pierre. Sous les pieds de l’aventurière, une mosaïque sphérique se cachait entre les herbes et la mousse. La végétation envahissait un peu plus chaque jour ces étranges ruines. Elle les enveloppait de ses bras luxuriants pour les protéger et les dissimuler aux regards des envahisseurs.
Lara s’agenouilla et bascula respectueusement les feuilles qui s’enroulaient autour de l’autel central. Elle libéra une fresque parfaitement lisible, aux symboles et inscriptions bien taillées dans la roche. On y devinait plusieurs reliques rassemblées dans une sphère. Au-dessus de ce groupe d’artefacts, le dessin d’une coupe. Lara comprit immédiatement qu’il s’agissait de sa relique. La seule question était de trouver le mécanisme capable de la libérer, si tant est qu’il fonctionnait encore. Mais l’aventurière se doutait qu’une certaine force magique gardait ces mécanismes en l’état de fonctionner, même si elle ignorait d’où cette force provenait. Elle inspecta l’autel plus minutieusement en arrachant les herbes. Cylindrique, il s’élevait sur un peu plus d’un mètre, pour un mètre de circonférence. Sur la partie la plus haute, on remarquait comme des ceintures taillées dans la roche, toutes gravée d’inscriptions. Lara pressa la première ceinture et la fit pivoter. La pierre glissa dans un léger son de frottement sans accroche ni résistance. L’ancêtre du Rubik’s Cube: voilà ce qu’était cet autel. L’aventurière prit le temps de placer chaque ceinture pour reconstituer le puzzle. Cela lui demanda du temps car certaines ceintures pivotaient par deux ou trois. Quand tous les symboles furent alignés, elle crut percevoir comme le bruit léger d’un mécanisme qui s’enclenche : gagné ! Elle venait de résoudre la première partie de l’énigme. Comment savait-elle qu’il en existait une seconde ? Parce que rien ne se produisait malgré la mise en place des ceintures. L’aventurière redoubla d’effort et chercha une solution. En inspectant le haut de l’autel, elle remarqua une cavité creusée, ou plutôt sculptée dans la pierre. Sa forme précise faisait penser à une serrure. Il fallait un artefact servant de clé pour déclencher le mécanisme.
Une pointe de stress serra les tripes de Lara. Si elle ne trouvait pas la clé, elle rentrerait bredouille, même si cet endroit constituait déjà une merveilleuse découverte. Elle commença une fouille minutieuse des lieux. Toutes les ruines et tous les végétaux furent passés à la loupe par ses yeux aiguisés. Il ne lui fallut pas longtemps pour faire le tour de la salle sans rien trouver. Un soupir frustré s’échappa de ses lèvres alors qu’elle balayait d’un regard circulaire l’ensemble des ruines. L’artefact se trouvait sûrement ailleurs. Dans le fond, à quoi bon verrouiller un portail d’un mécanisme compliqué pour y laisser la clé à portée de main ?
Lara commençait à se résigner quand des voix lointaines la sortirent de sa rêverie. Son visage prit une expression attentive et intriguée tandis qu’elle se tournait, prudente, vers la source du bruit. En quelques secondes, elle identifia presque cinq voix masculines différentes. Les bruits de végétaux écrasés et broyés sous les pas lourds prouvaient qu’un groupe qui se déplaçait à vive allure dans sa direction. Lara n’attendit pas : elle dégaina ses 9mm et se cacha derrière un gros bloc de pierre en retrait de l’autel central. A peine se fut-elle dissimulée que le groupe pénétra dans les ruines pour y faire halte. Collée contre la paroi humide, Lara jeta discrètement un coup d’oeil aux nouveaux invités. Il lui fallut qu’un bref instant pour deviner le rôle de chaque individu. Il s’agissait bien de cinq hommes dont quatre étaient dangereusement armés. Vu leur carrure imposante et leur allure de militaires bornés et pas commode, ils servaient certainement de gardes du corps à l’occidental légèrement en retrait. Un homme d’une trentaine d’années qui observait les ruines avec une fascination intéressée. Lara interpréta facilement ce regard comme l’appât du gain. Ces ruines représentaient pour cet homme une source de revenus, ce qui provoqua chez l’aventurière une furieuse antipathie et un profond mépris. Il semblait un homme de terrain à la vue de sa tenue confortable et pratique et son crâne dépourvu de cheveux luisait sous la légère luminosité ambiante. Il sortit les mains des poches de son pantalon brun et en monta une à son bouc, dont il s’amusa à suivre les poils soigneusement taillés.
- Aucun doute, c’est ici, déclara-t-il en français.
Un Français... Lara redoubla d’attention pour bien comprendre le dialogue qui allait suivre, mais les quatre caïds restèrent impassiblement muets et désintéressés. Ils ne répondirent rien et commencèrent à se séparer pour couvrir un maximum de terrain autour de leur protégé. L’aventurière se cacha totalement, armes en mains, son cœur accélérant le rythme de ses pulsations. Le stress l’envahissait telle une vague qui s’enroule sur le sable. Elle commençait à douter de sa position et espérait grossièrement que personne ne la trouverait. Ces hommes l’attaqueraient certainement en la débusquant de derrière son rocher, comme les « Choses » à l’époque. Ce souvenir la hantait mais elle le chassa en fermant les yeux et respirant calmement. Depuis ce fameux jour dans les montagnes rocheuses de la Bordure, elle avait progressé, appris à se battre et à se cacher. Elle pouvait s’en sortir.
Elle entendait les hommes se déplacer doucement, le plus proche se trouvant à peine à dix mètres de sa position.
- Ne bougez pas ! ordonna le Français, cette fois en anglais.
Lara se figea comme si on venait de la sermonner. Elle serrait ses 9mm avec une telle force que des crampes commençaient à envahir ses phalanges.
- Nous ne sommes pas seuls, révéla le Français.
«Non ! »
Lara paniqua, incapable de bouger. Elle entendit les caïds se disperser furtivement.
- Ces herbes sont trop fraîchement arrachées... précisa le Français. On vient tout juste de fouiller cet endroit.
Lara se sentait stupide, comme une adolescente qui laisse la porte ouverte en faisant le mur. Elle entendait les caïds se déplacer et se rapprocher. Que devait-elle faire ? Sortir de sa cachette pour les prendre par surprise et les cribler de balles ? C’était de la pure cruauté. Les blesser ? Mais à cinq contre un, elle mourrait avant de tous les mettre à terre. Ou alors...
- Ne bouge pas, petite souris !
Trop tard... Elle sentit le canon presser l’arrière de son crâne.
- Pose tes armes à terre, doucement.
Elle s’exécuta. Une fois ses 9mm dans les herbes, le caïd lui ordonna de se lever et de mettre ses mains en évidence. Envahie par le doute, Lara exécuta les ordres à la lettre tout en cherchant une solution de secours. Malgré ses progrès dans les différentes techniques d’art martiaux qu’elle apprenait depuis un an, la différence de taille et de poids avec son adversaire la désavantageait grandement ; sans compter qu’elle risquait une balle dans la tête par ses camarades. Elle dut se résigner à avancer au centre de la salle, encerclée par quatre hommes armés et dévisagée par le Français, dont le sourire prétentieux et sarcastique lui procura un frisson.
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MessagePosté le: Mer 28 Jan 2015, 19:39    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 6

Le Français jugeait Lara avec un mépris évident dans ses yeux bleus, un mince sourire moqueur aux lèvres.
- Lara Croft, la nomma-t-il avec un accent anglais volontairement haché, je vous pensais plus… impressionnante. (Lara ne répondit rien, ce qui fit sourire le Français) Ha, ha, rit-il en suivant les lignes de sa moustache puis de son bouc, seriez-vous timide ?
- Oh, pardon ! s’exclama l’aventurière comme si elle venait de sortir de ses songes. Je ne vous avais pas remarqué. Vous disiez ?
- Vous vous la jouez rebelle et provocatrice ? Allons, Miss Croft, continua-t-il sur un ton de sermon, en tant que collègue, soyons amis.
D’un mouvement de tête, il ordonna au colosse d’abaisser ses armes. Le sbire s’exécuta sans broncher, non sans garder une certaine proximité avec la jeune femme.
- Inutile de tenter quoi que ce soit, assura le Français en devinant les pensées de Lara, au moindre geste hostile de votre part, ces hommes n’hésiteront pas vous rendre la pareille. Vous êtes douée mais nous avons l’avantage.
- Je n’aime pas vos familiarités, trancha Lara. A qui ai-je l’honneur ?
- Pardonnez-moi, je manque à tous mes devoirs. Pierre Dupont, se présenta-t-il dans une courbette intentionnellement ridicule qui déclencha un rire collectif. Archéologue de renom. (Lara ricana.) Qu’est-ce qui vous fait rire, Miss Croft ?
- Je me souviens de vous, expliqua-t-elle avec sarcasme. Vous êtes à l’origine de quelques belles découvertes archéologiques, mais la communauté scientifique vous a dans le collimateur. Elle désapprouve vos méthodes.
Pierre haussa les épaules.
- Jalousie, siffla-t-il. La fin justifie les moyens.
- Et à quelle fin pillez-vous la Guadeloupe, aujourd’hui ?
- Vesper, révéla-t-il avec un sourire gourmand. (Le visage de Lara se figea.) Oh… siffla Pierre, on dirait que ce nom vous est familier.
- C’est Jess qui vous envoie, n’est-ce pas ?
- Tout juste.
- Vous ne le cachez même pas. Pourquoi ?
- Cacher l’évidence est une ridicule perte d’énergie.
- Je ne laisserai pas la relique entre les mains de cette vipère.
Les lèvres de Pierre s’étirèrent en un sourire goguenard. Il réduisit la distance qui le séparait de Lara jusqu’à être intimement proche. L’aventurière plongea dans ses yeux clairs. Elle soutenait son regard en silence, l’air mauvais et poings serrés.
- Jess est une femme très persuasive, répondit-il d’une voix suave. (De ses doigts fourbes, il suivit les lignes du visage de Lara qui se raidit.) Êtes-vous prête à surenchérir, Miss Croft ?
L’aventurière se mura dans le mutisme, sans quitter le Français des yeux. Les caresses provocatrices la répugnaient. Les doigts de Pierre longèrent ses joues rougies par la colère jusqu’à ses lèvres pincées. Ils suivirent les lignes et les reliefs qui se courbèrent en un sourire incitant.
- Je sais également me montrer très persuasive, répliqua Lara, surtout face aux hommes dangereux.
- Ha, ha, rit encore Pierre en s’éloignant. Parlottes que tout cela. Vous avez certes survécu dans les montagnes himalayennes, mais depuis vous êtes restée à bonne distance du danger. Vous n’êtes encore qu’une débutante qui ne sait pas se défendre contre « les hommes dangereux », accentua-t-il.
Lara profita de l’ouverture. Elle bondit sur le côté dans une roulade latérale rapide et agile. Le premier sbire cracha des insultes sans pour autant la viser ou la rattraper. L’aventurière sauta sur ses pieds, dans le dos du militaire et lui envoya son direct du droit en plein visage.
Il l’esquiva.
Il contre-attaqua.
Lara s’écroula.
Une moue douloureuse moula le visage de Pierre en une expression de fausse compassion, pendant que Lara se recroquevillait dans l’herbe en position fœtale. Elle gémit, l’estomac comme broyé.
- Aie ! simula Pierre. Je vous l’avais bien dit, rappela-t-il avec la voix d’un parent qui sermonne son enfant. Pas des tendres, ces gars là, désigna-t-il les sbires d’une œillade.
La douleur lancinante vrilla l’esprit de Lara qui resta quelques secondes étendue par terre. Dans le spectacle brouillé de sa vue, elle distingua Pierre sortir de son sac à dos un gros médaillon en or taillé d’inscriptions. Le Français rapprocha la relique de l’autel et un sourire victorieux illumina son visage.
- La clé, comprit Lara d’une voix chevrotante. (Elle se releva en chancelant.) Comment avez-vous fait ?
- Je vous l’ai dit : nous avons l’avantage.
Quand le médaillon s’incrusta parfaitement dans la cavité, un bruit de mécanisme qui s’enclenche raisonna dans la grotte, ou plutôt sous la grotte. L’autel tourna sur lui-même jusqu’à s’enfoncer dans le sol et une gigantesque trappe glissa, laissant le passage sur un sombre escalier en pierres qui s’enfonçait vers les entrailles de la terre. Pierre sortit une torche et éclaira la cavité. Le rayon lumineux éclaira tant bien que mal les ténèbres opaques sans révéler de sortie.
- On descend, ordonna Pierre en posant un pied sur la première marche. Lara (il se retourna vers la concernée) vous permettez que je vous appelle Lara ?
- Non.
- Passez devant, Lara, provoqua-t-il. Je préfère vous avoir dans mon champ de vision. Mais ne faites rien de stupide.
L’aventurière s’équipa de sa torche et ouvrit la marche dans un grognement de colère. Elle descendit les larges marches, Pierre et ses hommes dans son sillage. Pas la peine d’essayer quoi que ce soit, le manque d’espace empêchait toute tentative de fuite. Lara se contenta donc d’obéir en portant toute son attention sur les marches cassées par le temps et l’usure. Après de longues minutes de descente, elle retrouva la terre ferme dans un large corridor haut de plafond. Elle le traversa et le groupe s’immobilisa dans une petite salle, toujours très obscure, face à deux énormes portes ornées de symboles et d’inscriptions.
- Nous y voilà, intervint Pierre. (Il poussa sur les portes qui restèrent muettes.) Bien. Trouvons le Sésame de cette entrée.
Lara balaya la petite salle de son rayon lumineux. Elle remarqua sur le mur ouest un simple levier en bois incrusté dans la paroi.
- Parfait, la félicita Pierre, vous avez l’œil, Lara. (Il désigna le mécanisme de sa torche.) Actionnez-moi ça.
La jeune femme rejoignit le mécanisme, éclairée par la torche de Pierre. Elle saisit le levier à deux mains et l’abaissa de son poids, fesses quasi à terre. Le bois grinça comme une menace et la salle vibra, secouée de convulsions. Lara sentit le sol se dérober sous ses pieds. Déséquilibrée, elle exécuta un saut latéral maladroit de justesse. Elle fut plus rapide qu’un des militaires qui chuta en hurlant dans une cavité. Un bruit ignoble de chair tranchée précéda le silence. Les trois sbires restant grimacèrent avant de voler au secours de leur camarade.
- Ne bougez pas ! hurla Lara avec férocité.
Les militaires accueillirent l’ordre avec des moues furibondes, mais ils ravalèrent leur fierté à la vue du cadavre de leur compagnon, spongieux de sang et empalé sur des piques dans le trou.
- Ecoutez la dame, insista Pierre avec une ironie sinistre.
Lara s’accroupit et saisit une pierre proche de sa cheville. Elle fit rebondir le caillou gros comme une balle de tennis dans sa paume le temps de viser puis le lança. Le projectile heurta une des dalles en pierre quelques mètres devant Lara qui s’écroula aussitôt, dévoilant une nouvelle cavité remplis de piques aux pointes roussies de sang séché et empalées de squelettes.
Les militaires reçurent cette nouvelle vision avec une expression boudeuse.
- Bien, accepta Pierre qui avait la chance d’être déjà aux portes, on s’arrange pour traverser rapidement, Lara ? cracha-t-il à la jeune femme.
L’aventurière siffla un juron en français que Pierre accueillit avec un ricanement. Elle se concentra et avec la légèreté d’une plume, comme si elle marchait sur des œufs, commença à avancer. Les jambes légèrement fléchies, elle effleurait les dalles suivantes de la pointe du pied et ne transférait son poids qu’une fois certaine d’être sur une dalle stable. Le sol s’effondrait au fur et à mesure de ses erreurs, lui déversant à chaque fois un frisson et une vague de sueur froide. De l’autre côté, Pierre admirait son agilité et sa dextérité. Ses yeux bleus ne manquaient rien des gestes de la jeune femme, au point d’en devenir professoral, tel le maître qui observe son élève.
Soudain, une erreur.
Une dalle sournoise s’écroula au moment où Lara s’appuya. L’aventurière chuta dans un cri de surprise et sa raccrocha in extremis au bord du gouffre. Ses genoux heurtèrent la pierre, lui lançant une douleur qui faillit la faire lâcher. Le reste du groupe affichait des visages déconfits qui s’apaisèrent quand Lara se hissa dans un gémissement sur la terre ferme. L’aventurière massa ses genoux endoloris et reprit immédiatement la marche, le cœur affolé et les jambes tremblantes. Elle rejoignit Pierre quelques minutes après, le souffle court et le buste trempé de sueur.
- Bravo, bravo, applaudit le Français avec un air sournois. Pas mal pour une débutante, bien qu’un peu lent. (Lara le foudroya du regard.) Allez, les gars, appela-t-il les trois militaires restant, on se bouge un peu !
Les trois colosses échangèrent une œillade sceptique. Sans un mot, ils dégainèrent leurs uzis et criblèrent le sol de balles. Le bruit assourdissant des tirs à répétition crépita dans les nuées d’étincelles qui illuminèrent la salle de flash à répétition. Quand les tirs cessèrent, les militaires rengainèrent leurs armes encore fumante dans leurs holsters et partagèrent des sourires satisfaits : le chemin de dalles fixes était maintenant évident, le sol de la salle ne ressemblant plus qu’à un puzzle inachevé.
- J’aime ces gars là, ironisa Pierre, plutôt expéditifs mais efficaces.
Lara ne releva pas, profondément écœurée et se tourna vers les portes.
- Parfait, s’extasia Pierre maintenant le groupe au complet, encore un petit effort.
Ils s’alignèrent face aux portes qu’ils poussèrent de concert. Après un grincement puissant, elles s’ouvrirent d’un coup et une lumière aveuglante se déversa dans la salle. Lara monta une main en visière pour atténuer le choc et patienta. Au début, elle distingua une masse colorée floue, puis les lignes s’affinèrent petit à petit.
Elle ouvrit des yeux énormes.
Devant eux s’étendait à perte de vue une jungle luxuriante et colorée, où les bananiers gigantesques piquaient le ciel azuré vierge de nuage. Un parfum intense et sucré s’élevait dans l’atmosphère assez lourde et chaude, où batifolaient des insectes et oiseaux exotiques dont les chants aigus berçaient l’ambiance d’une sérénité étrange.
- C’est quoi ces conneries ? cracha un des militaires qui ouvrait la bouche pour la première fois. On n’était pas sous terre ?
Lara leva encore les yeux aux ciels et maudit vraiment la présence abjecte de ses profanateurs qui gâchaient la découverte de ce nouveau lieu incroyable.
- Nous ne sommes plus dans notre monde, révéla Pierre sans réel intérêt dans ses yeux bleus. C’est une sorte de monde parallèle propre à la Légende.
- La Bordure, coupa Lara sans se détacher du magnifique paysage.
Tous les yeux se tournèrent vers l’aventurière qui sourit avec satisfaction devant leurs regards déconcertés.
- La Bordquoi ? reprit le militaire armes en main.
- Les ruines où nous sommes descendus est une première porte qui garde l’entrée de la Bordure, expliqua Lara. La Bordure est un monde parallèle au nôtre, gardien des secrets anciens, qui protège les reliques des curieux. Nous ne sommes plus dans notre monde, même si pour l’instant cela parait similaire.
- Pour l’instant ? intervint le second sbire d’une voix rauque.
- La flore et surtout la faune peuvent être très différentes et dangereuses.
- Que les bestioles s’amènent, coupa le troisième, je vais les accueillir d’une rafale de bastos dans le cul !
Alors que les trois crétins riaient aux éclats, Lara ravala un frisson en entendant la voix tranchante de Laura Cruise résonner dans sa tête : « Ecoute-moi bien, pauvre imbécile ! Ne jouis jamais de la mort ! Ces bestioles ne font que défendre leur territoire, parce que les intrus, ici, c’est nous. ». Cet ancien sermon lui servait aujourd’hui de véritable principe : se défendre, oui, mais sans cruauté.
- Et bien, intervint Pierre en arrachant Lara à ses souvenirs, Messieurs, il est temps justement de montrer toute l’étendue de vos talents. (Il balaya l’espace devant-lui du bras.) Ouvrez la marche, si vous le voulez bien.
Visiblement fiers de la confiance accordée par le Français, les trois militaires avancèrent, fusils, uzis et mitraillettes aux poings pour s’enfoncer dans la jungle épaisse. Pierre dégaina tout de même un pistolet automatique et à la grande surprise de la concernée, rendit à Lara ses 9mm.
- Vous avez tort de me faire confiance, siffla l’aventurière en gardant ses porte-bonheur en main.
- J’ai surtout confiance en votre manque de sang froid, Lara, continua Pierre avec son éternel masque sarcastique sur le visage. (L’aventurière s’offusqua, mais il ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche.). Je vous l’ai dit : vous êtes une débutante face aux hommes dangereux. Vous êtes encore une jeune fille gentille, qui n’arrive pas à user méchamment de la violence. Vous voyez ces mecs ? (Il désigna le trio du menton.) Ce sont des tueurs. Ils ont perdu leur humanité et pourraient vous cribler de balle sans soupirer. Vous, vous en êtes incapable.
- Et vous, Pierre, vous en êtes capable ?
Le Français passa une main sur son crâne rasé pour en chasser la sueur, l’air mal à l’aise. Lara s’amusa du silence qu’il imposa dans la conversation.
- Je suis un salaud, finit-il par répondre, sournois et avare, mais je ne suis pas sadique.
- A croire que tous les chauves cumulent ce genre de défaut, provoqua Lara en pensant à Werner.
Pierre n’eut le temps de répliquer. Les trois militaires venaient de stopper et ordonnaient le silence, index sur les lèvres. Leur attitude joviale remplacée par la méfiance et la défensive laissait deviner que quelque chose les mettait en état d’alerte. L’atmosphère se gorgea de tension et Lara ressentit également le danger. 9mm aux poignets, elle pivota sur elle-même, à la recherche de la menace. Les fourrés bougeaient à intervalle régulier, ça et là autour du groupe, secouant les végétaux de spasmes qui stoppaient aussitôt les militaires se tournant vers le bruit. Quand Lara entendit les petits bruits aigus et vicieux qui accompagnaient la danse des feuilles, ses souvenirs dessinèrent dans sa tête les formes reptiliennes sauvages et agiles d’une ancienne rencontre dans la Bordure de Shangri-La. Ses yeux se voilèrent de peur et le visage déconfit, elle glissa comme un murmure :
- Courez…
Pas le temps.
Dans un saut prodigieux et un hurlement strident, le vélociraptor bondit par-dessus la végétation, gueule grande ouverte et griffes agressives. Il se réceptionna sur un des militaires qui hurla, et referma ses mâchoires sur le visage dans la seconde transformé en amas de chair ensanglantée. Immédiatement le vacarme des tirs auquel s’ajoutaient des cris débuta. Le dinosaure fut secoué, sa peau comme de cuir mouchetée de rouge et il bascula sur le flanc en poussant un gémissement agonique. Les fourrés s’agitèrent encore et trois autres vélociraptors attaquèrent.
Les tripes nouées, Lara débuta une série de sauts latéraux tout en tirant. Le monde apocalyptique dansait devant ses yeux. Ses 9mm crachaient des rafales de balles en illuminant son visage crispé de lueurs orangées. Dans le manège mortuaire, elle distingua un second militaire être dévoré, avant qu’une de ses balles ne se loge dans la tête du dinosaure. Elle se réceptionna, haletante et trempée de sueur. Une seconde de trop. Les mâchoires affamées se refermèrent sur son petit sac à dos. La puissance et la sauvagerie firent basculer Lara par terre.
Pan ! On tira à bout portant.
Lara sentit le sang éclabousser son dos et son cou. La dépouille du dinosaure l’écrasa par terre. Elle tomba nez à nez avec le visage déchiqueté du militaire, ou plutôt ce qu’il en restait : une bouillie écœurante de chair et d’os sanguinolente, où pendait les joues et la mâchoire. Pierre arracha la jeune femme à cette vision. Il saisit Lara par les épaules et la releva.
- Vous ferez la sieste plus tard, héla le Français en la tirant par le poignet. Pour l’instant, on adopte votre stratégie.
Pierre déclencha la course avant de lâcher Lara qui le suivit à travers les fourrés. Ils coururent à en perdre halène et distancèrent les hurlements des militaires et les bruits sauvages de chairs déchiquetées. L’aventurière sentait les vertiges la submerger et ses jambes devenir lourdes. Elle redoubla d’attention pour maintenir le rythme de Pierre qui ne stoppa la course que longtemps plus tard. Haletant, il se laissa tomber sur une grosse pierre.
- Nous voici en tête à tête, souffla-t-il en déboutonnant le col de sa chemise trempée de sueur. Nos camarades n’auront pas fait long feu.
Il n’eut pour réponse qu’un bruit écœurant de rejet. Pliée en deux, Lara vomissait, le visage déformé et les traits perlés de sueur.
- Ah… votre premier homme dévoré vivant, comprit Pierre avec une moue dégoûtée. Moi, c’était en Inde avec un tigre du Bengale. J’ai rendu mon déjeuner pendant une semaine.
Il lui lança une gourde d’eau que Lara rattrapa maladroitement. Elle se rinça la bouche et aspergea son visage blafard. Ce n’était pas son premier cadavre, loin de là, mais ce visage… et si proche. Elle le voyait encore clairement dans son esprit. Sentant son estomac se tordre de nouveau, Lara s’éloigna et rejoignit son compagnon de fortune.
- Merci, fit-elle en rendant la gourde à Pierre. Vous m’avez sauvée…
- Deux fois, précisa le Français en buvant une grosse gorgée d’eau.
- Merci… répéta Lara. Mais pourquoi ?
- Vous êtes plus utile que les trois porte-flingues.
- Vous avez perdu du temps pour m’aider. Ça aurait pu vous couter la vie. Alors, pourquoi ?
Pierre haussa les épaules en guise de réponse. Il se leva et reprit la marche à travers la végétation.
- A croire que je ne suis pas si salaud que ça.
- J’en doute.
Le Français s’esclaffa.
L’aventurière resta dans le sillage de Pierre. Ils avancèrent longtemps dans la jungle jusqu’à s’immobiliser au bord d’une falaise. Le souffle chaud de la brise portait les effluves iodées de la mer. Les deux aventuriers eurent le souffle coupé. Le panorama s’étendait à perte de vue sur un océan d’un bleu des plus pur. A l’ouest, un immense volcan aux flancs clairs dominait la jungle. La légère fumée qui s’échappait de son sommet se diluait discrètement dans le ciel, signe d’une activité en sommeil – pour l’instant.
Pierre décrocha une petite paire de jumelles de sa ceinture et observa les alentours.
- Regardez ça, fit-il à Lara en lui tendant les jumelles.
L’aventurière distingua à quelques kilomètres de la plage une petite île qui semblait flotter sur l’océan.
- La terre et la mer, rappela Pierre comme une évidence. La relique est sur cette île.
- Impossible de traverser à la nage, c’est trop loin.
- Rejoignons la plage, après on avisera.
- Aviser ? répéta Lara. Aviser comment ? Nous allons construire un radeau avec des brindilles ? enchaina-t-elle, sarcastique.
- C’est vous, la survivante débrouillarde, cracha le Français.
Lara grinça des dents. Elle détestait tous ses surnoms utilisés par les médias : la survivante, la miraculée, l’exceptionnelle (pour les plus élogieux).
Après quelques minutes de marche où ils descendirent de la falaise, Lara et Pierre suivirent une rivière en sautant de pierre en pierre. Ils s’immobilisèrent à côté d’une source où chutait une petite cascade grondante. Un vrai petit bain paradisiaque.
- L’eau est chaude, constata Pierre en trempant sa main dans la source.
- C’est à cause du volcan, comprit Lara.
- Prête pour un bain romantique, Lara ? proposa le Français avec une mine perverse.
- Demandez plutôt à votre employeuse, elle semble apprécier les règlements en nature.
- Votre candeur est presque touchante.
- Je vous emmerde, Pierre, l’insulta-t-elle en français.
Pierre sourit, visiblement heureux de mettre la jeune femme hors d’elle. Ils distancèrent les bassins et marchèrent encore près d’une heure dans la jungle avant de déboucher sur la plage dorée. Les vagues s’enroulaient paisiblement sur la berge dans des murmures d’une incroyable sérénité. Pendant un instant, Lara se laissa bercer par la houle chatoyante de l’océan, ses yeux noisette se perdant vers l’horizon où s’envolaient des oiseaux exotiques et colorés.
- Regardez un peu ça, fit remarquer Pierre en se rapprochant d’un ensemble de roches au milieu de la place.
L’aventurière porta son attention sur les rochers partiellement lissés et creusés. Elle remarqua une nouvelle cavité taillée dans la pierre.
- Une autre clé, comprit-elle.
- En effet.
- En votre possession ?
- Non.
Lara s’apprêtait à cracher une réplique sanglante quand la roche se mit à vibrer.
- Vous avez senti ? questionna-t-elle le regard interloqué.
- Senti quoi ?
Nouvelle secousse, plus forte, cette fois, au point que Lara la sentit sous ses pieds. L’aventurière fronça les sourcils et se retourna vers la jungle. Le sol frissonna encore dans ses jambes et elle entendit comme un coup de tonnerre puissant et lointain.
- Là, oui, approuva Pierre dans un malaise, j’ai senti.
Le visage crispé, Lara dégaina ses 9mm. Elle entendit les arbres et les feuilles craquer et se déchirer sous la masse d’un être en mouvement dont les pas de géant continuaient de secouer la terre de spasmes.
- Il faut battre en retraite, héla Pierre qui s’éloignait déjà. Ca va être trop gros pour nous.
Le Français eut à peine le temps de se cacher derrière les rochers que le tyrannosaure sortit de la jungle. Il s’immobilisa au bord de la plage et scruta les alentours de ses petits yeux dorés. Les rayons du soleil firent briller ses écailles grises tel de l’argent, sublimant la morphologie de ce parfait prédateur gigantesque. Le dinosaure ouvrit grand sa gueule et poussa un rugissement menaçant, provoquant l’envol d’oiseaux affolés qui s’enfuirent au-dessus des arbres.
Plantée face au monstre, Lara, armes aux poings, se remémora sa première rencontre il y a deux ans avec ce carnivore exceptionnel. Et comme il y a deux ans, elle fut incapable de bouger.
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MessagePosté le: Jeu 12 Mar 2015, 08:43    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 7

A son retour des montagnes himalayennes, Lara avait reçu de nombreux éloges mais aussi des insultes. Beaucoup l’accusaient de mentir voire la traitaient d’aliénée, aussi bien quand elle mentionnait les monstres de la Bordure, que sa rencontre avec la faune du crétacé comme les vélociraptors ou le tyrannosaure.
Alors, à cet instant, face à ce T-REX gigantesque qui la réduisait à une petite proie facile, elle maudissait ces mauvaises langues. Elle regrettait de ne pouvoir les téléporter sur cette plage, devant ce titan aux dents plus énormes que des doigts.
Le dinosaure toisait l’aventurière immobile – ou plutôt statufiée – en déportant son énorme tête sur le côté. Lara remarqua – non sans une certaine frustration – que le T-REX était borgne. Son œil gauche en or massif sculpté de détails en reliefs s’apparentait davantage à une relique qu’à un organe vivant. Lara eut à peine le temps de comprendre que la gigantesque bête poussa un nouveau rugissement menaçant. Le dinosaure s’élança vers sa proie. Lara pivota et courut vers la mer. Elle trébucha plusieurs fois dans le sable. En deux foulées, le T-REX la rattrapa. Lara entendit les gigantesques mâchoires claquer à côté de sa tête quand elle plongea dans l’eau. Elle fut chanceuse et descendit deux, trois mètres dans les profondeurs. Le dinosaure, incapable de nager, ne la suivrait pas au risque de se noyer. Il observa la surface d’un air déçu avant de s’en retourner. Une fois sa silhouette disparue, Lara retourna à la surface. Elle toussa, essoufflée, et remarqua le T-REX qui flânait paisiblement sur la plage, assez éloigné de Pierre toujours sereinement caché derrière l’amas de roches.
Lara sortit discrètement de l’eau et rejoignit son compagnon français.
- Vous êtes belle et bien chanceuse, Lara, ironisa-t-il alors qu’elle essorait ses vêtements. Heureusement que la rive descendait à pic.
- Sinon, vous auriez volé à mon secours, n’est-ce pas, Pierre ?
- Évidemment, je suis un gentleman. (Lara leva les yeux au ciel et reporta son attention sur le T-REX qui marchait toujours le long de la berge.) Vous avez vu comme moi, n’est-ce pas ? interrogea Pierre en passant une main mal à l’aise sur son crâne chauve.
- Oui, approuva Lara en soupirant. La clé est incrustée dans son orbite gauche. Il va falloir le tuer.
- Je commence à regretter la disparition de nos as de la gâchette.
- De qui parlez-vous ? s’offusqua Lara avec un sourire. Je suis toujours là.
Les yeux bleus de Pierre s’agrandirent. Lara dégaina ses 9mm et s’avança à découvert, le regard fixé sur le T-REX.
- Qu’est-ce-qui vous prend, Lara ? s’énerva le Français. On ne peut pas affronter un monstre de cette taille à deux.
- Je n’ai pas besoin de vous, Pierre, cracha Lara. J’ai une revanche à prendre avec ce gros lézard.
- Vous êtes folle.
- Pire que folle, selon les médias. (Lara brandit un 9mm vers le ciel.) Je suis Lara Croft, cita-t-elle fièrement.
Le coup de feu claqua tel un coup de tonnerre. Le T-REX s’immobilisa et releva la tête, intrigué. Il pivota lourdement et repéra Lara. Un nouveau rugissement. Il chargea, furieux. L’aventurière patienta, bien fixe sur ses deux jambes, armes aux poings. Elle n’avait pas peur, aucunement. Elle pouvait vaincre cette bête, elle le savait.
- Je ne connais plus la peur, murmura-t-elle comme une prière, en souvenir de Laura Cruise.
La bête fut sur elle. Elle rugit. Lara esquiva les mâchoires d’une roulade latérale. Le dinosaure pivota plusieurs fois, hagard, sans retrouver sa proie : Lara restait sournoisement cachée dans l’angle mort du T-REX, attentive, souple et agile.
- Elle est quand même douée, avoua Pierre qui observait la scène avec un sourire satisfait aux lèvres.
Soudain, un nouveau coup de feu.
Puis un jet de sang.
Le T-REX rugit de douleur, son cri résonnant des kilomètres à la ronde. Maintenant aveugle et submergé par la souffrance, il se débattit dans des mouvements chaotiques. Lara s’éloigna dans un enchaînement de pirouettes arrière. Une fois en sécurité, elle cribla le dinosaure de balles. Les tirs illuminèrent son visage fermé et concentré de lueurs orangées. Les douilles pleuvaient à ses pieds pour s’enfoncer dans le sable, tandis que le T-REX hurlait plus fort, sa tête comme assiégée par un essaim de guêpes. Quand l’aventurière abaissa ses 9mm fumant, la bête gisait à terre dans le sable blanc, morte.
Des applaudissements.
Lara remarqua Pierre qui sortait enfin de sa cachette.
- Vous m’avez impressionné, lâcha-t-il, sarcastique.
- Je ne cherchais pas à vous impressionner, Pierre, le contredit-elle en rengainant ses magnums.
- Mais vous l’avez fait.
Lara détourna la tête, les joues rouges. Pierre le remarqua.
- Ha, ha, rit-il en s’approchant de la dépouille du dinosaure, vous êtes décidément aussi douée que mignonne. Je vous aime bien.
- Ce n’est pas réciproque, se contenta-t-elle de répondre.
- De toute manière, notre alliance touche à sa fin. (Pierre saisit un couteau et glissa la lame dans l’orbite du T-REX, sous la relique, afin de l’extraire.) Pourquoi cette mine coléreuse ? rit-il en remarquant la moue de Lara. Je vais vous manquer ?
- Je viens de vaincre seule un T-REX pendant que vous restiez à trembler derrière votre tas de cailloux et vous pensez vraiment que je vais vous laisser partir avec l’artefact ?
- Oui, répondit-il très sûr de lui.
Lara avait les nerfs en pelote. Elle savait parfaitement où Pierre voulait en venir. Il la savait gentille et respectueuse. Lui était fourbe et brutal. S’ils s’affrontaient pour la relique, Lara serait incapable de tuer Pierre de sang froid. Lui ne se gênerait sûrement pas. Elle devait donc se hâter pour trouver un plan B.
Une fois la clé en main, ils retournèrent vers l’amas de roches. Pierre incrusta la relique dans la serrure naturelle. Immédiatement un bruit significatif claqua et toute la plage se mit à trembler. Le spectacle qui suivit fut d’une beauté incroyable. La mer s’ouvrit en deux, hommage à Moïse, et dévoila un chemin de sable blanc rectiligne jusqu’à l’îlot.
- Ma-gni-fique, s’émerveilla Lara, le regard lumineux.
Les deux archéologues avancèrent. L’aventurière observait les rideaux d’eau en mouvement en se délectant des embruns qui caressaient son visage. Elle s’impatientait de décrire à ses lecteurs cette vision magique et fascinante. Cette perspective la fit oublier son problème : récupérer la relique avant Pierre. Le cœur de Lara manqua une pulsation quand l’artefact apparu devant eux – trop vite. Ils atteignirent l’îlot ridiculement petit, simple morceau de sable piqué de quelques végétaux. Au centre, un autel en or massif et sur l’autel, un collier sautoir outrageusement gros, orné d’une pierre ronde d’un bleu azuré qui semblait contenir l’océan lui-même, vivant, bercé par la houle. Le bijou divin resplendissait de cette façon si particulière aux reliques sacrées. Lara ressentit cette même sensation de jouissance qu’à chaque découverte. Elle déchanta vite quand Pierre s’approcha de l’autel.
- Ne bougez plus, Pierre ! apostropha-t-elle en le menaçant de ses 9mm.
Le Français s’immobilisa. Il dévisagea l’aventurière d’un regard perplexe. Puis il explosa de rire.
- Quel retournement de situation, Lara, se moqua-t-il. Je suis votre prisonnier, c’est ça ? Vous allez me tirer dessus ?
- A force de m’exaspérer, c’est ce que je pourrai faire, grinça l’aventurière énervée.
Pan ! un coup de feu.
Lara sursauta, la balle ayant projeté à ses pieds un jet de sable. Quand elle reporta son attention sur Pierre, celui-ci se trouvait déjà sur elle. Il la frappa entre les cuisses d’un violent coup de genou. Lara hurla et bascula. Le Français enchaîna avec un coup de crosse sur la nuque. L’aventurière s’effondra, sonnée, le visage dans le sable. Pierre la désarma aussitôt et la garda en joue.
- Vous êtes un salaud, Pierre ! chevrota Lara, fulminante.
- Un salaud plus rapide que vous, Lara. Je vous l’avais dit : j’ai l’avantage.
- L’avantage d’être un salaud ?
Un sourire sarcastique incurva les lèvres de Pierre. Le Français dévora l’aventurière de ses yeux bleus gourmands. Ses doigts suivirent les lignes de sa barbe naissante, comme s’il cherchait bien ses prochains mots les plus blessants.
- Vous savez, Lara, reprit-il avec de grands airs, j’ai lu votre livre.
- Oh ! s’étonna l’aventurière. Vous savez lire ?
- Au début je pensais que vous preniez plaisir à extrapoler certains détails, mais cette petite aventure en binôme m’a confirmé plusieurs choses. En effet vous n’êtes plus la peureuse petite anglaise de vos vingt-et-un ans. Vous êtes courageuse, téméraire, talentueuse et pourvue d’un instinct hors norme.
- Vous allez me faire rougir, siffla Lara, méprisante.
- Mais il y a un point sur lequel vous avez menti.
Lara se crispa. Pierre sourit davantage. Il rapprocha son visage du sien avec une expression dévorante, pénétrante.
- Vous doutez toujours, révéla Pierre.
Le visage de Lara s’affaissa en une expression de désarroi totale. La voix de Laura Cruise résonna encore dans l’esprit de l’aventurière : « Je t’ai pourtant déjà dit de ne pas hésiter.»
- Ne plus avoir peur, reprit Pierre, cinglant, c’est une belle évolution, mais ne plus douter, c’est une autre épreuve. De quel côté êtes-vous ? (Pierre recula vers l’autel, lentement, afin de bien marquer la distance qui le séparait de Lara. Puis il saisit le collier avant de le brandir comme un trophée.) Pas du bon côté, je crois, ironisa-t-il.
Lara baissa les yeux, résignée. Incapable d’user de cruauté pour arriver à ses fins, elle venait de voir la relique lui passer sous le nez. Force est d’admettre que Pierre avait raison : le doute l’empêchait d’agir. Pouvait-elle passer cap ? Cette question lui vrilla la tête pendant tout le retour. Menacée par le pistolet de Pierre, elle traversa l’île les tripes serrées et le cerveau retourné. Ils sortirent de la Bordure et retournèrent sur la plage. Sans surprise, Lara remarqua un hydravion stationné non loin de son propre yacht dont elle rejoignit le pont. Elle fut immédiatement accueillie par une troupe de nouveaux sbires. Les mercenaires tenaient Winston – flegmatique et serein – en joue. L’attention de Lara se détacha immédiatement des militaires pour se tourner vers Jess. La sulfureuse rouquine offrait son corps somptueux au soleil, uniquement vêtue d’un bikini noir, sa longue chevelure de feu attachée en queue de cheval.
- Vous voilà enfin, s’émerveilla-t-elle en se levant d’un des transats.
- Faut pas vous gêner, surtout, grogna Lara devant l’impolitesse de sa rivale. D’abord mon manoir et ensuite mon yacht ?
- J’aime me mettre à l’aise, répondit Jess avec une moue enfantine.
La Vipère s’approcha sensuellement de Pierre. Elle se lova contre lui et l’embrassa langoureusement à pleine bouche. Lara grimaça et détourna le regard, gênée.
- Beau travail, félicita Jess en admirant le collier. Une première relique des quatre sœurs en ma possession.
- Ça ne va pas durer, menaça Lara. Vous comptez défiler avec ?
- Je te l’ai dit, Petite Fleur, répondit la Vipère en attachant le collier autour de son cou. Devenir la femme la plus belle et la plus puissante du monde demande l’extermination de ses rivaux. C’est l’occasion de tester les pouvoirs de cette relique.
- Si vous voulez m’exterminer, reprit Lara, me tirer une balle dans le crâne sera d’autant plus efficace.
- Quoi ? s’étonna Jess, l’expression outrée. Allons, ma puce, je te considère plus comme une alliée. Tu n’es pas ma rivale.
L’aventurière fronça les sourcils, sceptique devant une telle révélation. Elle releva le regard brun séduisant de Jess. Elle y lut beaucoup de choses et surtout une grande intelligence. Cette femme était loin d’être une simple ravissante idiote.
- Alors, reprit Lara sévèrement, qui vas-tu exterminer ?
Le visage de Jess s’assombrit. Ses traits jusqu’alors sexy et juvéniles s’étirèrent dans un rictus presque malsain et sournois. Elle ne répondit pas. Lara sentit un frisson lui secouer l’échine.
- Mes amours, appela Jess les militaires, on s’en va.
Après cette mascarade, Jess embrassa Lara sur la joue.
- On se retrouve là-bas, Petite Fleur, lui susurra-t-elle à l’oreille.
Lara bouillait de colère. Ses yeux noisette illuminés par la rage observèrent Pierre jeter ses 9mm dans un coin, puis le couple et leurs gardes du corps se dirigèrent vers l’avion. Une fois le danger écarté, l’aventurière laissa éclater sa frustration.
- Alors, Winston, s’adressa-t-elle à son majordome. Vous me croyez, maintenant, à propos de la salope rousse lesbienne ?
- Oui je vous crois, Lara, confirma le majordome la mine figée. Et je vous crois également pour le « voleur ninja », précisa-t-il.
Lara se raidit. L’homme masqué sortit calmement de l’ombre et la mit en joue. Il s’approcha de quelques mètres, son visage caché par une cagoule noire. Ça s’enchaînait trop vite.
- Et bien, je suis cernée par les emmerdeurs, grogna Lara sans relever l’air outré de Winston. Pas trop chaud là-dessous ? provoqua-t-elle.
- Arrêtez tout de suite cette quête, ordonna sèchement Kurtis.
- C’est pas aimable, mais ça parle, ironisa Lara.
- Pourquoi parmi toutes les légendes, les reliques, les temples existant dans le monde, vous en êtes arrivée à étudier les Quatre Soeurs ? sermonna l’inconnu comme un professeur à son élève.
- Demandez ça à « l’autre », cracha Lara méprisante.
- Un conseil : laissez tomber, tout de suite.
- Vous m’espionnez et me suivez pour me conseiller ? Ou c’est un piège ?
Soudain, un bruit d’explosion.
Lara et Winston sursautèrent.
Dans le ciel vierge de nuage, l’aventurière remarqua l’hydravion de Jess tomber à pic vers l’océan. La carcasse en feu s’effondra, précédant une traînée de fumée noire nauséabonde.
- C’est... bafouilla Lara, incrédule. C’est vous qui avez fait ça ? redirigea-t-elle son regard vers l’homme en noir.
- Je répète, insista Kurtis qui reculait vers le bastingage, laissez tomber.
Il rengaina aussitôt et se jeta par-dessus bord. Lara se précipita. Un bruit de moteur ronfla et l’aventurière aperçut l’inconnu disparaître sur un jet-ski. Il contourna rapidement l’île sans laisser de trace.
- Depuis quand est-il ici ? s’énerva Lara.
- Il est arrivé avant Jess et ses sbires, répondit Winston enfin détendu. Il voulait vous attendre et récupérer le collier. Quand l’avion de Jess s’est posé, il s’est caché et l’a équipé d’une bombe.
- Ce type est un professionnel, comprit l’aventurière. Il est sûrement plus dangereux que Jess.
- Je ne pense pas. Et non, ce n’est pas un professionnel. Je dirais davantage un amateur éclairé, avec de gros moyens. Il m’a confié vouloir le collier pour le mettre en sécurité. Ces reliques doivent rester cachées.
- Ce type m’a l’air bien tordu, comme les autres.
Lara se précipita sur la passerelle et fit ronronner les moteurs du yacht.
- Milady, intervint Winston. Il ne faut pas s’attarder. Si les autorités nous trouvent...
- Je sais, coupa Lara, totalement dépassée par les évènements. Juste quelques secondes.
Lara prit soin d’éviter les débris de l’avion qui flottait à la surface, la carcasse ayant déjà coulé. Flottant à la surface rougie par le sang, les corps des militaires suivaient sinistrement les mouvements de la houle. L’aventurière compta le nombre quasi exact de corps, quasi...
- Je ne les vois pas, souffla-t-elle.
- Moi non plus, confirma Winston. Emportés par la carcasse, certainement.
Lara n’y croyait pas. Elle observa bien chaque débris, chaque corps, sans succès.
Pierre et Jess avaient disparu.
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MessagePosté le: Jeu 26 Mar 2015, 18:29    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 8

- Alors ? questionna Leon aux commandes de l’hélicoptère dans lequel s’engouffrait Kurtis. Tu l’as ?
- Non, répondit son ami d’un ton froid en jetant sa cagoule dans un coin.
Leon passa une main nerveuse dans ses cheveux châtains. Il jeta un bref coup d’oeil en direction de Kurtis. Son ami restait assis, bras croisés, le regard tranchant.
- Détends-toi, lui fit Leon d’une tape amicale sur son épaule, en essayant de s’apaiser lui-même. La relique est au fond de l’eau. On sort le matos de plongée, on la récupère et on reprend l’avantage.
- Merci de m’aider, admit Kurtis plus détendu.
- Comme si j’allais te laisser te démerder tout seul. Cette mission, elle est trop grosse pour un membre seul.
- Je la sens pas, cette mission, justement, enchaîna Kurtis. Ils ont de gros moyens en face, l’équipe Croft, comme l’équipe Gibbings.
- Il ne reste plus qu’une équipe. L’autre est au fond de la mer des Caraïbes.
- Jessica Gibbings n’agissait pas seule, j’en suis sûr.
- Un commanditaire ? Ça m’étonnerait.
- Pas un commanditaire, un allié. Un allié puissant. Très puissant.
- T’as une piste pour le trouver ?
- On commencera par éplucher la vie de Jessica Gibbings. Maintenant qu’on a un nom, on sait par où commencer.
- Et les autres reliques ?
- On connaît la position de deux reliques sur quatre. Croft aussi. On doit être plus rapide.
- Ne m’oubliez pas si vite, enchaîna soudain une voix féminine.
Les deux amis sursautèrent mais furent assez réactifs pour dégainer leurs armes. Jess grimpa dans l’hélicoptère, suivit de Pierre, tout deux trempés. Le collier luisait toujours au cou de la jeune femme. Jess portait maintenant une tenue plus adaptée au vol : une chemise blanche – humide et transparente, dévoilant son bikini noir – et un short. Elle était pieds nus.
- Allons, mes choux, raisonna-t-elle les deux hommes d’une voix sensuelle, menacer une femme sans défense, ce n’est pas mignon.
Pan !
Jess s’effondra, touchée en pleine tête. Kurtis ne porta guère d’attention à sa dépouille. Il dirigea instantanément le canon de son arme encore fumante vers Pierre. Le Français leva lentement les mains de part et d’autre de sa tête. Son visage affichait un sourire sournois totalement inapproprié.
- Quel sang froid, se moqua-t-il. En voilà enfin un qui en a.
- Leon, le collier, ordonna Kurtis sans quitter Pierre des yeux.
Son ami quitta le poste de commandes. Il rengaina son pistolet et s’accroupit près du cadavre. Avec des gestes respectueux – plus envers la relique qu’envers sa porteuse - il détacha le gros collier du cou. Une main ferme se referma alors sur la crosse de son pistolet. Jess dégaina et pressa le canon contre le torse de Leon. Le jeune homme se statufia. L’œillet rouge qui ornait le front de Jess s’illumina d’une lueur émeraude. La plaie se referma. Un sourire carnassier incurva les lèvres de la Vipère. Jess rapprocha son visage de celui de Leon et intensifia la pression du canon.
- Ne fais pas cette tête, ricana-t-elle. Ça surprend toujours la première fois, mais on s’y fait. Rattache ce beau collier, s’il te plaît, mon chou.
Leon s’exécuta, la gorge sèche. De son côté, Kurtis tenait toujours Pierre en joue, sans bouger. Son cœur battait maintenant la chamade, mais il simulait bien son calme.
- Ce n’est pas très gentil d’avoir fait exploser mon avion, reprocha faussement Jess en se glissant derrière Leon. J’y accordais une importance sentimentale.
- C’est un sacré tour de magie, admira Kurtis. Un couple d’immortels, alors ?
- Je suis un petit humain bien normal, moi, contredit Pierre un sourire vicieux aux lèvres. Mais j’ai un bon instinct. On a repéré la bombe et sauté à temps.
- Quelle chance... ironisa Kurtis. Digne d’un film hollywoodien.
- Je crois qu’il est temps de baisser ton arme, l’invita Jess en se lovant dans le dos de Leon.
- Non.
- Non ?
Jess contourna Leon et saisit son visage. Elle exerça une légère pression. Leon pivota jusqu’à lui faire face. Les mains douces et vicieuses de Jess suivirent les joues du jeune homme. La jeune femme le dévorait du regard, se noyant dans les yeux clairs, un sourire avenant aux lèvres. Ses doigts s’enfoncèrent dans les cheveux châtains quasi blonds et s’amusèrent avec quelques mèches. Leon se sentit soudain nauséeux. Un parfum sucré l’enivrait, jusqu’à lui tourner les sens.
- Tu es à croquer, mon mignon, minauda Jess. Laisse-moi te goûter juste ce qu’il faut.
Leon se raidit. Jess l’enlaça sensuellement. Elle passa ses mains derrière sa nuque, rapprocha son visage du sien et l’embrassa langoureusement. Un baiser de rêve, danse des langues et du parfum si enivrant, au point d’en sentir le goût sucré sur les lèvres. Leon sentit une chaleur intense se déverser dans sa bouche puis dans ses veines. Une douleur aiguë sous ses tempes lui arracha un gémissement. Jess s’éloigna, un sourire goguenard aux lèvres. Elle garda Leon dans ses bras et lança un regard mauvais en direction de Kurtis. Le jeune homme n’avait toujours pas bougé mais portait maintenant d’avantage son attention sur Leon. Son ami respirait difficilement et une sueur brûlante inondait son front.
- Le Lux Véritatis ne devrait pas mettre son nez dans mes affaires, menaça Jess en caressant le torse de Leon par-dessus sa chemise.
Leon se saisit le crâne. Ses mains tremblaient. Il pressa sa tête sous laquelle perçait une douleur déchirante et grogna. Le grognement muta en cri. Un cri de douleur.
- Qu’est-ce que vous lui avez fait ? pesta Kurtis dont l’inquiétude se lisait maintenant clairement sur le visage.
- Une petite toxine dont j’ai le secret, révéla Jess. Rassure-toi, l’effet va s’estomper dans à peine une minute. Le temps qu’on décolle.
La mine illuminée par un sadisme notoire, Jess poussa Leon vers Kurtis. Les deux amis se percutèrent. Ils tombèrent en dehors de l’hélicoptère. Kurtis se redressa aussitôt et tomba nez à nez avec un Leon furieux, rendu hystérique par la douleur, le regard comme fou. Son ami se jeta sur lui en hurlant. Ils roulèrent dans le sable, dans les bras l’un de l’autre. Kurtis eut la malchance de se retrouver sous Leon. Son ami le frappa au visage de son direct du droit. Le nez en sang, Kurtis l’envoya sur le côté. Il entendit les moteurs de l’hélicoptère démarrer, les hélices tourner, puis l’appareil s’envoler. Pas le temps d’y retourner, Leon lui demandait toute son attention. Celui-ci chancelait dans le sable. Ses bras battaient le vide, comme pour combattre une nuée d’insectes invisibles. Il hurlait de ne pas s’approcher de lui, de le laisser tranquille. Il ne fallut pas longtemps pour qu’il revienne à la charge. Kurtis esquiva le coup suivant. Il s’abaissa et lança une jambe au ras du sol. Son pied heurta les chevilles de Leon qui s’effondra sur le ventre. Kurtis s’accroupit alors sur lui et lui bloqua les mains dans le dos. Leon hurla en se débattant, mais Kurtis, plus fort, le garda face dans le sable. Quelques secondes plus tard, les gesticulations de Leon se calmèrent ainsi que ses cris. Ses mouvements devinrent de moins en moins violents, jusqu’à ce que Leon s’immobilise, suffoquant et en sueur. Kurtis maintint sa prise un instant, jusqu’à être persuadé que son ami venait de retrouver toute sa lucidité.
- Leon, l’appela-t-il calmement. Tu m’entends ?
- C’est toi, Kurtis ? s’offusqua Leon en essayant de voir par-dessus son épaule. Qu’est-ce que tu fais ? (Son ami le lâcha et Leon se remit debout. Il chassa le sable de ses vêtements et étira ses bras douloureux.) J’y comprends rien, s’interrogea-t-il, pourquoi on... bordel ! Ton nez !
Kurtis chassa le sang qui coulait de son visage. Il haussa les épaules, l’air blasé.
- Attends, intima Leon en levant les mains en signe de réflexion, c’est moi qui t’ai frappé ?
- Oui, avoua simplement Kurtis. Il semblerait que Gibbings ait libéré une toxine dans ton corps au moment où elle t’embrassait. Ça t’a fait perdre les pédales.
Les joues de Leon virèrent au rouge cramoisi.
- Désolé, s’excusa-t-il vraiment confus.
- Il faut enquêter sur Gibbings, proposa Kurtis. Cette femme est une immortelle.
- Tu dis ça comme s’il ne s’agissait que d’un détail, ironisa Leon.
- Ce n’est pas la première immortelle que le Lux Veritatis rencontre.
- Je me charge de l’enquête, proposa Leon comme s’il culpabilisait. Toi, occupe-toi de Lara Croft.
Les pensées de Kurtis se tournèrent un instant vers la belle anglaise. Il se rendit alors compte qu’elle, comme eux, commençait à se faire déborder totalement, sauf qu’elle ne se doutait pas qu’elle affrontait une immortelle.

* * *

Affalée sur une banquette en cuir dans la passerelle de pilotage, Lara sirotait un cocktail fruité, rompue. Winston mettait le cap vers Londres à une vitesse plus modérée qu’à l’aller. Conscient de l’état mental de sa Lady, il ne lui adressait pas la parole. Lara avait la mine boudeuse et faisait tournoyer entre ses doigts une dent de Vélociraptor retrouvée plantée dans son sac à dos. Elle semblait songeuse, dans un état léthargique proche de la mélancolie. Une heure plus tard, son verre était vide et elle était toujours dans le même état. Elle regardait l’océan défiler à travers les fenêtres du yacht, sans réellement le voir, en proie à un fatalisme lassé. De temps à autre, elle marmonnait et Winston distinguait régulièrement une ou deux insultes envers Jess. Il s’écoula encore deux heures comme ça, avant que le téléphone du yacht ne sonne. En l’absence de Lara et Winston, tous les appels passaient par Michael Hester qui se chargeait de les transmettre - ou non – en fonction de leur urgence. Trop blasée pour répondre, Lara laissa Winston prendre l’appel. Au bout de quelques secondes, il tendit quand même le combiné à Lara.
- Lady Croft à l’appareil, prit-elle l’appel poliment. Oui je me souviens de vous... Quoi ?... Je suis en Guadeloupe... Non, ça ne me dérange pas du tout... Dès mon retour ? … Très bien, faisons comme ça... A bientôt ! elle raccrocha et resta quelques secondes la main sur le combiné. C’est quoi ce mauvais pressentiment tout à coup ? dit-elle à haute voix.
- Vous avez rendez-vous avec la mère de Johann ? comprit Winston.
- Oui. Elle a insisté pour me rencontrer dès notre arrivée. Une affaire urgente. Et elle souhaite que Johann reste quelques temps au manoir Croft.
- Milady, sauf votre respect, reprit Winston sur le ton du sermon, le manoir familial n’est pas une garderie.
- Ne faites pas votre rabat-joie, Winston, grogna Lara. Si vous avez survécu à moi lorsque j’étais enfant, vous survivrez à Johann. (Winston sourit avec nostalgie et approbation.) Cette femme, reprit Lara avec gravité, elle a l’air... perturbée. Inquiète.
- C’est une inconnue, Lara.
- Et c’est dangereux de parler aux inconnues ? enchaîna la jeune femme d’une voix enfantine, comprenant où son majordome voulait en venir.
Winston haussa les épaules, acceptant sa défaite.
- Que faisons-nous, Milady ? s’enquit-il dans un soupir.
- Accélérez !

Le yacht rejoignit le port de Londres plusieurs jours après. Lara et Winston partirent immédiatement en voiture sur le lieu de rendez-vous. Ils rejoignirent le centre ville, bondé de véhicules et de badauds en ce dimanche, le temps plutôt clément pressant les Londoniens à sortir, même en fin d’après-midi. Winston se résigna à stationner la Porsche en double file. Lara aperçut rapidement la mère de Johann. Elle tenait son fils par la main, debout sur le trottoir, l’air aux aguets comme si elle présageait une attaque. Lara sortit de la voiture et fit de grands gestes. Johann la repéra. Il lâcha son énorme sac et se précipita dans son giron.
- Je suis si content de te revoir, Lara, fit-il en la serrant dans ses bras.
- Moi aussi mon petit Chocho, répondit-elle en caressant ses cheveux noirs.
Elle l’embrassa tendrement sur le front. Fille unique, Lara aimait maintenant Johann comme un petit frère. Un vrai coup de foudre.
- J’ai fait des recherches, Lara, reprit l’enfant très excité. La relique de Septemtriones, je sais où elle est !
- Qu... quoi ? bafouilla Lara prise au dépourvu. (La mère de Johann se rapprocha, la mine tendue.) Johann, reprit Lara, va m’attendre dans la voiture. On en parlera tout à l’heure.
- Je peux monter devant ?
- Oui, tu peux. Mais sois sage ou Winston va t’enfermer dans le coffre.
L’enfant disparut dans la Porsche. Lara resta un instant silencieuse à observer la mère de Johann. Une femme d’une rare beauté. Elle portait un tailleur sombre et ses cheveux blonds tirés en arrière dégageaient davantage ses yeux verts. Elle l’avait déjà trouvée belle dans l’obscurité nocturne de leur première rencontre, mais force était d’admettre qu’elle l’était encore plus en plein jour.
- Lady Croft, salua-t-elle en présentant une main que Lara serra. Nathalia Chogun. Merci de vous occuper de Johann.
- Vous me devez néanmoins des explications, exigea Lara avec fermeté.
- Je suis également passionnée d’histoire et je connais un peu la Légende des Quatre Soeurs. En fait il n’existe pas quatre reliques, mais cinq. Les quatre premières réunies permettent de trouver l’emplacement de la cinquième.
- Vous savez de quoi il s’agit ?
- Une relique très dangereuse, qui doit à tout prix être protégée.
- Toutes les reliques sont dangereuses dans les mains des mauvaises personnes, enchaîna Lara en pensant à Jess. Ça ne répond pas à ma question.
- Une coupe.
- Une coupe ? Comme le Graal ?
- Le rapprochement est plutôt perspicace. Toutes les légendes sont liées.
- Et cette coupe permet de...? l’encouragea-t-elle à poursuivre.
- Je l’ignore.
- Vous connaissez la nature du danger, mais pas sa cause ?
- Quand vous vous retrouvez face à un prédateur inconnu, vous savez qu’il est dangereux par instinct, même si vous ignorez comment il va vous tuer.
- Que cherchez-vous exactement ? s’impatientait Lara.
- A protéger le monde. Si cette coupe est trouvée...
- Protéger le monde, répéta Lara, rien que ça.
Nathalia Chogun soupira, mal à l’aise.
- Vous me cachez la vérité. Ça ne m’encourage pas, reprit Lara comme une menace.
- Je suis désolée, Lady Croft, s’excusa-t-elle, mais vous révéler davantage serait vous mettre en danger. Il va falloir me faire aveuglément confiance, comme j’ai confiance en vous.
- Et pourquoi une telle confiance ?
- Parce que vous êtes revenue de là-bas, Lady Croft, et vous êtes restée pure.
- Pure ? s’offusqua Lara.
- Pure, se contenta-t-elle de répéter.
Lara eut pour réponse les sourires de Jess et Pierre, corrompus par le désir d’argent et de pouvoir. Nathalia Chogun faisait-elle mention de cela ?
- Je dois vous laisser, coupa-t-elle en semblant apercevoir quelqu’un dans la foule. Johann, prenez soin de lui, s’il vous plaît.
- Où allez-vous ? Une mère ne doit pas abandonner son enfant.
- Je vais vous aider, se défendit Nathalia. De mon côté. Je dois protéger quelque chose à tout prix. Merci, Lara, remercia-t-elle avant de disparaître dans la foule.
Lara nota la familiarité spontanée. Elle soupira et observa Nathalia s’en aller. Elle saisit le gros sac de Johann par la bandoulière et s’engouffra dans la voiture, à l’arrière.
- On rentre au manoir, Winston, indiqua-t-elle en bouclant sa ceinture.
Winston approuva d’un hochement de tête. Il démarra en faisant rugir les moteurs de la Porsche et démarra en trombe. Chocho s’émerveilla. Lara sourit, bien qu’un peu crispée.

La Porsche roula à une vitesse modérée jusqu’au Surrey. Quand Winston stoppa les moteurs, l’horloge indiquait six heures du soir. Lara sortit du véhicule et s’étira comme un chat, épuisée et ravagée par le voyage.
- Préparez la chambre d’ami, s’il vous plaît, Winston, demanda Lara en tendant le sac à son majordome. Chocho, tu m’accompagnes dans le petit salon ?
L’enfant suivit la jeune femme. Lara retira ses chaussures qu’elle balança dans un coin et se laissa tomber sur le canapé en soupirant. Elle posa négligemment ses pieds nus sur la table basse. Chocho s’assit à côté d’elle. Il sortit de son sac à dos un gros cahier de brouillon. Il l’ouvrit, dévoilant une double page gribouillée de schémas, flèches et annotations.
- T’es prête ? s’enquit-il en se frottant vigoureusement les mains par excitation.
Lara, épuisée, un bras derrière le canapé, l’autre accoudé, posa sa tête contre un poing et sourit malgré la fatigue.
- Je ne demande qu’à aller me coucher, se plaignit-elle, mais vas-y, je t’écoute.
- Septemtriones, commença-t-il sur un ton professoral, est bien un nom latin. Généralement il s’écrit en deux mots Septem triones et signifie les sept bœufs de labour.
- Continue, l’encouragea Lara, plus éveillée et de nouveau effarée par l’intelligence du garçon.
- Septem triones a donné Septentrion. Ce terme n’est plus trop utilisé aujourd’hui. On dit plutôt septentrional pour parler... du Nord ! révéla-t-il, triomphant.
- Donc Septemtriones représente ce même point cardinal et sa relique doit se trouver au nord du globe, conclut Lara, une lueur victorieuse dans le regard.
- En fait, non, pas du tout.
Lara soupira et relaissa sa tête tomber contre son poing.
- Qu’est-ce que j’ai loupé ? ronchonna-t-elle, la moue boudeuse.
- Les sept bœufs de labour, reprit Chocho, Septem triones est un nom donné par les Romains à la Grande Ourse.
- La Grande Ourse tourne toujours au Nord ! s’émerveilla Lara. Winston ! héla-t-elle son majordome qui descendait les escaliers. Ne videz pas les valises, on part pour Rome !
- Non, pas pour Rome, ricana Johann.
- Bon sang, Chocho, s’énerva Lara. Je comprends rien !
Johann explosa de rire. Winston déboucha dans le petit salon. Il fusilla Lara d’un regard réprobateur. La jeune femme retira immédiatement ses pieds de la table sur laquelle son majordome déposa plusieurs journaux.
- Pourquoi pas Rome ? questionna la jeune femme.
- Ce sont bien les Romains qui ont donné le nom de Septemtriones à la Grande Ourse, mais... d’où vient le nom de cette constellation ?
Chocho encouragea Lara du regard, comme s’il voulait qu’elle trouve la réponse elle-même. Lassée et surtout épuisée, elle abandonna très vite.
- Qu’est-ce que j’en sais...
- Mythologie grecque, répondit Winston qui venait de s’asseoir pour lire le dernier Times.
Lara le foudroya d’un regard à la fois offusqué et admiratif. Son majordome lui fit un clin d’oeil victorieux. Elle tourna la tête, gênée.
- Bingo ! s’exclama Chocho. Dans la mythologie grecque, Zeus aima une nymphe : Callisto. La nymphe était une suivante d’Artémis, déesse de la chasse, qui exigeait de toutes ses suivantes qu’elles préservent leur virginité. Mais Zeus et Callisto eurent un fils, Arcas. Héra, l’épouse de Zeus, apprécia moyennement leur relation. Pour se venger, elle transforma Callisto en ourse. Artémis était également furieuse que sa suivante rompe ses vœux de chasteté. Ainsi, elle s’arrangea pour qu’Arcas tue sa mère lors d’une partie de chasse. Zeus envoya par la suite Callisto parmi les étoiles: la Grande Ourse. Arcas rejoindra sa mère plus tard.
- La Petite Ourse, déduit Lara.
- Exactement. Et ce n’est pas tout, reprit Chocho, extatique. Héra en rajouta une couche et demanda à l’océan d’exiler ces étoiles. Elles furent condamnées à tourner uniquement au Nord, sans pouvoir jamais se reposer sous la mer.
- La mer, hein... sourit Lara qui venait de comprendre.
- Un lien avec Vespe, je suppose, participa Winston qui lisait le journal en diagonale.
- On ne trouve pas de lien évident, reprit Chocho, mais ça semble cohérent.
- Très bien, très bien, continua Lara en levant les mains en signe d’apaisement. On a donc une relique représentant le Nord, mais dont la source légendaire provient de la mythologie grecque. Au final, on cherche donc un artefact... grec.
- Johann devrait tenir les 9mm à votre place, Lara, ironisa Winston.
- Hé, oh ! grinça l’aventurière aux joues rougies par la honte. Dépassez pas les bornes, Winston, feinta-t-elle la colère. Tu as des pistes sur la relique, Chocho ? se retourna-t-elle vers l’enfant.
- Pas encore, j’ai pas eu le temps d’aller plus loin.
- Tu exagères, tu pourrais te bouger un peu !
L’enfant ouvrit des yeux énormes. Lara explosa de rire et se jeta à son cou. Elle lui fit un gros bisou sur la joue. Chocho rougit jusqu’aux oreilles.
- Tu es un vrai génie, Johann. Si je pouvais, je t’épouserais. Tu as bien mérité tes hamburgers, termina-t-elle avec un sourire envers Winston.
Le majordome posa les journaux sur la table basse et s’éclipsa dans la cuisine, un léger sourire sur son visage marqué par la fatigue.
- Cahier, crayon, bibliothèque, cita Lara en se levant précipitamment du canapé.
- Tu veux faire des recherches maintenant ? s’offusqua Chocho qui croyait l’aventurière rompue.
- Tu viens de me booster à fond, s’exclama-t-elle avec un clin d’oeil.

Ils rejoignirent la bibliothèque. Quand Winston y pénétra à son tour un peu plus tard, un plateau en argent dans les mains d’où s’élevait l’odeur appétissante des hamburgers, l’immense table vernie était déjà recouverte de nombreuses feuilles volantes griffonnées. Lara affichait une mine déconfite. L’épuisement l’avait rattrapé au fur et à mesure des recherches. La perspective de dîner sembla raviver la lueur dans ses yeux.
- Alors, fit Winston en lui tendant une assiette, vous avez trouvé quelque chose ?
- Un bracelet, répondit Lara. Un bracelet offert par Zeus à Callisto.
- Encore un bijou, continua Winston qui servait un Chocho la bave presque déjà aux lèvres.
- Oui, encore... soupira l’aventurière.
- Ça n’a pas l’air de vous enchanter, Lara.
En guise de réponse, la jeune femme fit glisser sur la table un ouvrage étrangement récent. Le majordome fronça les sourcils. Il saisit un guide du musée archéologique d'Olympie et l’ouvrit à la page marquée. Il remarqua immédiatement, bien imprimé sur papier glacé, un somptueux bracelet en or incrusté de pierres précieuses qui se trouvait enfermé sous une vitrine de verre.
- Je vois, comprit-il la bouche pincée. Au moins, la relique est en sécurité.
- Jusqu’à ce que Jess trouve sa position.
- Vous n’allez pas voler une relique dans un musée, Milady ! s’offusqua le majordome qui savait où Lara voulait en venir.
- Je pourrai juste... l’emprunter... ?
- C’est une question ? répondit Winston les yeux noirs.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ? s’énerva Lara en levant les bras au ciel.
- Vous allez y réfléchir à tête reposée, proposa Winston pour calmer la tension. Vous êtes une Lady. Lady Lara Croft, précisa-t-il. En un an, vous avez commencé à construire un réseau intéressant, notamment avec de nombreux professeurs de renom. Je suis sûre qu’avec leur appui vous pourrez contacter le directeur du musée et lui proposer un arrangement.
- Oui, approuva Lara d’un hochement de tête. Vous avez raison, Winston. Je contacte Harvard demain matin.
- Puis... reprit le majordome plus grave, presque en hésitant, je ne crois pas que Jess soit sur la piste de Callisto.
Il envoya à Lara un journal, ouvert à une page précise. L’aventurière en prit connaissance. Ses traits se tendirent immédiatement et de plus en plus au fur et à mesure qu’elle lisait l’article.
- C’est... pas vrai... bafouilla-t-elle.
- C’est quoi ? questionna Chocho les lèvres pleine de sauce. C’est quoi ? C’est quoi ?
La jeune femme laissa tomber le journal. Chocho s’en saisit, débordant de curiosité.
- George H. W. Bush, lut-il. Le président va se rendre en Arabie Saoudite avec sa femme Barbara pour fêter Thanksgiving avec les boys... En quoi c'est intéressant ? questionna-t-il en relevant le nez du journal.
- La photo, précisa Lara la mine déconfite. Jess est sur la photo.
L'enfant observa le cliché. Il aperçut une femme somptueuse aux longs cheveux roux coiffés en tresses, aux côtés du président lui-même.
- Cette femme, fit-il, elle fait partie du groupe des... méchants ?
- Oui... elle veut devenir la plus belle et puissante femme au monde.
- Lara... enchaina Winston, tout aussi choqué.
- Pour ça, elle va exterminer ses rivaux... Cette femme va assassiner le président des Etats-Unis !
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